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drapeaux; il semblait à M. Labordère que les exigences, les émotions et les souvenirs du temps de service, perfectionneraient les aptitudes de nos jeunes maîtres; ullcgrenienl, on les poussait vers la caserne, avec la confiance qu'ils en sortiraient meilleurs instituteurs. M. Aulard, aujourd'hui, leur veut fermer la caserne, pour qu'ils dai^nient encore entrer à l'école normale ! Leur autorité f^randira-t-elle, leurs leçons de patriotisme — à supposer qu'ils en veuillent donner — trouverontelles le même respect et le même écho, si des malveillants pouvaient insinuer que la crainte du service militaire est le commencement des vocations pédagogiques? Les publicistes d'extrême gauche, en 18H9, ricanaient contre les séminaristes (jui se faisaient curés pour éviter d'être soldats. M. Aulard a-l-il oublié cette époque, ou bien espère-l-il que, respectueux du deuil de ses illusions, nous aurons la charité de ne poiiil poursuivre certains parallèles?

(l'était certes un beau rêve que celui où seconipliiis;iit Jules Ferry, lorsqu'il souhaitait de voir surgir, partout en l-'rance, des vocations pédagogi(j[ues assez nombreuses pour que l'Llat pût n'accepter à son service que les meilleurs ; le

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rêve fut sans lendemain, et la disette dos cadres interdit à l'État de se montrer difficile. Mais au moins aurait-on pu espérer que ces vocations, une fois enrôlées pour la grande œuvre d'enseignement, s'y consacreraient avec une scrupuleuse vigilance, que d'elles-mêmes, par une sorte d'instinct de protection, elles préserveraient leur intégrité contre les tentations du dehors, et que l'instituteur, docile aux paroles expresses de Jules Ferry, éviterait « le terrain de la politique militante et quotidienne, delà politique de parti, de personnes, de coteries' ». il est douloureux de constater qu'à cet égard encore les espérances de Jules F'erry furent déçues.

On n'était séparé que par quelques mois des élections de 1881 : ministre de l'Instruction publi(jue, il avait on môme temps la présidence du Conseil ; il devait aviser, tout ensemble, à la formation du personnel primaire et à la victoire de l'idée républicaine. Mais il voulait que dans les mêlées électorales auxquelles il allait présider, l'école demeurât sereine : il profita d'un congrès pédagogique pour dédoubler sa propre personnalité, et pour affirmer aux instituteurs qu'en tant (jue chef du cabinet, chargé de diriger les élections, il ne demandait rien à leur zèle et même n'en voudrait rien accepter.

1. Ferry. Discours et opinions, IV, p. 257. — Cf. Rambaud. Jules Fernj, p. 162-163. (Paris, Pion, 1904.)

Le présidonl iJu Conseil, dcdara-t-il, se croirait déshonort; s'il sacrifiail l'une de ses responsabilités à l'autre, s'il faisait jamais de l'école la servante de la poliliqiio, et c'est la République clle-nniine qui pourrait être singulièrement coniproinisf, si l'on pouvait dire: « Voilà un gouvernement qui fait îles élections avec les instituteurs, comme ceux qu'il a remplai-és ont essayé de le faire avec les curés! » Messieurs, cela, nous ne le souffrirons pas! Nous aurons à présider à celle grande consultation du pays d'ici à peu de mois; s'il se rencontrait des a luiiiiistraleurs indi-screls, s'il se trouvait — ce qui est peut-ôlre plus vraisemblable — des candidats trop pressants, vous leur répondriez : « Notre ministre ne le veut pas' ! »

Chargé de pr^-parer et d'assurer la procliaine majorité parlementaire, Jules Ferry ne cédait point à la lenlation de mobiliser à cet elîet toutes les forces nationales, et si les ardentes supplications (ju'il adressait aux congressistes étaient <Iemenrées dans la mémoire des instituteurs, et dans la mémoire surtoul de ses propres successeurs, le personnel scolaire aurait vraisembl.ihlement fait moins de bruit dans la politique, id plus de besogne dans les écoles.

