‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 136 sur 282 · PG:, 18 G · texte numérisé non relu

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s° La cinquième syllabe porte un accent.

Les cas sont rares où le temps marqué tombant à cette place concorde avec une suspension de sens, et nos tracés ne nous en fournissent qu'un seul échantillon : c’est un vers emprunté à Th. de Banville et par conséquent essentiellement moderne. Comme nous l’avons fait observer à propos de la durée, les théoriciens ont généralement condamné la coupe cinquième, afin de conserver à lhémistiche sa valeur traditionnelle : ils craignaient que la syllabe forte en position cinquième, par son contact avec la césure, ne fit perdre à celle-ci l’importance qu'elle devait avoir. La combinaison se rencontre pourtant chez Hugo, mais lorque la séparation des mots est assez forte pour permettre la coexistence de deux accents successifs. Elle est devenue d’un emploi courant dans la poésie contemporaine, sans avoir pour condition le maintien du temps marqué de l’hémistiche.

Cependant, sans parler de circonstances telles que le déplacement oratoire, la réduction d'un hiatus intérieur ou la non-prononciation d’un e muet, qui peuvent amener dans le vers une syllabe aiguë à la cinquième place, il faut indiquer que la chute de la phrase coïncidant avec la césure produit fréquemment le même résultat . De nos deux exemples le premier présente une suspension de sens, le second une conclusion :

Le destin d’Atys, noble et pur comme une lame... Bon appétit, messieurs ! O ministres intègres…

Le des tè dA tis no ble pur ko mu n(œ) la mœ 220 240 220 260 240 240 240 280-220 200. 220 200 240 240 260-220 240 220 220 220 220 220 220 220 240 e O 127 O

(Eng, 1232)

Bo na pe ti me sy® O mi nis træ zê tè græ 240 320 400 400 400 460-200 200 220 200 180-160 300-360 300 300 320 320 280 280 260 300 220-180 200 200 200

O O 760 (e) O (e) (RB.,1 R.)

La coupe cinquième, à cause des conclusions de sens, se rencontre donc beaucoup plus souvent sous l’espèce musicale que sous l’espèce temporelle. 6° La sixième syllabe porte un accent.

Il n’y a point de difficulté. C’est la place de la césure, l'endroit où les poètes classiques terminent nécessairement un groupe rythmique :

Et monté sur le faite, il aspire à descendre. Tout cela part d’un cœur toujours maître de soi...

Ë mû té sur lœ fèt î las pir a de sà dræ 320 320 320 360 340 300 340 340 400 440 280 300 300 320 240 240 260 280 260-200 200 200 200 (e) © Ÿ26 (e) (e) (Gin Ar4EC) Tu sæ la par d& kr tu jur mê træ dæ swa 240 240 240 340 220 200 200 260 300 240 420 260 480 400 300 500 380 440 440 500 360 280-200 O O O O

(Andr., 15 J.)

7° La septième syllabe porte un accent.

De même que pour l'accent temporel il faut distinguer deux cas. Ou bien l’hémistiche est déjà affecté de sa coupe normale et le temps marqué de la septième syllabe succède à celui de la césure, comme dans nombre de vers classiques :

Je ne rendais qu'à moi compte de mes désirs.

Jœ nœ râ de ka wa kÔ 1@ dæ 11e de zi 300 320 320 320 300 320 280 340 340 360 360 360-280 280-300 280 260 260 260 260 220 280 260 260-220 180 O (®) e O

| (Per. s13 -C:)

Ou bien le sens ne permet pas d'appuyer sur la sixième syllabe et la septième seule est aiguë. Cette construction, condamnée par la plupart des critiques, est devenue fréquente dans la poésie contemporaine :

.. = Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond?

Di nœ vu dre [u pa vwAr u ne twal 0 fo 300 600-400 400 520 500 540 460 460 460 460 460 360-380 460 400 420 400 420 400 540-600 280 260 280 O e O O O

(Hern., 22 R.)

Dans le vers classique, seul un artifice de déclamation peut faire apparaître ce second type au lieu du premier. Les poètes du xvn° et du xvue siècle n’eussent point admis un temps marqué à cette place en l’absence de coupe à l’hémistiche. 8° La huitième syllabe porte un accent :

Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés.

