‹ L'Alexandrin Français: D'après la Phonétique ExpérimentaleChapitre 262 sur 282 · APPAREIL ET EXPÉRIENCES DE CONTRÔLE · texte numérisé non relu

APPAREIL ET EXPÉRIENCES DE CONTRÔLE

Cet ouvrage ne serait pas complet s'il ne se terminait pas par une contre-enquête. On a fait à l’appareil enregistreur dont nous nous sommes servi plusieurs reproches ; quelques-uns sont assez graves. Certains ont prétendu que le naturel de la prononciation disparaît du moment même que l’on procède à une inscription, à cause du trouble où se trouve le sujet surpris, à cause aussi des circonstances « solennelles » — si l’on peut dire — dans lesquelles on recueille sa déclamation. Argument assurément peu sérieux : à ce compte il ne faudrait jamais aller au concert, il faudrait renoncer à entendre les Sivori et les Risler, à voir sur la scène un Frédérick-Lemaître ou une Sarah-Bernhardt, sous le fallacieux prétexte qu'eux aussi, parce qu’ils sont en grande vedette, témoignent inexactement du sens esthétique des contemporains. Cette critique ne vaut même pas qu'on s’y arrête; des préventions et des scrupules de ce genre interdiraient toute espèce de travaux, le peintre lui aussi renoncerait à peindre, le sculpteur à sculpter, du moment qu’il s'agirait d'exposer publiquement leurs œuvres. Ou bien encore ils se contenteraient d’ébauches et d’esquisses, de pochades incomplètes et rudimentaires, s’interdisant la recherche du mieux pour se contenter de l’imparfait et de l’inachevé, ne désirant produire que pour eux-mêmes.

Mais on a formulé d’autres objections, celles-ci plus importantes. Du fait seul, a-t-on dit, que l’enregistrement n'est pas direct, du fait que la voix, avant de se fixer sous forme de graphique, doit être recueillie par des instruments intermédiaires, entonnoir, olive nasale, tuyaux de caoutchouc, tambours inscripteurs, il se produit une déformation de la parole qui rend les tracés inutilisables : on ne peut jamais être sûr que telle vibration a été conservée intacte, que telle voyelle est bien une voyelle, que telle consonne est bien une consonne. De telles suspicions, si elles sont fondées, enlèvent donc toute valeur probante à un ouvrage comme le nôtre ; et toute notre enquête s'écroule, sil est avéré que, par la faute de l’appareil ou de ses organes de transmission, les résultats que nous avons apportés ne méritent aucune confiance, tant au point de vue de la durée, qu’au point de vue des hauteurs musicales et des intensités. On voit donc que cette seconde critique appelle une discussion détaillée et que nous sommes tenu d’administrer une preuve évidente. De deux choses l’une en effet : ou bien, par le moyen d’un nouveau procédé d’expérimentation, nous pourrons démontrer l'exactitude de nos classifications ; ou bien au contraire il nous sera impossible de le faire, et notre ouvrage présentera une série d’hypothèses, peut-être ingénieuses, à la vérité insuffisantes pour établir une conviction définitive.’

Le problème nous est apparu dans toute sa netteté au printemps de 1910, et la première partie de l'expérience fut réalisée au mois d’avril de cette même année. M. l'abbé Rousselot, dans ses Principes de phonétique expérimentale’, nous fournissait déjà une indication précieuse, dont

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