Gazes, Annuaire de l'Enseignement primaire, 1901, p
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(le Jeanne (l'Arc; les trois quarts ne connaissaient pas la signification de la fC'te nationale ; près des deux tiers ne savaient rien de la guerre de 1870'. Livrés par l'c-cole à la caserne jtour servir la r'rance, ces jeunes gens, en somme, ignoraient (oui (le la iMance : pour eux, les grands souvenirs demeuraient sans voix ; les allusions patrioti(jues (Haient muettes et mortes, et lorsque à la caserne on s'e(lor(;ail de faire vibn^r leur àme, cette âme était sans acoustique. En revanche, le plus grand nombre d'entre eux calculaient convenablement; il semblait que, de tout ce qu'ils avaient appris sur les bancs, ils n'eussent releuu ou ii peu près que l'importance des chilîres. Des cours d'adultes sont institués dans beaucoup de chambrées, pour combler les étranges lacunes dont a souiïert la lurmation intellectuelle et morale de l'écolier;
1. Heviie pcdoç/of/if/ue, l-Mlccenilire 1002. p. SC-i. — Cf. Votunif, ■js février 1903, p. 3:i0-331. — Lifiiiorancc en histoire «les c.m- (lidils au brevet éleineutaire esl relevée en l',Hl;i. dans le lliil/rfni tir parte inen lui des Ardeiines (cité dans le Journal des Ins/ilii- /eitrs, juin 1905, p.li3j. — CL les constatations de M. Oeries, inspectonr d'Académie de la Manclie ; « Les faits ne sont pas connus du tout, non pas les faits secondaires, mais les faits primaires, les faits les phis importants. La lecture des nponses aux quesliiiimaires «lu cerlilicat d'études est absolument probante à cet ct;ard. On ne connaît plus les jfrands ministres de Henri iV, de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI. L'histoire contemporaine est ifinoréc d'une façon aussi surprenante que rejjrettablc. Les principaux événements intérieurs ou extérieurs, soit du second Kmpirc, soit de la troisième llépnbliipie. sont de même dcnatui'és, intervertis et transposés dans res|iace et dans le temps au point cpi'il est matériellement impossible de savoir de Huoi il s'aj.'it. » (Ituilelin de l'instruction primaire de la Mmiclir. j'itllct 19(»:;. p. no.)
ces cours, cJestinés, avant tout, à des illettrés ou à lies ignorants, gardent un caractère très élémentaire; dans des garnisons comme Laon, Avignon, I3ourges,oùlesconscrilsincapablesdelireetd'écrire sont au nombre de 85, 120, 135', l'effort post-scolaire ne peut être, à peu près, qu'une répétition de l'effort scolaire; et parfois, là où l'ambitionde l'école échoua, la caserne, plus modeste en son œuvre de bienfaisance intellectuelle, peut enregistrer quelques succès. On sait que certains instituteurs, s'abandonnant à l'emphase naturelle des imaginations pacifistes, rêvent d'une France sans casernes: se rendent-ils compte que ces casernes dont ils médisent sont l'asile suprême où l'ignorance rebelle entrevoit quelques lueurs de savoir, et qu'elles ménagent aux êtres déshérités, sur lesquels l'école n'a pas su avoir prise, un dernier espoir d'ascension vers un peu de science? Toutes préoccupations de défense nationale mises à part, il est permis, peut-être, au nom même du souci que nos instituteurs affectent pour l'instruction, de leur demander quelque respect et un peu d'équité pour ce militarisme, qui constate à contre-cœur et répare de son mieux les faillites partielles de nos entreprises scolaires.
Les rapporteurs de la Ligue de r Enseignement ont cherché les causes de la mauvaise u fréquen-
1. lîal/., Manuel fjénéral de l'instruction primaire, 24 juin 190o, p. 2'J5.
