î<ord primaire, juin 1905, p
i. L'Enseignement libre, mai 190j, p. 283.
50 1. KCOLL: 1) AUOl KblILI
niors mois, lo comité cenfral /)i)Hr la défcn^r ilu droit si/ndiral du inolrlarial dr l'Etat^, cl 1('> instituteurs syndiqués do la Seine, au lendemain du refus de l'administration de reconnaître leur syndicat, ont reçu d'un certain nombre dA/nicalcs départementales les plus chauds encouragements '. Or, de deux choses l'une, ou bien les Amicales d'insliluleurs ne représtmtenl pas mieux le corps enseignant que les Bourses du travail de Taris t'I de I.yon ne représentent le véritable monde ouvrier; et ces groupements, alors, ne méritent pas l'allention presque déférente dont les honorent les autorités oflicielles; ou bien ces Amicales^ telles quelles, sont réellement une représentation improvisée, à peu près sincère, de l'ensemble du personnel scolaire, et pourquoi dès lors les laisset-on se compromettre, naïvemenl, avec certaines Bourses du travail, où la seule réforme sérieusement envisagée paraît être, jusqu'ici, la grève des n'servistes ? L'heure n'est plus où S|)nller el M. Léon Bourgeois, où M. Bamb.uid elM. (tombes tMi personne marchandaient à nos inslilnlenrs le di'oil de s'assoeii'r (^l de se lédt'ii'i' '; les ministres
I. Voir VEmancijiativii île ////n//'/»//p///, janvier 1906, p. i-.'i.
1. Voir VEmtiucijxilwH itr rin.stihitrin: janvier 1906, p. 6-8. — Sur le priif^Tcs des idées syndicales |iarini les inslilnlenrs, cf. L.inrin, Mournncul si>citilisli\ l.'j avril lî'O;., p. ')29-;J39, et le r«/N);j«', i:i janvier 19(16, p. I9.T.
!!. Voir Spuller, An Minisièrc de l'Iiishiiclinn imbiniue, 18X7, p. 188-200 (Paris, Hachette. IKSK); — la circulaire de M. Uonrgecis. i\\\ '.\ mars |S92 [Circulaires et inslruclionn officielles, XII, p. 1{\.
assistent ou se font représenter aux congrès (VAînicalfs, et lorsque M. Garnaud proclame qu' « il ne peut pas y avoir un seul préfet, un seul inspecteur d'acatiémie, un seul inspecteur primaire qui ait le droit de se dresser contre VAmicnle », celte remarque échappe k tout démenti.
Mais il n'est pas exagéré de souhaiter que l'activité des Amicales se concentre et se cantonne sur le terrain exclusif des intérêts professionnels. Lorsque le jour sera venu — et peut-être est-il prochain — où les instituteurs primaires chercheront dans les partis révolutionnaires des champions pour leurs réclamations et des directeurs pour leur action, lorsqu'ils se donneront, ainsi, des chefs en dehors de leurs chefs naturels, l'Etat osera-t-il intervenir et retourner contre eux, à leur tour, l'argument dont il y a vingt ans il se servit contre les membres des congrégations enseignantes employés dans les écoles publiques^? On
ri° 4009); — la circulaire de M. Combes, ilu 13 décembre 1895 Ettseiipietnent libre, janvier 1905, p. 13); — la circulaire de M. Rambaud, du 30 janvier 189" {Enseifjnemenl libre, septembreoctobre 1904. p. 336-339).
1. Dans sa circulaire de 1887 aux préfets et aux recteurs sur le Conjurés des instituteurs, Spuller écrivait : « Pernieftra-t-on aux instituteurs publics laïques de se donner des chefs en dehors de leurs chefs naturels, des statuts en dehors de ceux de l'Université, de prendre des engagements autres que ceux que l'Etat reconnaît ? Ils seront les premiers à répondre que ce serait là reconstituer sous une autre forme l'organisation des associations religieuses enseignantes, au moment même où la loi déclare cette organisation incompatible avec l'exercice de la fonction d instituteur public. » (Spuller, Au Miiiixlère de l' Instruction pu- Ijliqiie, 1887. p. 19S-199. Paris, Hachette, 1888.)
