‹ L'école d'aujourd'huiChapitre 13 sur 113 · Su/ipli-meiit du Figaro, 27 janvier l;t · texte numérisé non relu

Su/ipli-meiit du Figaro, 27 janvier l;t

l'RÉFACR XXIII

contre toute manifestation antipalriolique commise dans l'école, et que, par leur inccïssante action, ils travaillent à rétablir un lion naturel, normal, et véritablement national, entre l'école et la caserne.

r]nfin l'instituteur primaire — si les idées jacobines triomphent complètement — aspire à devenir le pédagogue obligatoire de Ions les petits Français. On prête trop peu d'attention à certains projets d'enseignement intégral, à certains rêves de monopole auxquels M. Henri Brisson, pourtant, prête l'appui de son nom. Que les esprits sérieux et soucieux veuillent bien lire une brochure de M. Dclvaille, intitulée : VUniversitt' de (/emain, dont M. Brisson a écrit la préface'. Ils y verront

1. Paris, Cornély. 1902. — Une seule et même instruction primaire, gratuite et laïque, obligatoire pour tous les Français sans exception, voilà la pierre fondamentale sur laquelle MM. Jules Delvaille et Henri Brisson édifient TUniverslté de demain. Non seulement l'école libre disparait, mais l'éducation à riomicile est proscrite : ainsi l'exigent l'unité morale de la nation, l'homogénéité de la démocratie. L'Rtat français, agissant en toute souveraineté, imposera un tuteur à l'enfant : ce tuteur, ce sera le maître d'école, .\ucun cerveau ne devra lui échapper. Le citoyen conservera le droit, puiscjuc père, de nourrir son (ils, et puisque contribuable, de nourrir l'instituteur : voilà son rôle, dont il devra se contenter. Quant à concerter les règles d'hygiène intellectuelle qui conviennent le mieux au développement du petit bonhomme, c'est affaire à l'Etat: le père, lui, n'aura qu'à payer et à s'elfacer.

Ajoutons que ce ne sera là qu'un premier sacrifice et que MM. Delvaille et Brisson, tout de suite après, demandent au père de famille une résignation plus coûteuse encore. Après lui avoir refusé la faculté de faire élever son enfant hors de l'école primaire, ils ne lui permettent pas, sauf agrément de l'Etat, d'assurer à cet enfant une instruction secondaire. « Après un examen sérieux portant sur l'enseignement primaire, écrit M. Delvaille,

XMV PRKFACE

que le passaj^o j).!!- l'érole primaire laïque devrait être imposé à I(mis les enfants de France, quels qu'ils fussenl, cl (juo le Lycée, désormais «^^ratuit. — le Lycée, dont le séjour serait désormais indispensable pour la concjuôte des diplômes — ne