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talion scolaire » ; ils on noient pliisi»Mirs, et spécialement, disent-ils, l'opposition du clergé'. Si renseignement primaire jt'lle encore, dans les cours des casernes, tant d'illclln^s et tant d'ignorants, le clergé serait parliellenient responsablo. Mais l'inspecteur général Gazes apporte un détail qui a sa valeur : il nous apprend que l'effectif des écoles congréganisles, de 1<S87 à 1902, n'a pas cessé de s'accroître; elles avaient, en 1887, 1.123.013 élèves; en 1901, elles en comptaient 1.374.709 ''. Ainsi, tandis qu'à partir de 1887 l'écart augmente, dans l'ensemble du pays, entre le chillVe des enfants recensés et le chiffre des enfants inscrits sur les registres des établissements d'instruction, l'on voit, à partir do ciMIe mémo date, la clientèle des établissements libres aller croissant. Apparemment, les parents callioliquos, chez (jui le prèlrc est écoulé, comprennent et acceptent l'idée d'obligation s(;olaire, puisque les écoles où s'engouffre la foule enfantine sont pré('is(^moul colles (]ui satisfont h. leurs susceptibilités; et les statistiques, par surcroît, constatent que l'assiduité scolaire laisse moins à désirer tlans l(>s écoles libres que dans les écoles publiques. 11 est d'ailleurs assez étrange que les mémos publicistesqui se plaignent
1. Kitlletimlelu l.iijueile>lùisei(/n<'inenl, octobre-décembre 1904,
2. Cizcs, Aniiitaire île l'Eiisrlynetneiit prinvnre. 1004. p. -li'O, n. 1.
LE PÉRIL PIUMAIRfc; 21
ù d'autres heures de voir le clergé ouvrir trop d'écoles rendent ce môme clergé responsable des insuccès constants et progressifs auxquels s'est heurté le principe de l'obligation scolaire. L'exemple du Morbihan, où l'instruction est peu recherchée, est notoirement insuffisant pour faire prévaloir leur thèse ; s'ils veulent bien observer que l'arrondissement de Rochechouart, tristement réputé pour le nombre de ses illettrés, ou que le département de la Creuse, qui n'a pour ainsi dire ni caisses d'école ni commissions scolaires, se distinguent de longue date, au moment des périodes électorales, par leurs votes « républicains », il faudra bien convenir, immédiatement, que c'est une fraction de la démocratie républicaine, — et de la démocratie la plus avancée, — qui semble le plus insouciante des bienfaits de l'école, et que les éloquentes avances de Jules Ferry, indiquant à tous les petits Français un banc et un pupitre, ont trouvé, parmi certaines populations dont les députés siègent à l'extrême-gauche, un accueil singulièrement froid.
Au lieu de rejeter sur le curé, comme le ferait volontiers la Ligne de r Enseignement, la responsabilité de certains insuccès, quelques inspecteurs d'Académie invitent les instituteurs à faire retour sur eux-mêmes et à s'accuser eux-mêmes. « L'influence du maître, écrit en excellents termes M. Bruneau, inspecteur d'académie de la Creuse,
suffit à assurer une fréquentation rc^gulièrt' '. » C'est une sage et juste remarque, que beaucoup d'excellents instituteurs ont vérifiée : en aimant leur métier, ils faisaient aimer l'école. Jules Ferry avait raison, lorsque, pour attirer et pour retenir le petit Français sur les bancs des classes, il soubailait de créer un corps de maîtres vraiment attachés à leur tâche. Knlre la question de la fréquentation et la question des vocations pédagogiques, il discernait un lien : il sentait que l'instituteur qui aurait le goût d'être instituteur éveillerait chez l'écolier le goût d'être écolier. Le problème de l'assiduité scolaire nous achemine, tout naturellomenl, vers l'autre problème du recrutement des écoles normales, qui préoccupait également l'auteur de nos lois d'enseignement, et, sur ce nouveau terrain, nous trouverons la pensée de Jules Ferry aux prises avec l'ingratitude croissante des circonstances, avec le mauvais vouloir croissant des hommes.
'< Le pays républicain n'a pas compris, écrivait rn 1903 NL Fenlinand Buisson, ou il a déjà oublié, ce que doit être l'école normale d'instituteurs ou d'institutrices dans notre outillage natio-