Ta funeste valeur m’instruit par ta victoire.

de si kœ la ver ti læ krim a se de gré 300-360 400-360 340 340 360 320 360 380-440-400 320 360 400 400-360 360 360 380 340 400 360 380 440-260 O O O O (XXIIE, G.) Ta fu nès 72 va lœær mèês tradi par ta vik tuwd ræ 240 280 300 360 320 300 320 320 340 280 260 280 280 300 280 280 280 ‘280 320 260 240 220 200 200 O O O O (Cid, 9 R.) Il n'y a pas la moindre difficulté, non plus que pour les aiguës neuvième et dixième. 9° La neuvième syllabe porte un accent :

Accourez, mes faucons, jai le nid, j'ai la proie ! Aux planches d’un bahut vaguement étincelle.

À ku ré me Jo kÔ je lœ ni je la prwä (æ) 220 340 320 480-440 320 320 340 540-460 200 280 320 320 240 460 200 260 220 300 220 220 180 O O (o] (e) »

(XV, 0.) O pla €@ d& ba ü va gæ mû le tè sé (læ) 200 200 240-200 220 200 220 180 220 240-220 200 200 180 200 200 220 200 200 220-240 200 O O O CRIGE RES)

10° La dixième syllabe porte un accent :

Après des feux, des cieux, des cieux, des cieux, des cieux. L’heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !

A pre di Jæ de sy® de sy® de sy® de sy& 320 380 280 380 480 280 400 440 440 280 400 480 480 360 400 360 440 360 400 440 460 O O O O (XVIII O 2°.) L& rœ sô bru LEs pay a go ni à tœæ pl& r(œ)

o o () (RB., 5 E.)

11° La onzième syllabe porte un accent.

Les observations sont les mêmes que pour la coupe cinquième. Les cas sont rares où le temps marqué tombant à cette place concorde avec une suspension de sens, et les théoriciens ont généralement condamné cette construction qui leur semblait porter atteinte à l'intégrité de la rime. Elle se rencontre assez peu chez les classiques, seulement dans le dialogue, et quand il y a changement d’interlocuteur ; mais elle est devenue d’un emploi plus courant au xIx° siècle. En voici un exemple :

Tel Satan à travers vaux, monts, rocs, bois, lacs, prés,

Tel Sa tà d tra ver vô mû rok bu lak pré 320 320 380 320 360 300 360 320 320 320 400 520 240 500 380 440 260 300 400 280 360 320 340-240 O “20 e 0137 O *35 O *29 O 734 O:Y15 (e] (XIII K re.)

Sans parler de circonstances telles que le déplacement oratoire, la réduction d’un hiatus intérieur ou la non-prononciation d’un e muet, qui peuvent amener dans le vers une syllabe aiguë à la onzième place, la chute de la phrase, coïncidant avec la rime, produit fréquemment le même

résultat :

Et par un beau trépas couronne un beau dessein. E pa r& b6 tre pà ku ron æ bô de sè 220 220 240 260 240 320 300 320-280 300 260 320 280 260 200 280 300 300 220-200

e O O (Gin. 1, TOR)

12° La douzième syllabe porte un accent :

Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue. Immoler Troie aux Grecs, au fils d'Hector la Grèce ?

Tu Pa ri pur Ci mèn a le x)& dæ Ro dri gœ 280 320 320 420-300 340 320 360 360 400 380 320 340 360 300 300 400-380 340 380 360 400 320 360 440-260 240 280 O O [e) O (XXII, G.) Im mo le Truwû 0 Grék D'UN dEk tor. la Grè sæœ 320 360 320 360 400 400 280 280 420 380 340 320 360-400 300 340 300 340 360 400 340 340 340 300 360 240 O O " O O

(Andr., 14 J:)

13° La treizième syllabe porte un accent. | Le cas, nous l'avons noté, se présente rarement, mais il peut se rencontrer exceptionnellement lorsque la fin du vers concorde avec une suspension de sens, comme dans l’exemple suivant :

Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes.

Ê kô træ ma du lœr jo re sà ti de €ar Inœ S40 600 580 580 580 580 s8o 580 580 620 520 s20 540 $20 540 580 580 560 580 620 620 680 680 (e] (e) (e]

(Cid, 17 w.)

