LE PASSÉ. — L'ÉTRANGER
L'instituteur allemand et les victoires allemandes. — Préoccupations patriotiques des auteurs des lois scolaires. — L' « esprit militaire et patriotique » dans l'école : discours de M. Ferdinand Buisson en I8S7.— Intérêt que présente, au moment (le la crise du patriotisme à l'école, létude de notre passé scolaire et l'étude de l'enseignement primaire à l'étranger.
I. — La doctrine de Paul Bert. — L'éducation militaire et l'éducation civile. — Apologie du vrai chauvinisme. — Les commissions de l'éducation militaire et du chant choral. — L'unification des Français dans la religion de la patrie.
II. — La doctrine de Jules Ferry. — L'instituteur professeur d'exercices militaires. — Le fusil à l'école. — Le concours entre instituteurs sur la question de l'éducation militaire à l'école. — Les bataillons sculaircs.
ni. — L'instruction civique. — M. Compayré et le cosmopolitisme.— Les manuels civiques et le cosmopolitisme: un article de M. Boutroux.— Les livres de prix. — Récits et gravures patriotiques.
IV. — Rote patriotique assigné à l'instituteur : un article de Charles Bigot. — Un instituteur professeur de gloire française. — Caractère patriotique de l'enseignement historiqueà l'école primaire.— Le culte « laïque» de Jeanne d'Arc. — Li s lectures patriotiques pour adultes. — L' « emphase «• du patriotisme : un mot de M. Lavisse.
V. — L'enseignement primaire à l'étranger. — L'.\llemagne : la Heimatkunde. — L'éducation historique du petit Allemand. — La poésie patriotique allemande. — Les résolutions patriotiques des Congrès des instituteurs allemands. — Le panger-
fiU L ÉCOLE D AL'JOIRU IILI
iiiaiiisnie et Iccole alleiiiande. — L'n beau mot du iiédago^'iic Herbart.
VI. — l/ecdlo jiiiionnise : cararlère nition.iliste de son enseigm ment. — L'école anglaise : initiativesde.MM. IJryce et Korsicr — Le drapeau aiifrlais à l'école. — L'école atnéricaiiie > i rimpérialisine. — LuniCnation nationale par l'école aine ricaine.
VII. L'école primaire servante du vouloir-vivre national.— Troi> conséquences : 1* impossibilité absolue j)()ur l'école, si elle veut denieurernationale, de servir les intérêts d'un i)arli ; 2' ne cessilé d'une collaboration dévouée de l'école avec l'arnjée ; 3' oblif:atii)n pour l'école de se complaire dans une certaine |)artialilé pour la patrie.
Il élail (Je mode clie/ nous, il y a quelqut^ vingt-cinq ans, de ra|)|)orter à l'instiliileur allemand le mérite des journées de Sadowa et de Sedan, et de considérer ainsi son action scolaire comme un merveilleux apprentissage de la ca serne et de la victoire. Nous ne nous demandrr<)n.s pas s'il n'eût pas été plus juste de saluer dans les professeurs des universités les vrais précurseurs de la grandeur prussienne; et nous ne chercherons pas non plus si, dans les hommages que l'on colportait à l'adresse du maître d'école, n'entrait point en quelque mesure un certain parti pris, Il demi philosophique, à demi politique, d(> diminuer la gloire de l'oriicicr i\n\ a|)prend à manier le fusil, et de grandir, inversement, celle <lu « civil », — d'un « civil » (jui. dans c(Mtaiiis cas, |)eut apprendre à maniei' le liulletiii de vote. Un sait comhien de vertus prêtaient à l'écoleprimaire Jules Simon et sa génc'ration, et (juels miracles de progrès devaient n'sulter, à les en-
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londrc, <Ju dévoloppomont de rinstriiction ' : aux heures où rinfoi-linie de nos soldats imposait à nos âmes meuriries le plus laborieux et le plus pesant des soucis, la formule qui faisait de l'ins- (iluleur primaire le vrai vainqueur de Sedan complétait admirablement la théorie un peu candide, <^apr^s laquelle la multiplication des écoles devait (*lre la panacée des temps futurs. En vue même <les guerres prochaines, il nous fallait des écoles primaires, et beaucoup; et non seulement pour conjurer le vice, non seulement pour conjurer le crime, non seulement pour conjurer la «■ réaction », mais pour conjurer, même, de nouvelles détresses nationales, on réclamait des instituteurs.
