PRÉFACE IX
(le talent, M. Albert Petit, les dénonçait avec tristesse, l'été dornior, dans un article de la Nouvelle ReiHie. La proximité' do certains périls, la vigilance des autorités administratives, l'insurrection imminente de certains groupements de pères de famille, peuvent amènera quelque résipiscence, au moins apparente, un certain nombre d'instituteurs antimilitaristes; mais tandis qu'il n'y a pas longtemps l'idéal patriotique se confondait avec l'âme même de l'école primaire, nous devrons bientôt, je le crains, considérer comme les meilleures d'entre nos écoles celles où l'on daignera encore faire au patriotisme sa part. De patriote qu'elle était, l'école tend à devenir humanitaire.
Lorsque parut dans la Revue dei^ Deux Mondes, le l""" septembre 1U05, un des chapitres de ce livre, le journal le Temps, en qualiliant notre article de « très intéressant et de très documenté », le commentait en ces termes :
Angleterre, Allemagne, Japon, ce sont des peuples qui ne veulent point mourir et qui ont, dans la concurrence pour la vie, deux chances immenses contre nous : un esprit national et point de Jaurès.
Chez nous, on a l'air de ne pas comprendre. On semble ne pas voir le goulTre où l'on va se précipiter. On ne sait pas. Et l'on voit les instituteurs de I.ille, inventeurs de ce mot d'ordre niais : >< Guerre à la guerre », qui envoient des adresses de félicitations au président Roosevelt, lequel ne voudrait pas d'eux pour son pays; au président Roosevelt, dont toute la pensée, sur le sujet qui nous occupe, est con-
X PHÉFACt;
lenufi en c<'S quatre lignes de la Vie intense : « La nation qui s'ortj'unisi' une existence aisée et prend la guerre en horreur, pouriit sur place. Klle est destinée à s'abaisser» à devenir l'esclave d'autres nations qui n'ont pas perdu les qualités viriles. >• Inéluctable prophétie! Est-ce le sort que l'école primaire devait préparer à ce pays ' ?
Ainsi s'oxprimaiont, en soplombre 1905, les alarnies du journal le Temps. M. Jules Payot, directeur du Volume et recteur de l'Académie de Ghambéry, responsable en quelque mesure — on le verra dans ce livre — de la crise que le Temps d6non(;ait — nous signifia bientôt qu'ayant « un bon nerf sympathique », il ne se sentait nullement obligé à un retour sur lui-même. 11 nous lit riionneur, en même temps, de rapprocher nos façons d'argumenter des propres façons de M. Brunelière; et nous nous demandons en vérité si M. Jules Payot mesura bien exactement la portée do son éloge et l'ampleur de sa générosité. D'avoir des procédés de journaliste'-' — comme dit avec quelque désinvolture M. le recteur de Ghambéry — c'est de ([uoi nous nous consolons aisément, s'il est vrai, comme en môme temps il l'aflirme, que les procédés dont il croit à tort médire en les qualifiant de la sorte sont aussi ceux de M. Ferdinand lirunelière ; et M. le recteur, poursuivant des critiques qui me sont douces comme des comidiments, j)oiirrail incriminer en elfi^t, dans mon travail, une application très stricte et très minu-