DEUXIÈME SÉRIE
!.a portée complexe des lois scolaires. — Sollicitude de la République pour le déveioppcniont des écoles primaires et des écoles norm.iles. Oppurlunilé den fxaiuiner les résnlluts.
I. luf^énieuses initl.itivts de Jules Ferry pour faire ac(e|iter l'idée d'obligation scolaire. — !.escaisses<les écoles; lescomiMissions scolaires. — .\bsence actuelle des caisses des écoles dans plus de la moitié des communes. — Echec partiel de linstitutioa des commissions scolaires : témoignages d'afirés lesquels elles ne fonctionnent pas, témoignages d'après lesquels elles ne produisent rien. — Projet de réforme des commissions scolaires. — La fréquentation scolaire actuelle. — Un succès apparent : abaissement sensible, dans les statistiques, du chiû're des illettrés. — La réalité : tristesse de >?. l'inspecteur général i^azes. — L'école buissonnière : cliillres inquiétants. — Ignorance de beaucoup de conscrits non classés comme « illettrés ».
— Nécessité et bienfaisance du rôle pédagogique de lacaserne.
— Le clergé et la fréquentation scolaire: population croissante des écoles libres. — Intluence de la personnalité de l'iastituleur sur la fréquen(ati»m scolaire.
II. — Le « péril jirimaire » : un article de .M. Ferdinand Buisson.
— Les vocations pédagogiques en France et à l'étranger: témoignage des statistiques sur la rareté de ces vocations en France. — Décroissance de ces vocations : ime monographie relative au .lura. — Principale cause du dépeuple:nent des éioles normales : la loi du recrutement. — Remède proposé par M. Aulard : exemption des instituteurs du service militaire. — La « manie égalitaire > : les « curés i> de 1889 et les instituteurs de l'JOG.
III. — Paroles expresses de Jules Ferry interdisant à l'instituteur la « polili(iue militante et ipiotidieune •>. — Incompatibilité
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fréquonte entre rabslonlionnisme politique «les instituteurs et leur sulioriiinalion aux i>réfets. — Échan^'es de services entninstituteurs et iléputés. — Les conseils de M. Carnaud : l'iihstentionnisme répudi»^ ; la pers[>ective politique dun « (leuvede larj,'e3ses ». — Les ambitions électorales des Amicales. — Le pouvcrnemcut des instituteurs.
|\ . — Les revemlicalinns des instituteurs. — Dépenses croissantes de IKtat pour lainélinration de leur situation. — Jeun Coste. de NL Antonin Laver^'ne. — La foi de la Uépuhlique dans Tins tiluteur et la fe)i de riiistituteur dans la Hépubli(|ne. — Synip tôuics de lassitude dans le parti républiraiu. — Symptômes de révolte dans le personnel scolaire : la f.'réve des œuvres posi scolaires ; les circulaires électuralcs ; létat d'esprit des Ami cales. — Les .imicales et les syndicats révolutionnaires. — O <\\ie doivent être les Amicairs et ce (pielles doivent éviter d'être. — Groupements professiimnels ou clubs polititjues ? — Les exigences pécuniaires des Amicales : 44.800.000 francs de plus. Les dépenses budgétaires nécessitées par la loi du S juillet 1904 supprimant aux rongréganisles le droit d'ensei^-ner : 44.800.000 francs. — Coïncidence exacteenlre ces deux cbitlres. — Les intérêts du personnel scolaire sacriliés à un « anticléri calisme » destructeur.
