Wulff, 5b., p
3. Quicherat, Trailé de versification française, 2e édit., 1850, p. 132.
Les accidents dynamiques sont susceptibles de laisser apparaître un dessin binaire iambique ou trochaïque, selon que l’ictus reste à sa place normale ou remonte. Mais aucun alexandrin n’est conçu tout entier dans l’une ou l’autre de ces formules, et 77 hémistiches seulement présentent l’un ou l’autre schéma (on a compté de la première à la dernière syllabe de l’hémistiche, sans considérer que tel accent appartient pour le sens à l’autre moitié du vers, et comme si le silence n'interrompait point la progression rythmique); cela fait en tout 7°. d’hémistiches alternants.
Les crêtes d’acuité peuvent, elles aussi, établir dans l’alexandrin soit un dessin iambique, soit un dessin trochaïque, ce dernier produit par l’effort oratoire. Mais aucun vers n’est conçu tout entier dans l’une ou l’autre formule; 100 hémistiches exactement présentent l’un ou l’autre schéma, soit 3 °/o.
Prenons enfin la durée, plus importante à elle seule que l'intensité et la hauteur musicale. 4 alexandrins classiques (Cin., {:2 Lio = Cid;32 — Andr., 14 A), 3 alexandrins romantiques (XVII. D 2°, G 2° — XXI, D r°) sont d’un bout à l’autre alternants, et l’accentuation binaire se retrouve dans 128 hémistiches classiques, dans 77 hémistiches dus à des poètes romantiques. Donc l’évaluation la plus favorable à la doctrine de MM. Wulff et Saran pérmet de découvrir à peine 7,5 °/ d’hémistiches iambiques, les déplacements oratoires n’étant jamais assez nombreux pour créer temporellement un mouvement. trochaïque continu. Ce chiffre, évidemment minime, ruine sans contestation possible la théorie alternante selon laquelle des temps marqués frapperaient les syllabes de deux en deux, afin d’établir ainsi le rythme caractéristique de la poésie française.
Est-ce à dire que notre langue soit rebelle à l'alternance ? Non point, mais elle ne la préfère pas aux autres combinaisons métriques. Elle l’admet seulement quand le sens l'exige, dans les alexandrins qui répondent à ce type :
Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières (Hugo, l’Expiation.)
et dont on ne peut dire qu’ils soient particulièrement satisfaisants pour l'oreille. Mais aucun Français ne considère l’accentuation iambique ou trochaïque comme un rythme essentiel, préexistant au vers, le brisant pour se le soumettre sans tenir compte de la valeur significative des mots. Parmi nos sujets, dont l’un est illettré, dont deux autres sont des acteurs, dont quelques-uns ont fait des vers, tandis que le plus grand nombre représente la masse cultivée de la nation, aucun n’a pensé à faire régner dans sa déclamation le système alternant.
Disons d’ailleurs simplement que cela, à tous, eût semblé absurde. Ces constatations mettront-elles un terme à des fantaisies théoriques qui ont un peu trop longtemps duré ? On voudrait le croire, mais la conviction fait défaut.