‹ L'ÉCHEC du SYSTÈME 'ADMINISTRATIF' d'INTERNEMENT des ALIÉNÉS: Etude critique de la condition juridique des étrangers et des garanties de la liberté individuelleChapitre 10 sur 349 · AMPLEUR DU PROBLÈME DE L'ALIÉNATION MENTALE · texte numérisé non relu

AMPLEUR DU PROBLÈME DE L'ALIÉNATION MENTALE

Le problème de l’aliénation mentale ouvre la porte d’un vaste domaine dans lequel de nombreux travaux ont déjà été accomplis mais dont l’exploration est cependant bien loin d’être terminée.

Dans l’immensité de ce domaine et la complexité des difficultés qu’on y rencontre, les meilleures volontés se sont bien souvent égarées ; d’autres, parfois, ont reculé.

Et pourtant, un champ d’action considérable nécessite la collaboration de toutes les bonnes volontés. C’est le mérite de quelques auteurs (1), — malheureusement trop peu nombreux — d’avoir montré que l’aliénation mentale n’intéressait pas simplement les juristes et les médecins et d’avoir dévoilé l’aspect philosophique, moral et sociologique de la question. Aujourd’hui où le domaine, jadis si vaste, de la philosophie, s’effrite pour faire place à la spécialisation, on peut dire brièvement que la solution des problèmes actuellement posés par l’aliénation mentale nécessite la collaboration d’au moins trois sciences : la médecine, le droit et la sociologie.

La médecine doit remplir une double mission : prévenir d’abord et guérir ensuite. Dans la deuxième, il lui reste beaucoup à faire car la psychiatrie est une science encore à ses débuts, dont la précision et la thérapeutique sont loin d’avoir atteint des résultats comparables à ceux enregistrés dans d’autres branches de la médecine. Quant à la première de ces missions, la prophylaxie mentale, elle est seulement embryonnaire : les efforts réalisés ont été sporadiques ; et pourtant la tâche à accomplir se révèle d’une importance de jour en jour plus grande.

1 - (1) Albert Lemoine (prof. de philosophie), « L’aliéné devant la philosophie, la morale et la société ». Paris 1862 - Bonnet, « L’aliéné devant luimême, l’appréciation He la législation, les systèmes, la société et la famille ». Paris 1866.

LS

Le droit a pour mission de protéger l’aliéné, tant dans sa personne que dans ses biens. Dans la lutte pour la vie, l’aliéné apparaît comme un faible ; il ne faut pas qu’il devienne un vaincu. La loi doit lui donner des armes contre les exigences des plus forts.

Quant à la sociologie, son rôle est de faciliter et de parachever les travaux des deux premières sciences, pour en affermir les résultats. Tandis que le psychiatre décèle les causes organiques et psychiques des maladies mentales, le sociologue doit en rechercher les causes morales et sociales. Pour prévenir les psychoses et faciliter la réadaptation sociale des psychopathes convalescents, il doit modifier la structure sociale et proposer des dispositions que le juriste transposera dans son domaine et fera passer en force de loi.

La parfaite collaboration de ces trois sciences est, malheureusement, bien loin d’être réalisée. Chacune ne voit que sont point de vue et s’obstine à s’y limiter. Le médecin et le juriste se regardent souvent comme deux ennemis, l’un et l’autre voulant instaurer sa dictature absolue ; et le sociologue reste inactif en regardant s’entrechoquer les ambitions des deux premiers.

Lorsque, parfois, la conscience d’un but commun permet de faire naître un esprit de coopération, des divergences apparaissent dès les premiers travaux (2).

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