Revue pédagogique^ 1900, I, p. il'J et suiv
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rieu aux autres peuples pour l'umour de la paix, cl que, par conséquent, on ne pouvait comprendre pourcjiioi la jeunesse allemande devait ôtre préservi'e si auxieusenienl du eliauvinisnie' ". A la diiïérence de nos universités populaires, l'école d'adultes à sou tour, non moins que l'école primaire, se comporte en Allemagne comme un iustrunnmt de |)ropagande palrioliijue; et le créateur même du riche Musée /)é(/a(/0(j/(^ue d? Leipzig, M. Pache, insistait, dans le congrès tenu à Hambourg en 1903, sur le lùle national de l'enseignemeul post-scolaire '.
Aiusi rAllemague scolaire est instruit(î, assoul»lie. équipée, pour le service de la patrie allemande*. Au delà (lu Hliin comme cliez U(Mjs, il
1. J.-F. Reffamey, Corres/iun(lanf,iO novembre 1905. p. 534-535.
2. lieiuieprUagopif/ue. 1904, I.p.86. —Cf. les paroles «le Hisiiiarck :iiix iioriii.ilii'iis de W'eiiii.ir : « Cultiver le sentiment national l'ormera une part de votre mission. >> liei'iie pédai/ugiquc. 1S'.)1, 11, p. 191.)
3. Si nous vuiiliiins ici parler aussi de l'Italie et de la Suisse, nous devrions citer avant tout, en ce rpii concerne lltalie, le vdMi du Con','rés d'instituteurs tenu à Home pour le 20 septembre IS'j;; :« Que l'i-cole vise avant tout à la formation du caraclére et à l'éducation chez l'enfant, du sentiment patriolifpie. Que le i)ro;;ramme didactique soit réformé de façon que toute la culture ail [)our centre i'enseijjnement de l'histoire mis au service de l'éducation civitjue. » licrite pédiN/of/iqne, 1895, II, p. 383y. — En ce «pii concerne la Suisse, M. (irosjean. op. cil.. p. 1114-108, a bien montré la portée |)alrioli(jue de Vlli.tloire de lu Suisse de M. Rosier, a(lo|)lée dans trois canlons. et le souci avec lc(pi(d M. Rosier maint lent, dans ce manuel, l'intéj^'rilé des lé- ^.'cndis nationales. « L'école, écrivait rcccmuu'nt aux commis sions >cuiiiires le ciief du déparlcmeid de rinslructi(m publi(pie (le Ncurchàtel, doit Iraviiillcr à la formation du futur citoyen :elle doit cn*eif,'ner le patriotisme. 1 allacliement au pays et à se.->
pciil advenir (juiiiio corlainc iiaïvolt' (l'orj;iicil induise iiiislituteur à franchir les limites de sa modeste et superbe tâche et à s'érig^er, devant le petit ni(»nde en vue duquel il vit, comme le messager de (|iiel(jii(' grande idée nouvelle : mais celte idée^ alors, sera le pangermanisme, c'est-à-dire le songe d'une Allemagne débordant sur l'univers et se confondant presque avec lui. Kn ses exubérances fumeuses, l'instituteur pangermaniste, — et c'est^ dans certaines régions, un type assez fréquent, — convie l'Allemagne à l'empiétement, non au désarmement; et lorsque sa demi-science alTecte des allures d'importance, c'est en prophète de l'hégémonie germanique, et non point de la fraternitédes peuples, qu'il s'érige et qu'il s'affiche'. Son pangermanisme, on le devine tout de suite, invoque le militarisme, bien loin de le suspecterou d'en médire. Malgré les rigueurs dont les instiluleurs allemands furent parfois l'objet à la caserne^ el (jue révélèrent au Reichslag- certaines interpellations bruyantes, labesogne militaire ne leur apparaît jamais comme étant de moindre valeur ou de moins bon aloi que leur besogne de péda-
instiliitiuns» : et la circulaire avertissait les instituteurs que <. l'oubli de ce devoir obligerait l'autorité consciente de sa responsabilité, à prendre d'énergiques mesures de répression ». (L'Insfiliilcur l'uhiole, janvier l'.)06, p. 9.)
1. Voir Goyau, Vieille France, Jeune Allem(i(/ne, p. 264-267 (Paris, Perrin, 11)0.3).
•2. Herue pédaf/oi/iijue, ls90. I. p. 228-238.
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j^oguos ; cl l'idi'c ne leur vionl point, pour joiior aux philosophes, de signifier au métier désarmes je ne sais quel dédain prétentieusement intellectuel, i/un de leurs maîtres, Herbart', tout épris <juil fût [)ar ailleurs d'idées humanitaires, écrivait un jour : <■ I.'élévation de l'esprit qui se produit dans les luttes vraiment ardentes pour la défense de la pairie a, pour ré'ducation même du caractère, infiniment plus de valeur que tout ce qu'on pourrait attendre des préceptes et de l'ensei^Miement. » On aime à trouver, sous la plume de < e grand pédagoj^ue, cette jolie note d'humilité. 1! sentail, aiqiaremment, que la pédagogie a plus île vertu vraie lorsqu'elle s'efface à son rang (jue lor>- (ju'elle se boursoulle et s'étale, et (jue parfois elle couil le risque, par péché dorgueil, de devenir nuisible cl destructive. La pédagogie allemande juge très beau, très nobli^ et très digne d'elle, le dressage des lutuis soldats de Sa Majesté l'Kmpereui".
