‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 125 sur 282 · Guyau, Problèmes de l'esthétique contemporaine, p · texte numérisé non relu

Guyau, Problèmes de l'esthétique contemporaine, p

5. De la Grasserie, Principes scientifiques de la versification française, p. 365.

6. Brunetière, Histoire de la littérature française classique, p. 404 (cité par Rudmose-Brown, op, cit).

Lore, — L’alexandrin. n es

pensent que le temps marqué dynamique s'accompagne d’une élévation de la voix, on ne constate jamais qu'ils se soient demandé si cette règle est absolue, et si la coexistence des accents ne souffre point d’exception.

On voit donc l'étendue de notre tâche. Nous nous proposons, dans le présent chapitre, de définir le rôle de lacuité dans le vers, comme nous avons défini celui de la durée, et selon le même plan. On remarquera, au cours des développements qui vont suivre, que les acuités et les durées, du moins dans une déclamation non emphatique, se distribuent généralement de façon semblable, sauf quelques différences que notre exposition fera ressortir.

Il résulte de là que nous avons reconnu l’existence d’un rythme musical, analogue dans sa formation au rythme temporel, et dont nous pouvons dès maintenant donner la définition, basée sur une enquête expérimentale. Le rythme musical, dirons-nous, est essentiellement constitué par une succession de membres métriques dont chacun se compose, à l'exception du pied monosyllabique, d'une ou plusieurs syllabes graves généralement en progression mélodique croissante, auxquelles succède une syllabe tonique aiguë. Celle-ci à son tour peut se faire suivre d'une syllabe grave composée d’une ou plusieurs consonnes et d’un e muet. Lorsqu'il y a terminaison de sens, le dernier membre métrique de la phrase présente une progression mélodique décroissante, la syllabe aiguë pouvant occuper la première place du groupe.

Soit en effet ce vers :

Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement. (XVI.)

Si je l’inscris en en séparant soigneusement dans la prononciation toutes les syllabes et en prenant un temps entre chacune d’elles, jé peux réussir

à articuler sur la même note les douze groupes qui le composent :

Le grœ lô de tru pô pal pi - 1è va £æ mà 300 340 320 340 340 340 340 320 340 340 340 (340 340 340 340 340 340 340 300 340 | 340 340

Chacune des formations isolées par le silence est indépendante de celles qui l’entourent; partout la hauteur musicale demeure identique, sauf les

dépressions initiales particulières aux consonnes, et sur lesquelles nous nous sommes déjà expliqué. Si au contraire je déclame le même vers avec le ton soutenu qui convient à la poésie et sans isoler les divers groupes, les mesures obtenues

sont différentes :

Le græ 16 de tru po pal pi lè va £æ md 240 260 240 220 280 280 320 260 300 300 320 340-360 280 280 300 320-340 300 300 280 300 300 320-340 O O O O

Nous nous trouvons alors en présence de quatre membres mélodiques * °0, composés chacun de trois syllabes dont la dernière, par sa voyelle, est plus aiguë que les deux premières. Les sommets ou crêtes que nous désignons par le signe O coïncident, dans les mots palpitè, vagoemä, avec les syllabes que les grammairiens nomment toniques. De plus chacun des mots Ze (les) et de (des), dont les grammiairiens disent qu’ils sont atones, s'organise avec celui dont il est suivi pour constituer un mot métrique semblable à ceux qui constituent le second hémistiche et qui, dans la graphie, forment un tout. La déclamation fait donc apparaître des groupes musicaux analogues aux groupes temporels; certaines syllabes s’effacent au bénéfice de quelques temps forts, et cette succession de dépressions et de saillies établit un rythme. :

Mais est-il possible qu’un mot, parmi ceux qu’on nomme généralement accentués, puisse se combiner, comme dans le précédent exemple, avec un mot ou un groupe de mots, de telle sorte qu’un seul membre métrique résulte de cette agrégation ? Sans doute, et nous allons le montrer.

Soit ce vers :

Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre (XIM.):

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