L’EFFORT ORATOIRE ET L'INTENSITÉ SYLLABIQUE
Nous avons vu que dans une prononciation emphatique l’accent temporel se déplace et qu’il affecte alors une syllabe non finale. Nos expériences prouvent que l'intensité, pas plus que la hauteur musicale, n’est liée indissolublement aux modifications de la durée. Ou bien la durée seule quitte sa place ordinaire, ou bien elle entraîne avec elle soit la hauteur musicale, soit l’intensité, ou bien celles-ci se séparent l’une de l’autre Sans cependant coexister l’une ou l’autre avec la longue. On peut cependant noter que l’accident de temps s'accompagne généralement d’un accident dynamique, de telle sorte que pour deux exemples particulièrement intéressants on trouve :
stra pô tè 240-120 160 80-40 A ét:
stra pô 1è 235-220 180 170-140
Les durées se répartissent selon le schéma = Ÿ — dans les deux inscriptions, les hauteurs musicales selon le schéma * °O dans la première et 9°0 dans la seconde avec acuité dominante sur la syllabe initiale de celle-ci. L’attraction dont il s’agit est surtout sensible s’il y a chute de la voix, car alors, dans les mots trisyllabiques ou quadrisyllabiques dont l’initiale accroît sa valeur temporelle sous l'effort oratoire, l'accent d'intensité se fixe rarement sur la pénultième, mais remonte généralement de façon à coexister avec la longue emphatique. On comparera, quant au dynamisme, la prononciation normale conclusive avec celle dont nous étudions ici les manifestations (cf. tableau). Pour le mot frôpé les audibilités ne rendent pas compte du
travail effectué. Les amplitudes ont été plus fortes sur la pre-
mière syllabe que sur la seconde, mais, comme l'air a surtout DU PAASE AU CR EMPHASE
passé par le nez, une réduction a été nécessaire. Sauf cette exception, le schéma rythmique concorde avec celui que fournissent les hauteurs musicales (cf. p. 174). Dans le mot strapôtè
et dans les autres exemples, le fait que le temps marqué dyna- strapôle mique tombe sur une syllabe affectée d’un allongement cosonan-
tique permet d’ailleurs de conclure à un phénomène oratoire. krœvé
L’effort produit, à ne considérer que les chiffres d’audibilité,
peut être, il est vrai, difficilement constaté, car les groupes présen- chksplwaté tent l’aspect courant des fins de phrase, mais il laisse cependant des
traces certaines. Nous pouvons en eflet noter, en prenant pour trôpé
point de départ les intensités minima dans les deux prononciations, que l’effort, quand il y a articulation emphatique, est beaucoup plus considérable sur la syllabe accentuée. On peut en conclure que l’accroissement de durée qui frappe dans strapôte, krœvé, trôpé, grèsé, la première partie du mot, ét dans eksplwaté la seconde, a pour résultat, en faisant attendre la voyelle, de lui conférer une énergie plus forte.
Certes le déplacement oratoire, pas plus au point de vue de l’acuité qu'à celui de lintensité, n’est conditionné par la présence nécessaire d’une
consonne, au contraire ce qui se passe pour la durée, et c’est à une emphase involontaire qu’il nous faut attribuer la place de l’accent dans le groupe &fé que nous avons réservé au début de ce chapitre. Il n’en est pas moins certain que la consonne, là où elle existe, joue un rôle considé-
grêsé
rable. Plus l'occlusion ou plus la constriction sont énergiques, et elles le sont en raison du temps employé — nous rappelons ce que nous avons dit des consonnes doubles —, plus la sortie du souffle s’opère brusquement, et par conséquent plus la-voyellé se trouve projetée avec violence.
Elle regagne donc en force ce qu’elle perd en durée. Nous reproduisons une inscription emphatique du mot grésé où l’r a pris une valeur considérable. La grande amplitude des vibrations très aiguës de la voyelle # (fig. 27) en est la conséquence. Si au contraire on veut malgré lemphase produire une impression de douceur, la voix use d’un autre procédé : la consonne dans sa première partie est très énergique, mais elle devient, plus molle au moment de l'explosion et la voyelle demeure normale. On en jugera par un autre tracé, celui du mot diy (digne). Les vibrations de la consonne initiale sont très fortes au début, puis elles s’affaiblissent de telle façon que la voyelle resté modérée : l’audibilité maxima de celle-
F1G. 28. — Le mot dign(e) . La durée relativement considérable du d est l’indice d’un effort emphatique, sans que toutefois cette consonne l'emporte sur la voyelle suivante. Mais l'explosion est douce, réduite à un minimum de force, et, bien avant l'apparition de l’, les vibrations laryngiennes sensibles à la ligne du nez, très intenses à leur début, se sont affaiblies. Le tracé est significatif,
ci est seulement de 120" ; elle aurait pu atteindre 205" si l’effort maximum avait été fourni (fig. 28). Ce fait explique que dans le vers le déplacement oratoire de la durée n’entraîne pas toujours un déplacement concomitant de l'intensité.
Si nous passons maintenant à des propositions entières, il nous suffira de reproduire les deux courtes phrases que nous avons déjà adalysées. précédemment. Ce sont celles-ci : &-n-avoka ëékapablæ dæ pledé-r-un moves k6z (un avocat incapabe de plaider une mauvaise cause), et @ Zur marté byè-n-âmäeé sœ truvé dä sa më (un lourd marteau bien emmanché se trouvait dans sa main). Nous transcrirons les durées et les acuités en y ajoutant les audibilités. |
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