‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 24 sur 250 · LES SUJETS · texte numérisé non relu

LES SUJETS

Français (R.)> 3^ ans, né à Lyon. Ancien interne des hôpitaux de Paris, docteur en médecine dans la même ville.

Grammont (M.), 46 ans, né à Damprichard (Doubs). Docteur es lettres, professeur à l'Université de Montpellier, M. Grammont a consacré un livre

très suggestif à la question de la versification française. HiRSCH (G.), 32 ans, né à S'-Avold, en Lorraine annexée, de parents originaires du même pays. M. Hirsch, aujourd'hui établi commerçant à Paris, a

longtemps dit des vers dans les universités populaires. Le Flem, 30 ans, né à Lézardrieux (Côtes- du-Nord), de parents bretons, licencié es lettres, compositeur de musique, professeur à la ScholaCantorum de Paris. LoTE (G.), 32 ans, né à Lorient (Morbihan) d'un père breton et d'une mère parisienne, agrégé de l'Université. Lote (R.), 29 ans, frère du précédent, agrégé de l'Université. Ollagnier (a.), 47 ans, né à Valence (Drôme), de parents dauphinois. Licencié en droit et avocat; il a fait, à ses moments perdus, des vers qu'il

communique à ses amis.

Roques (M.), 37 ans, né au Pérou, mais élevé dans la région sud-ouest de la France, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, directeur adjoint à

l'École des Hautes Études, professeur à l'École des langues orientales. RoussELOT (abbé P.), 65 ans, né aux environs d'Angouléme, docteur es lettres, directeur du laboratoire de phonétique expérimentale au Collège de

France, professeur à l'Institut catholique. Terracher (A.), 31 ans, né aux environs d'Angouléme, de parents originaires de la région, ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à

l'Université de Baltimore (États-Unis).

M"« CoRBÉ (H.), 27 ans, domestique à Paris, née à Gourin (Morbihan) ; ses parents sont cultivateurs. Quoique étant restée à l'école jusqu'à l'âge de seize ans, elle n'a eu qu'une instruction tout à fait primaire, et les religieuses qui la lui ont donnée lui ont seulement fait connaître, en fait de poésie, des fables -de La Fontaine et des cantiques.

Dans le corps de l'ouvrage les mêmes lettres désignent toujours la même personne. M. Truffier est représenté par A.; M. Brémont par B; M"^ Corbé par a. Les autres sujets, qui ont à peu près la même éducation littéraire, sont indiqués par C, D, E, F, G, H, I, J, K, L, M, N, O, P, R, S.

Pour les vers isolés on a enregistré une grande quantité de déclamations diverses, et quelquefois le même sujet a répété jusqu'à trois fois le même alexandrin. La lettre qui lui est affectée reçoit alors un exposant selon le numéro d'ordre de l'inscription. Cette prerhière catégorie d'expériences nous permettait de réduire le nombre de nos sujets. Tous en effet connaissaient un rythme de nature identique, sauf quelques variations causées par une intelligence différente du texte. Nous avons donc conservé, pour la seconde série, ceux qui nous paraissaient le mieux doués, en leur adjoignant seulement quelques unités nouvelles. Certains, parmi ceux que nous aurions désiré retenir, avaient quitté Paris sans espoir de retour et n'étaient plus à notre disposition.

Nous avions à choisir entre deux méthodes. Ou bien nous pouvions demander que l'enregistrement eût lieu sans préparation, mais alors la diction courait le risque d'être défectueuse, pleine de méprises et de fautes. Ou bien nous pouvions exiger une préparation, .sans cependant pouvoir escompter, même alors, l'absence de toute erreur. De plus, il fallait craindre dans ce dernier cas que les sujets n'étudiassent leur prononciation dans l'idée secrète que les vers sont des vers, que comme tels ils sont soumis à des règles et que ces règles doivent être observées. Cruelle alternative ! Ne pouvant nous résoudre à adopter l'un ou l'autre de ces partis, nous nous sommes décidé pour la pleine et entière liberté. Sauf a, que nous avons priée de lire son texte avant de mettre en mouvement l'appareil, tous ceux qui nous ont prêté leur concours ont procédé comme ils le voulaient, méditant d'avance ou non le morceau qui leur était proposé. En fait il y a eu très peu d'improvisations, et seulement lorsque les sujets connaissaient déjà parfaitement — ou croyaient déjà connaître — - le passage qu'on leur présentait. Pour éviter une déclamation artificielle, nous insistions pour qu'on mît le plus possible en valeur le sens littéraire du passage, sachant par expérience qu'un débit ému ou emphatique n'admet pas une articulation factice.

