‹ L'ÉCHEC du SYSTÈME 'ADMINISTRATIF' d'INTERNEMENT des ALIÉNÉS: Etude critique de la condition juridique des étrangers et des garanties de la liberté individuelleChapitre 293 sur 349 · Esquisse d’une organisation de prophylaxie mentale · texte numérisé non relu

Esquisse d’une organisation de prophylaxie mentale

264 - Cette question prend, depuis quelques années, une importance primordiale. « Il n’est peut-être actuellement rien de plus urgent que de veiller à la santé physique et à l’équilibre psychique de la nation — écrit un psychiatre. — l’hygiène mentale et l’assistance psychiatrique sont au premier plan des nécessités présentes » (1).

Cette prophylaxie mentale consiste en un ensemble de mesures destinées à préserver les individus prédisposés aux troubles mentaux, à organiser une lutte préventive contre les causes des troubles mentaux ; en pratique, elle consiste principalement à dépister les premiers troubles et à leur porter remède afin de prévenir toute aggravation. L'organisation de la prophylaxie mentale est d’une importance capitale quant à la solution du problème de la liberté individuelle des malades mentaux. Il est préférable de dépister les

(2) Certains pays étrangers disposent d’une organisation hostipalière nettement supérieure à la nôtre, ex.: pour les U.S.A., voir, « L’Information psychiatrique » 1952, p. 178.

264 - (1) Doct. Charpentier, « Assistance psychiatrique et prophylaxie mentale » (A.M.P. 1944.11.217).

premiers symptômes, de guérir les sujets par les procédés d’une technique scientifique, plutôt que d’attendre le jour où la maladie devient assez grave pour justifier l’internement. Les pouvoirs publics se sont beaucoup trop désintéressés de cette prophylaxie ; ils l’ont développée largement pour certaines maladies (tuberculose p. ex.), mais totalement négligée en matière de maladies mentales.

Les psychiatres considèrent cette attitude comme une erreur ; sur ce point on ne peut que les approuver : les pays étrangers sont beaucoup plus évolués que le nôtre (2).

L'organisation de la prophylaxie mentale nécessite :

a) des dispensaires où les malades recevraient des conseils, des soins, un traitement. Ces dispositions existent déjà non seulement dans la région parisienne, mais dans un bon nombre de ville de province. Signalons l’activité du Centre de consultations externes de l’hôpital Henri-Rousselle, où le nombre des consultations serait de 25.000 par an (3). Un avocat du Barreau de Paris y donne même des consultations juridiques pour guider les familles ou le malade lui-même qui, par son état, a pu négliger la sauvegarde de ses intérêts (4). Ce centre désigne, en outre, des médecins pour procéder à des visites à domicile, soit de malades dont la famille réclame l'examen, soit de sujets signalés par la Préfecture de Police comme suspects d’aliénation mentale. Cette pratique n’est d’ailleurs pas consacrée par un texte. À notre avis, elle est assez dangereuse, car elle risque de devenir un service de recrutement au profit des hôpitaux psychiatriques, et d’augmenter ainsi le nombre des internements.

Ces dispensaires ont pris, à l’étranger, une extension beaucoup plus vaste qu’en France ; certains fonctionnent de jour et de nuit ; dans certains pays, il existe même des « dispensaires ambulances » (5).

Pour la lutte contre les maladies mentales, l’équipement actuel de la France est nettement insuffisant (6).

b) un service social approprié : assuré par des A. S. spécialisées et sous le contrôle de psychiatres. Le rôle de ce service est de dépister les troubles mentaux, de procéder à enquête sur le milieu familial et social, de favoriser le traitement et la réadaptation sociale du malade.

Toutes ces dispositions nécessitent une étude dont l’ampleur dépasserait les limites d’une thèse de droit. Mais il était nécessaire de les signaler, car nous sommes dans l'obligation de signaler les

(2) Cf. Barbancey (thèse précitée, Bordeaux 1947).

(3) Cf. Raynier et Beaudoin, t. III, p. 386.

(4) Ibid., p. 388.

(5) Id. p. 128.

(6) Cf. 3. Dechaume (Professeur de clinique neuro-psychiatrique à Lyon), « Protection de la santé mentale et équipement neuro-psychiatrique ». (Journal de médecine de Lyon, 5.11.1951).

(7) te le professeur Baruk; et le docteur Sivadon (A.M.P.

Page 1