L'(M()le allemande est nalicmale j);u' Iradilion : pour être un ardent foyer de |>alriolisnie, elle na ([uà demeurer lldele à ses précé'dents eux-mêmes.
1. l'inlodip, li's Œuvres /> ■itirjoijijues de ller/im/. |). 1 nnlf il>jiii<, Al.Mii, ls<jr.
l'école kt la patrie 97
\a' JajX)!!, rAiiglolerre, les li^tals-Unis d'Améi'i([uo nous oirr(Mil. au conlrairc rexernpli^ de pays où la préoccupalion palrioliquo de l'école primaire est presque une nouveauté des dernières années.
Le .lapon, si jeune qu'il soit, a déjà eu le temps de clianiicr r(>spril de son ('nseijiçnement. La culture japonaise, il y a un quart de siècle, se complaisait dans un certain internationalisme; aujourd'hui, le nationalisme s'y épanouit, sous une foi'me ollensive, liaulaiiie, aventureuse. Pour le petit Japonais, l'histoire de son pays est l'histoire sainte'; elle est le fond de sa doctrine, le fond de sa morale, elle apprtmd à vivre pour le Mikado, et à désirer l'occasion de mourir pour lui; et c'est presque un acte de religion que font là-bas les écoliers lorsque à tue-téte ils chantent : « De tous les pays, notre pays a un empereur qui dans le
1. W'eiilcrsse, lim/i- /lédagof/ii/ue, 1901,11, p. 18S. — Cf. Uoycr l-)(jrieiit. Questions dlplomallqufsel coloniales, 16 septembre 1903, p. Xii et 34"). « Dans les écoles, le niailre expose généralement le récit de la généalogie ilu Mikado sans commentaires sur sa véracité, mais, si dos questions lui sont posées, se garde de battre en brècbc des principes aussi sacrés. Le Japon est, aux yeux (les Japonais, une terre privilégiée, une terre d'élection à Luiuelle aucune autre ne peut être comparée, et ils ont créé à sa gloire tout un Panthéon de dieux dont l'histoire est si intimement liée à la. sienne que celte religion, le shintoïsme, n'est autre chose qu'une vaste apothéose du patriotisme... L'éducation est pour beaucoup dans l'esprit militaire des Japonais : d'abord, en nourrissant les écoliers des récits guerriers du passé, et aussi en portant leur attention vers les méthodes actuelles de la guerre. »
9^ l'kcolk d'aujourd'hii
nioiido osl sans rival. >» M. André lîollessorl, entianl il y a quchjncs années dans nnc cas(;rne japonaise, assistait à une sorte de catéchisme, donné à la chambrée.
— Quel esl Ion chef?
— L'Empereur.
— Qu'i-pl-ce que l'eepril mililaire?
— l/fibt'issaiice el le sacrifice.
— Q'fnloi)ils-lii par grandii vaillance?
— ^t• Jamais rcganifu- le nomlire el marcher en avaiil.
— D'où vient la tache df. sang qui rougit ton drapeau?
— Ue celui qui le portail dans la bataille.
— A quoi le fait-elle songer?
— A son bonheur.
— l/liomme mort, que resle-l-il ?
— La gloire '.
Le polit Japonais, tel que ses instituteurs le forment pour la caserne, est capable, non poini seulement d'apprendre par cœur ces âpres el \ irih's leçons, mais de les retenir dans son cœur, lui l'.XH), M. Weulersse, visitant le Japon, voyait un insliluteui- marquer en noir, sur la carte de Chine, la jiresqu'île de Liao-Toun^, et un autre liahiliicr les enfants à marcher nu-j>ieds dans la neij;e aliu qu'ils fussent tout dispos lors(|u'il s'agirait de fou-
1. i'A. Henry Houssaye, prcffice rlii livre de M. Ch. -Victor 'riioiiias, Trois tnois avec Kurniii. p. ix (Paris. Challainel, 190;») : td'onr élever les âmes, pour donnor les victoires qui rendi'iit !(•> nations puissantes, prospi-rt-s el rfijoulablcs, celte niilie leçon vnul mieux que les articles du l'iou/nou île iVotine el les théories endormeuscs sur la fralernilé des peuples et la paix uni versellc. »
l'école et la l'AllUE 99
1er lo sol sibérien; ces deux iiistituleurs étaient deux précurseurs, ils jalonnaient les routes prochaines des Hottes et des armées '.
Dans un autie archipel tout voisin de nous, l'instituteui- s'aperçut, il y a quelque douze ans, qu'il faisait trop peu, qu'il travaillait trop tièdement, pour le développement de l'esprit national. Une conférence, donnée par M. Bryce aux membres de l'Association des directeurs des écoles publiques de Londres, provoqua cet éveil patriotique qui depuis lors ne s'est point assoupi. Ils s'interrogèrent et s'accusèrent; ils se demandèrent, remués par M. Bryce, s'ils inculquaient assez fortement à la gent écolière le respect du drapeau, et si les petits Anglais qu'ils éduquaient sortaient de leurs mains suffisamment Anglais. Des opuscules civiques de M. Forster, membre de la Chambre des communes, survinrent à point, pour encourager leur anxiété d'éducateurs et seconder leurs patriotiques intentions.
Alors une initiative surgit, pour offrir au conseil scolaire de Londres douze cent cinquante francs, destinés à l'achat de drapeaux anglais. On les placerait, dans chaque école, au-dessus du bureau du maître; et tous les mois, en l'honneur de ces drapeaux, une cérémonie scolaire se déroulerait. L'instituteur donnerait une conférence sur quelque