LES INTENSITÉS : CRITIQUE DE NOTRE TRANSCRIPTION
, . . » . s 3 LA » L , > Tout d’abord, comment les mesures sont-elles prises ? Pour ce qui concerne le tracé direct, j’ai procédé comme précédemment, en examinant la vibration la plus forte dans la tranche des hauteurs musicales déterminée, et en m'éloignant le plus possible de l’occlusion de la consonne subséquente. Pour la transcription, je m'y suis |
pris d’une manière analogue, à l’aide TRACÉ DIRECT TRANSCRIPTION L TRACÉ DIRECT TRANSCRIPTION
d’une réglette divisée en dixièmes de millimètre : une forte loupe suffisait à ce | —— RE a —— | —— — “avai I. Max. I. Min. I. Max. I. Min. I. Max. I. Min. I. Max. I. Min.
Il est évident que les deux inscriptions, celle faite à l’enregistreur, et celle faite-au phonographe, ne peuvent présenter des amplitudes identiques, parce que le travail accompli n’est pas le même. En dehors de la différence des membranes, l’une relativement souple, l’autre presque rigide, il faut faire observer que l’enregistreur recueille des vibrations traduites sans effort, par le jeu presque libre d’une plume se promenant sur un papier noirci sans doute,
mais verni sous la léuère couche de fumée dont il est recouvert. Au contraire le style du phonographe doit inciser la cire sur laquelle il agit, et la résistance qu’il. lui faut vaincre est
infiniment plus grande.
J'ai d’abord essayé d'établir une proportion, de ramener les amplitudes du tracé direct et de la transcription à des chiffres comparables, espérant
que les variations, étant très minimes, pourraient être considérées à juste titre comme négligeables, qu’ainsi par conséquent elles pourraient être attribuées avec vraisemblance à la nature différente des membranes et du travail effectué. Je savais que le tambour inscripteur agrandit la vibration réelle selon une valeur égale au quotient du grand bras du levier divisé par la dimension du petit bras, soit 5, 7. Il me fallait donc diviser par ce nombre de 5, 7 toutes les amplitudes obtenues pour avoir l'arc vrai.
D'autre part, l'appareil de M. Lioret agrandit $o fois la vibration réelle. Je devais donc diviser par ce nombre toutes les mesures prises pour avoir l’arc vrai. Malheureusement, les opérations une fois faites, il fut patent que les divergences subsistaient. Elles étaient mêmé si importantes qu’elles excluaient toute possibilité d’explication par la différence des membranes et celle du travail accompli : le rapport par exemple était d’r1/8 à la première syllabe du premier vers, et de moitié à la seconde, Ailleurs c’est tantôt la transcription, tantôt le tracé direct qui l’emportent l’un sur l’autre. Est-ce donc l'appareil enregistreur dont je me suis servi qui ne vaut rien ? Par conséquent tous mes calculs d’audibilité sont-ils indignes de foi et reposent-ils sur une base incertaine ?
Telle se posait la question, et le contrôle auquel je m'étais livré entachait de suspicion toute une partie de mon travail. J'étais assez perplexe, quand il me fut donné de découvrir la cause des divergences constatées. J'ai dit que pour certains vers j'avais été obligé de faire recommencer par M. Lioret la transcription du phonogramme, de telle sorte que je me trouvais quelquefois en possession de deux exemplaires d’un même alexandrin. En comparant ces deux exemplaires, je m’aperçus vite qu'ils n'étaient pas semblables, que la faute né provenait pas de l’enregistreur, mais des courbes issues du rouleau de cire. Je reproduis donc le même fragment d’une même syllabe dans les deux épreuves qui m'ont été livrées afin qu’on puisse juger du fait : l'arc de vibration est plus grand dans un cas que dans l’autre. Il s’agit de lo du mot porte à la première syllabe
du v.7 (Hg. 33).
Dès lors tout était clair : les non-concordances du tracé direct et de la transcription ont des causes qu’il est facile de mettre en lumière. Lorsqu'il s’est agi en effet de reproduire les vibrations du phonogramme, ou bien la pointe mousse n’a point pénétré jusqu’au fond des sinuosités
FIG. 33. — Le même fragment de l’o du mot porle dans mes deux transcriptions.
du cylindre, et alors les amplitudes sont proportionnellement plus petites que celles du graphique ordinaire; ou bien le levier, à certaines places, à été rejeté hors du sillon pour y retomber ensuite : en d’autres termes il a sauté, et les arnplitudes sont proportionnellement plus grandes que celles du graphique ordinaire. Si le travail de M. Lioret avait été moins rapide, il est à présumer que les arcs décrits auraient été exactement comparables.
Donc l’origine des divergences étant nettement établie, il n’était plus besoin de ramener le tracé direct et la transcription à une commune échelle : il fallait tirer parti de l’un et de l’autre. Nous avons calculé les audibilités du tracé direct selon le procédé décrit dans notre premier
chapitre, d’après les chiffres fournis par le micromètre. Pour la transcription, nous avons agi de manière un peu différente : les amplitudes mesurées
au moyen de la réglette graduée en dixièmes de millimètre ont été toutes divisées par 50, valeur de l’agrandissement de la vibration réelle ', puis multipliées toutes également par 10. Ces deux opérations étaient en effet nécessaires afin de conserver leur sensibilité aux tables de réduction, car le style du phonographe produit dans la cire des incisions extrêmement faibles, à cause de la résistance à laquelle il se heurte, et d’autre part les arcs des courbes issues du rouleau de cire sont beaucoup trop considérables pour servir de base directe à l'établissement des distances de compréhensibilité, ; C’est ainsi que nous avons déterminé la portée de la voix dans les diverses syllabes du fragment inscrit. Parfois la puissance acoustique emporte dans la transcription; parfois elle est moindre que celle du tracé direct; rarement elle lui est sensiblement égale : nous avons rendu compte de ces discordances. Si la pointe mousse au contraire avait accompli régulièrement son travail, le rapport aurait été facile à établir, puisque les nombres restent comparables lorsqu'ils sont augmentés chacun d’un nombre constant. Mais, comme les irrégularités se sont succédé d’une manière brusque, il s’ensuit que la relation des accents entre eux se trouve changée. Dans le premier vers par exemple, les temps marqués se
répartissent ainsi par ordre d'intensité décroissante dans les syllabes du tracé direct : 8, 1,6, 10, 12. Au contraire dans la transcription on trouve :
1; 6, 8AHONTE:
il peut se faire que le levier saute sur toutes les syllabes qui commencent un'groupe rythmique pour reprendre ensuite son allure normalé sur la tonique, mais sans pénétrer cependant dans celle-ci jusqu’au fond du sillon. Alors la crête d’audibilité n'apparaît pas à l’analyse. C’est à un accident semblable qu’il faut attribuer la non-concordance constatée à la 9° s. du v. 3 et à la 6° du v. 12. Ce sont les seules divergences rythmiques que nous rencontrions : elles auraient pu être plus nombreuses. Si au contraire la pointe mousse n’a pas pénétré jusqu’au fond du sillon dans les syllabes qui commencent un membre métrique, et si d'autre part elle saute en arrivant sur la tonique, celle-ci présente un sommet acoustique considérable, mais l’accent reste dans la transcription à sa place réelle. Il faut encore observer que les calculs, pour ce qui concerne le tracé direct, ont été faits en tenant compte de la nasalité, mais que cette nasalité s’est traduite exclusivement par la bouche, au seul point de vue du timbre,
1. Naturellement au cas où la pointe mousse a pénétré jusqu’au fond des sinuosités du cylindre, au cas aussi où elle n’a pas sauté.