Ilfriie prdacjoqiqUP, l'i mai lOO'i. p. i
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nal ; on a fait sur leurs budgets les plus insensées et les plus ruineuses des économies. On continue dans une partie de la France à entretenir des /•coles normales qui fournissent à peine la moitié des maîtres ou des maîtresses dont le département a besoin. L'autre moitié se forme où elle peut, eomme elle peut. Et elle entre dans les cadres aussi vite, quelquefois plus vite, que les élèves sortants des écoles normales '. » D'un mot, M. Ferdinand Buisson résumait cette situation ; il parlait du péril primaire-. Le mot fit fortune ; on s'y heurte sans cesse, aujourd'hui, dans les revues pédagogiques et dans les documents parlementaires ; et les projets abondent, très complaisants, très alarmés, pour remédier à la disette des instituteurs, et même pour la prévenir.
Nous observions tout à l'heure que l'assiduité <les écoliers alla croissant durant les cinq ou six années qui suivirent la promulgation de la loi, et j)uis ([u'un mouvement de décroissance progressive se dessina. Il semble que l'attrait des jeunes irens vers les écoles normales ait subi ces mêmes vicissitudes de flux et de reflux. De 1880 à 1886, on comptait, annuellement, de 5 à 6000 candidats; le chitTrc précis, pour l'année 1887, était
1. Cité dans Simyan, l'Œuvre de r Université', p. 186 (Paris, Société française d'éditions d'art).
2. Voir ci-dessous, aux Documfuts, p. 231, Tarticlc de M. Buisson sur le péril primaire.
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«le 4 638; brusqiionicnt, en 1891, il descendit à 2 034 : et l'école normale, depuis lors, a cessé de sourire aux ambitions juvéniles '. La France républicaine est l'un des pays où les fonctions d'instiUiteur sont le moins recberebées: en Suisse, il y a un élève-maître pour 1.502 habitants; en H('lgi(iue, 1 pour 1.7G(); aux Etals-Unis, 1 pour 1.387; en Prusse, 1 pour 2.797; en Autriciie, 1 pour 3.003, mais dans notre France, la proportion du cbillrc des élèves-maîtres au cbilTre de la population est seulement de l à 4. 184 -. L'indilTérence des jeunes gens pour les écoles normales a donné lieu, dans certains départements, à des monograj)bies très instructives : nous croyons inléressant de résumi'r ici l'une d'entre elles, qui a trait au Jura '. Il y avait en 1885, dans le Jura, 60 à 70 candidats h l'école normale; en 1891, le nombre baissait à 12; depuis lors, il s'est relevé et oscille entre 20 et 30. Ce déparlement possède trois écoles primaires supérieures de garçons, qui comptent de 200 à 250 élèves; il possède, par surcroît, six ou sept cours complémenlaires : les jeunes hommes qui voudraient pousser assez loin leurs éludes i)rimaires pour être dignes d'culrcr à l'école nornuilc
1. Hrriie pétfiigni/it/itr, lStt;t, II, p. 300. CT. Dcrics, l'iluiie slalis li(]iir lit' l'enseigneiiienl primaire ilr la Manche de l.SItO à 18'.t."), I>. 20 {Sniiil-I,ô, Le Timl, ISiMi) : « Le pcrsonnt'l des riilurs insli tulciirs no se recrute plus dans In Manrhe avec la nirnie facilil' • prautrefois. »
•J. Citr dans le nullelin tir l'.iiiiirule thi Jura, mars 1004, p. Ti '■i. Itiiticlin tie l'Aiitlvale du Jura, mars lUOi,p. 31 et siiiv.