l'(^lèvo pourra ("-Ire juiré digne de continuer ses éludes .in lycée. Le lycée devra t"tre f,'ratuit... l/tntréc au lycée gratuit sera le prix d'un travail produit par l'élève à l'école primaire gratuite. Nos lycées sont eu vérité d'tin acres trop facile à tous les fils de la boiu'geoisie qui les fréquentent par orgueil, sans être toujours capables de profiter de l'enseignement. »> Si nous extrayons la pensée de M. Delvaille des euphémismes dont elle s'enveloppe, son tableau d'avenir se résume en deux contraintes : lune, depuis longtemps prévue, entasse tous les petits Français dans des écoles primaires d'un type uniforme ; l'autre, plus récemment inventée, maintient à la porte des lycées, devenus, comme le veut M. Brisson, les seuls établissements (l'enseignement secondaire, ou tout au moins les seuls qui donnent accès aux hautes écoles, un certain nombre de jeunes gens dont les parents désirent parachever linstniclion. Au degré primaire, la laïque obligatoire pour tous, malgré les familles. .Vu degré secondaire, l'ignorauce obligatoire pour un certain nombre, malgré les familles. «Le lycée, continue M. Delvaille, n'en restera pas moins la luaison d'éducation jiour ce que nous avons l'habitude d'appeler les classes dirigeantes. Mais, au lieu de voir les familles elles-mêmes choisir, pour ainsi dire d'avance, et pour des raisons étrangères au mérite, les futurs directeurs de la démocratie, ce sera la nation elle-même qui fera cette importante sélection, après que ses agents auront constaté les aptitudes de chacun. Ce qui se fait aujourd'hui pour un nombre relativement restreint d'élèves, pour les boursiers, devrait se faire ]»our tous les futurs lycéens. » Voilà l' « idéal » dont M. Henri llrisson déclare, en sa préface, qu'il ne faudrait pas trop attendre pour en commencer la réalisation. Seuls les petits étalons à deux pattes rpi'aura sélectionnés l'Klat seront admis dans les haras qui s'appelleront encore des lycées. Dés l'école primaire, les agents de la nation sacreront les « futurs directeurs de la démocratie ». Si l'Ktal, tout seul, est maître de désigner les cerveaux qui doivent être cultivés et ceux qui doivent être laissés en friche, j'ose craindre qiu', pour admettre ou refuser des enfants au « banquel de la science ». ou ne tienne compte des convictions politiques et religieuses des papas.

PKÉFAcr: XXV

serait plus ouvert (juaux elèv<'s sortis des écoles primaires et désignés par l'I'^tat. Ce n'est pas ici le lieu de discuter ce plan ; mais, puisque le plan existe, s'élonnera-t-on que les p(>res de familli' veuillent étudier d'un peu près, avec une perspicace équité, l'état d'esprit de ces pédagogues dont la férule lîst peut-être destinée à régner légalement, obligatoirement, sur l'unanimité de la génération prochaine.

J'aime les paroles, fermes et douces, par lesquelles l'Association de Saint-Hambert termine son programme :

« Qu'on ne considère pas notre Association, disent ces bons citoyens, comme une machine de guerre, mais bien comme un instrument de paix. Elle ne veut de mal à personne, eiJe ne provoquera personne, mais elle ne tolérera pas qu'un instituteur quel qu'il soit, à quelque école qu'il appartienne, sorte de son devoir et outrepasse son droit.

« Auxiliaire vigilante et forte de la famille, elle agira avec prudence mais avec une inlassable énergie chaque fois qu'un acte ou qu'un propos, de nature àtroubler les consciences, lui serontsignalés.

« Elle souhaite, au surplus, n'avoir jamais à agir. »

Voilà un excellent langage. L'Association> ne

XWl PKÉFACE

provoiiuo pas; cllf fuit acte do présence, à la porte «le toutes les écoles du canton: elle ic^arde, elle écoute; elle veille ;\ la décence de l'ensei^nienient. Fondée dans une commune et pourune commune, elle aurait l'apparence d'une fronde directe contre les instituteurs de cette commune; fondée pour le; canton, elle ne vise aucun des maîtres du canton et elle les observe tous.

(rtluvro de tact en même temps que d'audace, VAssocif/fion des fanùUcs du canloinle SanU-Rtimhrrt m Uuyci/ mérite d'être étudiée et mérite d'être imitée. Sous les auspices des délégués cantonaux que la maçonnerie nous prépare, la crise de l'école risque de s'aj:^graver encore ; l'heure est pressante et la tâche est belle pour les pères de famille qui, dans chaque canton de France, se constitueront en une sorte de garde civique, en vue do la défense de l'àme fran(;aise dans l'école.

Qu'ils choisissent comme présidents des citoyens étrangers jusqu'ici à toute action politique militante; et puis, pour la patrie, qu'ils s'enrôlent et (ju'ils veillent! Heprenant le mot de M. Gaston Hiehard, nous pensons (juil n'est pas encore trop tard !

Paris, 7 mars 1906.

Page 1