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i."j sociétts au inoiiinil du Congrès d'Auiii-ns

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VOUS soyez seuls les mailres'? » Et cependant il a contribué lui-même à engager la Ligue dans cette voie. N'est-ce pas lui qui venait d'apporter au Congrès de Kome un programme de déclarations imaginé pour identifier la libre pensée et le socialisme?

L'aclion des partis avancés s'est manirestée au Congrès sur deux points principalement : dans la discussion des idées pacifistes et dans celle de l'enseignement de la morale. C'est le second p'ànt que Je me propose d'examiner ici.

Trois ans auparavant, au Congrès de Caen. la Ligue qui avait mis à son ordre du jour la même question, toujours actuelle, de l'éducation morale et sociale, avait adopte trois résolutions importantes. D'abord, à la suite d'un rapport fort remarquable de M. Goblot, professeur de philosophie à l'Université de Caen, et à la faveur de considérants où se retrouvait l'espiit large et élevé du rapport, elle avait demandé la suppression, aux programmes de renseignement primaire, de la mentiondes devoirsenvers Dieu'-. Puis elle avait défini, comme la méthode propre à l'enseignement de la morale laïque, la méthode rationnelle et critique^. Enfin, elle avait rappelé et maintenu le principe doctrinal que M. Léon Bourgeois avait apporté jadis au Congrès de Bordeaux, le principe de la solidarité*.

1. Séance du 30 septembre. Bulletin delà Lirjue. n" 211. p. 385.

2. Voici le texte de ce vœu : « Considérant que toute la substance d'un chapitre sur tes devoirs envers Dieu se trouve déjà dans les autres chapitres d'un cours de morale : considérant, en outre, que dans la pratique de t'easeiirnement, l'exposé de ces devoirs court grand risque de perdre souvent le caractère élevé et l'interprétation large qu'il convient de lui donner, le Congrès émet le vœu que le chapitre des devoirs envers Dieu soit supprime dans les programmes officiels et qu'on j- substitue, dans ceux des écoles normales, des notions sommaires d'histoire des religions. »

3. <v Que la méthode rationnelle qui consiste à ne laisser entrer dans la conscience de lenfant ni une idée, ni une opinion, ni une croyance qui nait été au préalable contrôlée par la raison, soit employée dans les écoles à l'exclusion de toute autre. «

4. « Que la morale laïque s'appuie sur la raison pour le développement (le la liberté individuelle et l'accomplissement de la justice par la solidarité. >

l'école UAiroUKUlILI

I.a (iéCmilion fl'nnc motale positive, piirt'tiii'iil hinuaiiu': une int'lhode pour l'enseigner, un principe général ponr orienter les solutions parliculières, telle élail la portée île celle manilestalion vriiimeiil impo>anle de l'esprit de la Ligue. Si ces résolutions appelaient qiiel'iues réserves de la pari des moralistes et des éducateurs, du moins elle? ne soulevaient, au point de vue laïque, aucune objection de pritioi[)e. Elles avaient cependant cel inconvénient de résoudre d'un coup le problème et de ne plus laisser rien h dire aux Congrès à venir, à moins d'entrer dans le détail de la pédagogie pratique, ce qui n'est possible que dans les réunions professionnelles. Or, il est arrivé que le Congrès d'Amiens a voulu à tout prix " faire un pas en avant • selon l'exprcssinn du rapporteur, M. Le foyer, et " prouver », selon l'expression du président, M. F. Bjisson, <■ que de t'J02 à 1(»04 la [)ensée la'ique elle-même avait fait du chemin ». iM. Tlialamas fui chargé d'un rapport préliminaire, il s'acquilta de sa tâche avec un esprit de mesure fort appréciable et sur un Ion excellent, sans rien trouver d'essentiel à ajouter aux principes précédetnment proclamés. Pour définir la morale laïque, il déclarait << qu'elle ne peut être confessionnelle », ce qui ramenait la l-igue à ses origines; « qu'elle ne peut être une morale égoïste », ce qui revenait, avec moins de précision, an principe delà solidarité; enfin « qu'elle ne peut être autoritaire », ce qui est une autre expression de la (uelhode critique'.

CepeiidaMl, il faisait paraître quelque incompétence, bien excusable d'ailleurs en ces questions difficiles, aussi bien pour ce qui concerne la théorie que pour la piatique. Dans la |iartie théorique du rapport, il se laissait entraîner à argumenter Contre la morale spiritualisfe ; or, tous les gri» fs qu'il faisait valoir confie celle doctrine sont imaginaires -. l'arce qu'elle se réclame de la raison, il lui reproche d'être l'ennemie irréconcdiabledes religions révélées, reproche inattendu de sa part et de pur dilellanlisme, et (jiii, de plus, porte à faux ; car le déisme spiritualisfe est enseigné par la

1. liullelin lie In l.iiiue. p. "9'i, 5i).'>. ■.». hl., 5(t:<.

DOCLMEMS 3'JO

théologie calliolique elle-iiu^me comme iiiir vérité i alionncll^". Il lui n'proclic, en second liou, d'ùli-e un doerme olficiel, 0.5 qui est eu couLradiclion avec ?on prcniier i^-^rior; car, si elle se réclauie de la raison, elle ne peut être un dogme ; et elle n'est ni plus ni moins officielle que le solidarisme ou telle autre doclrino morale qu'enseignera l'inslituteur public. Eu troi^irme lieujllui objecte que,sila loi moralt'0>tdôrivéedela notion de Dieu, ses commandements deviennent caducs pour ceux (]ui ne croient pas en Dieu, reproclie aussi mal fondé que les autres; car, d'abord, le spiritualisme, depuis KanI, fait de la croyance en Dieu le couronnement et non !a base de la morale ' ; fl, d'autre pari, toutes les morales sont logées à la même enseigne : la morale solidariste est caduque pour celui qui ne croit pas au devoir delà solidarité. Kntin, il prétend que la conception d'un devoir absolu est en contradiction avec les conclusions évolutionnistes de la science,, alors que les philosophes spirilualistes n'ont pas cessé de répéter que le devoir, absolu dans sa forme (ce qui revient simplrment à dire avec Pascal que la raison nous commande plus impérieusement qu'un maître), est, dans sa matière, variable et progi-essif-, et que la conscience morale de l'humanité se forme dans l'histoire '. On voit que M. Thalamas est peu au courant de la doctrine qu'il combat et qu'il l'a confondue avec un fantôme theologique forgé de toutes pièces. Mais il ne parait pas mieux renseigné sur la pratique de l'enseignement moral. Les conseils qu'il donne à ce sujet et les règles qu'il propose (par exemple les rédactions de morale à demander aux enfants de I i ans'*}, me paraissent res-

1. Voir tous les maïuiels scolaires et nolammont : Leçons de morille, par .Marinn.p.l40. et la Murale, par P. Janet, p. o96. J'ose croire que si M. Tluilaïuns lisait ces pages, il reviendrait de loin.

2. Voir La Morulede P. Janet tout le chapitre intitulé : Lniversalilé des piirtcipes ntoi'aux.ie cite la dernière plirase du chapitre: « L'unité morale de la nature tiuniaine ne s est pas manifestée au berceau de notre espèce, mais elle est le terme où elle tend, et la raison de son infatigable ascension vers le mieux. » (p. 4i6.)

3. VoirSecrétan, Discouis laïr/iie:^, te cliapitre intitulé : /« Conscience.

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