b) Traitements de la part des médecins
Si les médecins ne méritent pas, comme certains infirmiers, d’être poursuivis pour actes de violence, leur attitude à l’égard des malades n’est cependant pas à l’abri de toute critique.
(7) John Custance, « Retournerai-je à l'asile ? »> (inédit en France), cf. « Constellation » n° 44 (décembre 1951).
(8) Cf. Raynier et Beaudoin, op. cit., t. Il, p. 185.
On peut leur reprocher, d'une façon générale et sauf quelques rares exceptions, leur égoïsme et leur indifférence. Pour eux, l’aliéné n'est pas un malade ; c'est une tête de bétail dans un troupeau dont ils sont les gardiens. Dans la majorité des établissements, le médecin exerce principalement des fonctions de directeur de prison; très subsidiairement, il joue un rôle médical. La plupart estiment que leur rôle est achevé lorsque les formalités administratives exigées d'eux par la loi de 1838 ont été remplies. Ils savent que la régularité formelle de ces prescriptions de la loi, suffit légalement à les dégager de toute responsabilité. Alors les soins à prodiguer ne présentent plus à leurs yeux qu'une importance secondaire.
Au milieu du xx° siècle, la conception de l’aliéné est encore, chez de nombreux médecins, une conception inhumaine et, au surplus, erronée. On considère comme malades les individus en traitement dans les hôpitaux, mais ceux qui sont placés dans les asiles, avec présomption de folie, sont considérés comme des êtres inférieurs, qui ne méritent même pas qu'on s'intéresse à leur sort.
L'auteur anglais, que nous avons déjà cité, écrit au sujet des médecins des asiles : « ils paraissent plus soucieux de nous garder voire de nous punir, que de nous comprendre et de nous guérir. Officiellement nous sommes des « malades mentaux » en traitement dans une « clinique ». En fait, nous restons des fous que la société fait interner, pour les mettre hors d'état de nuire » (1). Cet état d'esprit est profondément encré chez beaucoup de médecins aliénistes, même ceux réputés les plus consciencieux.
Il y a quelques années, un de nos amis, victime de dépression nerveuse, consultait un psychiatre qui lui conseillait un séjour dans le « Service Ouvert » de psychiatrie, annexé à l'asile qu'il dirigeait. Constatant qu'on ne lui prodiguait absolument aucun soin, le malade en question quitta l'hôpital pour une clinique privee où il fut très bien soigné. Quelques mois plus tard, ayant repris ses activités, il rencontra le psychiatre de l'asile, lui raconta comment il avait été iraité dans la maison de santé privée, notamment par l’hydrothérapie. « Oui, lui répondit le médecin, je reconnais que ces traitements donnent des résultats satisfaisants chez certains malades ; malheureusement, nous autres, dans les hôpitaux, nous ne sommes pas outillés pour cela... ». Or, l'hôpital psychiatrique dont il était médecin, comportait une immense salle de bains, de douches, jets, etc. avec eau chaude nuit et jour. Seulement les malades n’en voient jamais la couleur. Cela n'empêchait pas le médecin-chef d’être un « pontife » dans la localité, considéré comme une notoriété dans le traitement des maladies mentales et, naturellement, expert auprès des tribunaux.
Pour la plupart des médecins d'asile, nous ne le répèterons jamais assez, l’aliéné n’est pas un malade mais une sorte de détenu. D'autres ont même été plus audacieux : pour eux, l’aliéné n’est même plus un homme : c’est un être inférieur, une sorte de déchet de la nature qui ne diffère guère d’un animal quelconque. Cette concep-