L’ACCENT D'INTENSITÉ N’EST PAS LE FACTEUR ESSENTIEL DÜ RYTHME
chose, ou mème rien quelquefois, s’il ne s’y joint la durée. En d’autres termes, de deux syllabes qui sont toutes les deux dynamiques, la première par quelques-unes de ses amplitudes, l’autre parson volume global, seule est rythmique au jugement de l’oreille celle dont la voyelle est longue”.
Supposons d'autre part que dans un membre métrique étendu l'effort maximum se manifeste non plus sur l'élément qui précède immédiatement l'accent temporel, mais remonte plus loin encore. Notre conclusion est la même : la période où la voix développe sa plus grande vigueur se réduit à 2 ou 3‘, quelquefois moins, dans une articulation elle-même brève. L'accident, parce qu'il remplit un espace de temps très court, n’est point apte à frapper vigoureusement nos organes auditifs, et modifie à peine la progression rythmique : celle-ci se termine toujours avec la dernière syllabe du pied, malgré la dépression que nous laisse constater l’analyse du tracé, et cette dernière syllabe paraît forte parce qu’elle est longue. S'il s’agit cependant d’une conclusion, et si le fait de terminer entraîne un affaiblissement considérable de l'intensité, affaiblissement concomitant d’une chute parallèle de la hauteur musicale, la décroissance dans la portée acoustique des sons produira surtout son effet sensible par l’abaissement de l’acuité. Mais le problème, au point de vue général du rythme, ne présente plus d’obscurité : nous lavons discuté au début de ce paragraphe et nous avons démontré que la fin de phrase laisse intacte la mesure, que celle-ci conserve pour l’ouïe les mêmes limites soit qu’il y ait achèvement réel du sens ou au contraire coupe suspensive.
Enfin, et du même point de vue, il ne saurait plus être question du trouble qu’apportent dans la cadence du vers la présence de timbres différents et les fortes nasalités qui engendrent une diminution des distances d’audibilité. Tous ces phénomènes demeurent le plus souvent sans importance : ou bien le volume dynamique de la syllabe longue corrige la perte subie, ou bien il est tellement réduit qu’il ne saurait être question de rien de tel. Mais alors encore la durée subsiste, et nous retombons dans un cas semblable à celui des conclusions, où le groupe métrique conserve son individualité pour l’oreille, quelle que soit la place de l’accent d'intensité.
Nous résumerons donc. Il ressort de ce qui précède que l'intensité vraie est plutôt une résultante qu’un phénomène original. Le dynamisme est conditionné, au point de vue objectif de l’analyse scientifique, par l'effort de l’organe, effort plus ou moins utile selon qu’il affecte des hauteurs musicales et des timbres favorables. Mais, en ce qui concerne l’impression acoustique, il faut faire, en français du moins?, une grande place à la durée. L’ictus (intensité potentielle) n’a une valeur rythmique que s’il est concomitant d’un temps marqué temporel, et si le renforcement de la voix, tombant sur une longue, ne se borne pas à frapper seulement un petit nombre de vibrations. Dans ces conditions l’énergie articulatoire rend l’accent plus rude et plus robuste; elle en augmente l’effet, mais elle ne le crée point ; elle joue un rôle uniquement complémentaire et accessoire. Cependant l’ictus (intensité potentielle) en bien des circonstances se déplace : il a alors bien des chances de passer inaperçu, à cause du temps extrêmement bref pendant lequel les amplitudes s’accroissent. Au contraire, si la force dépensée est tellement considérable que l’audition en soit influencée, le volume dynamique de la syllabe longue retient davantage encore l'attention de l'oreille et l'emporte dans le conflit 5. Ici encore la durée détermine l’impression totale.
Le rythme une fois écarté dans la mesure que nous avons dite, quelle est donc limportance de l’intensité dans la déclamation ? Moins que l’acuité, elle a le pouvoir de marquer dans quels rapports grammaticaux se trouvent les membres de phrase, mais il faut lui reconnaître, à elle
1. Ainsi s'explique que si un e muet affecté de l'intensité potentielle principale est consécutif à la syllabe normalement accentuée, celle-ci conserve malgré tout sa valeur de tonique. On entend parfaitement un e muet vigoureusement frappé, mais la syllabe longue détient la force globale la plus considérable et elle est dynamiquement rythmique.
2. Ces remarques ne s'appliquent bien entendu qu’au français. Dans d’autres langues le système ‘accentuel est différent et les habitudes d’oreille tout autres. En tchèque et en serbe par exemple, l'accent d’intensité et l’accent d’acuité sont fixes et concomitants. Eux seuls, ainsi conjoints, mais non la durée, produisent sur une oreille slave l’impression d’ictus. Soient donc un mot tchèque comme rémamé, un mot serbe comme Aivädd; ils portent tous les deux l’accent dynamique et musical sur la première voyelle qui est brève ainsi que la troisième, tandis que la seconde est longue. Ces deux mots sont entendus commie des dactyles par les tchéques et les serbes et ils entrent comme tels dans la composition des vers, où le rythme se détermine par les deux temps marqués concordants de hauteur et d'intensité. Aucune oreille française ne perçoit cependant un dactyle, mais bien au contraire une formation Ÿ = Ÿ : nous sommes plus sensibles à la durée.