Mais l'oubli dans lequel tombèrent ces avertissements s'expli(|ue, en partie, par certain article de la loi même à l;i(iu(dle le nom de Jules Ferry demeure associé.

La noiiiiiiali(»n des inslihiteurs était déférée aux préfets'. Avec quebiue largeur d'esprit et quelque

1. Ferry, Discourset Opinions, IV, p. 2.iS. Voir l'ensemble iln passade, li-ilessoiis, p. 23H, aux Documents.

2. Voir, sur celle qucslion, Goyau, l'Ecole d'aujourir/tui, prc iiiière série, p. 141 el suiv.

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liuutciir (ràmt', un président du Conseil pouvait sacrifier à l'avenir et à la dignité de l'œuvre de réforme scolaire Tintérèl électoral du lendemain, <'t, diiu geste net et désintéresse», enrayer le zèle des instituteurs, tout prêta se gaspiller pour cet intérêt électoral. Mais les préfets à leur tour, passibles de disgrâce si les urnes étaient frondeuses, pouvaient-ils montrer la même générosité, le môme parti pris d'abdication ? Préposés à la fois aux luttes « républicaines » et à la nomination du personnel scolaire, jiouvaifnl-ils faire mauvais visage aux instituteurs qui s'olfraient comme auxiliaires dans ces luttes? Quel risque couraient-ils même, si parfois ils prenaient l'initiative de recruter et de pousser en avant ces utiles agents? Ils n'avaient guère à craindre, au lendemain de la victoire, la moue désapprobatrice ^j'un ministère triomphant. C'est ainsi qu'en dépit de la parole de Jules Ferry, qui avait exclu les instituteurs de la bagarre électorale, l'engrenage •des circonstances les mêla souvent à cette bagarre et lit d'eux, à certaines heures, et dans certaines communes, des chefs militants de l'action républicaine '.

La façon même dont ils étaient nommés les

1. Voir à ce sujet. ci-'Iessous. ;iux Docuinmla, [i. liO et Hj'I. les réllexions de .M. Charles Dupuy i la Chambre des Députés (séance liu 18 mars IH^T;, et dans la fiei'»»' politique et parlenientaire du 10 novembre 190].

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niellait à la merci des iniluences politiques ' et les

invitait, (.lès lots, h multiplier les iiiameuvres pour capter ces inllui'iiees. Promus par le recteur, les maîtres de reuseignement primaire se seraient attacliés, surtout, à développer leur compétence professionnelle; ils auraient formé une sorte tic corpoialion bien homogène, soigneusement barricadée contre toutes les préoccupations étrangère^ au « métier- » ; tout au contraire, désignés par Ir préfet, ils sentirent, bien vite, que les recommandations politiques seraient op|)orlunes et (jue e'e>l i)ar des services politiques (ju'elles s'aclièteraienl. On vit les inspecteurs d'académie, par de pressants avertissements, dissuader leurs subordonné> d'invo(|uer ces recommandations, et parfois même les informer, dune plume passablement naïve,.

1. M. .liilos l'ityof, rectt'ur à Chainbt'-ry, osliinc, lui. ijtio l.-i forme nctiielle de la nomimiUon des instituteurs est intaii- ^'ible. Tiiul Cf qu'il admet, c'est un ilmif d'apiicl de l'inslitnteur «levant le recteur [Volume, W avril IHOO. p. WS). « Le (Jouvernc- Micnt. (■•cril-il, ne coiisenlira jiiiiiiiis à ((instituor. on présence des préfets, un cf)rps des inspecteurs indépendants d'eux, et il suffi rail au ministre, pour faire rejeter une proposition dans ce seiJv an l'arleiiu-nl. "I»- rappeler «iml daiiuer a failli être, pour les idées réput)licaines, lindépendanie lon;,'temps alisolue des ofliciers vis-à-vis des pouvoirs politiques. ■> [Volume, ."i mai I90(t, p. I.'ts

