‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 210 sur 282 · CREER D · texte numérisé non relu

CREER D

Le premier hémistiche doit être dit avec beaucoup de simplicité : la voix reste en éffet modérée. Le second au contraire peint la violence des éléments et la fureur de la tempête : l'intensité s’accroît immédiatement par une juxtaposition des syllabes fortes aux syllabes faibles. Voici d’autres Cas :

Maitre de mon destin, libre dans mes soupirs,

Je ne rendais qu’à moi compte de mes désirs.

Mais, à peine le ciel eut rappelé mon père. (Bér., 12-14 J.)

J’espérais que du moins mon trouble et ma douleur Lui feraient pressentir notre commun malheur ; Mais sans me soupçonner, sensible à mes alarmes... (Bér., 32-34 ].) T°

Le gouffre roule et tord ses plis démesurés Et fait râler d'horreur les agrès effarés.

Lui songe à sa Jeannie, au sein des mers glacées. (P. G.,-39-41 BJ.)

Dans chacun de ces exemples, les sujets indiqués déploient une force moindre sur le troisième vers; ils expriment ainsi soit l'abattement moral accru, soit la tranquillité d'âme faisant contraste avec la rage d’une mer démontée. Ils ont fait effort pour distinguer dynamiquement les divers

plans du texte.

Toutefois, les relations des alexandrins entre eux ne sont pas uniquement déterminées par leur valeur pathétique, car certains vers ne con-

tiennent aucun élément de passion. Il nous faut donc passer maintenant aux conditions qu’imposent à la déclamation les coupes des périodes. q

Les éventualités à envisager ont été signalées dans notre chapitre consacré aux hauteurs musicales comparées. Les successions rencontrées peuvent être en effet de différente nature : elles consistent ou bien en deux ou plusieurs vers suspendus, ou bien en deux ou plusieurs vers à sens

INTENSITÉ MAXIMA. — RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX : SUSPENSIONS DE SENS ET CONCLUSIONS 361

complet. Mais d’autres combinaisons sont encore possibles : soit un vers fin de phrase après un vers suspendu, soit un vers suspendu après un vers à sens complet, soit enfin un vers suspendu faisant suite à un vers qui termine une période :.

Nous commencerons par le premier des cas que nous venons d’énumérer. De deux ou plusieurs alexandrins suspendus qui se succèdent, lequel présente l’intensité maxima la plus considérable ? La règle peut se formuler de la façon suivante : toutes choses restant égales par ailleurs (c’est-à-dire quand les accidents de caractère pathétique sont absents ou primés par la suspension et que par conséquent les faits restent simples), celui qui possède l’accent entendu le plus loin est celui qui supporte la coupe de sens la plus forte, sauf les exceptions notées plus haut. Souvent, si telle voyelle est improductive au point de vue de l’audibilité, elle est suppléée à l’intérieur du même vers par une autre voyelle plus favorable Il faut s'entendre. Quand deux alexandrins suspendus ont dans la phrase la même importance, il est différent que l’un ou l’autre présente la distance de compréhensibilité la plus forte. Cet exemple le laisse voir :

La femme est au logis, cousant les vieilles toiles, Remmaillant les filets, préparant l’hamecçon, Surveillant l’âtre où bout la soupe de poisson... (B:.G:, 22:24)

PAHMIOUVeeTeNCE Ces CHAN 220 == 196, | = Oo VS R = CSL EE 2r07,J — r$0n;, — v..24 B— 85%, E— 130", J = 140". Les sujets ne sont donc pas d’accord. Il se pourrait que dans des cas semblables une subordination fût constatée, mais elle serait alors fortuite, la logique ne l’indiquant en aucune manière.

Au contraire, quand deux vers suspendus se suivent, faisant partie d’une même phrase, si le second se trouve avec le premier dans un rapport de dépendance étroite et sert à le compléter de telle sorte qu'ils forment à eux deux un tout indissoluble, c’est le second qui nécessairement possède lintensité maxima la plus grande. Nous citons deux exemples :

Cette grandeur sans borne et cet illustre rang Qui m'a jadis coûté tant de peine et de sang... (Cin: 11,534 C:)

Du vieux père d'Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue... (Andr., 25-26 A2.)

et nous transcrivons les mesures obtenues pour le premier :

