Pierson, Mélrique naturelle du langage (1884), p
4. A. Tobler, Wom franzüsischen Versbau, 4e édit., 1903, p. 2.
5. Guilliaume, Le vers français et les prosodies modernes, Paris, 1898.
6. Clair Tisseur, Modestes observations sur l'art de versifier, p. 5-9 et 17.
QUÉLQUES THÉORIES 67 parlant./La plupart des métriciens cependant, et: Scoppa lui-même, ne voyaient guère dans la longueur qu’un attribut accessoire de la force : « C’esyle frappé de l’accent appelé tonique, c’est ce coup vibré sur une syllabe de chaque mot, cet ictus vocis des Latins qui fait distinguer dans les vers les intervalles des temps, les mesures, les pieds, les nombres : sans quoi les sons de la musique et des vers ne seraient comparables qu’à ce bruit sourd, confus et monotone d’un fleuve qui coule sans attirer l'attention de l’oreille *. » C’est le point de vue le plus général et, dans presque tous les ouvrages consacrés à la question, l'intensité demeure l'élément dominant, la durée n’étant mentionnée que d’une façon très vague, à l’ar- - rière-plan, comme une simple précaution qu’on prendrait contre une erreur possible.
On ne peut savoir si Sully Prudhomme avait une idée bien nette des phénomènes qu’il voulait définir, tellement ses formules sont embrumées et indécises. Il parle d’ « intervalles de rythme » et il écrit ? que « le son peut varier en chacune de ses qualités (intensité, hauteur, timbre), et, de plus, occuper des positions successives sur la trajectoire du temps écoulé, se déplacer plus ou moins vite dans la mémoire ». Sans doute, mais la phrase est si peu claire que la pensée elle-même a l’air d’en être incertaine.
Même embarras chez Becq de Fouquières 5 pour qui l’accent rythmique est produit « par l’adjonction de la quantité à l’intensité », et qui se garde de s'expliquer davantage. :
Guyau 4 par contre s'exprime avec plus de décision. Il suppose un vers idéal de douze syllabes d’égale longueur. Puis la syllabe de l’hémistiche et celle de la fin du vers, tombant sur un temps fort, tendent à gagner, non seulement en intensité, mais en durée ; elles se prolongent en empiétant sur les autres syllabes dont les plus brèves deviennent analogues à des doubles croches. Il cite ce vers de Racine :
Si je la haïssais, je ne la fuirais pas (Phèdre, I, 1)
et déclare que la voix, après avoir insisté sur le mot haïssais, tend à se précipiter sur le reste du vers, et principalement sur les syllabes peu importantes : je ne la. Il reconnaît que la césure allonge la sixième syllabe et en raccourcit d’autres par compensation ; tel est pour lui le type rythmique le plus simple ; il s’y joint d’autres variétés où les accents toniques qui se rencontrent à l’intérieur de l’hémistiche donnent aux syllabes, en même temps qu’une intensité plus forte, plus de durée, comme dans cet exemple de Molière :
La pâle est aux jasmins en blancheur comparable | | | |
Ce vers pour lui possède quatre accents rythmiques formant des groupes de brèves dont chacun est terminé par une longue.
Cependant, si certains auteurs comme M. Saran $ se rendent compte qu’il y a en français une durée qui joue dans le vers un rôle considétable, il n’y a guère à notre connaissance que deux critiques qui lui accordent une importance prépondérante et qui cessent de la regarder comme uñ principe accessoire. L’un est M. Fr. Wulff $ qui apporte des considérations originales dans les recherches rythmiques : « L’accentuation dynamique de la phrase française, écrit-il, est seule génératrice des longues et des brèves constitutives. Je suis convaincu qu’il n’y a pas le moindre inconvénient ici à employer partout long et fort comme synonymes, et bref et faible de même... Le timbre des sons constitutifs n’y est pour rien. » L'autre est M. Rudmose Brown 7 dont l'oreille s’accorde avec celle de M.Wulf : « Je définis donc l'accent comme le relief psychologique. Je pense
. Abbé Scoppa, Des beautés poétiques de toutes les langues, considérées sous le rapport de Paccent et du rythme (Didot, 1816). -- . Sully Prudhomme, Réflexions sur l'art des vers, p. 39. . 5
. Becq de Fouquières, Traité général de versification, p. 53.