Ou (Irliiiirail assez oxactetiient la portée polili(jue do nos lois scolaires en coiislalant qu'elles visèrent à exproprier l'Eglise de son rôle tiadilidimt! dans l'enseignement public, et qu'elles^ inangiirèivnt ainsi, sur le terrain pédag-ogiiiuo. ru'uvfc de séparation t-ntre TKglise et IKlal. .Mai> ce serait calomnier les législateurs de 1882 et 1886. (jne de leur allribuer, exclusivement, cette intention tonte pIiiIosoplii(|ne : il y avait, dans leur< ambitions fraicbcmeiil victorieuses, je ne sais quoi de positif et même de gi'néreux, que des arrêtés de fermeture, des nu'sures de suppression, des procéd(''s d'ostracisme, ne j)ouvaient suffire îisalisl'.iin'; l'anticléricalisme, à ccltt' ilatc. lu* si» résn-
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mait point encore en un simple parti pris de destruction ; au delà de celte politique toute n(^gative, la Hépublique rêvait de faire œuvre constructrice. Klle avait la ferme volontô de promouvoir et d'améliorer l'instruction populaire; et, lorsque les nouveaux maîtres de la France privaient l'Etat de cette collaboratrice séculaire qu'était l'Eglise, ils tenaient d'autant plus à honneur de créer de toutes pièces un enseij^nemenl primaire dont la nation pût tirer gloire et profit. La coquetterie môme qu'ils mettaient à faire prévaloir, comme ils disaient en leur langage, « les droits de l'idée laïque », excitait leur labeur et tenait leurs énergies en haleine; ayant définitivement réduit l'Eglise à n'être que leur concurrente, ils se piquaient de vouloir faire mieux qu'elle, et de le pouvoir. Il y avait eu, jusque-là, d'un bout à l'autre du pays, un certain nombre de citoyens rebelles à toute culture : il fallait désormais que sur le territoire de la République la science, personnifiée par le maître d'école, traquât l'enfant illettré, qu'elle l'éclairàl malgré ses parents, qu'elle l'éclairàl malgré lui-même ; l'Etat s'armait contre l'ignorance. Jusque-là le corps des éducateurs officiels manquait d'homogénéité ; les uns étaient des • frères » et les autres des « laïques » ; la formation de ces u laïques » était parfois négligée, leur considération parfois précaire; il fallait ilésormais que la République eût à son service
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un immonsc rrj^iiut'ut (ririslitiiliMir?;, que dans ce ri^jjçimoiif les emplois fussent assez honorc^s pour Mre brigués, qu'elle pûtfaire un lar<j;e choix entre les postulants, et <jue l'élite des enfants du peuple, ("prise d'une culture solide et d'un rôle ulilo. fi'il comme réquisitionnée, année par année, pour la grande tache th' l'éducalion du peuple. Helisez V Erole el la l'o/i(i</itr rf/i/icalc, de Jules Simon, ces deux livres dans lesquels l'opposition de gauche, à la liii <le ll'jnpire, aimait à deviner, comme en une sorte d'ébauche, l'œuvre de la Bépuhli<jue futuro. Les victoires n'pnblicaines mar- (juaieul l'heure, longuement espérée, où l'ébauche allait devenir une architecture, où le songe allait devenir une réalité. On multiplia les écoles primaires, et l'on lit appel fi l'enfance, pour qu'elle les assiégeât; on développa les écoles normales, et l'on fit appel à la jeunesse, afin qu'elle pourvût aux fonctions de l'enseignement.
Un quart de siècle a passé; c'est le moment, peut-être, de rechercher quel est, à l'heure présente, le résultat de ce double appel ; d'interroger l'enlance sur le profit qu'elle tire de recelé ; d'interroger la jeunesse sur l'atlrait qu'elle éprouve pour les carri»''res pédagogi([ues ; d'interroger enfin les membies du jx'rsonnel scolaire, création authentique de ri']tat républicain, sur ce (ju'ils pensent de leur situation, de leur besogne, de ri']tat leur patron, el de nousdemamier si leur courage a fait
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taire leurs d«?ccptions ou bien si les déceptions onl eu raison de leur couraji^e, s'ils sont confiants ou l)ien s'ils sont aij^iis,et s'ils se laissent séduire aux mirages de l'opliniisme ou bien égarer par l'esprit d'anarchie.