Lote. — VaUxandrin. j

l8 L ALEXANDRIN l-RANÇAlS

Tous les vers qui composent les fragments de la seconde série ont reçu un numéro d'ordre, à partir du début. Ainsi le morceau de Bérénice se compose de 37 vers numérotésde i à 37, et il en est de même pour tous les autres. Dans le corps de l'ouvrage les textes sont désignés par les abréviations suivantes : Cin., I (Cinna, I, 4), Cin., II (Cinna, II, i), Gid(le Cid, III, 4), Andr. (Andromaque, IV, 5), Bér. (Bérénice, II, 2), Hem. (Hernani, V, 3), R B (Ruy Blas, III, 2), P G (Pauvres Gens). Les lettres A.O. renvoient aux alexandrins inscrits spécialement pour l'étude de l'accent oratoire, l'abréviation Enj. accompagnée de chiffres romains I, II, III ou IV aux passages de Banville et de Hugo utilisés pour l'examen de l'enjambement. Les vers isolés sont représentés par un chiffre romain. On pourra donc se reporter ainsi au volume où nous avons consigné le résultat de nos lectures, à ce que nous appelons nos Tableaux généraux ou tableaux d'ensemble, et l'on jiourra comparer les exemples cités avec d'autres déclamations. Si donc l'on rencontre la notation VI 02, il faudra lire : vers sixième de la série des vers isolés, deuxième inscription due au sujet O. Si l'on rencontre la notation Gin., I, 12, 1, il faudra comprendre : fragment de Cinna, acte premier, scène quatrième, douzième vers du morceau enregistré, déclamation du sujet I. De même P G 2 B signifie : les Pauvres Gens, vers deuxième, sujet B, et ainsi de suite pour toutes les autres abréviations.

LA TRANSCRIPTION ET LA SYLLABATION

Nos textes demandaient à être transcrits en écriture phonétique, de telle sorte qu'une seule lettre exprimât un seul son, ce qui est particulièrement important pour l'analyse des hauteurs musicales et pour la compréhension des chiffres placés au-dessous des exemples choisis. De plus il y a un avantage considérable à représenter le vers comme il est prononcé, afin d'éviter des interprétations erronées et semblables à celle qu'on rencontre trop fréquemment encore dans les traités de versification. Nous avons usé du système adopté par M. Gilliéron dans son Atlas lingiiistiqw et par M. l'abbé Rousselot dans ses divers ouvrages. Cet alphabet emprunte au français courant la plupart de ses signes, mais il remplace eu par œ, ou par u; il rend par y, w, ib les /, les ou et les u consonnes; il supprime les lettres muettes ; il traduit le ch par € et \'n mouillée par y; il réserve le gz l'articulation occlusive vélaire, le / à l'articulation spirante, toutes les deux sonores, tandis que leurs variétés sourdes sont traduites par h et 4; il distingue s spirante dentale sourde et ;( spirante dentale sonore. Enfin les voyelles, selon leur timbre, ont une graphie différente. Les moyennes n'ont aucun accent, les ouvertes reçoivent un accent grave, les fermées un accent aigu, les nasales sont surmontées du signe ~ . Ainsi, un vers comme celui-ci :

Et leur àme chantait dans des clairons d'airain

sera transcrit de la façon suivante :

E lœr àniœ mtè dà de klerô d er^ '.

Bien évidemment cette écriture exprime seulement une prononciation théorique, et l'on suppose que tous les sujets ont articulé comme on le fait généralement à Paris, sans qu'on ait pu tenir compte des différence's provinciales, tel sujet dauphinois disant œrà:(ce au lieu de œrd'iœ (heureuse). Dans nos tableaux d'ensemble comme dans les exemples pour lesquels nous avons cité plusieurs déclamations différentes, l'alexandrin est régulièrement divisé en 12 ou 13 syllabes et l'on place entre parenthèse \'e muet qui peut disparaître dans certaines dictions. Quand deux syllabes sontréu-

1. Il nous semble que tous ces détails suffisent. Si l'on voulait cependant trouver des renseignements plus complets, on pourrait recourir au « Tableau des signes employés dans les transcriptions phonétiques». On le trouvera en tète du Précis de prononciation française de M. l'abbé Rousselot.

