SÉRIE
eksplwaté
grès
La première série montre que, quel que soit le nombre de ses éléments constitutifs, une syllabe comptant plus de deux sons, du moins dans les mots qui ne sont pas trop longs, peut rester subordonnée en durée à la syllabe finale sans qu’il y ait trouble dans la progression des valeurs temporelles. Mais le second tableau fait voir qu’il n’en est pas toujours ainsi. Dans trois cas sur cinq, où l’accent de durée se maintient sur la dernière syllabe, la différence diminue entre celle-ci et la pénultième. Dans le premier exemple, c’est la première syllabe, composée de quatre arti-
culations, qui l'emporte léoèrement sur la seconde, laquelle n’en compte que deux ; dans le cinquième exemple enfin le groupe initial est supérieur de 2%$ au groupe terminal. Donc, la première série représente les types rythmiques ” “— (strapôté, eksplwalé) et "= (kroevé, trôpé, grèsé). Mais la deuxième série, qui possède les mêmes types ” ”— (eksplwaté, où la finale seule est sentie comme longue, puisqu'elle précède immédiatement le silence) et ”—(kroevé et trôpé), connaît aussi les dispositions * *— (strapôte ) et — Ÿ ou — * (grésé).
La transformation des combinaisons originaires est encore bien plus marquée dans la troisième série où l’emphase voulue rend les syllabes de sons composants nombreux beaucoup plus longues que leurs voisines, de telle sorte que l’on obtient les types rythmiques = Ÿ (kroevé, trôpé, grèsé) — Ÿ SX (strapot) et *— < ou “— ” (eksplwaté). En d’autres termes, tout mot qui s’achève régulièrement par une longue perd son accent naturel sous l'influence de l'effort déclamatoire, et l’on voit apparaître, outre des formations inattendues comme = Ÿ * (strapôté), des combinaisons — Ÿ et “— Ÿ, réservées dans la prononciation courante aux mots terminés par un e muet.
L'important phénomène que nous venons de noter mérite d’être
minutieusement décrit. Nous avons donc essayé de le reconstituer
rare Su | SPAS ee Slot éxactement et de le suivre pas à pas dans son développement ; nous avons pris trois inscriptions différentes de chacun des deux mots
HN 25 5 36 ie 45 so strapôte et grésé, chaque fois avec Le emphase plus grande. Le
À ee tableau ci-contre indique comment l'accent se déplace. 2° fois >? 25 30 2° fois 48 48 Les types rythmiques sont donc pour le premier mot = “— (I) c Eten: 7 | je is LV fi iv, AE TPE SI
3° fois 63 28 27 3° fois 47 25 FAT (I) J D), pour le second *— (1) (ID) (HT), | ou, si l’on aime mieux, l’eflort déclamatoire allonge d’autant plus
une syllabe non tonique qu'il est plus fort, et l’on pourrait par ces exemples concevoir une série d'expériences où l’on verrait augmenter en durée, centième de seconde par centième de seconde, la syllabe atone qui s'accroît aux dépens de la dernière, augmentation qui
re . >, CE nt passe nécessairement par légalité temporelle, comme le montre 1e SÉRIE le précédent tableau. En résumé, toute déclamation emphatique change plus ou moins, selon le caractère de l’expression, le rapport normal des syllabes.
Il faut cependant indiquer quels éléments profitent de l’ac-
| strapôte ; strapotè
croissement que nous venons de signaler, sil s’étend également
à tous, ou seulement à quelques-uns. Nous avons donc repris kroevé kroevé les tracés qui nous ont servi à mesurer les durées dans les RES POS RSS Es mots sérapôtè, kroevé, trôpé, eksplwaté, grèsé ; nous ne comparons entre elles que la première et la troisième série, en eksplwaté chsplwaté inscrivant dans la seconde colonne la syllabe qu'il s'agit d'examiner, dans la troisième la valeur de ses consonnes prises en bloc (C), et dans la quatrième celle de sa voyelle (V) :
Ce sont donc les groupes de consonnes ? qui, dans une prononciation emphatique, profitent plus que les voyelles 3 de l'effort produit par la voix.
trôpé tro trôpé
grèsé : grès
1. Pratiquement, dans le cours du volume, des formations semblables seront notées Æ Ÿ—, afin de bien marquer la place ordinaire de l’accent.
2. Cf. Roudet, Éléments de phonétique générale (1911), p. 250, et Revue de philologie française, 1907, p. 312 et sq.
3. L’emphase généralement ne modifie pas le rapport des voyelles entre elles, la voyelle originairement tonique, mais non la syllabe dont elle fait partie, restant longue. Cf. chap. XII. 1 4