Se 12 grâ dr sà bor nœ e se til lus træ râ 75 75 75 100 20 135 55 65 120 120 120 80 95 A A 136 À EN Ki mû ja dis ka té ta de pèn e dæ sà 60 75 75 105 95 100 95 75 100 40 135 4140-45 A fA A A À

Au delà de deux vers, il semble beaucoup plus difficile de traduire dynamiquement les relations des fragments suspendus d’une même période. Le passage suivant en fait foi :

1. Nous rappelons que les suspensions et les fins de phrase ne sont pas liées aux signes de ponctuation, mais dépendent des convenances individuelles, du moins en bien des cas. D'ailleurs, nous avons jugé du fait en lui-même d’après les acuités, critérium qui nous semble définitif. 2. L'effet produit aurait été le même aux v. 30-31 d’Andromaque (A) si l'effort principal, dans ce vers 31, n'avait pas affecté l’# défavorable du mot vous.

Lore. — L'alexandrin. 46

Et, comme un voyageur, sur un fleuve emporté, Qui glisse sur les eaux par un beau soir d’été, Et voit fuir sous ses yeux mille plaines fleuries, Ma pensée entraînée erre en tes rêveries !

(Hern., 17-20.)

R a admis qu'il y a là, précédant la conclusion, deux membres dont le second, composé de deux vers, se subordonne le premier. Les intensités

concordent avec les acuités et l’on trouve :

Ÿ. 17 = 190", v. 18 — 175%, v.:19 == 230", V.20 #25" Pourles deuxautresisujets ANCtIE/ qui

ont vu dans ce texte trois groupements en dépendancé musicale mutuelle, des exceptions signalées plus haut viennent troubler l’ordre attendu.

Il faut indiquer d’autre part que la règle posée ci-dessus à l’égard de deux alexandrins suspendus consécutifs ne trouve plus son application dès

que les rapports se modifient. Si le premier vers est constitué par une proposition conditionnelle et le second par une proposition principale; si

le premier vers est construit en opposition avec le second — et ici nous touchons presque à l'expression pathétique — celui-ci ne se soude plus

intimement à celui-là : la voix fait ressortir le contraste, puisque le sens n'indique aucune subordination. L’audibilité maxima est comme pré-

cédemment déterminée par la plus forte suspension, mais celle-ci est contenue dans le premier alexandrin. On peut invoquer ces exemples :

Si je Pai fait parler, si j'ai voulu tentendre,

Je voulais que ton zéle achevât en secret...

Je connus que bientôt, loin d'être à ce que j’aime, I] fallait, cher Paulin, renoncer à moi-même ;

Mais, sans me soupconner, sensible à mes alarmes, Elle m’offre sa main pour essuyer mes larmes, ..….

Nous transcrivons pour le premier la déclamation de C :

Si ja 90 100 Jæ vu 145 60 À

De même dans ces vers :

le

fe par lé si je

kœ 10 gel a €® 65 30775 40 30 90

Quelle honte pour moi, quel présage pour elle Si dès le premier pas, renversant tous ses droits, Je fondais mon bonheur sur le débris des lois!

vu

va

(Bér.. 3-4 C.) (Bér., 18-19 C J.)

(Bér., 34-35 C J.)

lu ta 1 dræ 80 80 315 30 A HS là s@ : krè ns 125 40-20 À

(Bér., 23-25.)

Les rapports des divers membres de phrase ont été bien établis par la voix, sous la réserve de la substitution de l’intensité à l’acuité dans les

groupes pathétiques du premier alexandrin, la hauteur musicale étant plus particulièrement réservée à marquer la suspension de sens.’Les audibi-

lités maxima sont celles-ci : v. 23 C— 250", J — 285"; — v. 24 C — 200", ] — 180". Il s’agit de ne point brouiller Pexpression, de ne point faire dépendre le v. 24 du v. 23. L'effet est atteint. Soit, dans la diction de C :

1. L'accent se déplace oratoirement : la hauteur musicale ne laisse aucun doute sur la suspension.

sé INTENSITÉ MAXIMA. — RAPPORTS DES VERS ENTRE EUX : SUSPENSIONS DE SENS ET CONCLUSIONS 363 Ke lœ ô t(æ) pur mwa kel pre za j(æ) pu ré I(æ) CR CS =. TL LT — 125 165 200-205-195 070 15 30-130 145 245 250-250 55 120 / A A 30 A A / L ‘ Si de lœ præ mye pa râ ver sû tu se drwa 110-6$ 105 100 130 50 155 75-50 200 to) 15 100 110 30 40-10 A A A 134 A A CHE 2250)

Les divers plans de la période ont été mis en valeur par la voix.