LE SENS ET LE RYTHME : LA SUBORDINATION DES ACCENTS 20i

ou encore, comme il est loisible de le supposer sans que cependant nos tableaux généraux nous en fournissent le moindre échantillon, lorsque la syllabe féminine de la rime, par suite d’enjambement, fait partie intégrante d’un pied rythmique de conclusion, terminé seulement au début du vers suivant. L’éventualité du temps marqué musical affectant la treizième syllabe n’a été naturellement envisagée ni par les poètes, ni par les théoriciens.

Des faits intéressants ressortent de cet exposé. Comme les coupes temporelles, les coupes de hauteur se répartissent normalement selon les divisions du texte et peuvent apparaître en tout endroit de l’alexandrin, selon la volonté du poète : les diverses combinaisons employées par celui-ci lui servent à varier son rythme et à produire les effets qui lui sont indispensables. L’acuité toutefois, comparée avec la durée, présente deux différences notables. D’abord la position de l’accent, à toutes les places, n’est pas déterminée obligatoirement par une suspension de sens, mais peut résulter d’une conclusion : il s’ensuit que les syllabes cinquième, septième et onzième sont plus souvent aiguës qu’elles ne sont longues, même quand les poètes construisent leurs vers selon les formes les plus étroites de la tradition classique. En second lieu, la finale féminine de la rime peut, par exception, être la plus haute du groupe auquel elle appartient sans pouvoir jamais supporter le temps marqué temporel.

Il n’y a pas d’alexandrins dépourvus d’accents musicaux intérieurs, car-la voix, dans la déclamation lente qu’exige la poésie, pour donner aux divers moments de la pensée leur relief nécessaire, est obligé de morceler le texte en fragments assez courts. On doit toutefois se demander si certains sommets d’acuité ne l’emportent pas sur les autres, en raison soit de la place qu'ils occupent, soit de leur importance dans la phrase. La question, déjà examinée au point de vue de la durée, se pose à nouveau pour le rythme mélodique.

Il ne s’agit pas ici de classer tous les faits que nous apportent nos tableaux généraux, mais seulement de fournir quelques brèves indications : elles sont indispensables à un exposé dont le but est d’expliquer la structure du vers ; elles seront rappelées où commentées plus longuement dans les deux chapitres consacrés, lun à l'accent oratoire, l’autre aux hauteurs comparées, dans ce dernier surtout, où l’on s’efforcera de définir plus exactement les ressources musicales dont la voix dispose. On se contentera pour le moment de dire que la subordination des accents d’acuité peut s'étendre à toute une série de groupes rythmiques et même à plusieurs vers, à l'inverse de ce qui se passe pour la durée. Les phénomènes les plus caractéristiques sont les suivants :

1° Dans un alexandrin de facture classique fortement construit et dont les deux hémistiches s'opposent ou ne sont pas liés intimement l’un à l’autre, les syllabes aiguës, sixième et douzième, sont ordinairement plus hautes que les autres temps marqués du vers, pourvu qu'il y ait suspension du sens. En cas de conclusion, soit à l’hémistiche, soit à la rime, ce rapport se trouve modifié :

Rechercher une Grecque, amant d’une Troyenne ? Et par un beau trépas couronne un beau dessein. Ra cer cÈ ru nœ Grèk a mû du nœæ triwva yé n(æ)

« en ee ES

O O [e] (Andr., 10 EF.) F pa r& b6 tre pà O7 ron œ bô de sè 300 320 340 340 280 380 360 380-440 400 360 440-360 320 320 300 340 240 300 320-220 e O 130 ES le) :

(Cin., I, 10 C.)

Dans ce dernier exemple, la rime termine la phrase et l’accent n’est maintenu à sa place ordinaire que par l'effort oratoire : il ÿ a cependant une chute de la voix nettement caractérisée : elle est encore plus sensible lorsque, conformément à la règle générale, le temps marqué remonte d’une

ou deux syllabes.