2 Notons, à ce sujet, dans le Itullel'ui de l'As.sm inlion des anciens élevés de l' lùole normale de la Seine, février et marslitOV. deux articles de M. Adonis Uufrenne.qui ilemande Ituyanisation d'im corps institutif autonome, nomme et conIrcMc |)ar l'Ktal. et k qui celui-ci remettrait le monopole de ren<ei<.'nemenl. Ce seraient les instituletirs eu\-mi^mes (pii élalioreraient les pro- (^ramines. prorlameraient leur besoin d'indépendance et réd.;miraienl de l'F.lat tme rémunération convenable.

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que les démarches des conseillers gt-néraux, députés et sénateurs se iieurteraient à l'esprit d'é(juité de l'autorité universitaire'. Mais cette autorité elle-môme n'était-elle pas une satellite de la préfecture? et vis-à-vis des conseillers généraux, députés et sénateurs, qui donc se peut flatter d'être indépendant? Ce ne sont pas, assurément, les préfets, pour qui c'est faute mortelle, parfois, de se montrer inaltentifs ou rebelles aux désirs de certains élus.

D'ailleurs, lorsque, en 1889, la Hépublique se crut menacée, le ministre de l'Instruction publique, — c'était alors M. Fallières, — signifia aux instituteurs, par une circulaire, qu'ils ne devaient point « se retrancher dans une sorte de fausse impartialité professionnelle, et qu'ils ne devaient point revendiquer le droit de tenir publiquement la balance égale entre la République et ses ennemis- >•. On devine que les préfets, chargés de la discipline des suflrages en même temps que de la conduite du personnel scolaire, eurent quelque crédit auprès de ce personnel lorsqu'ils donnèrent à la circulaire de M. Fallières les commentaires et la sanction qu'elle comportait ; et parmi les bousculades de la politique, on vit dès lors de tro[> nombreux

1. Voir Revue ijédoffO(/i(jiie. 18N'». II. p. 81-84 : ISS.-i. I. p. HH; 181*2, I, p. 471 : et, dans lixCorres/xim/dnce gètiêmle d». mai 18U6, la leUre de M. Buisson à un dci)iité républicain.

i. Manuel (jénéral, 2» aoûl 1889, p. i9H.

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iiisliliitciirs laisser péricliter leur di^nit»'. ( n dircctrnr (ITmoIo normale, écrivant en 1894 à Félix IN'caul. iioliiil en Icnncs rliagrins là conséquence M de celle maladiesse : " A vous |»ar!er vrai, lui disait-il, leur véritable et dominant principe, c'est qu'il faut se pousser, et que les recommandations font plus pour cela que tout le reste ; c'est la leçon que l'esprit p'uéi'al du pays, de la famille, de la politi(iue locale, leur a donnéo ; ils comprennent mal une langue dilférente ; un petit nombre seulement seront sensibles à Tattrail d'une noble cause à repr('senler, d'un grand inlérèl national el moral à servir dans l'école primaire'. »

Ainsi parlait ce bon observateur : et, de fait, la collaboration rèv(''e par .Iules l-'erry. entre lenseignemenl primaire et le gouverneuKmt national, se nîduisait souvent à n'être <ju"un ('cliange de services, — de services petits et mos(|uins, — enti'e rinslitiitem- (jiii v<tlait et fai'^ail bien xoler. et le députt' légiliinemenl reconnaissant.

l>oi's(|ue les circonstances polili(|ues divisèrent le parti r(''pMblicain conire liii-inème. et lorsqu'il fallut opter entre deux nuances ou, j)oiir mieux «lire, entre deux orientations, il advint à certains instituteurs d'être poussi'-s, par une fatalité cliaque jotir plus incoercible, à devenir, dans la l{é|)Ubli(|ue, les hommes d'une coterie- : le radicalisme,

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