ORIGINE ET EXTENSION
En réalité, la création de tels services n’était pas une innovation. On en retrouve des traces jusque sous l’Ancien Régime. Au xvin° siècle, chez les Frères de la Charité de Senlis, existait un pavillon spécial, dit « bâtiment de liberté », ouvert aux malades non soumis à la contrainte (1). Puis ce système fonctionna de 1801 à 1838 : par arrêté du 18 Vendémiaire An x, le Ministre de l'Intérieur autorisa l'admission dans les hôpitaux consacrés au traitement de la folie, sans les formalités exigées pour l’internement ; toutefois cette admission n’était que temporaire et limitée à 6 mois, passé lequel délai un jugement devait être prononcé en cas de non-guérison (2).
Peut-être les initiatives en faveur de la cure libre auraient-elles été plus nombreuses si la loi de 1838 n’y avait mis un terme. Dans le cadre de cette loi, ce système n’avait pas été inséré ; il semblait même incompatible avec les principes qu’elle posait. Il fallut attendre non seulement une évolution des idées, mais surtout un accroissement inquiétant du nombre des psychopathes pour que les nouvelles expériences fussent tentées.
Les premières semblent dater des années qui ont précédé la grande guerre. On voit le docteur RAYNAUD ouvrir un Service libre à l’asile de Fleury-les-Aubrais (1909) ; le professeur RÉGIS un service de psychiatrie à l’hôpital Saint-André à Bordeaux ; le professeur DuPRÉ à l’hôpital Saint-Antoine à Paris (1914).
C’est surtout après la grande guerre que la question prit une place primordiale dans le monde médical. (Congrès d’hygiène mantale, Paris 1922 ; Congrès des aliénistes et neurologistes, Quimper 1922). Le 1° juin 1922, sous la direction du docteur TOULOUSE, s’ouvrit à Paris, annexé à l'asile Sainte-Anne, un vaste service libre de psychiatrie, connu désormais sous le nom d’hôpital Henri-Rousselle,.
Peu à peu, un grand nombre de départements accordèrent la création d’un service ouvert annexé à l’asile départemental, ou à un hôpital général, à Niort, Mont-de-Marsan, Maréville, Saint-Lô, etc. Des hospices, possédant un quartier d’aliénés soumis à la loi de 1838, y ajoutaient un service ouvert de psychiatrie (p. ex. : Nantes).
Toutefois, à l'heure actuelle, de tels services n’existent pas encore partout. Certaines régions en sont totalement dépourvues. Des villes importantes, comme Rennes, n’en possèdent pas. Néanmoins, l’extension est constante et le nombre de malades qui ont pu bénéficier de ces services est déjà considérable. La statistique suivante, dressée pour l'hôpital H.-Rousselle, est assez éloquente (3).
267 - (1) Cf. Vidart, « Les tendances actuelles de l’assistance psychiatrique en France et à l’étranger ». (Thèse Paris 1937), p. 5. (2) Lemoine (op. cit.), p. 186-187.
(3) Ct. Bernaud, « Réflexions sur la loi du 30 juin 1838. Les Services ouverts », (thèse méd. Bordeaux 1939), p. 25.
1922 : 388 malades traités.
A l’hôpital Saint-Antoine, de 1913 à 1934, 4.273 malades ont été traités en « Service ouvert » ; la durée moyenne de leur séjour n’a été que de 5 jours 1/2 ; à l'hôpital de la Pitié, il était de 10 jours (4).
« Ce mouvement en faveur des services ouverts — écrit M. LE- MOINE — constitue l’aveu le plus clair qu’un grand nombre d’internements d’aliénés qui ont été opérés en vertu de la loi du 30 juin 1838, n'étaient pas nécessaires et ont été, par suite, autant d’internements arbitraires » (5).