COMBINAISONS FACTICES : DURÉE DES SYLLABES SI
chiffres montrent que parfois le retard qui se produit sur la première consonne, par exemple dans les combinaisons fata et zuza, n’est pas très éloigné de modifier la loi générale : il suffirait d’un minime prolongement de ce retard, dans les deux cas signalés, pour rendre la première syllabe supérieure en durée à la seconde.
lala
£aga 23,5 35 mama | 26,5 | 41,5 Jjaja 33:5 37 rara 26 46,5
dada
Il reste enfin à préciser de quelle façon se produit la syllabation des consonnes doubles placées entre deux voyelles : il n’y a point là de diffculté capitale.
Reprenons en effet notre définition. Nous avons vu que la consonne double consiste dans une seule articulation de tension plus énergique et de tenue plus prolongée que la simple. D’autre part dans les occlusives la longueur de la tenue qui se produit entre la tension et la détente, enfin dans les continues l’affaiblissement du bruit que l’on constate pendant la tenue, font en sorte que l'oreille distingue deux sons au lieu d’un seul. Il est donc très simple de partager la consonne redoublée en deux parties égales * dont la première se joint à la première voyelle et la seconde à seconde. En d’autres termes un groupe atta doit être considéré comme l'équivalent d’un groupe affa, où l’on n’a aucune hésitation à rattacher l’f à la voyelle initiale et l’on peut établir cette série : l
Les syllabes ainsi formées sont semblables à celles que nous avons déjà examinées, et dans tous ces groupes, c’est la dernière qui est la
plus longue.
: en en Re) nn #* appa 24 44 aÿfa 23,5 39 adda 233 35,5 assa 24,5 32 Il est pourtant évident qu’une formation factice comme afa ne doit ———— pas être très éloignée d’un mot français réel, comme fé (hâté), et sans Ce Aid “LE EEE 23 325 tirer argument du fait que papa se trouve dans le dictionnaire de PAca- rn 24 33 En 6 34 démie, il nous faut maintenant chercher à quelles lois de durée obéissent an ee alla 2) 2 anna 21 (0) 3 9
les termes de la langue courante, et si la valeur temporelle des syllabes y est liée soit au timbre, soit à la qualité des sons. On a donc inscrit dans une même séance et en se gardant de la moindre emphase une série de mots très simples et dont voici le court catalogue : ramds (ramasse), ramdsé (ramasser), äkaj (encage), äkajé (encager), äplër (ampleur),
1. Solution provisoire, la seule acceptable cependant, en l'absence de travaux spéciaux sur la question.
äplifyé (amplifier), äplifikasyô (amplification), batéy (bataille), batayô (bataillon), kétyé (côtier), kôlwayé (côtoyer), soméy (sommeil), someyé
(sommeiller).
Certains de ces mots, comparés l’un à l’autre, présentent les mêmes sons, mais selon des positions différentes. Dans aucun cependant, le muet
qui termine quelques-uns d’entre eux dans la graphie n’a été prononcé, et l’on a pu dresser le tableau suivant des durées syllabiques :.
Toutes les règles que nous avons établies se trouvent ici vérifiées. Il n’y
a pas de longueur absolue frappant certaines syllabes, et celles qu’on peut ST. S.n S. im S. IV S. v marquer du signe — ne sont telles que par rapport à celles qui les précèdent. ; La finale de kotyé a une valeur temporelle moindre que celle de ramés, et LUE 24 57 ÂÜ pourtant toutes les deux sont longues si on les compare aux initiales. Le NUS 18 21 33 graphique indique que dans toute finale, c’est la voyelle qui est l'élément le RU il Et plus important ; cependant, si l’on considère les tracés des deux mots 4kaj et Le) ie 55 äkajé, on se rend compte qu’une partie de la plus-value de la syllabe qui äkajé HDrS is 19,5 29,5 termine le premier est due à la dernière consonne, car celle-ci n'étant suivie TE RO NET LR NU VAE à d'aucune voyelle peut s'étendre légèrement, ce qui nous ramène à l’obserte 1955 45»5 vation de M. l'abbé Rousselot signalée plus haut. D'ailleurs il y a trois sons äplifyé 12,5 20 29,5 à prononcer dans un cas contre deux sons dans l’autre et il est légitime que errrmre CRT DETTE RENE TRRCTE 15 la syllabe la plus complexe soit aussi celle qui dure davantage. Mae ici : Lean encore il n’y a rien de constant, comme on peut le voir par la comparaison
batäy 32,5 48 des mots äpl®r et baläy.
