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PRÉFACE XIX

Tenez pour certain que le pouvoir, quel qu'il soit, ne saura jamais hongre aux instituteurs inconsidérés qui auraient mérité les protestations publiques d'un pareil groupement.

A vrai dire, mAme, nous ne serions pas surpris que certains directeurs d'écoles fussent heureux de pouvoir désormais s'appuyer sur de tels mouvements d'opinion pour prévenir les intempérances de langage de beaucoup de leurs adjoints. Les « instituteurs dits adjoints » — comme ils se dénomment eux-mêmes dans les journaux spéciaux où s'épanche leur aigreur — ont vite fait de dill'amer comme « clérical » le sage directeur qui les rappelle aux convenances. Que les pères de famille, groupés et agissants, viennent à la rescousse des directeurs ; que les pères de famille se montrent forts... Il y a des faibles qui ne demandent qu'à être avec les forts ; le plus faible d'entre ces faibles, parfois, c'est l'Etat lui-môme.

Dans les loges maçonniques, où l'on se préoccupe, conformément aux vœux du Congrès tenu à Bayonne par \a Ligiie de r Enseignement^, de « laï-

1. Il convient de remarquer ici que la Ligue de l'Enseignement, dont la présidence est aujourd'hui dévolue à M. Ferdinand Buisson, ne dissimule plus, désormais, ni son hostilité à l'endroit du déisme, — comme en témoignent les discussions d'Amiens sur la morale (voir ci-dessous, p. 396), ni son esprit de suspicion à l'endroit du militarisme, — comme en témoignent les mesures prises par son propre bureau contre la devise : Par

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cisiT pour tout (le l)on rt'colc primaire », on fonde <lo grands espoirs, en ce moment, sur « une autorité toute petite, si humble, si modeste, qu'elle est inconnue du plus grand nombre >, l'autorité du déli'gué cantonal.

On veut coMsIiluei', avec des délégués cantonaux ilùment choisis, une sorte de « bloc laïque >» ; on les soutiendra, on les poussera, ils parleront d'autant plus haut, à l'occasion, et ils seront dautant mieux écoutés, qu'ils «agiront au nom d'une collectivité plus nombreuse ». Ce sont les propres termes de la << planche » récemment publiée, par laquelle deux instituteurs de Pilhiviers recommandent à l'attention des loges un périodique intitulé : Le ï)cl('(iuè Cantonal ; et la loge d'Orléans, sous la présidence de M.ledéputé Fernand llabier, a signalé ce périodique à l'ensemble de la maçonnerie fran<;aise'. « La bonne volonté de nos dévoués Frères, instituteurs et inspecteurs, est venue souvent se briser contre la préoccupation qu'a l'administration de s'éviter des histoires. » Les d«''légués cantonaux groupés autour du nouveau

le lirrr et fitir /'('/xV (voir ci-ilcssoiis, p. 379) ; cl l'on ne peut dés lors (in'applaudir à la conraKeiise intervention de M. Surhetct, le très distingué député de la Seine-lnTérieure, contre les faveurs budf,'étaires dont ce groupement est l'objet. « La Ligue, disait un jour Jean .Macé, est une niaionneric extérieure; au (îrand- <^trient de France, la liile est chez sa mère. » (!/Ec<>le d'aujouril/iui. première série, p. 19:{.) Aujourd'hui que tontes les Kglises sont, en théorie, séparées de l'Ftat. les liens de filiation qui unissent à l'KglJse maçonnique la l.ii/iie de l'Enspif/iiemenl ne suffisent plus à justifier les générosités de l'Etat. 1. Voir les textes, ri-dessous, p. 426, aux Documents.

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journal soutiendront ces « dévoués Frères », et ce seront eux à leur tour, appuyés sur la Maçonnerie, qui susciteront à 1 aduiiuistratiou des /usloircs, si l'administration ne laisse pas aux « dévoués Frères », instituteurs et inspecteurs, toute licence diï parler et d'agir. En Seine-et-Uise, déjà, fonctionne VUnion des délégués cantonaux, sous le patronage de M. Berleaux; dans la Haute-Saône, dans la Savoie, dans l'Oise, des associations similaires existent; il n'est pas jus(ju'au pacifique département de Seine-Inférieure où cette mobilisation « laïque » ne s'ébauche'.

La maçonnerie voit clair.

Au tournant d'histoire où nous sommes, dans l'état de lutte qui souvent met les adjoints aux prises avec les directeurs d'écoles, parmi les divisions profondes qu'ont créées dans notre personnel scolaire les questions patriotiques et militaires, la destinée de l'école dépend en grande partie des initiatives privées qui sauront y prévaloir.

Seront-ce des initiatives maçonniques, comme celle de Pithiviers. Ou seront-ce des initiatives civiques, comme celle de Saint-Hambert ? voilà la question.

L'instituteur primaire, à la suite de la loi de séparation, est actuellement, dans la majorité des

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