‹ L'art de donner à dîner, de découper les viandes, de servir les mets, de déguster les vins, de choisir les liqueurs, etc. etc., enseigné en douze leçonsChapitre 8 sur 26 · DU COUVERT ET DES, MET · texte numérisé non relu

DU COUVERT ET DES, MET

Ux homme qui donne à dîner a plus d’une faire : ce n’est pas tout que d’avoir comandé et discuté, le matin, avéc son chef le cuisine, le menu dont il veut faire les ionneurs à ses convives, dé les recevoir

tonne son coup d’œil à la mise du couvert, n de voir et de juger si le service se fera ins aucun retard; s’il ne manquera d’auun de ces petits ustensiles inventés pour la 2mmodité des gens riches, dont les indiiidus qui ne le sont pas s’accommodent vut aussi bien; en un mot, de ces petits jets dont l’emploi et l'usage est si bien fini par nos voisins les Anglais, sous la aalification. de confortables. :

D'abord: un couvert (je ne parlé que de Hui d’un des convives quelconques) se

worsqu’ils arrivent; il faut eneore qu'il

5o L'ART DE DONNER À DINER.

compose de six choses, savoir: 1° une assiette (1); 2° une serviette (2); 3° nne fourchette (3); 4° une cuillère (4); 5° un couteau (5), et 6° un'verre (6).

IL faut faire changer d’assiettes à chaque mets après qu’il a été mangé, et de couvert complet après chaque service.

(1). L'usage des assiggtes n’est pas aussi ancien qu’on pourrait le croire, puisqu’au sacre de Louis X EI on se servit ençore de tranches de pain coupées en rond qui en tinrent lieu. Après le repas, ce pain était distribué aux pauvres. Cet usage s'appelait donner le pain du sacre. ‘

(2) Les premières serviettes furent faites à Reims et offertes par cette ville à Charles VII, lorsqu'il s’ fit sacrer. : ;

(3) Henri III est le premier qui se soit servi d’une fourchette.

(4) L'origine précise des cuillères remonte à | plus haute antiquité, puisque les Égyptiens en fai saient habituellement usage.

(5) Je pense que ce doit être Abraham qui sk

(6) On ignore encore complètement l’époque à quelle les premiers verres à boire firent leurap} parition.

Toutes les entrées et entremets chauds, es légumes, les fritures et les crêmes froices ou chaudes, se*servent avec la cuillère.

Le melon , les pâtisseries , les écrevisses ttles homards se servent avec les doigts.

Il n'existe qu’une seule espèce de mets

tu’il soit toléré de manger également avet es doigts : c’est la salade; et encore faut-il ue ce soit de la romaine ; toutes les autres mangent avec la fourchette, On mangeait linsi les pommes de terre frites autrefois J ais cela ne se fait plus. Les petits pois eul$, en fait de légumes, pourvu qu'ils ne ient point accommodés au lard, se mannt avec une cuillère.

Au surplus, si l’on veut avoir une idée nste et convenable de tousiés petits us et butumes qui s’observent journellement à me table bien composée , la lectüre de laeecdote suivante donnera une juste idée de vutesles convenances qui y sont exigées.

C’est Delille qui la raconte lui-même à on fameux diner, chez un de ses confrères ee l’Académie ; qui, sans avoir la moitié de

movastSfé. à

son talent, avait au moins le double de son appétit. ” ; « Elles sont innombrables, dit l’immor= tel traducteur des Géorgiques : et ce qu'il y a de fâcheux, c’est que tout l’esprit du monde ne suffirait pas pour faire deviner ces . importantes vétilles. Dernièrement , ajouta= t-il, l'abbé Cosson , professeur de belles= lettres au collége Mazarin, me parla d’un, dîner auquel il s’était trouvé quelques jours. auparavant avec des gens de la cour, des cordons bleus, des maréchaux de France, chez l'abbé de Radonvilliers, à Versailles.

Je-parie, lui dis-je, que vous y avez fait cent incongruités? — Comment donc, re= prit vivement l’abbé , fort inquiet, il me semble que jai fait la même chose que tout le monde ? — Quelle présomption ! Jes gage que vous Mavez rien faitcomme per sonne. Mais voyons, au surplus : je me bornerai au diner, Et, d’abord, que fites-vous” de votre serviette en vous mettant à table ?