LA TRANSCRIPTION ET LA SYLLABATION

nies en une seule par s)'nérèse ou chute de la voyelle féminine, elles sont accouplées par une accolade. Si donc au lieu de ck-li-si-œ-^^œ on lit de-li-si-œ-iœ, cela signifie tout simplement que 1'/ est devenu consonne. De même la notation de-li-si-é-i{ce) indique que \'e final n'a pas été prononcé.

Dans un graphique toutes les voyelles se présentent sous la forme d'une période qui se reproduit successivement. Quand le tracé est excellent la période change de forme selon son timbre; quand il est seulement bon ou médiocre, on ne distingue que la longueur de la vibration, sans différences d'autre nature. Pour les voyelles orales, les vibrations sont plus fortes à la ligne de la bouche qu'à la ligne du nez; pour les voyelles nasales, c'est l'inverse, du moins le plus souvent (fig. 7).

FiG. 7. — A gauche la voyelle orale, à droite la vovelle nasale.

Fig. 8. — Une consonne nasale + "•

Fig. 9. — Une consonne explosive sourde + a.

Fig. 10. — Une consonne explosive sonore + a.

Fig. II. — Une consonne spirante sourde + a.

Fig. 12. — Une consonne spirante sonore + a.

Les consonnes appellent les observations suivantes : les nasales n, m, n se présentent sous une forme identique, par une occlusion à la ligne de la bouche, et au contraire une forte nasalité (fig. 8). Les occlusives sourdes (k, p, i) présentent toutes la même forme : à la bouche une tenue et une explosion, au nez une absence totale de vibrations (fig. 9). Les occlusives sonores (^, b, d) se distinguent des précédentes par l'apparition à

la ligne du nez, de vibrations laryngiennes (fig. lo). Les spirantes sourdes (€,f, 5) ont toutes la même forme : à la bouche une ligne plus ou moins courbe, absence de vibrations partout (fig. 10). Les spirantes sonores (;', v, ^, semblables aux précédentes, laissent apercevoir des vibrations à la bouche et au nez (fig. 12). L'r possède des battements accompagnés ou non de vibrations, selon qu'elle est sourde ou sonore (fig. 13). L7 est peu différente d'une voyelle, mais elle possède une légère explosion (fig. 14).

Enfin les semi-vo)'elles se distinguent des voyelles simples soit par une moindre abondance d'harmoniques dans les vibrations, soit par une légère explosion (fig. 15).

Fig. 15. — r -\- voyelle: à gauche la consonne est sonore et possède de nombreuses vibrations; à droite elle est sourde et se réduit à quelques battements. Eu français, elle se présente rarement avec cet aspect à l'initiale, mais elle est assez fréquente, selon les provinces, derrière/, k ou toute autre consonne sourde.

Fig. 14. — / + a: la verticale pointillée sépare la consonne de la voyelle juste au moment où, à la ligne de !a bouche, se produit l'explosion.

Fig. 15 . — Deux variétés graphiques d'une semi-voyelle + voyelle : la ligne de la bouche seule est intéressante. A gauche la semi-voyelle est reconnaissable à ses vibrations très écrasées. A droite il y a une légère explosion au moment où commence la voyelle.

Nous donnons un fragment d'une de nos feuilles d'expériences, afin qu'on puisse se rendre compte comment .se présentent les vers sous leur aspect graphique. La séparation des syllabes a été faite (fig. 16).

Cette séparation des syllabes est le premier travail qu'il faut accomplir quand, l'inscription une fois prise, on se trouve en possession d'un tracé. Matériellement, il n'y a là rien de malaisé, et, grâce à la ligne déjà menée selon la génératrice du cylindre, on peut, avec une règle et une équerre, construire toutes les parallèles dont on a besoin '. Phonétiquement, la division n'est pas aussi simple, puisque les sons se succèdent généralement par passage insensible de l'un à l'autre et non par juxtaposition.

I. Cf. Abbé 'Rousse]ot, Principes de phoiMque expérmeviale, p. ^46.

LA TRANSCRIPTION ET LA SYLLABATION

«Il est très difficile, dit M. Verrier ', de déterminer où commencent et où finissent les syllabes. C'est d'autant plus difficile qu'en réalité toute consonne médiane se rattache à la voyelle précédente et à la suivante par des transitions plus ou moins insensibles. » M. Sievers ^ présente des

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FiG. i6. — Ces quatre vers déclamés par C :

Enfin tout ce qu'adore en ma haute fortune D'un courtisan flatteur la présence importune, N'est que de ces beautés dont l'éclat éblouit, Et qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit.

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