Au terme de cette enquête, aurons-nous, à proprement parier, dressé le bilan de l'œuvre scolaire? Nous ne le croyons pas, et nous ne nous en flatterons point. Il faudrait, pour que ce bilan fût complet, examiner l'immense travail pédagogique aucjuel se sont livrés, depuis vingt-cinq ans, un certain nombre de maîtres, constater que les conclusions, si même elles ne portent, en général, que sur des questions de détail, n'en seront nullement perdues pour l'avenir, et rendre hommage, enfin, à ce que nous appellerions volontiers le perfectionnement de l'outillage scolaire; et il faudrait, inversement, consulter criminalistes, sociologues et pédagogues, et les voir s'inquiéter et s'assombrir en présence des incertitudes, des défaillances et des échecs de l'instruction morale. Mais ce sont là des questions qui dépasseraient le cadre de ce chapitre. Un grand etTort fut tenté, depuis 1880, pour éveiller dans l'enfance le goût d'apprendre, dans la jeunesse le goût d'enseigner, dans le corps enseignant le goût de persévérer : nous voulons simplement observer, d'après les témoignages officiels, le fruit de cet effort.
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.Iules Forry avait juclicioiisemont ontrovii qu'il ne sufli-<ait pas de rendre léccjle obligatoire, en droit, pour ({n'en fait les classes fussent suivies. Des conflits étaient possibles entre la passivité des mœurs et les exigences de la loi. Jules Ferry les redoutait, et voulait emprclior que la loi ne fût vaincue. Quelques articles, très originaux, eurent le but formel de faire entrer l'obligation dans les mœurs et dans la pratique. L'école obligatoire ressemblait à une sorte de primeur pour laquelle le climat moral de la France n'était pas encore parfaitem»int approprié : aussi convenait-il qu'à la diiïéronco du commun des lois, la loi scolaire tentât «le s'insinuer (ilutùt que de s'imposer, et que le principe de « l'obligation » s'essayât à apprivoiser les Français, plutO)t qu'à leur faire violence. « Nous com[)tons, déclarait Jules Ferry, sur deux institutions sans l'action desquelles la loi serait lettre morte. L'une toute nouvelle : la commission scolaire. L'autre, déjà ancienne dans bon nombre do communes, mais qui de facultative deviendra obligatoire : la caisse des écoles. Elles aideront à lutter contre les deux grandes causes du mal : la négligence et la misère'. »
1. Betinleley, VEcole nouvelle, 3* é(Ht., p. 68 (Paris, Delagravc'. On ne saurait rien lire de meilleur, sur ces institutions, que les ••hapitres qu'il y consacre (op. cit., p. 36-84).
Victor Diiruy, en 1807, avait autorisé les conseils muiii<:i[)aiix à créer des caisses des écoles'; le texte législatif de 1882 généralisa l'institution ^. Il fallait, expliquait en substance Jules Ferry dans une circulaire complémentaire, faciliter la frc- «jutMitation régulière de l'école par des secours aux «nfants indigents, par la fourniture d'aliments chauds en hiver, de vêtements et de chaussures, par le don des livres de classe, papier, etc. ^. La libéralité des citoyeus, dans chaque commune, était conviée à remplir cette caisse; les conseils municipaux, à leur tour, étaient appelés à la soutenir; enfin, dans les villages trop pauvres, dans les *< communes subventionnées dont le centime n'excéderait pas trente francs », l'Etat interviendrait, avec ses propres crédits, pour grossir de quelques écus la tirelire collective destinée aux petits écoliers. Dans cet afllux de charité, dans -CQlie généreuse rencontre entre le billon versé par «le simples particuliers et les pièces blanches ou jaunes qu'ofl'rait le pouvoir central, il y avait quelque chose de touchant : l'Etat priait les citoyens de collaborer avec lui pour empêcher la misère de paralyser l'application de la loi ; les pupilles de l'enseignement libre, comme ceux de
1. Picharii- \Vi<semans, .VoMrea^^ t'Of/e de l'iiisl rue tion primaire, 18" é'iit., p. 433 Paris, Hachette, 1903).