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ont donc à leur disposition île nombreux moyens de s'instruire. Mais les bonnes volontés paraissent manquer ' ; et si Ton compte sur les instituteurs pour ramener sur le chemin de l'école normale l'élite de leurs jeunes élèves, on s'expose à de poignants déboires. Autrefois, dans la période d'enthousiasme qui suivit la promulgation des lois scolaires, l'instituteur consacrait volontiers ses veilles à la formation intellectuelle d'un écolier de choix; il cultivait certains esprits en vue de l'école normale, comme le prêtre, en face, cultivait certaines âmes en vue du petit séminaire; avec un dévouement qui défiait toute lassitude, il travaillait à augmenter celte grande famille pédagogique à laquelle sa fierté aimait à se rattacher. Aujourd'hui notre personnel scolaire s'est peu à peu désintéressé du recrutement des écoles normales; à voir une telle inertie, on croirait être en présence d'une de ces familles découragées et déchues, qui n'ont plus la force de prendre soin du lendemain-. Il y a trois ans, au congrès mar-
1. Du Jura, veut-on p^sspir dans la Haute-Vienne? Voici ce quVcrivait en 1901 M. linspccteur dAradémic .\lk'ngry, dans son rapport au conseil générai : « Les candidats à l'école normale ont assez d'acquis, mais peu de fond, la plupart n'ayant embrassé la profession d'instituteur que parce i]u"lls n'ont pu arriver à des carrières plus lucratives. Aussi le nombre des intelligences audessus de la moyenne diminue-t-il d'une année à l'autre à l'école normale. »
2. Dans le Manuel général de rinstruclion primaire du 22 juillet 190Ô, p. 3.39, M. Le Templier réclame une prime pour tout instituteur qui ferait réussir un candidat à lécole normale.
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seillais des Amicales, un orateur déclara que les directeurs d'écoles primaires supérieures se résignaient à « mettre les écoles normales au dernier rang de celles que leurs élèves avaient int(''rét à préparer, et à les signaler aux retardataires comme leur refuge et leur ultime ressource » ; et M. Charles Dupuy' remarque que « la profession d'instituteur a perdu son attrait, même pour les enfants de ceux qui l'exercent »... Avec le temps, la tiédeur et l'insouciance ont paru gagner les pouvoirs publics eux-mômes; on diminua le chiffre des promotions <le normaliens ; lorsque, par exemple, le conseil <lépartemental du Jura fixait à 17 le nombre des élèves-maîtres à admettre, le ministère, par raison d'économie, n'en acceptait ([ue 12. A l'heure pré.sente, dans l'ensemble de la France, on compte 300 normaliens de moins qu'il y a vingt ans; et malgré cette diminution volontaire du chill're des promotions, il y a des régions où le nombre des candidats sérieux à l'école normale primaire demeure au-dessous du nombre de places disponibles. Les fonctions d iristiluleur ont cessé d'être briguées : l'élan des vocations pédagogiques s'est brusquement arrêté-.
1. Charles Diipiiy, liecue p<dili<iue et parlemenlaiie, 10 novembre 190:J. p 208.
2. Voir Ecole nouvelle, 14 novembre 1903, p. iO. — Dans la Marne, en 1900, M. l'ayol proposait do supprimer le crédit de 15(10 francs allecté à des prix départementaux pour les élèves ayant (d)lenu la note <■ très bien » au ccrlifual d'études, et d'cm-
« On pinil craindre, écrivait dès 1!^89 le directeur <léparLementalde l'enseignement primaire du Nord, que l'obligation militaire ne soit le ver rongeur de ces vocations'. » L'anxiété fut justifiée par l'événement : l'école normale perdit un peu de son prestige lorsqu'elle n'assura plus, à l'endroit du service militaire, aucune immunité; et la loi de 188!) sur le recrutement, dont certains avaient auguré qu'elle viderait les séminaires, contribua surtout, et d'une façon plus irréparable, au dépeuplement des écoles normales.
On a fait de louables efl'orts pour assigner à ce dépeuplement d'autres causes : on a parlé de l'esprit de mécontentement et d'aigreur qui soulève une grande partie du personnel scolaire contre la modicité des traitements; on a fait valoir l'attrait de certaines occupations commerciales et industrielles, auxquelles l'enseignement primaire supé-
ployer ce crédit pour le fonctionnement d'un « comité de préparation aux écoles normales ». {Revue Pédagorfique, 1901, 1. p. 170). En 1901, l'inspecteur d'Académie du Var écrivait : « Le recrutement est de plus en plus difficile, et bientôt, peut-être, il ne pourra plus être assuré. » L'inspecteur d'.Vcadémie d'Eure-et-Loir devait faire des démarches dans soixante départements pour trouver des candidats : & Nous sommes obligés, écrivait-il, de prendre sans choix les candidats ([ui se présentent, et nous introduisons ainsi dans les cadres des maîtres qui ne présentent pas de sérieuses garanties au point de vue pédagogique. » [L'Ecole nouvelle, 21 décembre l'iOl, p. 93.)
