LES DEUX MÉTHODES EN PSYCHIATRIE
Il y a, en réalité, deux méthodes en psychiatrie, expliquait tout récemment le professeur BARUK dans une revue médicale (1), l’une est systématique ; l’autre une méthode d’investigation. La première consiste à appliquer des thérapeutiques toutes faites ; la seconde considère la thérapeutique non comme un arsenal d’armes toutes faites, mais comme la conclusion de l’examen de chaque malade, de la recherche des causes de la maladie. « La première méthode n’accorde aucun crédit et aucun intérêt à la nature qu’elle dédaigne d’ailleurs d’étudier ; elle repose sur un sentiment d’orgueil excessif en vertu duquel le médecin peut faire quelque chose et que l’essentiel est d'agir, même en faisant n’importe quoi. C’est pourquoi tôt ou tard on est poussé à satisfaire au découlement automatique de moyens indiqués : chocs, coma, cardiazol, et au besoin à la fin lobotomie. Une fois tous les moyens utilisés, la conscience est tranquille quel que soit le résultat.
« La seconde méthode part d’un esprit de modestie et de recherche. Là le médecin n’est plus le dieu qui ordonne, il est le serviteur de son malade qu’il doit étudier et comprendre afin d’exécuter une thérapeutique au service de la nature » (1).
163 - DE LA SPÉCIALITÉ A LA MÉDECINE GÉNÉRALE. RÉPERCUSSIONS EN PSYCHIATRIE DES RÉCENTES DÉCOUVERTES DE LA BIOLOGIE.
On a trop souvent considéré la psychiatrie comme une spécialité, alors qu’elle représente une synthèse. Elle exige du praticien des connaissances scientifiques très étendues. Pour être psychiatre, il faut être avant tout bon inédecin en médecine générale. « Je ne puis oublier — disait DUBIEF — l’histoire de ce médecin-chef bouleversant tout l’asile où il exerçait en y dénonçant l’apparition du choléra chez une fille de service, qui n’était atteinte qüe d’une crise vermineuse de ténia, et, dans une autre circonstance, laissant accoucher dans sa cellule une malade atteinte du manie aigué, sans s’être aperçu qu’elle fut enceinte » (1).
Les progrès de la médecine générale et de la biologie ont entraîné, depuis quelques années, des conséquences énormes dans la science des maladies mentales. L’étude des troubles hépatiques et intestinaux a révélé qu’ils étaient susceptibles d’entraîner certaines psychoses (2). La simple insuffisance hépatique est source de troubles psychiques (catatonie, schizophrénie) (3). Il existe des psychoses d’origine infectieuse ; dans les psychoses collibacillaires, le trouble mental représente souvent la première manifestation de l'infection (4). Les troubles des éliminations rénales, comme le fonction-
162 - (1) Baruk, « Les méthodes thérapeutiques en psychiatrie » (Gazette médicale de France, Mai 1952).