‹ L'école d'aujourd'huiChapitre 26 sur 113 · l'iiTs. Itiscours cl ()/)inii)ii>'. W, p. 2."J · texte numérisé non relu

l'iiTs. Itiscours cl ()/)inii)ii>'. W, p. 2."J

LE PÉRIL PRIMAIRE 4i

vemenl de rinlelligence française. L'esprit d'aigreur fermente ; les plaintes s'accentuent en menaces ; les mécontentements s'épanchent en colères. Une question sociale, qui est à proprement parler une question de salaire, a fait son apparition dans le monde des instituteurs; elle insurge un certain nombre d'entre eux contre les pouvoirs publics; et l'antagonisme se dessine enire l'école primaire et l'Etat bourgeois.

Voilà vingt ans que la Uépublique, tidèle aux «lésirs de Jules Ferry, multiplie les sacrifices pécuniaires en faveur de l'enseignement primaire. VI. Charles Laurent, directeur général de la comptabilité publique, expliquait à la Chambre, à la fin de lUUi, que, depuis 1880, les augmentations budgétaires au prolit des instituteurs se sont élevées à i*^ millions, et que d'ores et déjà, pour les années 1906 à 1908, 29 millions de débours supplémentaires sont engagés'. Mais ces dépenses croissantes de l'Etat n'ont pi/ empêcber beaucoup d'entre eux d'être mécontents de leur métier, mécontents même de leur pays. Dans un roman de grande valeur : Jean Cosle^ M. Antouin Lavergne s'essaya naguère à nous montrer les désillusions

1. Volume, 3 décembre 190i, p. 129-131. — Sur l'historique du Iraitemenl des instituteurs, voir Massé, liapport sitr le budget de l'instruction publique pour l'exercice 1905, p. 364 et suiv., et comparer ci-dessous, aux Docvvienls, p. 257, la circulaire de M. Bienvenu-Martin, résumant tout ce qui a été fait pour les instituteurs [\'oliime. 3 juin 1905).

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et les ili'tresses de tout p^nre dont les joiinf^s maîtres croient avoir à se plaindre : contenant son émotion, surveillant son àpreté, il présentait à ses collègues le miroir dans lequel ils revoyaient leur propre vie'. I/empliase optimiste de nos députés et de nos minisires fut dc'sormais gênée : il semblait que les sourdes imprécations de Jean Coste, bourdonnant dans la tôte de nos instituteurs, fermassent leurs oreilles aux compliments dont l'éloquence ofliriclle les courtisait, aux promesses dont elle les bercail.

En vain M. Buisson saluait-il en eux je ne sais quelle variété de prêtres, desservant < le lem|)b^ laïque des iidèles de la seule religion : celle du Droit, celle de l'Ilumanité^ » ; en vain M. Combes s"inclinait-il devant eux conime devant les « ministres d'un culte nouveau (|ui a |)our aubd la liberté'». Jean Coste et ses camarades murmuraient, à part eux, que le prôtre doit vivre de l'autel, et

1. Paris, OllendorlT, lOOi. — Cf. dans le Sun! Prinuiire, juin l'.l()."i, p. 9, une statistique sur l'infériorité du traitement des instituteurs frani;ais au traitemcntdes insliluleursen Ijeaucoup d'autres jiays ; et dans la Hérite cnrporutire, 8 novenilirc 1903, p. 46-47. Ja statistique dressée par l.iinirtiti' «le Sat'inc-et-i^njrc.

Guin annuel di- l'agent -voyer I .'Mti francs 2.800

— du facteur :uiO 1.450

— du prufcsseur de eollèKe. 1.400 2.400

— du receveur des Postes.. . 800 1.400

— de l'instituteur l.il'.S 1.148

2. iulunip, 10 octoltre l'.tO.I. p. 11. ;. \ otuine.-l'.laoia liMl.l, p. 84»;.

qireiix-mr'mos vivaient fort mal. Jean Coste deniaiulait de quoi faire du feu : on lui donnait de la fumée. « Le contraste, écrivait M. Charles Dupuy, est décidément trop fort entre le sacerdoce civique dont on investit les instituteurs et la médiocrilé de la situation (ju'on leur fait'. » Pour tout de bon, bientôt, Jean Coste allait se fâcher.

« La foi de la République dans Tinstituteur et la foi de l'institutour dans la République, disait «ncore en 1900 ^L Ferdinand Ruisson, sont deux mouvements réciproques «jui se confondent en une étreinte indissoluble". » Il semble, depuis cinq années, que les mouvements soient devenus plus lents, et létreinte plus lâche. L'instituteur ne se paie plus de mots et de sourires : un journal annonce-t-il à renseignement primaire une fournée nouvelle de décorations, le comité d'entente <'nlre les Amicales de la Seine laisse voir son mépris du cadeau '', et déclare que ce qu'il faut, c'est l'amélioration des traitements, et l'indépendance et la sécurité mieux garanties ^ Inverse-

1. Hfvue politique et parlementaire, dO novembre 1903, p. 205.

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