S2 l'école d'al'jolhd'iil'i
rcprocliail aux « Ignoranlins » de dépendre n la fois <le Ii'ur supc^rieiir général cl de l'aulorité acad«''mi(iue ; et voici que les inslitiiteiirs, au lendemain de leur embrigadement dans des organisalions insurreelioiuielles, auront, eux aussi, deux mailres : d'une pari le clit'l' ouvrier ([ui dirigera leur conscience « prolétarienne », et d'autre part l'Ktal (}ui paiera leur enseignemenl. Le discours de M. Buisson sur lélreinh' de l'insliluleur et d(^ la F{épubli(|ue est d'ores et d(''jà suraunt', et cerlains jeunes maîtres concertent une autre étreinte, par laqiudie s'uniraient et s'Iiarmoniseraicmt l'enseignetnent primaire national et le socialisme révolutionnaire international.
Qu'adviendra-t-il de ces menaces? Seront-elles conjurées demain, seront-elles au contraire sanctionnées après-d<'maiu ? C(^ sont là des (jueslions auxquelles nul ne peut répondre; l'avenir seul — un avenir que les événements précipitent — nous «lira si I(;s A/nlro/rs seront dans l'h^tat l"ran(;ais un l'ernient d'anarcliie ', ou si, tout au contraire, leur puissant développement apparaîtra comme un (''pisod(i nouveau du lent cl sur mouvement d'organisation <jui tend à grouper ensemble les bommes du mi^rne rn/'lier. Nou'^ ne pouvons ni ne devons
\. Comme l(^moif;na;,'e île Icsprit de fronde et de rébellion uinjiicl s'ahrindoniu'ut certuini's Amini/ps, relevons pur exemplo {Knsei<ineini'nt lihri', j;invi<T liMl.'i. p. 18. avril l'.IO.i. p. 2i() cl suiv.), 1 ordre du jour «-n faveur de M. Tlialnmas. frappé par M. Chaumié.
l.K PlilUL PKIMAIHE 53
Irouver mauvais, — il convient de le dire bien haut, — que l'instituteur Iranc^ais, fatigue des inlluences locales ou de l'arbitraire préfectoral, veuille obtenir, pour la profession à laquelle il a donné sa vie, certaines garanties d'autonomie ; et nous appelons de nos vœux le jour où l'instituteur, recevant de quelque sous-préfet aventureux des « demandes de renseignements » ou, pour mieux dire, de délation, pareilles à celles que M. de Benoist citait naguère à la tribune', pourra s'appuyer sur une Amicale solidement constituée, et, fort de cet appui, répudier énergiquement, sans péril pour sa carrière, ces exigences non moins incongrues qu'liumilianles. Les Amicales, sagement conduites, peuvent bénéficier de cette force et de cette respectabilité qui s'attachent naturellement au groupement professionnel ; elles peuvent aider l'instituteur à s'émanciper du despotisme politique et à restaurer, ainsi, la dignité de sa noble fonction. Mais si, dédaigneuses de ce rôle, elles s'abandonnent à la triste envie de jouer aux clubs politiques"^, ce sera grand malheur pour
1. Voir aux Documents, ci-ilessous, p. 2;j4, le discours de M. de Benoist. — Cf. dans Prache, la l'élitioji contre la franc-maçonnerie, 1». i.51-153, une lettre d'un vieil instituteur de l'Est, se plaignant de la tjrannio exercée par la loge sur le personnel scolaire.
2. On ne peut se défendre, à cet égard, de s'alarmer de certains incidents, tels que celui dont récemment le Morbihan fut témoin. Au syndicat morbihannais de l'émancipation de l'instituteur, un vœu était déposé, demandant « à tous les élus politiques du Morbihan de ne pas s'ingérer dans les nominations ». Prêtes-
54 L ÉCOLE D AlJOl RD HUI
elles, pour lV*cole et la France'. Le régime scolaire que Jules Ferry voulait mettre au-dessu^ des orages de la politi(iue ne doit pas aboutir, sous la pression dos Amicalrs^ à subordonner aux intérêts ou aux caprices personnels du « prolélarial primaire » la politique générale du pays-.
Pour que les couches nouvelles du personne! primaire fussent satisfailes, il faudrait, paraîl-il. que la République française déj)onsàt pour elles,
tation, tout «le suite, d'un « camarade de la Loire-Inférieure > qui s'écria: « Ce n'est pas au moment où nous allons enfin avoir lu ltépnhli(/ur, f|u'ii faut demander aux hommes politi«iues de nous abandonner !» ///wKs-fir/Hez/ie/;/ //T/re, avril m05, p. iiS). — Cf. Manuel rjénérul, 17 janvier 1903, l'article «le M. Comte : l'Ecole meurt par la jKililirjne.
