FORTES ET FAIBLES. — VERS MONOSYLLABIQUES ET SYLLABES FÉMININES
Les fins de phrase sont relativement peu fréquentes et ne transforment qu'un petit nombre de groupes rythmiques. Si au contraire l’on se borne à considérer les deux premières séries déterminées par nous, il est manifeste que les durées, les acuités et les intensités se répartissent selon des successions identiques. Les accents eux-mêmes, quelle qu’en soit la nature, présentent des caractères communs que nous allons mettre en lumière.
Ni les syllabes longues, ni les syllabes aiguës n’ont de valeur fixe et constante : de même la voix ne concède jamais la même énergie aux syllabes fortes, ou bien c’est là l’effet d’un pur hasard. Il n’y a pas besoin que l'élément en relief possède telle puissance acoustique pour qu’il y ait temps marqué. Dans les exemples transcrits jusqu'ici, le moindre accent porte seulement à ro" (P.G., 25 B), le plus considérable au contraire à 480% (XXIV, K 2°), c’est-à-dire que celui-ci est 48 fois plus important que celui-là ‘. Notons d’ailleurs que dans les conclusions la voix tend vers lannihilation complète, tandis que dans les suspensions elle à chance de produire des audibilités d’autant plus grandes qu’elle se maintient davantage dans les tons du médium. Il faut de plus remarquer que les variations dynamique se succèdent dans de très courts intervalles de temps. L’6 du mot «odæ (XXIV, K 2°), qui dure 47°, après avoir atteint 480" de distance auditive, tombe rapidement à 90". Pour le sujet G, il passe de 255" à 15". On relèvera d’une façon analogue le brusque changement qui se manifeste dans le dernier membre de cet alexandrin : |
Ce pouvoir souverain que j'ai sur tout le monde...
Sæ pu vwar su v(æ) rè kœ jé sur lu K(œ) wi de 115 70 70 70 75 120 95 95 20 120 210-85 10 A A A A
(Cid, I, 2 C.)
Entre l’initiale faible et la tonique il y a différence de r à 10.
L’accent d'intensité est donc, comme les accents de durée et d’acuité, susceptible de gradations infinies. Il se détermine d’ailleurs comme eux et il résulte du sommet constitué par une syllabe quelconque du vers, comparée avec celles qui l’entourent. Il frappe régulièrement l'élément final de la mesure métrique, sauf quand celle-ci possède une terminaison féminine ou qu'il y a fin de phrase. En règle générale, il coïncide avec les divisions du sens, et le rythme qu'il engendre est normalement ascendant, exception faite pour les groupes dits de conclusion, ou pour ceux que l’effort oratoire transforme, selon des modifications assez fréquentes qui feront l'objet d’une discussion particulière. De même que les divers membres du vers n’ont pas de durée ni d’acuité spécifiques, de même ils n’ont pas non plus d’intensité fixe : telle valeur dynamique qui dans un pied est atone recevra dans un autre le signe de la tonique A : tout dépend des syllabes avoisinantes, où, si l’on aime mieux et en d’autres termes, le temps marqué est toujours d’une énergie relative.
Voici en eflet deux alexandrins :
Car enfin, n’attends pas de mon affection...
De quoi qu’en ta faveur notre amour m’entretienne. . . *
1. Sauf naturellement, comme nous l'avons fait remarquer, que l'air a été plus ou moins parfaitement recueilli, selon les sujets, par l'embouchure qui conduit le souffle aux tambours inscripteurs.
Ka râ Je na là pà d(œ) mô na Jehk - si -Ô 20 5-45 40-50 25 75 90-60 30 45 65 40 70 À Y24 A a Dœ kwa ka ta fa V@®T no tra mur mi træ tyè nœæ 60 $ 210-60 55 40 40 55 40 60 70 so 65 55 80-75 30 AN À : A À A (Cid,'23 et 25 ]:)
Ils ont été tous les deux déclamés par le même sujet, et ils sont intéressants au même titre. Dans le premier, la syllabe faible cinquième possède une audibilité plus grande que les syllabes fortes troisième et douzième. Semblablement, dans le second, la tonique de lhémistiche porte moins loin que trois autres syllabes atones du même vers. C’est que les syllabes ont la qualité qu’on leur assigne seulement par rapport à celles dont elles sont immédiatement entourées. Il n’y a enfin nulle part identité de valeur entre les divers accents, certains au contraire l’emportent : nous
chercherons ailleurs pour quels motifs ils émergent plus que les autres. Mais l’accent d'intensité, tout comme les accents de durée et d’acuité, en raison de la nature même de la langue française, s'établit surtout par
comparaison avec la syllabe dont il est suivi plutôt qu'avec celle dont il est précédé. À cause des variations rapides de la distance auditive, nos tableaux généraux ne fournissent pas d’éxemples de deux toniques consécutives d'intensité égale et nettement séparées par le sens, de telle sorte
qu’elles puissent recevoir toutes les deux le signe À. Mais des cas comme ceux-ci se rencontrent assez souvent :
Lui, seul, battu des flots qui toujours se reforment.… Cette grandeur sans borne et cet illustre rang.
Livi Sœ lœ ba tu de flé ki lu jür 2 ræ for mœ $ 5-70 35-25 20 SIT 20:95 MOTS OR EPA RRNERS 55 “Ep A À 1:92 A À À (P.G., 26 B.) Se tœ gr dr sà bor nœ e se til lus træ râ 75 75 ATS-75 OO 20 T3 55 65 20 MAO TT 20e: End 95 A A 136 A A (Cin., Il, 3 C.)
Le premier vers débute par deux accents en contact dont le second est plus faible que le premier : ce fait à lui seul empêche que ces deux pieds monosyllabiques ne se confondent pour l'oreille, et d’ailleurs le texte est là, sans parler des indications fournies par la durée et l’acuité, pour imposer une telle scansion. Dans le second alexandrin, la dixième syllabe est notée de l’indice A quoiqu’elle ait la même intensité que la huitième et la neuvième, mais la voix s’affaiblit seulement après elle; alors seulement l’on perçoit une différence dans la succession des articulations, et la dépression subitement apparue donne un relief suffisamment net à la finale de ce troisième groupe rythmique. /
Toutefois, les éléments faibles qui précèdent le temps marqué de chaque membre métrique méritent eux aussi quelques observations. Ils forment ordinairement une progression dynamique établie de voyelle à voyelle, de la première à la finale. Cette réduction opérée par l’accent sur
les syllabes antécédentes n’est point sans présenter quelques exceptions, comme en fait foi le dernier exemple cité. L'égalité de force peut même
s'étendre à une série assez longue :