OBSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES SUR L’INTENSITÉ RÉELLEMENT PERÇUE
ne peuvent traduire toutes les nuances. Il faut retenir de cette liste qu’en règle générale, mais non point absolue —, ou du moins les notations insuffisantes des sujets ne permettent pas de l’affirmer en toute certitude —, les syllabes sont considérées comme d'autant plus fortes qu’elles sont plus longues. .
Donc, pour résumer, nous pouvons dire que l'intensité n’est pas un phénomène simple, ni dans sa constitution intime, ni dans l'effet qu’elle produit sur l'organe de l’audition. M. l'abbé Rousselot l'avait déjà observé et il avait abouti à des conclusions qu’il importe de rappeler *. Ses remarques étaient celles-ci :
1° Que les voyelles le mieux entendues sont celles qui portent l'accent de la phrase.
2° Que ces voyelles peuvent avoir un tracé moins ample que d’autres qui ne sont pas entendues..., mais qu’en général, elles ont une plus grande durée.
3° Que la durée des voyelles influe beaucoup sur leur audibilité.
4° Que des variantes assez considérables peuvent exister pour deux auditeurs que l’on est en droit de considérer comme normaux. Aïnsi dans tel mot, l’un entend la première, l’autre la seconde syllabe.
Nous nous rallions à ces propositions. En d’autres termes, et notre analyse le prouve une fois de plus, l’intensité ne fait pas la cadence du vers. Elle y joue un rôle tout à fait secondaire. A elle seule, elle est peu de chose. Combinée avec la durée, elle en accroît l’effet et prend alors une valeur rythmique qu’autrement elle n’a pas : mais alors elle se confond avec un élément d’une nature différente et cesse de vivre d’une existence particulière. Il faut donc reconnaître dans l’accent temporel le principe constitutif du vers français moderne. C’est l'idée que nous avions indiquée au cours de notre chapitre sur le rythme total. Cette idée s’impose encore à nous après le contrôle auquel nous nous sommes livré.
1. Abbé Rousselot. Principes, p. 1061. Ces conclusions ne s’appliquent bien entendu qu’à la langue française et ne sont valables que pour des oreilles françaises. Cf. notre chap. XII, p. 459, n.2