LoTe. — L'alexandrin. Je

2° Les aiguës sixième et douzième perdent leur valeur éminente au profit d’un sommet musical placé à l’intérieur de l’hémistiche toutes les fois qu'il y a nécessité d’accorder à tel membre un relief particulier.

Crois qu’il m'en a coûté, pour vaincre tant d'amour, .… : 2

Rovs kil mû na ku té pur vê kræ tà da mur

220 440 440-320 340 320 300 320 320 320 320 360-340 320 320 260 340-320 260 320 360 : 360 360 360 400-380 O O O O (Bér., 8 C.)

Même dans un alexandrin classique répondant à la définition précédemment donnée, le cas se produit souvent, par simple besoin de variété :

Ta funeste valeur m'instruit par ta victoire.

Tara nes tœ va Lœr mes trübi par la vik wa rœ 240 280 300 360 320 300 320 320 340 280 260 280 280 300 280 280 280 280 320 260 240 220 200 200 (e) (o} (e) (e) (Cid, 9 R.)

Il faut ajouter qu’ainsi la succession des groupes rythmiques, dans un même alexandrin, présente parfois, du début à la terminaison, une gra-

dation descendante des temps marqués :

Mon cœur en ce moment ne vient pas de se rendre.

Mô kr à sœ mo mû nœ vye pâ dæ sœ rà dræ 300 380 380-400 320 340 360 320 320 300 320 280 280 260 260 280 300-240 220 220 240 240 260-220 200 200 220 (e) O l O O 5e (Bers 2,05)

3° Si dans le même vers ou le même hémistiche deux membres métriques ont la même valeur au point de vue du sens, l’un ou l’autre, ad

libitum, peut être affecté de l’accent le plus aigu :

Le siècle ingrat, le siècle affreux, le siècle immonde.

Le syé kle gra lœ syé kla fr& læ syè klim mô dæ O 1° 240 240 300 320 340 340 340 360 400 300 300 280 320 360 360 360 440 340 340 340 340 340 420 400 340 460-300 200 200 (e} | (e) O 2° 280 340 340 340 360 400 300 340 420 300 320 300 360 300 300 400 400 320 320 320 320 340 340 320 320 360-280 240 280 (e] ere) (e] (XXL.)

On peut comparer ces deux déclamations successives et reconnaître que le rapport des syllabes quatrième, huitième et douzième n’est pas demeuré identique. Il en est ainsi dans toutes les répétitions d’un même groupe rythmique et dans toutes les énumérations quand elles ne comportent pas de gradation. L'égalité des hauteurs se rencontre très rarement, mais l’on peut toutefois citer cet exemple :

Porte, porte chez lui cette mâle assurance.

Por 1œ pèr tœ €e livi se tæ mal a Sisce ra s(æœ) 320-400 340 360 320-400 360 320 380 ‘ 340 340 340 300 300 300 280-320 320 280 300 320 320-260 O O OF O O (Creer É)

Il ressort des chiffres transcrits que dans l’alexandrin et aussi, peut-on dire, dans le vers français de quelque mesure qu'il soit, il n’y a pas de syllabe privilégiée, destinée à recevoir de façon absolue et constante l’accent musical le plus aigu du vers ; ou, pour reprendre la formule dont nous nous sommes déjà servi à propos de la durée, il ne suffit pas que.la syllabe soit seconde, cinquième, neuvième ou douzième, qu’elle occupe dans la série tel nu-

méro d'ordre pour

qu'elle doive, nécessai- J rement et fatalement,

supporter l'élévation la 2-6 plus considérable de la an VOIX.

Musicalement, d’ail- 3-12 leurs, encore moins 7-11 que temporellement,

il ne saurait en être FE ainsi, parce que les te fins de phrase ou les pieds rythmiques trai- NS.

tés comme tels modi- 2r2 fient non seulement la position de l'accent, mais déterminent encore un abaissement de la voix, sans que ce

phénomène se produise dans l’alexandrin à des places fixes. IInous suffira (cf. ci-contre) de présenter les résultats

fournis par le passage.

