UN MODE NOUVEAU D’ASSISTANCE ET DE TRAITEMENT
La question des « Services ouverts » a pris, depuis une trentaine d’années, une importance croissante.
Depuis longtemps, il était facile de constater que bon nombre de psychopathes faisaient l’objet d’internements, alors qu’il était parfaitement possible de réaliser leur traitement sans employer la contrainte. Des malades parfaitement conscients de leur état et disposés à se faire hospitaliser étaient nécessairement soumis au régime des aliénés, parce qu’on ne voulait pas les accepter dans les services des hôpitaux ordinaires. En effet, les services de neurologie refusent bon nombre de sujets, qui ont besoin de repos plus que de soins, sous prétexte qu’ils sont atteints de troubles psychiques. Si un état de dépression nerveuse révèle la nécessité d’un séjour d’une durée difficile à prévoir, les neurologistes, faute de place dans leurs services, conseillent le traitement dans un service de psychiatrie. Or, il n’y avait de services de psychiatrie dans les hôpitaux publics, que ceux régis par la loi du 30 juin 1883.
On arrivait donc à interner, non seulement contre leur gré mais contre le gré de leur famille, des individus qui jouissaient de toute leur raison, mais souffraient de dépression neuro-psychique. Ainsi l’intellectuel, épuisé par un effort prolongé, était jeté chez les fous, parce qu’il n’avait pas de possibilités financières suffisantes pour se faire soigner dans une clinique privée, et les hôpitaux publics ne disposant pas de services de psychiatrie, qui nécessitent un traitement qu’on ne peut leur donner dans leur famille, étaient enfermés dans les asiles, sans être ni dangereux, ni même protestataires.
Enfin, la loi de 1838 ne prévoyait pas l’auto-placement. Certains malades sont conscients de leur état et désireux de se faire hospitaliser. Or ils n'avaient pas qualité pour requérir leur admission dans un établissement psychiatrique — art. 8 de la loi du 30 juin 1838. (L’auto-placement dans les asiles a été institué seulement en 1949, par une Circulaire du 10 août).
Il apparaissait donc indispensable de créer, hors du cadre de
cette loi de 1838, des services de psychiatrie non soumis aux dispositions de cette dernière. De tels services devaient être d’accès libre, sans contention possible, comme dans les hôpitaux ordinaires.