‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 226 sur 282 · L'ACCENT ORATOIRE TEMPOREL : SA VALEUR EXPRESSIVE · texte numérisé non relu

L'ACCENT ORATOIRE TEMPOREL : SA VALEUR EXPRESSIVE

« complets » !, Nous avons divisé chaque total ainsi obtenu par le nombre des vers prononcés. Ces opérations nous ont permis de dresser le tableau suivant :

/ A — Hernani — 0, 56 Cinna, I Le I, 14 4 Andromaque -— 0, 70 J — Les Pauvres Gens — 0, 53 C— Cinna, |] — 0, 46 Le Cid — 0, 53 Cinna, I — 0, 64 Andromaque 0, 59 Le Cid — O7 Cinna, I — O, 61 Bérénice — o, 86 Hernani == 0, 66 *“E — Les Pauvres Gens — 0, 62 Bérénice 2 — 0,91 Hernani — 0,93 Ruy Blas — 0, 95 Ruy Blas — 0, 97 Cinna, 1 — 1207 G — Hernani — 0, 70 R — Les Pauvres Gens — 0,60 Les Pauvres Gens = 0, 79 Cinna, I —= 0,61 Le Cid — 0, 85 Cinna, 1 — 0,71 Andromaque — 0, 87 Le Cid — 0,75

Ruy Blas = 0,95 Ruy Blas 0, 7 Bérénice == OS Hernani = 0, 80 = Cinna, I — O, 6I Bérénice — 1,05

Andromaque (1:

Ces chiffres signifient que pour € par exemple il y a dans les adjurations d’Émilie à Cinna environ un accent oratoire tous les deux vers, que pour R, dans les regrets de Titus, il y en a un peu plus d’un par vers.

On remarque certaines divergences entre les sujets. Cependant l'accord général en ce qui concerne le fragment des Pauvres Gens, celui-ci tout en bas de l'échelle, et aussi en ce qui concerne le morceau de Bérénice, celui-ci présentant un grand nombre d’accidents emphatiques, est un indice instructif. Il permet de conclure que laccent oratoire est d’autant plus rare que le texte, conformément à sa signification littéraire, agit moins sur la senëibilité du sujet, et d'autant plus fréquent que le trouble émotif dont celui-ci se trouve saisi est plus fort. Le simple récit, malgré quelques vers particulièrement pathétiques, possède donc une stabilité rythmique relative. Quant aux autres faits, les classer est plus diffcile nous l’essaierons cependant.

Il est notable que le désespoir et l’indignation sont particulièrement destructeurs de l’équilibre psychique : tels sont les sentiments de Ruy Blas et de Titus, et l’on remarque que les sujets sont unanimes à déplacer fréquemment l’accent. Dans la scène d’Hernani enregistrée, les diverses déclamations sont encore concordantes, sauf celle de R, qui, nous l'avons vu, est toujours un peu différente des autres ; A E G J transforment en effet assez rarement les membres métriques normaux : c’est que l’amour des deux héros a beau s’exalter, leur âme du moins reste tranquille et sans inquiétude, dans la certitude d'un éternel bonheur. On observe encore que la maîtrise de soi-même, la prédominance de l'intelligence sur le sentiment n’écartent pas les accidents oratoires, mais en diminuent le nombre. Il n’y a pas de sentimentalité dans les invectives d’Hermione ; maloré sa colère, elle se possède suffisamment pour choisir et ordonner ses arguments, pour mettre en valeur le trait qui blesse : ce morceau, à considérer la précédente liste, se tient pour tous les sujets dans des zones moyennes. Il est à peu près traité comme les deux fragments du Cid ou de Cinna, I, où se manifeste une volonté plus ou moins éloquente, peut-être exagérée par J dans le premier de ces passages.

Enfin, en manière de conclusion, nous étudierons un texte d’application où les phénomènes apparaîtront avec tous leurs détails, et où nous

‘1. Lorsque la tonique a perdu sa durée et que la pénultième ou l’antépénultième sont devenues longues (7 ).

nous sommes livré à une analyse très minutieuse des divers éléments syllabiques : si tous les cas précédemment commentés ne sont pas représentés dans les alexandrins choisis, du moins ceux-ci confirment-ils notre enquête chaque fois que les conditions requises se trouvent réalisées. Il s’agit de ce fragment d’Éviradnus :

Et voici qu’à travers la grande forêt brune

Qu’emplit la rêverie immense de la lune,

On entend frissonner et vibrer mollement,

Communiquant au bois son doux frémissement,

La guitare des monts d’Insbruck, reconnaissable

Au grelot de son manche où sonne un grain de sable.

Nous avons fait procéder à deux inscriptions consécutives, la première sur un ton de simple lecture et en évitant intentionnellement toute emphase (on n’y a pas toujours réussi), la seconde en déclamant et en essayant de donner au texte l’expression qui lui convient. On indique séparément la durée de toutes les consonnes et celle de toutes les voyelles, sauf en quelques points où la distinction serait sans intérêt. Au-dessous se trouve transcrite la valeur temporelle de la syllabe tout entière.

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