d’Andromaque qui f-

gure dans nos tableaux d'ensemble : c’est celui ; où les temps marqués varient le moins au gré des suspensions et des conclusions du texte, pour des raisons qu'on exposera ailleurs. Nous indi-

quons pour chaque sujet et pour chaque vers, sans tenir compte des accidents secondaires, les deux syllabes accentuées qui sont affectées des acuités les plus importantes :. | Ce tableau doit être commenté. Deux vers (26, A et 32, G) présentent des sommets d’acuité égaux ; quarante autres sont combinés de telle

façon qu’un seul accent l’emporte sur les autres. Pour user d’une formule différente, dans cet alexandrin :

Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous,

O XY® de tu le Grék ë di ué kô træ va 300 280 300 340 300 320 340 340 350 300 340 380 360 320 360 340 380 360 360 360 340 360-520 O O (e) ee (Andr., 31 L.)

les temps marqués se classent ainsi : celui de la douzième syllabe est le plus considérable, celui de la seconde le moins élevé, ceux de la sixième et de la neuvième d’une hauteur sensiblement égale, sans que l’un d’eux plus que l’autre occupe dans le vers une situation privilégiée. Notons aussi que les acuités principales, cataloguées comine il a été dit à raison de deux par vers, affectent les diverses syllabes de l’alexandrin selon la

fréquence suivante : elles tombent

14 fois à la 1° place 4 fois à la 7° place DOS ERREUR IO — 8° — SR RERT D Te MEET DÉS UNS LD erEl Re Ed 2 TASER SS ON ES FM ep DT TE GDS Se CREME T SEE

Cependant, si cette liste paraît indiquer une prédilection des accents les plus élevés pour la sixième et la douzième syllabe, l’on doit se garder d’en tirer des conclusions exagérées : la combinaison 6-12 n’est rien moins que constante et ne se produit dans une même déclamation que pour un petit nombre de vers. On n’en rencontre que trois exemples chez A ; ailleurs 6 ou 12 s’associent avec d’autres temps marqués ou ne reçoivent qu'un relief médiocre. Cette remarque justifie donc ce que nous avions avancé tout d’abord : l'accent d’acuité principal n’est pas lié indissolublement à telle syllabe du vers ; il est essentiellement mobile et peut affecter n'importe quelle place du texte.

Cependant, comme nous l’avons fait pour la durée, nous devons rechercher si les membres métriques, tels que nous les avons définis, sont stables, et si le principe d’après lequel le rythme est déterminé par lé sens demeure sans exception. Sans parler des accidents emphatiques qui seront l’objet d’une analyse spéciale, il est tout un ensemble de faits qui trouvent leur origine dans des nécessités purement phonétiques et dans

1. Les chiffres désignent le numéro d’ordre des syllabes dans le texte écrit, sans qu’on tienne compte des transformations opérées dans la déclamation par la non-prononciation de le muet ou par la réduction d’hiatus intérieurs. Le signe X< signifie que plusieurs temps marqués sont de même valeur, de telle sorte que le choix a été impossible.

la lenteur du débit. Nous allons essayer de les définir et de les classer : nous pouvons indiquer dès maintenant que musicalement et temporellement les phénomènes sont étroitement apparentés et se correspondent.

Le cas où deux syllabes accentuées se succèdent attirera d’abord notre attention. Les temps marqués en contact se maintiennent généralement purs toutes les fois que le sens exige une forte séparation des pieds rythmiques et que les deux aiguës doivent être affectées d’un relief particulier, relief indispensable à l'intelligence du texte. On en aura un exemple dans ce vers :

Il est beau de mourir maître de l’univers.

1 le b6 dæ mu rir mé træ dæ lu ni vêr 400 440 440 380 460 400 400 440 440 440 520 320 320 360 320 300 340 360 360 360 360 380 320 260 240 O O O O (15162)

Le mot waître se détache parfaitement du mot wourir, et tous les deux conservent leur individualité de façon à frapper l’oreille sans la moindre confusion : la sixième syllabe clôt un membre métrique, la septième en commence un autre. Tous les sujets sont d’accord.

Toutefois deux aiguës successives ne vont pas sans quelque difficulté. Elles ne peuvent coexister qu’à une seule condition, c’est que la seconde soit moins haute que la première, faute de quoi celle-ci s’absorbe et disparaît. En réalité la déclamation s’accommode mal de ces rencontres, et seule une nécessité absolue maintient le contact exigé par le texte. Le plus souvent la voix s’efforce, par une série de tricheries caractéristiques, de supprimer ou d’adoucir le concours jugé pénible, peut-être inharmonieux.