‘ra EPRERE RES 28 ON EN EURTE De plus, dans toute inscription et par conséquent dans les moyennes RARES Re pe LL Ne obtenues, on constate une progression temporelle qui se poursuit jusqu’à la kôtyé 24,5 37 terminaison, sauf trois exceptions qui exigent un commentaire. La première onde PA PT CIE VERRE ERRS EEt consiste en un léger accident de durée qui frappe la seconde syllabe du ER mot äplifikasyô. Étant donnée la place de cet accident, il paraît difficile d’en some) 24,5 Zu trouver la cause dans le mouvement ondulatoire que nous avons remarqué à en AE 13,5 28,5 l’intérieur des groupes artificiels polysyllabiques. Il suffit simplement de noter qu’il ya là trois sons à articuler, tandis qu’il n’y en a qu’un dans la syllabe
qui précède et deux dans celle qui suit : dans une prononciation rapide il arrive que les divers éléments syllabiques atteignent le maximum de compression à laquelle ils peuvent être soumis, et l’expérience montre que ce maximum est voisin de 5%.
Il en résulte qu’on découvre parfois des manières de crêtes temporelles, pour ainsi parler, dont l'existence est conditionnée par la composition des syllabes qui les encadrent; elles ne se présentent d’ailleurs pas comme un phénomène constant. Quant aux deux mots hatayô et someyé, on remarque que leur syllabe initiale est un peu plus longue que la seconde. Il s’agit ici d’un phénomène connu et que nous avons déjà noté dans les combinaisons artificielles. Nous savons en effet qu'après un silence la consonne première tend à dépasser en durée la voyelle qui lui est jointe, comme s’il se produisait une légère hésitation dans l'attaque. C’est pour cette raison que batayô et someyé peuvent être traduits par le schéma Le, tandis que k6twayé reste normalement
1. Les chiffres représentent les moyennes de plusieurs expériences.
Mais l’observation la plus importante est que les mots inscrits, au point de vue de la syllabe finale, sont d’une façon générale l'équivalent exact des groupements factices analogues, à savoir que ramds est semblable à ata (0), äplifyé à atata (LC), comme àplifikasyo, si l’on fait abstraction de l'accident accessoire, le serait à atatatata (Lou). Si l’on reconnaît par conséquent que dans un mot la syllabe la plus considérable au point de vue temporel est toujours la dernière, du moins dans une prononciation non emphatique, et que cette dernière syllabe est en français celle que les grammairiens désignent sous le nom: de tonique, on aboutit à cette proposition qu’en français, dans des mots prononcés isolément, toute syllabe tonique porle l'accent de durée, c'est-à-dire qu’elle est longue, mais que cette longueur se manifeste selon la loi de relativité que nous avons exposée.
Il reste enfin à dire que la syllabe tonique étant la pénultième dans les mots qui se terminent par un e muet, c’est cette syllabe tonique pénultième qui est la plus longue, au cas où le muet est réellement articulé, ce qui laisse subsister sans correction la formule que nous venons d'écrire. En effet pour les mêmes mots, dans lesquels la prononciation a laissé subsister la voyelle féminine, on se trouve en présence d’un schéma 0 ù
(cf. tableau).
Cependant il nous faut ici rappeler les règles qu'ont exposées MM. l'abbé Rousselot et Gré-
goire :; elles prouvent une fois de plus que la durée n’est pas liée au timbre. Ils ont démontré Se Slt S. nl que si toute voyelle est longue en syllabe finale, elle y diminue d’importance en raison même
de la complexité du groupe dont elle fait partie, que la voyelle obéit en syllabe intérieure ou randse 16 35,5 18 initiale à une progression qui lui impose une valeur temporelle d’autant plus grande qu’elle est LÉ RNRTR TRES He crea
plus voisine de la tonique. Une longué tend donc à devenir de plus en plus brève à mesure que s’accroit le nombre des syllabes dont elle est suivie, ou, si l’on aime mieux, plus le mot s'étend, batäyæ 22 43 16 plus son commencement s’abrège. L’abrègement affecte d’ailleurs non seulement les voyelles
mais encore les consonnes.
Les expériences auxquelles nous nous sommes livré à cet égard confirment celles de MM. l'abbé Rousselot et Grégoire. Les tracés qui nous ont
servi à dresser les deux précédents tableaux sont ceux que nous utiliserons encore, et, afin de pouvoir en même temps examiner les théories de MM. Viétor, Sievers, Passy et Beyer, nous y ajouterons les inscriptions prises pour les mots pat (patte) et pét (pâte), enregistrés dans l’ordre qu’on vient d'indiquer (1) et dans l’ordre inverse (IL), äp/ (ample), dt (hâte), dir (âtre), àr (are), àrbr ? (arbre), ba (bat), kôt (côte), som (somme). On reconnaîtra que le sort de la voyelle est différent selon la constitution du groupe auquel elle appartient et la place qu’elle occupe, mais que Pabrègement sur lequel on attire l'attention est toujours quelque chose de relatif et non d’absolu. Les chiffres donnés (cf. ci-contre et p. 54) représentent les moyennes de plusieurs séries d'expériences et représentent la durée du son transcrit à gauche dans une colonne spéciale.
