‹ L'école d'aujourd'huiChapitre 41 sur 113 · Hcvue deb Dcuj- Muniles, l" novembre · texte numérisé non relu

Hcvue deb Dcuj- Muniles, l" novembre

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programme, quehiiios maîtres zélrs se mirenl h remonler lliistoiro d'Allemagne, « depuis le temps présent jusqu'à Charleraagne » ; un bien curieux manuel sortit de ce travail. Ce manuel interpelle la jeunesse allemande ^

« Héjouis-toi, dit-il, réjouis-toi du fond du cu'ur du sort qui lut réservé à ta chère patrie. Car tu possèdes maintenant ce qui longtemps, longtemps, n'a été pour tes pères qu'un désir prudent et pieux : un Empire allemand, un et pourtant divers à l'intérieur, puissant à l'extérieur, rempart de la paix et de la civilisation au milieu des autres peuples de la terre. » L'édifice national allemand, dont l'année 1871 acheva la construction, devient ainsi l'observatoire du haut duquel s'aperçoivent ou se devinent, resserrées par un cll'et de perspective grandiose, toutes les évolutions de l'histoire d'Allemagne'. Dans un tel

1. I.eltr und Lesehuch der Gescldchte, von (1er Her/enwarl bis auf Kaiser luirl de» (Iroascn (par Rudolf Stenzler, Franz Linclncc et Hiif.'0 Laniiwelir, Berlin, 1S91). Nous analysons ce manuel d'après l'étude qu'en a faite M. Guilland dans la Revue bleue, 1893, I, p. "ÎG'i-'JG'i.

2. Il est lurieux de rapproclier les tendances actuelles de l'enseiîj;nenient secondaire allemand, telles qu'elles ont été définies parM. da Costa dans la Revue bleue, 1903, II, p. 18-84. 102-107, 132-13"!. Réaction contre la morale universelle de Kant au profit de l'idée de nationalité (p. 83), réaction contre << un idéalisme abstrait et infertile» etcontre une «opinion dépourvue de patriotisme » [valertundsluse Gesiuuujir/, p. 101^ : ainsi se peuvent définir ces tendances, dont les réformes introduites par l'empereur sont la sanction. « Le plus beau, écrit M. Oskar Jager, directeur du Gymnase Frédéric-Guillaume, à Cologne, serait que le maitreeût une Gesinnunf/ si complètement patriotique, si entièrement

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manuel, le souverain sur le([uel on s'atlarde le plus complaisamment, c'est (luiiiaume 11,» (\\\\ soiïorce d'ôlre juste et doux, «{'('^(re pieux; qui ci'aint Uieu, protège la paix, vient en aide aux pauvres et aux ailligés, et demeure un lidèlr gardien de la justice; t|ui eiilrelienl une arniée puissante, enfin, pour défendre la patrie contre les ennemis du dedans et du dehors ». Ue llolienzollern en Holienzollern, le dévot apologiste fait rétrograder son lecteur, transformant en rois soldats les princes (jui le furent le moins; lenipereur Frédéric III devient un militariste; et dan> la vie rêveuse et tourmentée de Frédéric-tluillaume IV, le trait ([iion détache pour l'inscrire dans les mémoires enfantines, c'est la part qu il prit, tout jeune, aux guerres sacrées de la délivrance allemande. Il semhie que ce manuel, en un relief très grossissîuil, mais lidèlcnifiil exact, nous montre le caractère de Téducalion nationale allemande, éducation militariste et monarchiste, <'nseignant le l'cspect dune armée dont une famille est la cime, et soucieuse avant tout de graver dans les imaginations, au fur et à mesure (lu'elles s'éveillent, une ith'e nette et foite de la gramleiir de rAllemagne '.

Tiiitioiuilp, (|ue lui-mùine ne s'un ;ipcr<i'il |».is •> |t. I(t2\ — < l '■rosjean, l'Erole l'I l<i palrir p. (il-6."i.

1. Sur les livres scol.iires (illcmiimls d'histoire et de !,'éo;^r;i phie, voir des clétiiils très furieux et tri^s préeis dans J. -F. Itégauiey. Coiir.s/iomlnnl. 10 novenilirc l'.IO.i, p. ri27-.'J32; et cf. Koy

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>' L'Allemagne, l'Allemagne au-dessus de tout, dans le monde, — si elle reste fraternellement unie pour la défense comme pour l'attaque, — de la Meuse au Memcl, de l'Adigc au Belt. L'Allemagno, l'Allemagne au-dessus de tout dans le monde !

