Voir ci-dessous, p
•i. Sur les origines et le rôle de M. Ferdinand Buisson, voir l'Ecole (ranjounl'hui, première série, p. 63-68 et "263-267.
(U l'école DALJOLHUULl
On oui. en 1867, étonné Ciarnier-Pagès, et Ion eût (Honn»'' Jules Simon, on leur parlant d'un mariage possible, et môme indissoluble, entre l'esprit militaire et l'esprit républicain; et cVtait, tout au contraire, par des discours formellement antimilitaristes, que la gauche du Corps législatif combattait le projet du maréchal Niel, dont le vole aurait peut-rire changt' les destinées de nos armes'. Pareillement, en observant les actes antimilitaristes de nos derniers parlements et de nos derniers ministères, c'est plutôt au divorce de l'esprit militaire et de l'esprit réj)ul)licain que Ton serait tenté de conclure. Mais, à l'heure où furent discutées les lois scolaires et dans les |)reinière années de leur application, les hommes de gauche. j)ar une rf'sipiscence expi"esse et sincère dont Jules Ferry faisait noblement Taveu -, professaient ciTectivement que c'était l'honneur de la [{(•publique d'aspirer à une armée forte et d'avoir <les écoles qui fussent, avant tout. le vestibule de la caserne.
Aujourd'hui (juele jiatriolisme des in>^lilnlenrs <'l le droit qnils ont, si bon leur seinl)b', d'être sans patriotisme ou m'me d'être hostiles au patriotisme, donnent lieu à des (b'bats passiontu's;
1. Cf. fioyau, /Vr/'V ilr /xi/rir ri ilmmnnihtfitine. p. 2'i et <iiiv.
2. Le livre de M Alfrcil U.iiiibiunl : Jules Feni/ (Paris, l'Um). ildit «■•Ire à cet éxurd. ci»nsiilt<'', iiiedilé, et lu rut^iiie ealre les li>^nes. — (-f. (jiiyAU, ililt'e d-i pairie el l'/iuin ttiilarisini', p. '28")- 2H).
L ÉCOLE El LA l'ATHlE 6î>
uujtnirdluii que ces df'bats viennent de mettre ;m\ prises les deux hommes mémos qui soutinrent devant le Parlement la loi scolaire de 1886, M. René Goblet et M. Ferdinand Buisson, il ne nous paraît pas sans intérêt de rechercher, avec <'eUe sérénité que riiisloire comporte, ce que voulait être, et ce qu'était, et ce qu'a cessé d'être, itu point de vue spécial de la formation patriotique, renseignement priniiiii-e de la troisième République. Puis, après cette évocation de notre propre passé, nous épierons l'état présent de l'esprit scolaiic, hors de France : çà et la dans le monde, <lans rAllemagne toute proche, — toute proche, puis([u'('lle est chez nous, — dans le Japon qui cesse d'être lointain, en Angleterre, en Amérique, nous regarderons ce ({u'est l'école nationale. La kx'on donnée par les anciens hommes d'État de la République, et cette autre leçon que nous apportent, autour de nous, les - impérialismes » grandissants, nous prépareront à mesurer dans sa néfaste ampleur ce que M. René Goblet appelle ■" la crise du patriotisme à l'école '».
Paul Bert. rapporteur de notre première loi scolaire, donnait comme épigraphe a ses livres ce simple mol : « Piir Ti^eole, [)0ur la patrie. » Atta-
(16 l'écolk d'aujoiud'uli
quant r('nseij,''neniciil roligieux, il croyait lui lairr !•' plus grave des reproches en le dt-noncaul comme une doctrine d anlipatriotisme : la Uépulilique, à cotte ('po(iue, ne confondait pas le salue et le <■ goupillcui >- dans une nu^nc réju'ohation : et pour rendii' inijxtpulairt' le « cléricalisme «. Paul hert le présentait volontiers comme l'ennemi de l'idée nationale. La fonction de soldat, à ses yeux, primait celle môme de citoyen : *< L'éducation militaire, disait-il textuellement, est plus importante encore que l'éducatictn civile; car, si de- ItMltication civile peut dépendis la fortune et la lil)erté du pays, de l'éducation militaire peut di'pendre son existence et son honneur'. » C'est au Trocadéro, sous la présidence de M. Songeon, sénateur ladical de la Seine, que Paul Meit tenait c»langage; et son discours se prolongeait en unr sorte d'apothéose du vrai chauvinisme.
" Si vous entendez par diauvin, déclarait-il. celui (|ui porte dans son cœur le culte de la Patrie ; celui qui est décidé à sacrili(>r tout pour elle, môme sa vie ; celui pour qui l'honneur de sa Patrie est le sien propre; celui (|ui pense à ses frères séparés comme l'amputé pense ;i son pie»! ahsenl ; celui (|ui re(;oit sur sa joiu' toutes les
I. Ih- iéiluvallon ficK/iie, coiifficnce faite au palais tJii Ti<> tail.ro. If 6 août ISS2, au profil des bibiioUit'-ques populaires >ymliipites du dt-partitiicnt de lu Seine, par M. l'nii IUtI. p. 1'> l'.'iri^ l'icanlUfrniieini .
injures faites au drapeau, que ce soit hnn ou près (lt;s frontières; celui qui ne croit jamais à la défaite irrémédiable alors môme qu'il est vaincu, et qui, semblable au Uomain assiégé, est tout disposé à aclieter le double de ce qu'il vaut le champ sur lequel campe l'armée d'Annibal vainqueur, — si c'est celui-là que vous appelez chauvin, oui, ce patriote sincère, l'éducation civique vous le fera.