1. D'autant qu'alors l'exemple de ce qui se passe à Honleaux, on l'on voit un «groupe fraternel d'instituteurs francs-maçons» prr'' parer les dé«'isions de V Amicale [Halletin de la Semaine. 1 juin 190,")) ris(]uerait de se g«'néraliser. — Dans la Hevue de l'Un seiynement jirimaire «lu 2.S jioùl 1904, les instituteurs sont invité> à faire pleuvoir sur les élus des or«lres comminatoires. [L'Knseii/nemeiil libre, septembre-octobre 1901, p. 311). — On corn menée, dans les s|dièrcs scolaires, à sentir le mauvais efl'il que pourraient, à la l«)nfj;ue, produire sur l'opinion de perpc tuelbs reveudicalions |iécuniaircs ; v«)ir, en juin 190i, ruili<li' de M. Sennelier cx|>rimant la «raiule «juc le iiroihain f;onf,'rides Amicales de Lille ne se montre trop occupé d'aUaires dar gent (Ihtllelin de l'Union des inslilulcurs de la Seine, 20 juin 190."i, p. 3013).
2. 11 est à noter «pie les <• intellectuels » socialistes tiennent en assez mcilioerc estime la variété de socialisme qui est celle «leinstiluteurs. « socialisme humanitaire, petit bourgeois. laï«pie. anticlérical et, .ivant t«)ul, étaliste, mais très peu ouvrier, socialisme «le tendance furnialisle en mt''uu' temps «pi'autoritaire . cl ils affirment «pie la m.ajorilé des instituteurs, dupes « de^ ui<ds, des phrases s«in«>res, des gestes ilramali(pics », ayant rap porte de rée«)le normale une « étlucati«in .ihslraile et hâtive •. traversent « leur 'arrière avec une insuffisante initiatiim au métier et à la vie >>. (Lnuiin, Mouvement socialiste, 1°' mars 190'>, p. 300-304.)
LE PÉRIL PRIMAIRE 5l>
ohaqiio année, quaranto-qiialre millions huit cent mille francs de plus. A ce prix, les .4 m/crt/cç redeviendraient très sages ; les écoles normales seraient plus estimées des jeunes gens ; et les instituteurs, reprenant i^oùt à leur métier, préférant à la visite de la Bourse du travail la conversation de leurs collègues plus anciens, leur demanderaient par quelles ingénieuses industries ils savaient faire aimer aux enfants l'école primaire. Ainsi les Amicales elles-mêmes, dans leur projet pour le relèvement des traitements, ont souverainement déterminé le nouveau sacrifice qui, d'après elles, doit achever de grever le contribuable fran(;ais.
Or, l'année dernière, le Parlement votait la laïcisation totale de l'enseignement congréganiste privé; il jetait dans les bras de l'Etat, à bref délai, 1 .6(X).000 enfants élevés dans les écoles congréganistes. On avait l'espoir — et on le garde — que 800.000 de ces enfants pourraient être reçus, sans dépenses nouvelles, dans les écoles existantes ; on s'obligeait à l'avance, d'un cœur léger, à construire des maisons scolaires et à recruter des maîtres pour les 800.000 autres enfants. Les frais ainsi prévus s'évaluent à 56 francs, annuellement, par tète d'écolier. En une simple multiplication, l'on arrive à constater que l'application de cette loi nouvelle coûtera, annuellement, quarantequatre millions huit cent mille francs. C'est exactement la somme que réclament les .4/«/crt/("*' pour
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la consolidation de l'édilice scolaire existant '. Ol édilice branlait : il y avait des fondements à all'ermir, dos lézardes à répaier. M. Josepii r.haimiir, ministre de M. Combes, engaj;ea le crédit dos contribuables — budget national et budgets communaux — pour la somme même à laquello les Amicales évaluaient les Irais de remise en élal ; mais il aima mieux aiïecter cette somme à la destruction de l'édilice scolaire voisin, La profession d'instituteur est désertée : faute de maîtres, il y avait, en 19i>2, 7.456 classes qui renfermaient pins de cinquante ou même plus de cent élèves-: et iM. Massé, député radical de la iNiévre, rap-