Nous passerons maintenant au second des cas qui peuvent se présenter : deux vers à sens complet se succèdent. Ici la solution est beaucoup plus simple. L’un ou l’autre en effet peut être affecté de l'accent d’intensité le plus considérable, selon la suspension de sens qu’il renferme ou l’importance accordée à tel de ses éléments. Souvent la volonté du sujet est seule décisive, et le texte permet qu’on accorde la prédominance à

n'importe lequel des deux alexandrins en contact ?. Nous citerons : Jaimais, je soupirais dans une paix profonde : Un autre était chargé de l'empire du monde; (Bér., 10-11 C J.)

La Savoie et son duc sont pleins de précipices. La France pour vous prendre attend des jours propices. CR. B., 24-25 KR.)

Comme il faut combiner sûrement les manœuvres ! Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres; (P.G., 37-38E TJ.)

Dans les deux premiers exemples, le premier alexandrin l'emporte pour tous les sujets. Le second, au contraire, est dominant dans le dernier

exemple. On se rendra compte du détail en se reportant aux tableaux d'ensemble. Troisième cas : un vers qui termine une période fait suite à un vers suspendu. Il n’y a pas de difficulté : l’alexandrin de conclusion présente

lintensité maxima la moins forte, soit que la coupe offerte par le texte y soit réellement moins importante que dans l’alexandrin antécédent, soit

que la fin de phrase opère une réduction générale de l’énergie sur tous les groupes rythmiques qui précèdent la rime. La règle se vérifie toutes les fois qu’il n’y a pas une des exceptions dont nous avons montré les causes. Nous signalerons donc :

Il se ramène en soi, n'ayant plus où se prendre, - Et monté sur le faite, il aspire à descendre. (Cinna, Il, 13-14 €.) Même soin me regarde, et j’ai, pour m’affiger, Ma gloire à soutenir, et mon père à venger. (Cid, 11-12 ].) Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi; Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi. (Cid, 27-28 ].)

Et ne prévoit rien moins de cette obscurité Que la fin d’un amour qu’elle a trop mérité. (Bér., 36-37 C J.)

1. Les vers à sens complet présentent à la fois une suspension intérieure et une conclusion. On peut leur comparer les vers à conclusion intérieure et à suspension finale. 2. Il s’agit naturellement du vers à sens complet réel, c’est-à-dire de celui que le sujet rend tel.

Non, non, la-perfidie a de quoi vous tenter; Et vous ne me cherchez que pour vous en vanter. (Andr., 7-8 À.)

Les deux premiers de ces vers, déclamés par C, nous ont donné les mesures suivantes :

Il sœ ra mèên â swa na ya pli zu 072 pra dræ 50 95 105 140 90 60 130 130 75 145 95 130 245-225 10 A A Y4I À A A E mÔ lé sur læ fét î las pir a de sa dr(æ) ITO 110 165 65 180 130-190 65 105 110 25 185 175-5 A À A A

La règle ne paraît souffrir d’autres exceptions que celles dont nous avons rendu compte, exceptions involontaires quand elles sont causées par un timbre insuffisant, volontaires quand le sujet a voulu mettre en relief, comme C dans le second des précédents exemples, un mot important situé dans l’alexandrin de conclusion.

Quatrième éventualité : un vers suspendu succède à un vers à sens complet. Ils sont indépendants lun de l’autre. Comme ils contiennent chacun une coupe suspensive, c’est d’après celle-ci que s’établira leur audibilité maxima. Les tracés montrent que l'accent dominant peut appartenir à lun ou à l’autre. Nous nous contentons de citer le début des Pauvres Gens (1-3) :

Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close. Le logis est plein d'ombre, et l’on sent quelque chose Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur.

