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M. Landry, avant nous, mais à notre insu, avait déjà fait son profit : il démontrait la possibilité de prendre une inscription simultanée au phonographe et à l'appareil enregistreur du modèle que nous avons décrit. Le pavillon du phonographe fut donc remplacé par un tuyau de caoutchouc semblable à ceux qui nous avaient servi jusque là, et qui venait s’adapter à l’une des branches d’un tube en Y. L'autre branche du même tube était en relation avec le tambour inscripteur que l’on connaît déjà. Enfin la base recueillait l’air provenant de l’entonnoir placé devant la bouche. Il y avait donc une seule émission de souffle, et la parole était recueillie sous deux formes différentes, d’une part sur le cylindre métallique recouvert de papier fumé, de l’autre sur la cire du rouleau qui garnissait le phonographe. Pour éviter d'impressionner trop, fortement la membrane du phonographe, nous avions ménagé un échappement d’air au-dessous de l'embouchure. L'ouverture ainsi pratiquée à rendu moins fortes les vibrations du tracé direct et nous a permis d’obtenir un bon phonogramme.
Le morceau enregistré l’a été par le sujet G. C'est le fragment de Cinna I, qui figure dans nos tableaux généraux. L'inscription ainsi faite permet déjà de répondre d’une façon victorieuse à l’une des objections formulées contre la méthode graphique. Il n’est pas vrai que les instruments de transmission, l’entonnoir de zinc et les tuyaux de caoutchouc, autorisent à se montrer défiant à l'égard des tracés obtenus. La déformation de la parole, si elle existe, est limitée seulement à la pureté des timbres. Il n’y a aucune différence, à l’audition du phonogramme, entre un rouleau de cire impressionné à l’aide du pavillon dont on se sert communément, et un autre rouleau de cire dont les sinuosités représentent également la voix, voix inscrite, cette fois, par le procédé que nous venons de décrire. La démonstration, que tout le monde peut faire, est péremptoire.
Nous étions donc, dès ce moment, en possession d’un tracé direct semblable à tous ceux qui nous ont servi au cours de cet ouvrage, et, en. outre, d’un cylindre de phonographe, témoin acoustique de la déclamation recueillie. Le premier représentait la diction du sujet C sous son aspect analytique, le second sous son aspect synthétique. Cependant n’y avait-il pas, entre les deux inscriptions, des différences qui échappaient à l'oreille ? Il se pouvait en effet, sans doute par quelque incompréhensible miracle, non pas que l'oreille fût victime d’une grossière erreur, mais que cependant, quoique la cire fût impressionnée d’une façon satisfaisante, le tracé direct au contraire fournit seulement des renseignements illusoires et faux. Il fallait tout prévoir, même les défiances les plus problématiques, et d’ailleurs toute preuve gagne à être très complète.
De nouveau le problème se posait. Comment faire ? Il me parut évident que toutes les objections disparaîtraient si je réussissais à transcrire en courbes les sinuosités du phonogramme, puis à montrer que le tracé direct et la transcription ainsi obtenue étaient comparables. Je prévoyais sans doute quelques divergences, mais je considérais, si je parvenais à en donner la raison d’une façon claire et satisfaisante, que l’exactitude des analyses sur lesquelles est fondé ce livre serait désormais certaine et manifeste, que les suspicions dirigées contre l’appareil enregistreur du même coup auraient vécu. La synthèse de la parole étant représentée par le cylindre de cire qui permettait d’entendre autant de fois qu’on le voulait la déclamation vraie, il me paraissait intéressant d’en tirer un nouveau graphique qui servirait à une nouvelle analyse, celle-ci pouvant être confrontée avec la première, je veux dire avec celle du tracé direct.
Mais comment procéder ? Les tâtonnements ont été longs, et toute la difficulté consistait à trouver un appareil satisfaisant. C’est seulement en novembre 1910 que mon attention a été attirée par M. l'abbé Rousselot sur une invention nouvelle, celle d’un constructeur parisien, M. Lioret :. Par elle j’ai pu remplir mon programme.
appel de M. Lioret a été décrit à plusieurs reprises dans des publications spéciales. Il à fait l’objet d’une communication à l’Académie des Sciences à la date du 30 mai 1910. Il en est parlé dans le Cosmos du 24 décembre 1910 sous la signature de M. Jacques Boyer, puis dans le Journal de physique de la même année ?, enfin dans la Revue de Phonélique où M. J. Chlumskÿ lui a consacré quelques pages. Au moment même
1. Je dois signaler qu’une discussion s’est élevée entre M. Th. Rosset, professeur à l'Université de Grenoble, et M. Lioret, chacun revendiquant le mérite de l'invention. En se reportant à la Revue de Phonétique, 1911, fasc. 3, p. 303 et sq., le lecteur curieux trouvera les pièces du débat dans les lettres alors échangées.