« Les femmes allemandes, la fidélité allemande. le vin allemand et le chaut allemand, — doivent conserver dans le monde leur vieille et noble réputation, — en même temps que nous exciter aux nobles exploits toute notre vie. — Femmes allemandes, fidélité allemande, vin allemand et chant allemand !

« La concorde, la justice et la liberté pour la patrie allemande, — voilà ce que nous voulons conserver dans un même élan de fraternité. — La concorde, la justice et la liberté sont le gage du bonheur. — Prospère dans l'éclat de ce bonheur, prospère, ô patrie allemande' ! »

Il n'est pas d'enfant, au-delà du Rhin, qui ne chante ces paroles, et qui ne les sente, et qui ne les vive, comme il n'en est aucun qui n'ait eu l'occasion de lire ou d'apprendre par cœur les poésies patriotiques des Kœrner, des Arndt et des Rûckert"^. Dans les cérémonies auxquelles donne

le Salionalismeel l'esprit militariste dunn l'éducation allemande {Volume, 4 juillet 1903, p. 613-615).

1. Bon, l'Éducation patriotique en Allemagne {Annuaire de l'Enseir/nement primaire. 1898, p. 481-482 : tout l'article est à lire.

2. On trouvera dans le Drapeau, année 1882, un choix très éloquent de ces chants patriotiques ; comparer un article de

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lion l'anniversaire de l'Empereur, ce sont ces poésies que récitent les jeunes lauréats des écoles ; dans les défilés qui se déroulent h certains jours à travers les villes allemandes, ce sont elles encore qu'entonnent, de concert, les vétérans des sociétés patriotiques et le grave petit cortège des écoliers, souriant les uns et les autres à l'uniforme militaire, les uns comme à un souvenir, les autres comme à un espoir'.

Un de nos inspecteurs généraux de l'enseignement primaire, M. Jost, se complaisait naguère, dans des publications pédagogi(|ues justement appréciées, à étudier la préparation patriotique de l'instituteur allemand, et à noter, année |tar année, les motions et les vœux qui trouvaient faveur, au delà du Hhin, dans les conférences d'instituteurs'; certaines de ces décisions spontanées sont toujours dignesd'ètre retenues, comme Mil enseignement, sinon comme une alarme. <' L'école, déclarait en 1881 la conférence d'instituteurs réunie à Zerlist, doit donner aux élèves une éducation patrioti(|ue; l'enseignenienl de l'hisloii'e y est surtout propre. Il r;iul ([ue l'enfanl

M. Itis dans V.ltinuniie de l'I'.nsi'iijuPineiil primaire, 1893, p. "ill cl suiv. ; l'urliclc «li- M Hi'ii, tilê plus haut : et Grosjean, op. cil., \^. Il -16.

1. !^urla célûbralion de la U'U- de Sedan par les écoliers allc- \\i:\ni\ii, \oir lie' ne pi''d(i;i<ir)irii/e, SSUl, \\. \>. i.'lS-ilO;— et if. J. !•'. Hef,'ainey, Corre.ipondtiiil, 10 novembre l'IO.i, p. 538-539.

2. Jost, les Conférences des insliliileurs allemands (Paris. Delagrave. 1877,.

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apprenne par l'Iiistoire comment son pays a accompli les plus grands desseins, sous la direction de la divine Providence et par les vertus de ses ancêtres. » — h L'école primaire, reprenait en 1882 un inspecteur scolaire d'Angerburg, atteindra son but : l'éducalion nationale des élèves, par l'enseignement de l'histoire, par les fêtes scolaires, par la personnalité du maitre '. » Le maitre d'école allemand, par le conclact de sa propre personne avec celle des enfants, a l'espoir •et le ferme vouloir d'accélérer, dans les âmes qui lui sont confiées, ce que volontiers nous appellerions l'âge de raison civique ; sa personnalité même, — le mot de cet inspecteur est très frappant,— devient un des moyens de faire aimer la patrie.

S'il se trouve, dans rAllemagne contemporaine, certains pédagogues comme M. Rein pour regretter, en termes d'ailleurs assez estompés, le caractère militariste de l'école allemande 2, ce trait survit, intact, à leurs susceptibilités oiseuses. Le docteur Rœssler, président de l'Association pacifiste de Francfort, ne put obtenir du ReichsKuj^ en 18<.M), la transformation deslivres scolaires : comme il réclamait unedemi-disgràce des récits militaires, nationaux-libéraux et conservateurs se hâtèrent de riposter que « les Allemands ne le cédaient eu

1. Revue pédagojique, 18SI, II, p. 5) (article de M. Katalot).

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