« Et comment cela? En n'ayant dans l'éducation qu'une seule pensée ; en faisant tout converger vers ce but suprême de la préparation du citoyen armé; en mettant toujours sous les yeux de l'enfant l'image de la Patrie, en la lui faisant aimer, et aimer encore davantage, s'il est possible, aujourd'hui quelle est mutilée, car on doit aimer encore |)lus sa mère lorsqu'elle a perdu un enfant '. »
Une ■< adhésion générale >•, des « applaudissements répétés », marquèrent à Paul Bertqueson auditoire républicain pensait comme lui. Encouragé, il faisait vibrer en notes claironnantes les noms de nos grandes batailles et les noms de nos héros; avec un beau fracas d'éloquence qui ressemblait à un cliquetis d'armes fraîchement
1. Paul Bert, De l'éducalion civique, p. 27. — CS. en juin I8S2, un discours de Kélix Kaure. député de la Seine-Intérieure : <■ L'éducation militaire ne consiste pas seulement dans le maniement des armes. Elle a pour but aussi d'enseigner à l'enfant son pays, do lui apprendre à l'aimer, de lui inculquer le respect «le lu discipline, la nécessité de l'obéissance. » {l.e Dra^jeau, iJ'tjuin 1882. p. 213.)
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fourbies, il qiiôlait des oboles et descoMirs pom- hi jeune Lif/nr <lvs Patriulrs ; il déclainait avec ti'iidresse, avec espoir, les vers endeuillf^s el revivilianls de M. Paul h»''ioulèdt'. Dans sa ptMoraisoii, une idée d honiuic d l'^lat ï^t'panouissail : celle France divisce, (|ue hii-niômc, par d aulics liarangues, avait coniribué à couper en deux, ne pouvait-elle suuilier dans l'amour d'ellç-nu'^uie ?
« Il faut, disait-il, des senlinu'uts élevés, nue pensée unique, il faut une foi commune pour un peuple, sans quoi il ne serait (juiine airrégatiou (riiomuies ju\ta|i()sés par des inl(''i'èts communs. Mais cette pensée unique et cette foi commune. il n'est pas nécessaire qu'il aille les chercher dans des dogmes (]ni. du reste, clia(|ne j<Hir s'é-vanouissent, ne pouvant suj)porter I éclat de la raison. Il laul qu'il les liduve en lui-même, dans le sentiment «le sa dignité', de >a foice, de sa irrandeur, dans ses gloires, dans ses espérances, danson ferme propos d'être prêt à péi-ir plutôt que de cesser de vivre libre el de vivre honoré.
<< (l'est celte religion de la Patrie, c'est ce cnlle et cet amour à la fois ardent el raisonné, dont nou< voulons péné'trer le cirur et l'esprit de l'enfant, dont nous voulons l'imprégner jusqu'aux moelles , c'est ce que fera l'enseignement civique'. »
1. l'.nil Berl, lie Véihiiu'Him rivifjiie. p. 36. — CA. aux />< lenfs ci-»l08S.Mis, p. 297, h\ l-ltr- 'I" M P.ml ilci-l.
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l/exemple accompagnait le programme ; le manuel confirmait It; discours. Paul Bert s'essayait à com[)Oser un catéchisme de cotte religion nouvelle ; le livre s'appelait: L'insiriiclion civique à l'école ', et le premier chapitre s'intitulait: Le serricr militairp, la Patrie. Dans le reste du volume, l'auteur préparait les enfants aux divers actes civiques. Il effaçait de leur règle de vie tout ce qui n'était pas strictement laïque, et de leur idéal tout ce qui offrait quelque caractère de transcendance : c'était un civisme un peu mesquin, un peu étriqué, dont les obligations étaient fondées sur la volonté des députés, dont les sanctions étaient confiées à la consigne des gendarmes ; l'ensemble manquait dune certaine noblesse et risquait de se traîner dans un banal terre à terre. Mais un attachement passionné pour la terre natale, frémissant dans les dialogues, étincelant dans les images, sauvait de ce péril le livre de Paul Bert: on n'est jamais traînant lorsqu'on vibre, ni banal lorsqu'on aime; et Paul Bert aimait et vibrait.
Par ses soins, deux commissions furent créées au ministère de l'Instruction publique : l'une dut aviser à l'éducation militaire, l'autre au chant (;horal ^ et dans ces deux tâches Paul Bert voulait qu'elles s'inspirassent d'un même souci : dé-
1. Paris, Picard el Kaan. Le livre eut de nombreuses éditions; lavant-propos est daté du 26 août 1881.