Le vers à sens complet est le premier, le vers suspendu le second, et la déclamation de tous les sujets concorde à cet égard avec les indications du texte. On trouve : v. 1 B— 85, E = 145", J — 200" — v. 2 B — 95, E — 130, J — 200. C'est-à-dire que pour B c’est le second alexandrin qui l’emporte, que pour E c’est le premier; quant à |, il leur a accordé la même intensité maxima à tous les deux. On ne voit pas, en ce que ni lun ni l’autre, à priori, doive être privilégié. - 5

Nous en arrivons ainsi au cinquième et dernier cas : un vers suspendu succède à une fin de phrase. Nous avons déjà exposé les caractères que revêt la conclusion dans une période, et nous savons que la chute de la voix opère une réduction d'énergie sur la série de groupes rythmiques dont elle est immédiatement précédée, de façon à n’y laisser subsister qu’une coupe de sens moins forte, quelquefois même insignifiante. C’est donc le second vers, c’est-à-dire le vers succédant à la conclusion. qui présentera l'audibilité maxima la plus forte. Soit donc ce fragment des Pauvres Gens, déclamé par E, où la succession réelle est celle que nous venons de définir :

Il livre au hasard sombre une rude bataille, Pluie ou bourrasque, il faut qu’il sorte, il faut qu'il aille, .…

Il di vro a xar sô bru nœ ru dæ ba à y(œ) 90 105 40 40 40 50-40 20. 65 75 LES 70 : 50-30

INTENSITÉ MAXIMA. — CONFLITS ENTRE LES INFLEXIONS PATHÉTIQUES ET LES SUSPENSIONS DE SENS 365

Pli a bu ras ka il f6 kil sûrt tœ il f6 ki la yYœ)

135 185 90 125 75 75 65 130 IIS 100 35 60 195 100 185-245 A A 138 A 40 A A (P. G., 17-18.)

Toutes choses restant égales par ailleurs, il en est régulièrement ainsi. Voici quelques exemples :

Je ne te puis blâmer d’avoir fui Pinfamie;

Et de quelque façon qu’éclatent mes douleurs, … (Cid, 2-3 J.) L’unique allégement qu’elle eut pu recevoir ;

Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes, … (Cid, 16-17 € J.) Ma générosité doit répondre à la tienne :

Tu t'es, en m'offensant, montré digne de moi... (Cid;26-27 C:J].) Il fallait, cher Paulin, renoncer à moi-même;

Et que le choix des dieux, contraire à mes amours. (Bér., 19-20 J.)

Partout le second alexandrin, le seul des deux qui soit suspendu, laisse apparaître l’intensité maxima la plus considérable. Les exceptions sont celles déjà signalées par nous.

Ainsi donc, en vertu de cette démonstration, nous pouvons répéter en toute certitude ce que nous avons avancé quelques pages plus haut, car notre enquête a prouvé l'hypothèse que nous présentions : les audibilités, dans les vers où l’on constate l’accord des progressions on des régressions musicales et dynamiques, sont réservées à la production des mêmes effets que les acuités. Énergie et mouvements mélodiques, en leur point culminant, sont déterminés ou bien par la valeur pathétique du texte ou bien par les suspensions et les chutes de sens, sous les conditions des substitutions que dans le détail des faits nous avons laissé entrevoir. En un mot, la plus forte valeur acoustique d’un alexandrin, dépassant le cadre des groupes rythmiques les plus voisins et n ayant jamais qu’une valeur relative, existe seulement en fonction du contexte. Ou si l’on aime mieux, et comme nous l'avons déjà dit à propos des hauteurs comparées, 17 #y a pas, dans la déclamation contemporaine, un accent « de vers », mais seulement un accent de « phrase ». Cette remarque est exacte, même quand le sens est complet en douze syllabes.

Cependant, dynamiquement comme musicalement, des conflits se présentent. Nous allons les examiner brièvement : certains d’entre eux sont déjà connus.

Ils peuvent exister à l’intérieur d'un même vers. Le premier cas est celui-ci : deux mouvements pathétiques de nature différente, mot important et terme exclamatif, fin de phrase soutenue par l'effort emphatique et élan de passion, sont en présence. Alors l’accent d'intensité principal affecte l’un ou l’autre des groupes rythmiques en concurrence, selon la valeur que leur accorde le sujet. Encore faut-il faire observer que souvent les timbres déjouent la volonté du diseur. Nous choisirons donc un exemple où le travail brut et l’audibilité sont concordants :

Et vous osez ! — Messieurs, en vingt ans, songez-y...

F5 vu z0 zé Me syæ à vê lâ 50,2: je zi R 80 95 55 20-3 140 20 10-10 185 110 40-5 15 55 S-3 A DATE TAC TE A CRABLE 1)

En dehors du premier groupe rythmique, d’une expression aflaiblie chez E et R, il reste trois pieds dont deux (messieurs et songez-y) sont des termes exclamatifs — c’est ainsi que nous avons nommé les mouvements semblables — dont l’autre (em vingt ans), par la valeur significative qu’il possède, veut être mis en vedette. Il est facile de voir d’après les chiffres ci-dessus que les deux sujets se divisent et que leur effort a porté sur: des membres métriques différents.