1. Charles Dii(iii3', licvuc jioidique ri parleineutaire, 10 nn veinbre lilOIJ, p. '21 i. — « Libres penseiiis parpriiicipe et par rais«ii nemi-nt, écrit dans la Uéinocralie ttniversittiire liu 25 juin \'M>. p.lOlf, ^L l^iicien lUiiilel. ins/i/uteur dit aiIjoinlÀ Paris, les inslilii teiirsont pensé qu'il fallait tenircompte au niinislérede sesbcinne'» dispositions anliil. ricalcs, sans voiilnir rien écunler lorsijue les plus clairvoyants (l'cnlre eux leur iléilaraicnt qu'ils paieraient le> frais de la suppression de rensei),'neinenl conf^répiniste, si enrore elle avait lieu réellement, roninie nos anciens avaient déjà payé les frais des laïcisations de 1!>S2. Or, le résultat n'a i>atronipé ces prévisions pessimistes ; nous n'avons pas le projel des Aiiiictih's et nous n'avons pas non plus la suppression det'colrs eon^réganistes, car nul n'ignore qu'elles se sont toutes rouvertes, à Paris comme en jirovince, avec le in^me personnel habillé seulement d'une façon moins ridicule. Nous avons fait du sentiment et nous en su|)portons les consécpienccs. » — L'Aniira/ilie l.oir-fl-C/irr, en janvier l9ltV, <siiulient cnerf,'i(piement <iue m les insliUitcurs et institutrices applaudissent à toutes les mesure^ prises contre les coni,'ré^'ations enseifjnantes, les dépenses néce^ silcfs par les laïcisations et les constructions d'écoles ne doivent pas être un obstacle permanent au vote ilu projet de loi sur les Irailemeids *. (/{cr»/e v<'r/iiiialiri\ 21 janvier l'.Mit, p. 111(1. )
2. Sliilisliijiii' lie riùisrif/iieinriil iiriiiidire, \'ll. l'.tUl -l'.Kl2. p. \
LE PÉRIL PItLMAllŒ 57
porteur du budget de l'instruction publique, annonçait en 1905, oriiciellenient, que le ciiillre des candidats aux écoles normales, au lendemain de la nouvelle loi militaire, allait encore diminuer '. La pn'|)aration denos instituteurs est déprécire : M. Buisson écrivait, en 1903, que « le tiers ou la moitié des postes sont occupés, pour une trentaine d'années, par un personnel qui risque de n'avoir ni l'esprit laïque ni la culture pédagogi(|ue' » ; et M. Massé déplore à son tour, dans son r;ipport, qu'on doive avoir recours, pour combleiles vides, à des jeunes gens qui ne sont munis que du brevet l'b'mentaire-^. Le nombre augmente, enlin, des instituteurs à qui leur fonction pèse et répugne : les hommes politiques influents pourraient nous dire combien ils ont apostille de pétitions dans lesquelles des « primaires », en échange de (luehiue service électoral, sollicitaient quelque petit poste dans les finances ou dans une autre branche de l'administration. Et c'est sur de telles entrefailes que la loi de M. Chaumié contraint la République à trouver, bon gré mal gré, pour notre personnel scolaire, un fort contingent de recrues nouvelles : on les prendra où l'on pourra; au besoin, peut-être, on gardera les congréga-
l. Massé, Rapport sur le budfjel de l'uislructiijii publique pinn lî'Oo, p. 3-JS.
•2. Voir ci-dessous, aux Documenls. p. 232. ',\. Massé. Rapport, p. 32T.
58 l'école d'aljoi rd'iili
nisles si-cularisi^s, en les transplanlant el on changeant leur habit' ; en robe, ils ne coûtaient rien à TKtat ; en redingote, ils lui coûteront. La loi que M. Buisson, (It'putf', s'ost (laltr de souttMiir cl df voter, aggravera le péril dont s'alarmait M. liuisson pédagogue. Ainsi se perpétueront les sérieuses lacunes qu'en près de vingl-ciiu] ans l'œuvrescolaire de Jules Ferry fut impuissnule à eomltler; et les intentions constructrices dont cette œuvre témoignait seront peut-ôtrc irrémédiablemeni compromises par des successeurs dont l'anticléricalisme ne vise (|u'à dévaster, el qui seniMeul croire que, pour éviter une ruine, il n'y a pas de meilleure lactique que de travailler à la ruine ^l'autrui.
1. VA. Ecole \oureUc, 12 (Ifcciiiltre lOO.'i, p. 84. — Déjà quel(|niciill.lhor.iteiir du Volume, cvidemmcnt inilillVnnl aiix ropt-r ^•lissions l)ii(igétaircs de ses principes pliildsophiipu's, pousse Ir fii (laUirine : « Qu'on n'introduise les secularisi's qu'à bon esricnl dans les cadres de l"enseif,'nenicnf public, car l'babil ne fuit pas... le laïque ! » [l'olume, 2.j juin lîlO'i, p. :\6i.)