I. lU-Dtte pri/uf/ui/ifittr, IH'.H. II. p. 2'.tS
"2. \oir Goy&u, l'Hcule (t'iiujoiiri/'/nii. |)roiiiiLTi'scrie. p. 15!)-181.
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puis le socialisme, clierclièroiit ù l'école leurs agents. Une iVHe se donnait, en mai 1901, pour les groupements amicaux d'instituteurs de la Seine, de Seine-ct-Oise et de Seine-et-Marne ; M. Lav y, ancien député socialiste, chef de cabinet du ministre du Commerce, présidait; l'orateur l'ut M. Curnaud, ancien instituteur lui-même, et député socialiste des Bouches-du-Rhùne. Vingt ans exactement après le congrès pédagogique où Jules Ferry avait conjuré les maîtres de l'école de se tenir à l'écart des luttes politiques, M. Garnaud, sous la présidence dûment oflicielle de M. Lavy, leur disait textuellement :
Certains ont essayé de vous prêcher l'abstenlion. On vous a dit: « El surtout pas de politique! » La politique vous a étt'' repri''sentL-e connue un lleau ; prenez garde 1 Si vo'.is vous effacez, on pourra bien nous éUantrler la République ! Et si on nous la supprimait, c'est vous qui seriez le gage de la victoire pour nos ennemis, vous qui retomberiez sous le despotisme et sous la tyrannie '.
Leurs acclamations faisaient fête et rendaient haleine à l'orateur marseillais, toujours salué par eux comme leur député; et M. Garnaud, en 19(X), au congrès des Amicales, avait défini cette variété de république à l'avènement de laquelle ils devaient travailler : « Le tleuve des largesses, déclarait-il, a trop longtemps coulé vers l'Kglise. Nous en changerons le cours ; et il cou-
1. Après l Ecole. 3 juillet 1901, suppléuienl, p. 11. — Voir cidessous, aux Uijciiinetils, p. 242.
;»8 L ECOLE DALJOLKDHl l
Icra un jour, j'en ni la conviction profonde, vers l'inslilnlour, vers l'école laï(iue'. » Les applaudissements de cet auditoire scolaire dépassaient les murs de la salle : ils se répercutaient au loin, encourageants et flatlours, à l'adresse des candidats ou des députés dont le vote, en appauvrissant l'Kglise, enrichirait les instituteurs eux-mêmes. « 11 y a des abîmes, leur criait M. Carnaud, entre ce que vous êtes aujourd'hui et ce que vous soro/ demain-. » Qu'une certaine fa(.'on de républicanisme triomphât, et ces abîmes seraient comblés. L'instituteur devenait une puissance électorale dont les partis politiques les jdus avancés avaient toute chance d'obtenir l'appui; c'est en éveillant en lui l'espérance de largesses prochaines, qu'on enrôlait sa belliqueuse humeur; et I (»n oserait h peine, aujourd'hui, rappeler h nos jeunes géni'rations d'f'lèves-niaitres ces paroles de Ferry : « L'abstention de l'instituteur est d'autant plus nécessaire que le régime sous lequel nous vivons est plus profondément démocrati(|ue. Heste/. là ofi nos lois et nos mœurs vous ont placés, reste/, avec vos petits enfants dans les régions sereines de l'école^. »
C'est afTaire aux vieux maîtres, s'ils aiment, avec cette sérénité, la mé<liocrité de leur traite-
\. Cunffi-Î's fies Amicales île T'OO, p. rU. 2. Coni/rèi, dfs Amiriiles de lyOO.p. l'.t >. n. FiTry, Itiscuurs et Ofiinion.s, IV, p. 2^18.
inoni; les jonnos ont compris qu'une perspective p(tlilique leur est oITitIo, (ju'ils peuvent maintenant aspirer, non plus môme, comme jadis, à ^tre (les forces auxiliaires, mais à être, bien plulùl, (les forces dirigeantes, et qu'ils seront les premiersàbtmtîlicier des remaniements budgétaires ■(jui sanctionneront l(!s victoires électorales. L'or que l'on distribuait au clerg(3 et l'or que l'on « gaspillait' » dans les étals-majors, les ressources de l'Eglise et les ressources de la défense nationale, trouveront une alîectalion meilleure : les Amicales dicteront aux députés leurs votes. M. Carnaud, dans sa conférence, opposait à l'bomme d'Eglise, qui est gras, l'instituteur qui ost maigre-; et il annom^ait comme toute prochaine l'heure oîi les hommes politiques diraient : « Dans les .4w«/crt/e5 d'instituteurs, il y a une force; nous voterons pour eux-^. » Les auditeurs de M. Carnaud se laissaient aller à applaudir cet idéal, et à rêver cette audacieuse simplification politique en vertu de laquelle, le candidat ayant fait marcher l'instituteur durant la campagne électorale, l'instituteur, au cours de la législature, ferait marcher le député. Les Amicales, à la fa(^on des loges, se
1. Voir ci-dessous, p. i 45. — Cf. Charles Martel, Revue coopérative, 4 octobre I'JOj, p. i, et 1"" nùveinbre l'JO<, p. 33, rappelant îcs dépenses faites pour les expéditiims coloniales, et expliquant qu'en 1881, à cause des frais de la j^uerre du Tonkin, lamélioralion du traitement des instituteurs fut ajournée.