D'autre part un terme exclamatif et un élan passionné peuvent se trouver en contact. Si le texte admet une expression modérée ou qu’il s'agisse de rendre une émotion contenue, l'atténuation porte toujours sur l’exclamation, et celle-ci est entendue moins loin, sauf naturellement si les timbres, dans le reste du vers, sont défavorables, sauf encore, bien entendu, si les sujets n’ont pas aperçu l’effet qu’il fallait rendre :

Dis, ne voudrais-tu pas voir une étoile au fond ?

Di nœ vu dre tu pa vwar TN ne twal 0) fô 150-090 35 95 140 85 120 SOMDI EE 25 155 30 75-30 40 45 A À A A A A

(Hern:,1221R%)

Partout ailleurs, quand les sentiments ne sont pas ceux que nous venons de signaler, la déclamation la plus ordinaire laisse la prédominance à l'élément le plus véhément de l’alexandrin, c’est-à-dire à l’apostrophe. De même, le plus souvent, les mouvements pathétiques ou les groupes qui contiennent des mots importants l’emportent sur la suspension de sens: Les exceptions proviennent de ce que le sujet n’a pas obéi aux indications fournies par le texte ou de ce que les timbres, acoustiquement, étaient improductifs .

Mais le conflit peut exister d’un vers à l’autre.

Premier cas : deux vers suspendus se suivent. Si l'un d'eux seulement renferme un élément de passion, il aura en même temps l'intensité maxima la plus forte :

Porte, porte chez lui cette mâle assurance, Digne de notre amour, digne de ta naissance;

Por L@ | pôr tœ ce loi se HKæœ) mal a su. | râ sæ 195 125 305-115 130 180 125 160-135 Ç 120 180 95 95 225-115 80

Di y(œ) dæ no tra mur di w(æœ) dæ ta ne sa s(œ) 115 95 190 280 160 130-95 ; 105 I15 175 265-45 VAN VAN 42 À ” :

A (Cin., I, 7-8 C.)

1. Ces deux conditions doivent être réalisées également pour que les régles formulées s'appliquent aux vers qui se font suite, quand ils présentent des conflits d'expression. 8 P q 8 pphq q q P

INTENSITÉ MAXIMA. — CONFLITS ENTRE LES INFLEXIONS PATHÉTIQUES ET LES SUSPENSIONS DE SENS 367

Si au contraire les deux vers suspendus consécutifs contiennent un élément pathétique, l’un ou l’autre pourra présenter l’intensité maxima la plus considérable. Comme dans l’ordre musical, tout dépendra de leur valeur significative comparée, de la gradation que les sujets pourront établir de l’un à l’autre. Les déclamations pourront être identiques ou divergentes :

Quelle honte pour moi, quel présage pour elle, Si dès le premier pas, renversant tous ses droits...

Ke 12 ô (æ) pur mava kel pre za j(æ) pa ré. "Iæ) EE —— a a 125 165 200-205-195 70 15 30-130 145 245 250-250 56 120 À A ‘30 A ANDT38 52 de læ bræ mye pà ra ver si tu se drwd 110-65 105 100 130 50 155 75-50 200 50 15 100 110 30 40-10 A A A 05 ARE À “44

(Bér., 23-24 C.)

Dans ce cas, il y a accord de C et de J, et point n’a été besoin de transcrire les chiffres obtenus pour les deux traces : un seul suffit. Le premier vers, par les deux exclamations qu’il présente, l’emporte sur le second, où cependant Titus fait ressortir ce qu’aurait d’exorbitant son crime, s’il profitait de son pouvoir absolu pour oublier ses devoirs vis-à-vis de Rome.

Deuxième cas : deux vers à sens complet se succèdent. Les constatations sont les mèmes. Ou bien l'un seulement renferme un élément de passion : c’est alors lui qui possédera en même temps l’intensité maxima la plus forte. Ou bien au contraire tous les deux contiennent un élément pathétique ou un groupe important par sa valeur significative : l’un ou l’autre ‘ pourra présenter l’audibilité la plus considérable.