1. Monographies pédagoqiques publiées à l'occasion de V Exposition universelle f/el889, V, p. 308. (Imp. Nationale). — Cf. Massé, Rapport sur le budget de l'instruction publique de l'exercice 1905, p. 328.
riour préparo avec fruit; on a constaté les difficultés ([u'é|)rouvent beaucoup de jeunes gens pour s'assurer le brevet de capacité, requis depuis l'année 1887 à l'entrée de l'école normale'. Ce sont là des observations exactes; elles concourent, toutes ensemble, à expliquer le fléchissement des vocations pédagogiques ; mais la cause essentielle de ce iléchissomont, ce fut la mesure qui mil sur le dos de l'insliUiteur, comme sur le dos du i)rèlre et de tous les autres Français, un sac de soldat.
Tout de suite la loi militaire fut, comme la loi scolaire, qualifiée d'intangible; mais l'ironie delà destinée voulut que ces deux chartes augustes se nuisissent entre elles; l'une requérait une élite d'instituteurs, et l'autre décimait les candidats aux écoles normales. Une loi nouvelle régit aujourd'hui le recrutement de l'ui'mée; elle aggravera encore, selon toute vraisemblance, la disette dont soulîrenl ces écoles^. Les alarmes grandissent, et pour les rassurer M. Aulard ne voit qu'un remède : le rétablissenienl, en faveur de nos instituteurs, de l'exemption de service militaire.
C'est l'iJce (|iie leiiis fils ne seraient pas soldats, écrit-il, (jni (Jt'-cidait l>eaucoiip les parents à les tourner vers le pénible
1. Voir à ce sujet ios rap[)()rts des recteurs au tome II des Moiini/rap/iins ji^ilagnr/iffues, la Heine péilat/or/ique, 1893, I, p. 430-437 ; I], p. 31)2-301 et 412-415; et Jacouict et Pierre, Hop port sur l'orf/auisaHun et la sihinlion de l'enseignement primaire jiultlic en France, p. 443-441. (Paris, iiiip. Nationale, 1900).
2. Volume, 2Î> octobre 1902, p. 46 (ojiinioiis de MM. Boniface et l'or fer).
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iiiiHier d'insliUitiiurs. Maintenant qu'ils devront faire deux ans de service, comme tout le monde, ces vocations disparaîtront presque toutes, et on ne pourra plus recruter les écoles normales'.
I.orsque le clergé catholique, il y a seize ans, fut invité par la République à passer par la caserne, des évoques s'émurent ; mais confiants dans ridéal qui suscite les vocations, ils demeuraient certains que le déchet serait minime. Si le clergé laïque, voué au service de la Science et de la Démocratie, est au contraire menacé d'une extinction prochaine, est-ce la faute de l'idéal ou bien la faute des hommes ? On comprend que M. Aulard soit troublé; il avait pensé, peut-être, que certaines idées auraient plus de vertu... Son article s'intitule : Manie égalitaire. Nous connaissons ces deux mots ; ils retentissaient fréquemment dans les débats parlementaires de 1887 et 1888, sur les lèvres des orateurs de l'opposition, qui alléguaient, contre les exigences niveleuses des lois militaires nouvelles, les intérêts de la culture supérieure ou les susceptibilités de l'éducation sacerdoiale. On s'indignait alors, à gauche, que la passion de l'égalité pût être traitée de manie. Alors, aussi, M. le major Labordère expliquait devant la Chambre que pour enseigner avec fruit ot avec prestige le devoir civique et le devoir militaire, l'instituteur devait avoir séjourné sous les