3- Ainsi s’explique pourquoi les théoriciens du vers français ont pu considérer le rythme comme toujours identique quant à sa nature, sans tenir compte des fins de phrase ou des altérations oratoires qui ne leur font jamais modifier leurs notations ; aucun d’eux nes’en préoccupe.
aussi, une valeur expressive. Elle anime la parole, fait traduire par les mots des sentiments violents ou s’atténue pour rendre l'abattement de l’âme ; par la position qu’elle occupe dans les divers membres métriques, elle nuance et pare le vers. Avec toutes ses insuffisances et malgré ses impuissances, elle reste encore un des éléments qui donnent à la poésie son harmonie et sa beauté.
Ïl ne nous reste plus qu’à traiter de la durée et à montrer qu'elle seule crée le rythme, qu’elle suffit à l’établir même en l'absence de phénomènes musicaux et dynamiques.
Plusieurs arguments peuvent être présentés. Le premier se tire de tous les cas où l’accent temporel subsiste seul à sa place normale, tandis que les autres temps marqués tombent sur une autre syllabe de la mesure. Le fait se présente lorsqu'il y a fin de phrase : et alors la longueur l'emporte, en ce qui concerne l'effet total, sur l’acuité et l'intensité : le sentiment commun, prouvé par les scansions des manuels, a toujours considéré qu'il en est ainsi. On se souvient d’autre part de deux exemples commentés plus haut :
Mon trouble se dissipe et ma raison revient. (Cine) Immoler Troie aux Grecs, au fils d'Hector la Grèce. (Andr., 14 À.)
Nous avons noté dans le premier un accent musical, dans le second un accent dynamique sur le muet en surnombre qui suit immédiatement la césure, et nous avons constaté que de tels accidents laissent subsister acoustiquement l’ictus de la sixième syllabe : cette syllabe en effet est longue tandis que celles dont elle est entourée sont brèves; ainsi s'explique sa prépondérance.
De plus nous avons observé que les temps marqués d’acuité et d’intensité peuvent faire défaut dans certains groupes rythmiques nettement constitués selon des divisions logiques du sens. La durée ne connaît point ces irrégularités et ne peut pas les connaître, puisqu'elle établit, comme nous allons le dire, les limites dans lesquelles peuvent se manifester des sommets musicaux ou dynamiques. Tout dépend par conséquent d'elle et elle est au contraire complètement indépendante. Nous rappelons les alexandrins cités et commentés dans ce chapitre :
Et vous osez ! — Messieurs, en vingt ans, songez-y.… (R.B., 34G:) Résolu d'accomplir ce cruel sacrifice... (Ben. 2610)
Le premier présente une progression mélodique qui va de la cinquième à la neuvième syllabe, le second une progression d’audibilité qui s'étend de
la troisième à la huitième syllabe (ici à cause du déplacement de l’accent). La coupe de la césure, soît dans l'un et dans l’autre, disparaîtrait donc si la durée, intervenant pour marquer l’arrêt du sens, ne sufhsait à l'indiquer.
L'importance de l'allongement est particulièrement remarquable dans certaines conclusions. Soit par exemple ce vers :
Mon trouble se dissipe et ma raison revient.
Mô tra blæ sœ di sip e ma re xÔ Tœ@ vye 24 36 ‘13 17 22 34 10 2) 19 27 19 35 U FE w U UV nt 38 U U UV LA ER E
O e O [e) O 30 155 TAC 70 0145 L7SETAOLMENTEZS 130 280 325-145 170 40 ©: 25-$ AN A À AN À
(Cid, 1, 2C.)
L'ACCENT TEMPOREL, ÉLÉMENT SUFFISANT, ENGENDRE LE RYTHME DU VERS FRANÇAIS 461
Il se compose en son dernier hémistiche de deux pieds temporels, un péon et un iambe. Il est bien évident qu’il n’y aurait pas lieu de voir un accident musical et un accident dynamique sur la onzième syllabe si la dixième n’était longue, car la chute de la voix commencerait à la fin du mot yaison pour se terminer avec la rime. Mais l'allongement suffit à séparer nettement pour l'oreille les deux membres métriques ci-dessus désignés ; dès lors l’acuité et l’intensité ne peuvent plus évoluer que dansles bornes infranchissables posées par la durée dont elles suivent les ordres.
Allons plus loin. Le rythme du vers français deviendrait véritablement une absurde fantaisie s’il était déterminé soit par l'énergie articulatoire, soit par l'élévation extrême de la ligne mélodique, et si un principe régulateur ne dominait pas les manifestations emphatiques qui viennent à chaque instant, dès qu’il s’agit d’acuité et d'intensité, modifier la place du temps marqué originaire. Ce principe régulateur est la- durée. Nous avons rencontré des syllabes féminines fortes ou aiguës à la fin de substantifs, d’adjectifs ou de formes verbales : ; nous n’en avons point rencontré de longues, preuve certaine que l'accent tonique est avant tout dans notre langue un phénomène d'ordre temporel.
Certains vers nous permettent en outre de mieux faire ressortir ce que nous avançons. Nous citerons celui-ci :
De mon aimable erreur je fus désabusé.
De môû ne ma bler r@r jæ fu de za bu x
VU 192 Le] = VU es” VU VU ŸY Ÿ UV —