ALTR /2S
La finale de Laissez, dans le mot isolé, est régulièrement tenue pour tonique. Or cet impératif s’unit mélodiquement avec le pronom moi. Celuici reçoit seul le temps marqué musical du groupe tout entier comme nous avons vu qu’il en supporte l’accent temporel :
jf Le se miva mi dor mir du s0 mé de la tè rœ 260 300 300 320 300 340 300 320 280 320 300 300 360 340 300 320 320 320 340 340 320 320 320 320 320-340 300 280 O O O (e)
Laissez a disparu, moi a disparu, et il n’y a plus qu’un groupement /ese mwa, dont les deux premières syllabes sont graves et la dernière aiguë. Cette formation °%0O est identique à celle que nous avons constatée pour des mots comme palpilé, et vagæmä.
Les éléments du vers s'unissent donc selon des affinités que nous aurons à définir, mais il faut dès maintenant retenir que, du moment même qu'il se forme, le membre métrique devient au point de vue mélodique une unité parfaite et enlève leur individualité aux parties composantes, quelles qu’elles soient, sauf les exceptions que nous indiquerons plus loin. L'opinion de Becq de Fouquières, déjà réfutée par nous au point de vue de la durée, ne se justifie pas davantage au point de vue musical. Il n’y a pas lieu en effet d'établir une différence entre l’accent tonique et l'accent rythmique, puisque les deux vers que nous venons d’examiner démontrent l’inopportunité d’une telle distinction : tout accent rythmique est tonique et fait disparaître à son profit les temps forts dont les mots seraient affectés si on les articulait isolément.
D'autre part il se dégage de notre courte démonstration un fait important : c'est que la poésie se comporte exactement comme la prose déclamée d’un ton solennel, selon les caractères que nous avons reconnus à celle-ci dans notre précédent chapitre. Les graphiques montrent les mêmes rapports de voyelle à consonne dans chaque combinaison syllabique, et aussi les mêmes relations de syllabe à syllabe dans chaque membre métrique. En outre, les expériences faites à propos du discours ordinaire nous ont fait connaître à quels signes se manifeste l’'emphase. Comme pour la durée, et en possession de la base certaine que nous fournit notre première enquête, nous pouvons par conséquent faire deux parts dans les phénomènes que nous aurons à examiner, distinguer les accidents purement oratoires de ceux qu’on doit considérer comme simples et normaux.
On ne s’occupera ici que de ces derniers seulement; les autres trouveront place ailleurs. On rappelle que l’expression varie selon les divisions du vers et que des formations emphatiques peuvent en avoisiner d’autres qui ne le sont pas : les remarques que l’on présentera à propos des exemples choisis seront donc seulement valables pour les groupes qui dans le vers seront spécialement signalés.
Les combinaisons de syllabes sur lesquelles se fonde le rythme musical doivent tout d’abord attirer notre attention. Elles ne sont pas très nombreuses et se résument dans un court catalogue. Les types que nos tracés nous ont permis de déterminer sont de tous points comparables à ceux que l’analyse des durées nous a fait découvrir. Nous avons donc reconnu l’existence des membres ou pieds métriques suivants :
1° Le pied d’une syllabe, formé par un groupement articulatoire dont la voyelle est aiguë, et qui s’isole naturellement dans la prononciation (0).
Meurs, s’il y faut mourir en citoyen romain.
Crois qu’il m'en a coûté, pour vaincre tant d'amour.
Mr si li fo mu rir à si to Ye ro mè 240 320-280 260 280 280 280 280 260 280 280 300 220 240 240 240 240 280 240 260 220 220 O O O
Krwa eil mä na fui té pur vë kræ tà da mar 260 360 440-400 420 420 400 420 400 420 420 440-380 360 340 300 380 360 360 340 320 360 360 400-320 320 O O O O (Bér., 8 G.)
Ce pied, comme tous ceux que nous allons énumérer, peut être séparé de ceux qui l’entourent par un silence. Il peut aussi ne pas l'être. Il est généralement constitué par une interrogation, une exclamation, un impératif, et se rencontre le plus souvent au début de chaque hémistiche. A d’autres places, il est plus rare. |
2° Le pied de deux syllabes, dont la première est grave et la seconde aiguë, et qu’on peut appeler iambe musical (*O).
Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés.
Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
ie si kœ la ver ti læ krim a se dæ gré 340-480 640-600 500 520 560 560 620 540 640-600 420 480 440 640 620 560 620 480 640 480 500 660-320 O [®) O O
(XXIL, K 1°.)
Me vwa yé ré gar dé e jé kel ke pu d@ær
280 280 220 220 280 300 500-300 320 400 320 400 400 400 620-420 480 380 540-460 400 380 400 400 400 580-420 380 O O O O CN-Bro8):)
Ce pied à toutes les places est très fréquent. 3° Le pied de trois syllabes, dont les deux premières sont graves et la troisième aiguë, et qu’on peut appeler anapeste musical (*°0). Il est aussi commun que le précédent.
Je suis romaine, hélas, puisque Horace est romain. Remmaillant les filets, préparant l’hameçon…
Jæœ stvi ro mÊn e làs prvis ko ras e ro mè 280 340 360 360 360 400 440 480 400 400 400 460-500 360 360 360 360 400 | 320 320 320 320 360-320 O O O O (HI, © r°:) Rà ma yà le Ji lé pre pa râ la mœ sû 240 300 300 320 280 340 | 320 320 340 340 360-420 280 300 320 320 360 320 360 360 360 420-480 O O O (P.G., 23 E.)
4° Le pied de quatre syllabes, dont les trois premières sont graves et la quatrième aiguë (**°0). C’est l'équivalent du péon, tel que nous l’avons déterminé au point de vue des durées : Après des feux, des cieux, des cieux, des cieux, dés cieux. Je me sentais joyeuse et calme, Ô mon amant...
À pre de & de sy& de sy® de sy® de sy® 320 380 280 380 480 280 400 440 440 280 400 480 480 360 400 360 440 360 400 440 460 O O O O (®)