Toutes ces inscriptions, sauf celles de pat et pdt (I et Il), qui témoignent d’un mouvement plus rapide, ont été prises dans une seule et même séance. On remarque que dans les monosyllabes (4t et dtr, àr et ärbr) la durée de la voyelle s’abrège en raison du nombre des consonnes qui lui sont conjointes. De même une voyelle d’une sonorité définie, tout comme dans les expériences
de MM. Grégoire et l'abbé Rousselot, devient brève à mesure qu’elle se fait suivre d’un plus grand nombre de syllabes, la diminution qui la
* frappe se laissant d’ailleurs déterminer par comparaison et ne se produisant jamais dans des conditions invariables. Par exemple la voyelle nasale 4
1. Grégoire. Variations de durée de la syllabe française : La Parole, 1899. Abbé Rousselot. Précis de prononciation française, p. 89, et Principes, p. 994-995. 2. Je l'ai prononcé à dessein avec un à : il est plutôt moyen dans le parler courant.
s4 L'ALEXANDRIN FRANÇAIS
est de 33° dans le monosyllabe äp/, elle n’est plus que de 19°5 dans le dissyllabe äploër, de 12%, s dans le trisyllabe aphfyé, de 105,5 dans äplifikasyô(s syllabes), et on voit que cette régression est analogue, mais non identique à celle que subit l’6 dans les trois mots kôf, kôtyé, kôtwayé.
äpl äploèr äplifyé äplifikasyo Les voyelles se comportent donc conformément à la règle que nous avons formulée, selon laquelle les syllabes sont d’autant plus longues qu’elles se 5 33 19,5 12,5 10,5 rapprochent davantage de la tonique.
Les mêmes observations sont d’ailleurs valables pour les consonnes.
105 6 A qe :
RÉ EE Le kinitial, pour prendre un seul exemple, est de 14 dans kôt, de 10, 5 ä 270$ 12 dans kôtyé, de 10 dans kotwayé, mais ici la loi peut être altérée par le Se Lui San — Li | —— | retard que manifeste quelquefois la consonne première intervenant après äkaj äkaÿjé
un silence. Dans la dernière syllabe également la consonne perd de sa a 39 13 durée quand elle n’est plus terminale. L’s est de 195%, $ dans ramds et seulement de 15° dans ramäsé.
RARE, MSENAV TE ET eric Ce dernier tableau nous permet aussi de contrôler définitivement les 0) 27 14 8 opinions communes à MM. Viëtor, Sievers, P. Passy et Beyer. En syllabe finale ouverte, c’est-à-dire dans une syllabe finale que ne clôt pas une
consonne réellement prononcée, la voyelle, enseignent-ils, est brève,
Œ 9 7 tandis qu’elle est longue quand elle est suivie par une fricative sonore, Rom 1 : , x , mn ,
Pr soméy someyé avec cette exception que l’7 pénultième ou antépénultième n’allonge pas.
—— Or, si l’a de äkaÿj est en effet plus long que celui de ba dans les moyennes
4 E733 95 8 que nous avons présentées, c’est là seulement un hasard d’expérience que
d’autres tracés pourraient contredire, et les lois de la durée ne sont pas celles que ces phonéticiens ont posées. Ils déclarent que les voyelles 6, &, â, è, & sont longues, quelle que soit la consonne consécutive : or, s’il est vrai que l’4 de äpl a une valeur temporelle considérable, comment se fait-il qu’il dépasse de.6‘° l’6 de kôt et qu’il soit inférieur à l’a de 4r; comment se fait-il que deux séries d'inscriptions du mot pét (analogue dans sa constitution à Æôf : occlusive + voyelle fermée + occlusive) fournissent les moyennes 185%, $ et 13° pour le son 4, tandis que pour le mot à} la moyenne est de 33,5 ?
De même on ne peut dire qu’en syllabe non finale certaines voyelles restent longues, comme le croient les auteurs précités : il n'y a en effet de voyelle longue, du moins dans une prononciation non emphatique, que celle qui se trouve dans la syllabe tonique et par rapport à celles qui la précèdent. Les règles que nous critiquons ici ont donc le tort de classer les voyelles selon des durées spécifiques et constantes, et recouvrent mal les faits auxquels elles prétendent s’appliquer. Quant aux classifications plus simplifiées encore, celles qui considèrent l’4 comme bref dans pat et long dans pt, il n’est pas besoin de lés discuter aussi longuement. S'il est vrai que la théorie paraît confirmée par quelques exemples, s’il est vrai que 4 dans päf (D) est plus long que 4 dans pat (D), que l’4 dans ramäs, àt, àtr dépasse 4 dans àrbr, a dans pat (L) et dans ba, que l’6 de kôt l'emporte sur l'o de som, d’autres constatations laissent voir que la règle est loin d’être absolue : à dans 4kaj est plus long que le même 4 dans ba, que 4 dans pât (D), ramds, dt; il l'emporte dans pat (IL) sur lé de pät (ID), dans ba sur l’4 de pät (I et IT) et sur l’& de àrbr ; enfin lo de someyé est l’exact équivalent de l’6 de ktwayé.
. Il s’agit du premier a, non du second. Ce tableau et le précédent, dans lequel, pour des CORMRONUEE de composition, j’ai mis à part mes monosyllabes hors série (pa, pdt etc. Fa s'appliquent au même groupe de phénomènes. On s’y reconnaîtra facilement.