—— De ma serviette? je fis comme tout le monde : je la déployai, je l’étendis sur moi,

tt l’attachai par un coin à ma boutonniere.

-— Eh bien, mon cher, vous êtes le seul qui tayez fait cela ; on n’étale pas sa serviette, on lla laisse sur ses genoux. Et comment fites- Wous pour manger votre soupe ? — Comme tout le monde, je pense : je pris ma cuilère d’une main et ma fourchette de l’autre.

zx Votre fourchette , bon Dieu! Personne ne pprend de fourchette pour manger la soupe.

Mais poursuiyons : après votre soupe, que mangeâtes-vous? — Un œuf frais. — Et que fîtes-vous de la coquille ? — Comme tout le monde : je la laissai au laquais qui ne servait, —:Sans la casser? — Sans la asser. — Eh bien, mon cher, on ne mange HE Pa atluf sans briser la coquille. Et après #lre œuf? — Je demandai du bouilli. — Du boul! personne ne se sert de cette expres- Sion : on demande du bœuf et non pas du lbouilli, Et après cet aliment? — Je priai abbé Radonvilliers de m'envoyer d’une ttrès-belle volaille, — Malheureux! de la vo- Maille ! on demande du poulet, du chapon, de a poularde ; on ne parle de volaille que dans

une basse-cour..... Maïs vous ne dites rien de votre manière de demander à boire? — J’ai, comme tout le monde , demandé du Champagne , du Bordeaux aux personnes qui en avaient devant elles. — Sachez donc .

qu’on demande du vin de Champagne , du vin de Bordeaux... Mais dites-moi quelque chose de la manière dont vous mangeîtes votre pain ? — Certainement , à la manière de tout le monde: je le coupai proprement avec mon couteau... — Eh! on rompt son pain, on ne le coupe pas. Avançons; le café, cominent le priîtes-vous? — Eh! pour le coup, comme tout le monde : il était brû= lant, je le versai par petite partie.de ma tasse dans ma soucoupe...— Eh on! Tr fites comme ne fit sûrement personne : ton, le monde boit son oafé dans sa tasse et jamais dans sa soucoupe. Vous voyez donc, mon cher Cosson , que vous n’avez pas dit un mot, pas fait un mouvement qui ne fût contre l’usage. L'abbé Cosson était confondu, continua Delille, et pendant six semaines il s’informa à toutes les personnes

qu’il rencontrait, de quelques-uns des usages sur lesquels je l’avais critiqué (1).» Que d'Amphytrions et de convives ressemblent ençore à l’abbé Cosson!..

(x) Si, à en croire Delille, l’abbé Gosson manquait d'usage, à entendre M. de Champagne, qui fut mon proviseur au lycée impérial (car, soit dit

en passant, mes chers lecteurs, j'ai fait mes études, et j’ai été fort heureux, étant en Hongrie, de pouvoir m'y faire comprendre, même en /atin de cui-

sine), il y a de cela dix-huit ou vingt ans, l'abbé Cosson, dis-je, ne manquait pas d'esprit. Il fut ami d'enfance avec M. de Champagne, et c’est dé cet honorable fonctionnaire, que la mort enleva trop tôt à la respectueuse tendresse de ses élèves qu’il regardait comme ses enfans, que je tiens le fait que je vais raconter :

Un jour le susdit abbé avait déjeûné chez Chauveau-Lagarde, qu’il connaissait très-particulièrement : on lui avait servi un énorme pâté de veau ; de jambon et de gibier, dont il avait été fort satisfait. Le lendemain il se le rappela, et vint trouver son ami de grand matin : e Mon cher avocat, lui »ditil, j'ai aujourd’hui du monde à déjeûner chez »moi: je ne m’y ättendais pas... Fais-moi donc le » plaisir de me prêter ton pâté jusqu’à ce soir... »

C’est aux principes généraux que je viens d'indiquer, et que mentionne l’anecdote racontée par le Virgile français, que doivent se borner le service général de la table et des mets. Un maître de maison et les convives qu’il recevra, seront sûrs, en les pratiquant réciproquement, de mériter, le premier, la reconnaissance des uns, les seconds, toute la bienveillance de l’autre. .

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