‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 5 sur 250 · E. Landry, op. cit., p · texte numérisé non relu

E. Landry, op. cit., p

2. Abbé Rousselot. Revue Je phonétique, 1911, fasc. I, p. 13. — Cf. encore Gutzmann : Rapport présenté nu Congrès hryngohgique de Berlin, 1911.

porter le tout à une certaine température et en retirer un son. Si c'est cela que prétend M. Landry, il a raison. Mais qu'est-ce donc qu'une expérience? Claude Bernard nous en a avertis et l'on concédera bien qu'en la matière il n'était point sans compétence : « l'expérience, déclare-t-il, n'est au fond qu'une observation provoquée ». On pourrait s'en tenir là et trouver dans cette proposition la justification cherchée. Pourtant il faut aller plus loin. S'il est vrai qu'expérimenter est décomposer les éléments de l'objet, je ne vois pas que cela soit impossible à la métrique conçue comme je viens de le dire. Elle possède en effet tous les moyens d'une analyse approfondie; elle délimite les syllabes du vers, puis, dans ces syllabes, elle dislingue la consonne de la semi-voyelle et de la voyelle, enfin, dans chaque son considéré isolément, elle fait la part de ce qui revient au dynamisme, au temps, ou à la hauteur, elle dissocie les ensembles et découvre de quels éléments ils résultent.

Quant aux conditions de l'expérience, toujours elles demeurent variables, toujours elles restent soumises à l'action de l'investigateur, car celui-ci, dans son effort pour surprendre la nature, connaît des artifices innombrables. Il peut d'abord saisir les phénomènes dans leurs manifestations les plus simples. S'il veut étudier un terme comme cri, il lui est loisible d'inscrire tour à tour Vi tout seul, d'examiner Yr dans ra et le k dans ka. En modifiant ses dispositifs, il peut tour à tour porter son attention sur les mouvements de la langue, le travail du larynx, la nasalité ou la dépense d'air. Il substitue, s'il le veut, ïu à Vi et il enregistre alors le mot cru, ou bien il cherche s'il n'y a aucune différence entre un grand cri et un cri sourd, il parle tour à tour vite ou lentement, dans le registre le plus élevé ou le plus grave de sa voix, avec une énergie minime ou considérable, avec ou sans emphase, en détachant toutes les syllabes de la phrase choisie ou bien en leur conservant leur cohésion. Il répète en outre l'expérience aussi souvent qu'il le juge nécessaire, et il reproduit à volonté le phénomène, dont certaines particularités se retrouvent à chaque fois toujours semblables, tandis que d'autres, selon les modes de l'articulation, s'altèrent ou disparaissent : par cela même il se rend compte des rapports qui unissent les effets aux causes.

J'ai usé de tous ces moyens l'un après l'autre et je reste convaincu qu'en le faisant j'ai expérimenté, mais le plus souvent les divers textes interrogés m'apportaient l'expérience toute prête, si bien que j'avais seulement besoin de comparer. J'ai trouvé chez les poètes des vers qui commencent une phrase et d'autres qui terminent un sens, de sorte qu'il m'a été inutile de recourir à des combinaisons factices pour définir l'influence, sur l'acuité de la parole, de telle construction donnée. De même encore, les auteurs me proposaient des alexandrins de deux accents et d'autres de cinq; ils me les offraient quelquefois dans l'ordre que je souhaitais, juxtaposés exactement comme je le désirais : je n'ai donc point été obligé d'intervenir personnellement pour me ménager un assemblage favorable, et j'ai pu me rendre compte, par le seul examen, de ce que la durée totale du vers doit au nombre de ses temps marqués. Le physicien et le chimiste savent eux aussi les secours qu'autour d'eux ils trouvent dans les choses, et, s'ils en profitent, ils ne cessent point d'être expérimentateurs.

N'est-ce pas encore varier les conditions de l'enquête que de provoquer sur un môme point la déposition de plusieurs personnes, de choisir ces personnes en raison de leur situation sociale, de leur culture, de leurs goûts, et, puisqu'il s'agit de poésie, défaire déclamer les mêmes morceaux par des sujets différents? On reconnaîtra sans doute qu'une fois de plus il y a là, non pas un simple regard jeté sur la nature, mais une intervention directe et préméditée afin d'en mieux saisir le mystère, un effort pour découvrir les caractères permanents des phénomènes sous les apparences changeantes dont ils se recouvrent. Si enfin, dans les dernières pages de ce livre, je tente de soumettre à une critique objective les résultats auxquels je suis parvenu ; si, voulant me vérifier moi-même, je réunis deux appareils dont les organes inscripteurs ne sont point les mêmes afin d'en obtenir un témoi-

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