. Guyau, Principes de l'esthétique contemporaine, p. 186-187.
. Saran, Der rythmus des franzôsischen Verses, ch. 23-24.
. Fr. Wulff, Om Värsbildning (Lund, 1896) : ce passage est cité par M. Rudmose-Brown.
. Rudmose-Brown, Étude comparée de la versification française et de la versification anglaise (1905), p. 16.
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que la seule théorie soutenable des concomitants physiques de ce relief est celle qui affirme que les syllabes accentuées sont plus intenses et plus longues que les autres et que l’intensité et la longueur (on peut écarter l'intensité) d’une syllabe sont en raison directe de son relief. »
Il y à donc peu de théoriciens qui envisagent la possibilité d’un rythme temporel. A toutes les définitions qui précèdent, nous ajouterons la nôtre qui se fonde sur une enquête expérimentale : Le rythme temporel, dirons-nous, est essentiellement constitué par une succession de membres métriques dont chacun se compose, sauf le pied monosyllabique, d'une ou plusieurs syllabes brèves auxquelles succède une syllabe tonique longue ; celle-ci à son lour peut se faire suivre d'une syllabe brêve composée d'une ou deux consonnes et d'un e muet. La valeur temporelle des divers éléments est indépendante de leur timbre.
Soit en effet ce vers :
Les orelots des troupeaux palpitaient vaguement (Hugo, Légende, Booz endormi).
Si je l’inscris en en séparant soigneusement dans la prononciation toutes les syllabes et en mettant un temps entre chacune d’elles, j’obtiens les
mesures suivantes :
Le gTœ 16 de tru pô pal pi tè va gœ mû 21 35 2751288 10 1396 ASSIS T MB AE 34 37
Chaque groupe articulé existe pour lui-même, et la durée ne varie guère que selon le nombre des sons composants (tr, græ et pal ont en effet une valeur temporelle plus considérable que les formations qui les encadrent). La rapidité paraît avoir été plus grande au début qu’à la fin du vers, et nulle part le timbre n’a déterminé l'allongement.
Si, au contraire, je déclame le même vers avec le ton soutenu qui convient à la poésie et sans isoler les divers groupes, j'obtiens des mesures toutes différentes :
Le græ l6 de tra pé pal pi 1è va gæ mnà 16 29 42 22 24 47 20 21 52 17 19 SI
LV VU Ne V V Fa VU V 72 2 VU Tr.
L'ordre apparaît où il n’y avait qu’anarchie, et nous distinguons parfaitement des sommets ou crêtes que l’on a marqués du signe —, tandis que les dépressions sont notées *. Ces sommets coïncident dans les mots palpilé, vagæmä, avec les syllabes que les grammairiens nomment toniques. D'autre part, chacun dés mots Je (les) et de (des), dont les grammairiens disent qu’ils sont atones, s'organise avec celui dont il est suivi pour former un mot métrique identique à ceux qui composent le second hémistiche et qui, dans la graphie, forment un tout. On reconnaît donc qu'un tel vers est formé de quatre mots métriques ou de quatre groupes rythmiques dont la dernière syllabe, pour chacun d’eux, est longue.
Mais est-il possible qu’un mot, parmi ceux que les grammairiens nômment accentués, puisse se combiner comme dans le cas précédent et constituer, avec un mot où un groupe de mots, un membre métrique ? Soit donc un vers comme celui-ci :
Laissez-moi m’endormir du sommeil de la terre (Vigny, Moise). La finale de Jaissez, dans le mot isolé, est régulièrement tenue pour tonique. Or, cet impératif s’unit parfaitement avec le pronom #0i qui porte seul le temps marqué temporel du groupe tout entier :
Le se mava ma dor mir du 50 mêy dæ latte rœ 21 24. 48 16 38 46 15 23 49 19 21 43 16
V A 7 7, V La V V Pas V V Fee V