Entre 1871 et 1880, l'élaboration des projets scolaires apparaissait aux hommes de gauche <'omme un acte capital, — et presque le plus urgent, — de notre œuvre de relèvement. Le vieux Tyrtée, entlammant les gamins Spartiates au combat pour la patrie, était alors un personnage assez populaire : à l'image de Sparte, la République <levait et voulait forger les âmes des petits Fran-
1. Voir spécialement Jules Simon, l'Ecole, p. 11-14 (Paris, Lacroix, 1865) ; et Dessoye, Jean Macé et la fondation de la Ligue (le reiiseif/nement, p. 97 (Paris, Marpon) : « C(»nibien de fols n"avail-on pas répété, dejtuisla conclusion de la paix et pendant les six mois de poignantes angoisses que dura la lutte : Nous sommes les vaincus de l'instituteur allemand? Nétait-ce pas l'occasion de dire au pays : pour prévenir le retour de sem- Idable défaite, pour (}ue l'instruction de chacun soit certaine, reniions l'instruction obligatoire.»
rais. Lu loi scolaire de 188.i, celle de 1886, sanctionnèrent cette volonté. Elles furent à certains «'•{iards, par le congé qu'elles signifièrent à 1' « Ignorantin », des nianifeslalions pliilosopliicjues ; mais à côté de r « idée laï(jue )>, une pensée nationale inspirait le vote de ces lois ; et l'on pourrait soutenir et prouver, en ce qui regarde V « idée laï(|ue » elle-même, que l'un des arguments dont elle se servait alors contre l'Kglise, contre les institutions de l'Kglise et contre l'enseignemenl donné par l'Église, était tiré du caractère supranational «ju'alïecte l'élahlissement catholicjue et de l'incompalibilité qu'on croyait voir entre l'universalité de l'Eglise et l'exclusivisme de la patrie'.
« Il n'y aura jamais trop de fêtes scolaires de gymnastique, proclamait à Houbaix, en 1887, le directeur de l'ensfignement primaire, pour éveiller dans la jeunesse l'amour de la patrie, pour y développer l'esprit militaire et patriotique, inséparable de l'esprit républicain-. » Cet orateurolliciel n'était autre que M. Ferdinand Buisson. Moins de vingt ans avant, dans un congrès suisse
1. Voir dans Goyau, Vlilée île pnhie et l'Iiumauilnrisine, 3't'dit., (P. J'.n (l'aiis, l'fiTin, 1902 , les cilatiuiis «le ct'rtains homiiH;» du pirti n'imlilicairi entre ISl.') et 18«'>, reprochant aux ultraïuou tains d'élrc complices «le la Prusse ou d'avoir Home p«)ur uninue patrie. — (^f. l'anl Hert, le Cléricalisine, i'(i\l. Aulanl, p. 104. (l'aris. r,«>iin), d«}noneanl I ensei;,'nemenl religieux comme l'école de I anlipatriolismc.
■2. \\\nsr>i>n, ('un férences el Causeries pédayogiiiues, p. IS'» (l'aris. Ilaclietle et lJelaj,'rave. 188S).
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<le lu paix, il avait slitiinalisé la «■ livrée » du soldid '; moins de vingt ans après, il devait approuver, du haut de la trihune, 1' « inspiration » d'un livre dans le(juel tous les volumes scolaires rendant liommaj^e à l'idée de patrie étaient dénoncés et bafoués - : les sentiments traduits dans le discours de Roubaix ne furent donc qu'un épisode dans une vie très diversement remplie. Mais si nous attachons à cet épisode pins d'importance que ne le ferait sans doute M. Buisson lui-même, c'est parce qu'en 1<S87 il était essentiellement un homme « représentatif » ; c'est parce que l'enseiijnement primaire, dont Jules Ferry lui avait coniié la garde \ était alors le serviteur de l'idée de patrie; et c'est enfin parce qu'à cette date, ce que M. Buisson, parlant en fonctionnaire, disait de l'esprit patriotique, la plupart des hommes du parti républicain le disaient à leur tour, comme députés et comme ministres.
I.^r Quand on ne verra plus des niillicrs de l)aduiids assister aux revues militaires, disait à Lausanne, en 1860. M. P'erdinaml liuissun : quand, au lieu de railniiralioii du titre et de l'épaulettc. vous aurez habitué lenfantà se dire : « L'n uniforme est une livrée, et toute livrée est ignominieuse, celle du prêtre et celle du soldat, celle du magistrat et celle du laquais. » alors vous aurez fait faire un pas à l'opinion. Je voudrais un Voltaire occupé pendant cinquante ans à tourner en ridicule rois, guerres et armées. .V défaut d'un génie, je voudrais des milliers d'Iiommes de bonne volonté se faisant un devoir dextirper ces vains préjugés de gloire et de chauvinisme encore trop ancrés dans notre esprit. •> (Cité dans Henry Uérenger, Lu France intellectuelle, n. 2j4. Paris, Colin, 1899.)