Le silence joue ici le même rôle que pour la durée; il interrompt la progression mélodique et isole les pieds rythmiques en présence : l’efet est alors produit et le choc supprimé.

Pas un nuage au ciel. Tout, comme nous repose, Quoi ? sans que ni serment ni devoir vous retienne.…

P4 x® nu aq DT syél tu ko m(æ nu ræ p6 xæ 320 280 400 320 320 440 380 420 440 460-380 380 540-400 400 360 360 440-380 360 360 400-340 300 300 “ Oo O 30 o (e) (e) (Hern., 7 G.) .Kwa sà ka ni ser mû ni de vwar vu ræ tyèn (772 200 300-280 320-420 380 380 400 360 360 340 360-500 360 360 320 320 260 280 400 300 260 300 320 380 480-580 560 540 540 04440470 & (o) e (e) (o)

(Andr., 9 À.)

Il n’y a pas continuité mélodique dans le premier vers de la sixième à la septième syllabe, ni dans le second de la première à la deuxième. L’indé-

pendance des temps marqués subsiste cependant, car ils sont séparés par une pause. Autre procédé : un e muet non écrit peut intervenir entre deux aiguës. Cete muet est alors comme un léger point d’appui sur lequel la voix prend son élan pour articuler le second accent. La difficulté, comme dans les deux exemples qui précèdent, se trouve ingénieusement tournée

sans que les mots perdent de leur relief :

Il est beau de mourir maître de l'univers.

Viens voir la belle nuit, — Mon Duc, rien qu’un moment ! 1 L b6 dæ mu ri rœ mè trœ dæ lu ni vêr 320 320 340 280 400 320 360 340 380 360 380-400 360 360 280 380 360 360 360 360 360 360 360 380 300 280 200 O O O O (1, P 10.)

Vye vwar la be læ nvvi m0 du kœ ryè k& mo mû 300 320,560 360 360 540-400 280 280 280 280 280 280 280 260 240 220 240 380 320 400 340 260 260 360 300 280 320 300 280 O O 120 O O O

(Hern., 1 R.) Il arrive aussi que les deux moyens soient combinés : Maïtre de mon destin, libre dans mes soupirs… Me trœ dæ môû des tè œ@ li bræ da me su pir 280 320-380 340 360 340 360. 340 360. :340 360 300-380 300 300 400 360 360 360 340 380 340 400 380 400-420 260 O Oo 24 Op e O (Bér= TA)

Mentionnons enfin une atténuation quasi-inconnue à la durée, mais qu’on peut fréquemment constater dans les successions musicales : l'accent remonte dans le premier des membres rythmiques en contact, soit qu’on ait réellement traité celui-ci comme une fin de phrase, soit qu'il y ait eu déplacement oratoire, déplacement beaucoup plus facile à réaliser mélodiquement que temporellement. Le concours des temps marqués se trouve alors supprimé :

Viens, respire avec moi l’air embaumé de rose!

Vyê res pir a vek mwa lèr à bo mé de rô x(@æ) 300 300 440 200 340 300 260 260 220 280 220 200 240 220 240 260 240 200 240 240 240 200 240 200 200-180 O Ÿ21 O O (e) O (Hern., 8 J.)

Tisseur ! a signalé la dureté résultant de la rencontre de ce qu’il appelle deux « lèves ». « Le besoin d’alternance est tel pour notre oreille, écrit-il, qu'il y a lieu de s'étonner qu’antérieurement à Quicherat, personne n'ait signalé cette loi. » Or il est bien évident que deux syllabes aiguës placées côte à côte peuvent donner au rythme une certaine fermeté en rapport avec l’idée exprimée. C’est ce que concède implicitement le critique lyonnais quand il vante le premier de ces vers :

Muses ! vous savez tout, vous, déesses, et nous Mortels, ne savons rien qui ne vienne de vous (Chénier.)

mais il attribue l'agrément de cette combinaison métrique à une pause marquée par la virgule et qui sépare les deux hémistiches. Or nous avons

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