PREFACE XIII
qu'il doit faire, le guident, l'avertissent que certains problèmes ont été discutés, et l'incitent à fournir une réponse aux questions en suspens. Comme telles, elles sont d'une importance indéniable, et j'avouerai pour ma part que mes devanciers, par leurs livres, m'ont été d'un très utile secours. Outre le plaisir que j'ai eu à proclamer leur perspicacité quand ils avaient raison, et à les louer quand ils avaient exactement perçu la nature des faits, je leur dois toute ma reconnaissance même s'ils se sont trompés, car, dans ce cas encore, ils ont présenté l'hypothèse, et par là provoqué un contrôle et une vérification. Ils furent par conséquent mes collaborateurs, et je n'ai fait autre chose que de déposer dans ces pages, après l'avoir émondée ou clarifiée, la conquête de leur pensée studieuse.
Toutefois les découvertes de M. l'abbé Rousselot ont eu d'autres conséquences que de modifier les conditions selon lesquelles se produisait autrefois l'observation linguistique. La phonétique nouvelle, comme son nom l'indique, est expérimentale, et toutes les enquêtes auxquelles elle prête ses moyens participent de ce caractère. On protestera peut-être, et l'on trouvera que le mot de métrique expérimentale est trop ambitieux, à moins qu'il ne soit tout à fait faux. Qu'on veuille bien réfléchir cependant, et se souvenir que toute une partie de la psychologie a déjà reçu cette épithète, et que l'esthétique elle-même commence à s'en emparer : alors on ne criera pas à l'exagération. Le mot sans doute ne fait rien à la chose, et il n'y aurait pas lieu d'insister, si l'une des critiques les plus sévères ne se rencontrait sous une plume autorisée. M. E. Landry, à qui ses études permettent de porter un jugement, puisqu'il a fait usage lui aussi des appareils enregistreurs, se refuse à adopter le terme dont il s'agit. « Sauf quelques exceptions, dit-il ', nos appareils ne suffisent pas à valoir à notre étude la qualification d'expérimentale, et c'est par abus, le plus souvent, que nous parlerons d'expériences pour désigner les observations qu'ils nous ont permis de faire. C'a été chez moi une illusion qui a trop longtemps duré, de penser que je pourrais décomposer les éléments de l'objet et faire varier les conditions de l'expérience. »
En vérité, c'est là une vieille querelle. D'autres déjà, soutenant que la phonétique expérimentale n'expérimente pas, mais se borne à constater, lui infligent le nom d'instrumentale et formulent les mêmes reproches. Il n'est pas inutile de rappeler que M. l'abbé Rousselot, dans un article récent, a fait justice de ces attaques. « Si, écrit-il \ sans modifier en soi l'acte de la parole, je m'ingénie, par un artifice d'expérimentateur, à diriger vers des inscripteurs diff'érents le courant d'air nasal et le souffle buccal, les obligeant à s'analyser eux-mêmes, et, si prenant en dérivation deux portions de ces courants d'air, je les associe de nouveau de façon à restituer le son normal par la synthèse et à l'inscrire sous cette forme, est-ce que je n'opère pas sur le son comme l'opticien sur la lumière? est-ce que je mérite moins que lui le nom d'expérimentateur ?... Si, ayant trouvé un résonateur tel qu'il décompose tous les sons formés au moyen de diapasons ébranlés devant lui, je m'en sers pour analyser les voyelles et les consonnes, complétant et vérifiant les analyses opérées par les moyens mathématiques, est-ce que je ne fais pas encore des expériences? Si enfin..., sans toucher à la source sonore, je me déplace pour permettre au son de s'analyser soi-même, tamisé en quelque sorte par la distance, ne fais-je pas encore une expérience? »
Abandonnons cependant le terrain de la phonétique générale pour rester sur celui plus restreint de la métrique, laquelle d'ailleurs usera désormais des mêmes procédés. Evidemment, si celle-ci se trouve dans l'obligation d'étudier l'accent, on ne saurait la comparer à la chimie. 11 n'y a point de creuset où l'on puisse jeter de la durée, de l'acuité, de l'intensité et un timbre défini,