DU PLACEMENT DES CONVIVES À TABLF
Lorsque l’on donne à diner, le plus diffide-n'est pas d’avoir uñ bon chef, de découer et servir avec grâce, d’avoir de bons ms et de fines liqueurs; le plus vulgaire intier à 12,000 francs en sait là-dessus aumt que l’auteur du Code gourmand; mais rest celui qui, comme ce savant gastropme ; sait assortir convenablement les conwes, les maintenir dans une harmonie tujours égale , mettre chacun dans un jour worable, veiller aux besoins de tous, demer letfrs pensées, aider leur mémoire, sspirer leur génie, les renvoyer enfin tous lement contens de lui, des autres et eux-mêmes ? Quel est le ministre à por- Hfeuille ; le directeur général, le président sassemblée, l’homme en place , le provi-
seur de collége, qui ose se flatter d’atteink dre à ce degré de perfection. »
C’est donc une science, aussi important que rare aujourd'hui, que celle d’un Am phytrion fini. Elle a souvent servi, à ceu
qui pouvaient atteindre à cette hauteur, d pierre-de-touche au mérite ignoré, aux fa veurs de la fortune; et tel qui s'est distingu dans la diplomatie , dans le conseil desroisk dans nos assemblées parlementaires, le même dans le temple des Muses, qui fai face au Musée, en traversant le pont des, Arts, ne dut peut-être toule sa réputation toute sa force , toute son éloquence et tou son savoir, qu'aux prôneurs des diners ache vés qu’il sut donner à propos.
Mais la théorie de cette science’ne s’ap prend pas; elle suppose un tact, une expé rience , une profondeur de jugemént , pou ainsi dire, innés et naturels. Telle est la rai son , sans doute , pour laquelle j’ai vu si pe de diners bien ordonnés, de convives bie assortis, et d’après-diners bien amusans. »
Le soin de recevoir, réunir, placer le
onvives est donc un de ceux qui sont les Mus importans et les plus difficiles de Am- Mhytrion : s'il ne sait pas les choïsir, les as rtir, les faire valoir les uns par les autres, Wutant vaudrait-il diner sans feu par un.
oid de dix degrés au-dessous de zéro (thermètre de Réaumur), étouffer dans une salle Imanger au mois de juillet , par uné chasur de vingt degrés (beurre en fusion) , né ire que du viu de Surênes et que le-dîner it fait par Le éhef d’un restaurant de ka rûe 8 l’Arbre-Sec, à vingt-un sous par tête.
D'abord je me prononcerai constamment ‘formellement contre étiquette ; elle n’est bonne tout äu plus que dans les repas de >rps de la garde royale ; Pégalité la plus nche doit régner dans le cours du dîner, : le dessert unie fois servi toutes les assiet- *S Comme tous les rangs doivent être conmdus ; cependant il est nécessaire qu’une onté secrète, insensible , mais active et tgilante, préside comme une seconde pro-
tdence au placement des convives, comme teelui des mets.
né de Re LE
Jamais un paralytique ne doit êgre assis, à table, à côté d’un médecin sévère; une jeune personne à côté de son prétendu; u censeur à côté d’un membre de la Cou royale ; la femme à côté de son mari; u homme de lettres à côté de son libraire; u poète à côté d’un chimiste ; un député d centre à côté d’un député du côté droit ;u comédien à côté d’un journaliste; une dan:
seuse à côté d’un membre de la société ca tholique des bons livres ; un ministre à côt d’un pair de France ; un abbé à côté d’u président du Consistoire ; un homme e place à côté d’un fonctionnaire destitué, ete. etc. etc. Il faut, non pas de la rigueur mais une sorte de subtilité pour trompe en ceci le penchant quientraîne chaque con vive ; si vous n’y failes attention , il e résultera souvent un mouyement d’humeu et un petit accès de bouderie. Il n’en faut p davantage pour étrangler la gaîté qui s’éfl teint par l’incarcération de la parole.
Ecoutez ce membre de la Société des ant quaires discutant gravement avec un CO
tre de l’Académie des Inscriptions sur la rrnièré écuelle de terre cassée, trouvée à erculanum; les voilà absorbés dans l’imeensité de l'inconnu , et pendant ce temps an d’eux renverse le moutardier sur les imoux de sa jolie voisine. , (Croyez-vous que ces deux enfans d’Apolm qui rient de cette distraction soient wus présens au repas ? Ils s'interrogent se communiquent des idées; Dieu les rrée de se fâcher ! les amitiés de poètes mnantiques sont souvent orageuses. J'ends l’un d’eux défendre avec un zèle trop ent un hémistiche de M. de Lamartine te son voisin réprouve. C’est le nuage qui cèle la tempête ; les deux amis se fâchent:
an d’eux avale une bouchée de travers , .., une incongruilé impardonnable vient être commise dans l’assiette même qui en tourni l'élément.
(On est touché de la liaison exemplaire , perturbable, de cés deux amans assis à bis lignes et demie de distance ? onles croitt presqu’assis sur la même chaise, tant ils.
4o L'ART DE DONNER A DINER.
se portënt aveg ardeur vers la partie qui les rapproche le plus l’un vers l’autre : ils ne voient ni n’entendent rien; à peine font-ils semblant. de manger; mais le pied , le ge pou, et quelquefois les mains sont en mouvement. L’un d’eux est sur l'offensive, l’autre toujours sur la défensive, et tous deux ont l’œil vigilant. Vous croyez qu'ils ne songent à rien, qu’ils ne disent rien...
Eh bien! vous “vous trompez; demandez plutôt à cette noble comtesse du faubourg Saint-Germain, qui ne sort ni des anchois ni des cornichons; elle est dévote maintenant-parce qu’elle est forcée d’avouer qu’elle a au moins cinquante-cinq printemps. Ce tableau Ini rappelle des souvenirs tout au moins du temps des assignats: Elle vous dira que ces jeunes gens sont charmans ; c’est pos= sible : mais moi j'avoue qu’ils sont fort ennuyeux, parce que tandis que toutle monde a.passé les entrées, ils en sont restés au relevé ‘de potage.
A-1-on besoin de tousces convives préoc- ‘eupés? C’est à l’Athénée ou au collège d
TROISIÈME LEÇON. 4x
france qu’il faut placer ces sayans ; qui avec in verre d’eau sucrée à la main pourront disvuter tout à léur aise ; c’est au foyer de l’'Otéon que ces poètes romantiques pourrOnt te prendre aux cheveux san8 crainte que ersonne n’y vienne les $éparer ; c’est sous Wombrage ; réfléchi dans un clair ruisseau, qu’il faut envoyer les amoureux qui vont pas faim. Quant à madame la comtesse, èlle fera tout aussi bien de dîner dorénazant avec du pain bénit, à Saint-Thomas VAquin. ns 8
Ne mettez donc jamais ni les savans, ni es faisenrs de vers, ni les amans, ni les somtesses du faubourg Saint-Germain à sôté les uns des autres : il leur faut des places isolées ; il n’y a que le convive aimable ui sache manger et boire, qui puisse être lacé à table , n’importe où.
téderS dis 000608 80008006 )20S66180010000:0:00 QUATRIÈME LEÇON.