Troisième cas : un vers terminant une période succèdé à un vers suspendu. Si celui-ci seul réclame, pour l’un des membres métriques qui le composent, un relief important, il n’y a pas de difficulté : la fin de phrase laisse apparaître la plus faible énergie. Cela va de soi, et c’est ainsi que se comportent les acuités comparées. Mais les hauteurs et l’effort dynamique ne sont plus régulièrement concordants si les deux alexandrins contiennent tous les deux un groupe rythmique que la voix met en vedette, ou si la fin de phrase seule répond à cette définition. Il arrive que l'élévation de la voix soit réservée à marquer la suspension de sens principale, la force déployée servant au contraire à attirer l’attention sur le mot à eflet. La discussion à laquelle nous nous sommes livré à propos de la concomitance des progressions ou des régressions mélodiques et intensives laissait entrevoir cette solution du conflit. L’alexandrin de conclusion est donc dominant dans les exemples suivants, où nous avons souligné le terme privilégié :

Tu n’as fait le devoir que d’un homme de bien;

Mais aussi, le faisant, tu m'as appris le mien. (Cid, 7-8 C.) Même soin me regarde, et j'ai, pour m'affiger,

Ma gloire à soutenir, et mon père à venger. (Cid, 11-12 C.) Et cet affreux devoir, dont l’ordre m'’assassine,

Me force à travailler moi-même à ma ruine. | (Cid, 21-22 C.)

L'on pourrait allonger cette liste. Il suffira de faire encore une citation, en donnant les mesures obtenues :

1. Quelquefois indépendamment des acuités, cf. p. ex. Cid, 14-15 C.

.. Où se plaît le poisson aux nageoires d’argènt, Ce n'est qu’un point, c’est grand deux fois comme la chambre.

U sœ blé lœ pwa sô 0 na jwa r(@) dar jà 75 95 140 110 120 30-75 70 70 45 40-75 35 25 A À A A *40 Sœ ne k® puvè se gr dæ fwva ko m(œ) RS € bræ 55 90 145 20 15-5 25 40 65 35 30 65 40 5-5 5 A 54 A A (PIC 8222)

Le premier de ces deux vers — l’acuité montre qu’il est réellement suspendu en sa douzième syllabe — étant insignifiant, l'effort se porte davantage sur le second, quoique la hauteur musicale y soit moindre : c’est là en effet que se note le périlleux hasard d’une existence de pêcheur et l'incertitude de ses gains. Aïlleurs, au contraire, l’accent le plus fort se trouvera dans le premier alexandrin, pour peu que le sens s’y prête.

Quatrième cas : un vers suspendu succède à un vers formant un tout complet. D’après ce que nous venons de dire, il n’y a pas de difficulté. Si l’un d’eux seulement renferme un élément pathétique ou un mot important, il possède en même temps l’intensité maxima la plus considérable :. Si tous les deux appellent, sur l’un quelconque de leurs groupes rythmiques, un relief particulier de la voix, l’un ou l’autre peut contenir l'accent dominant. Presque partout, la suspension est primée par le terme à valeur significative.

Cinquième cas : un alexandrin suspendu succède à une fin de phrase. La question n’a d’intérêt que si la conclusion seule renferme un élément pathétique. D’après ce qui précède, on conçoit que cette conclusion puisse l’emporter. Elle l'emporte en effet dans les exemples suivants :

Pardonne à mon amour cette indigne faiblesse. Tu voudrais fuir : en vain, Cinna je le confesse; (Cin., I, 3-4 C.)

Me force à travailler moi-même à ta ruine.

Car enfin, n’attends pas de mon affection... (Cid, 22-23 C.)

Vous vous abandonniez au crime en criminel.

Est-il juste, après tout, qu’un conquérant s’abaisse. (Andr., 4-5 A.)

Cette liste, bien entendu, n’est pas limitative. Elle suffit cependant à montrer que, sur certains points, les conflits étudiés ne reçoivent pas dynamiquement la même solution que musicalement, ou, en termes plus exacts, que les très rares exceptions mélodiques se présentent plus fréquemment sous une forme analogue dans l'ordre des intensités. L'ensemble des faits commentés ci-dessus prouve cependant, d’une manière générale, que les lois auxquelles obéissent les phénomènes d’acuité et de force sont identiques, les variations portant seulement sur le détail.

1. Une seule exception : P. G., 4-5 E : mais elle est seulement apparente et due à la forte nasalité de l’ô dans fond.

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