LE DÉFAUT D'ORGANISATION INTÉRIEURE
Cette organisation est partie intégrante du traitement. Le malade a besoin d’une activité proportionnelle à sa santé physique, activité dans laquelle il trouve un dérivatif, le seul qui soit assez puissant pour le soustraire aux troubles psychiques dont il est le jouet (notamment hallucinations, obsessions).
Le travail n’est pas la seule thérapeutique à employer. Mais il offre une utilité incontestable pour faciliter et parachever le traitement. Le travail régulier atténue bien des symptômes psychopathiques, apaise l’agitation, maintient le contact avec le monde extérieur. Le travail est le remède par excellence des convalescents et des malades chroniques. Il réveille l’amour-propre, l’émulation, l'initiative de l'individu. En outre, dans certaines maladies, on note l'utilité du travail physique : l’effort musculaire a pour effet l’élimination de certaines substances, la sécrétion d’autres substances, les modifications chimiques déterminant un renversement végétatif des réactions de l’organisme. Tel est notamment le cas chez les schizophrènes (1).
Malheureusement, l’organisation des asiles est déplorable. Elle est comparable à celle des prisons : les méthodes de travail n’existent . que sur le papier ; mais la majorité des internés, comme la majorité des détenus, ne sont pas ou sont mal occupés. La plupart sont inactifs ; l’oisiveté est mère de tous les vices. Ce qui, dans les prisons, est regrettable, devient à l’asile une catastrophe. Le doyen EUZIÈRE (de la Faculté de Médecine de Montpellier) souligne les conséquences de cet état de choses : « Oisif, chaque malade ramène chaque jour les mêmes pensées ; ses facultés de désir s’émoussent, il devient à la longue indifférent ; les ponts sont rompus qui le rattachaient au passé, il a renoncé à songer à l’avenir. C’est dans les asiles que se constitue cette dissolution de la personnalité qu’on appelle la démence vésanique » (2).
Dans un discours prononcé à la Société de Médecine Mentale de Belgique, le 27 janvier 1951, son président, le docteur LEMSENS, a expliqué que le point important n’était pas de remplacer le terme « asile » par celui « d'hôpital psychiatrique », mais de transformer la nature de ces établissements. Il faut y remplacer des méthodes discrètes de contrainte par une thérapeutique basée sur le travail, qui canalise l’excitation motrice vers des fins utiles. Il importe d’organiser non pas un travail de manœuvre, mais un travail d’artisanat, dans un cadre social favorable ; à son avis, la chose est possible, même dans les pavillons d’agités (3).
Ceux qui connaissent l’organisation actuelle de la majorité des asiles, savent que de la théorie à la pratique il y a un grand pas à
150 - (1) Sur tous ces points, voir Delage, « La notion de néo-sociabilité des aliénés » (thèse médecine Paris 1940), p. 89-95. (2) Euzières, « Conscience psychiatrie d’aujourd’hui » (Médecine de France, 1950. n° XII, p. 10).
(3 Cf. A.M.P. 1951.1.366.
accomplir. Comme toute réforme qui demande un effort, personne n’a le courage d’en prendre ni l'initiative, ni la responsabilité (4).