‹ L'école d'aujourd'huiChapitre 43 sur 113 · Revue pédu(jO(/nfui'. VM)\ . Il, p. 4S(i-4S · texte numérisé non relu

Revue pédu(jO(/nfui'. VM)\ . Il, p. 4S(i-4S

100 L ECOLK D AlMllLltU Hl I

épisode national; un L-Irvc it'cilcM'ail (]ii('l(jii('s VOIS palrioliqucs, cL loulc la classe «Irlilcrail, pieusement recueillie, devant le synil)oli(|ue mor<'<'aii dT^tollc, en clianlanl : Dieu sauve la Keine!

La |ii'('sse anglaise s'occupa lonj^iicmcnl île c(^ pidjcl ; elle le commenta, lauKmda, le perl'eclionna, cl I accueillit en général Inrl iiien. Sliakspeare, (jue nalundlemcuit on eonsulla. parut encourageant : n"esl-il pas dit, dans llnui T, (|ue le joui" de Sainl-Ci'é[)in, ([ui est celui d'A/incourL ne inan(|ucra jtas de rester ci'dèhre jus([u"à la lin du monde ? A l'école primaire d'être la dépositaire de ces glorieux souvenirs. D'innocents rêveurs s'insurgèrent, rappelant les vers de Tennyson sui- H l'âge où les tambours de la guerre ne hattronl |)lus et où les drapeaux des batailles seront en repos dans le ParlenuMil de l'Iiommi'. la fédération du monde ". .Mais l'opinion lut peu sensible à cette poésie ; il parut sans dnule utopi(|ue et malsain de faire l'égnei' ces imaginations pacilistes sur le c(>rveau des pelils Anglais, ;i la veille du jour <>i"i lcur> bras, leur or cl leur vote allaient cire rcclanics pour l;i pn|ili(|ue réaliste {\i' M. (lliariibcrlain. U autres contradicteurs exprimèrent la crainte (ju'en se faisant '< chauvine », l'école anglaise ne parût imitei- r«''cole fi'an<;aisede l'épocjue; mais san> nulle vanili'-. Inu pa>>a oulre à celte |)cur: le rnUM'il sc(daire de Lniulres. linalemeuf.

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accepta la proposition qui lui (Mail l'alto, et les drapeaux l'uroul acliotc's'.

L'épisode est sif^nilicatif ; il se rattache à la transformation profonde qui semble, d'une façon discrète mais continue, renouveler l'ensemble des institutions anglaises'-; et ces parades scolaires d'esprit national sont peut-être le prélude d'autres parades qu'exécuterait, pour l'Angleterre de demain, une ébauche d'armée nationale. Au demeurant, des pièces de vers comme Rule. firitannia, T/ic noIdcEnglish boy, Englaiid (/lory, fréquemment reproduites dans les livres classiques, inspirent depuis longtemps au petit Anglais un respect un peu hautain pour la supériorité de sa nation.

N'en déplaise à quelques Français, qui volontiers achèteraient par des déclarations d'humilité nationale le succès des mots d'amour qu'ils prodiguent aux autres peuples, il n'est pas messéant, pour une nation, d'avoir une haute idée d'ellemême. Se préférer aux collectivités étrangères, serait-ce vraiment un trait de fatuité, et n'est-ce pas, plutôt, une forme du vouloir-vivre, un désir

\. Le Léap, VEnstnqnemenL et l'éducalion civique dans les écoles d'Ançileterrc : la fête du drapeau {An7iuaire de l'Enseifjnement primaire, 1894, p. 514 et suiv.).

2. Paul (le Gizycki et Maurice Schwalb, Revue internationale de VEnseiçinemenl, 1903, I, p. 339-340. — Sur l'esprit patriotique des manuels d'histoire en .\ngieterre, voir des textes très curieux dans (Irosjean, op. cit., p. 43-o2 : il montre comment tous ces manuels font valoir la bravoure anglaise et se terminent par une apothéose de limpérialisme.

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(le persévérer dans Irtr*» national ? il iir saurait sjiiiir, naliirollctncnl, de s'altrihucr des vtM'liis ou d«'s lalenls imaginaires, cLdo se Iromper s(ji-niènie sur soi-môme ; mais, lonl au contraire, de bien [•rendre conscience de sa personnalité de peuple, dt' l)ien connaître sa physionomie de peuple, de prendre attrait à cultiver celte [lersonnalité, et de se complaire ^r^s sincèrement dans cette physionomie. Le citoyen (jui ne sent pas (pTil vaut les autres est bien près de déchoirde sa dignité; ainsi en est-il des penpies, ces citoyens du monde. L amour-propre national n'est rien peut-être de plus (|u un instinct vilal; n'oublions pas que l'individu dégénère dès (jue chez lui l'instinct vilal disparait. El n oublions pas non plus que, s'il est une satisfaction de nous-mêmes qui nous enlize, peu à peu, dans une paresse engourdissante et béate, il en est une autre, ambitieuse parce qu'elle est lière, cl toujours prèle à se rembiunir parce «|u'elle est ambitieuse, qui devient une source d obligations et une force pour I aclion.

dette leron, le sp(U'tacle de l'Américjue nous rôtirait, avant même (pie s'élevât la voix du président Roosev(dt pour annoncer aux peu|)les de l'univers un nouv(d évanuile de vie intense'; (M

1. Liirsqui" nos institiilciiis essaient de repn-snnter le président Hoosevelt sous les traits d'un « pacifiste», ils se fourvoient <lraiif.'(n)ent. Ce ne sont point, à ronp siir, les '< pacilistes » du Volunif ou de la lltiur tif l'Enscignemenl primaire qui souscriraient à des phrases coniuie lelles-ci : « Toute dévotion*/ l'idéal

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SOUS nos regards, do jour en jour, l'école américaine se développe à l'unisson de la démocratie américaine. « Il existe en Amt-rique, écrivait récemment M. Wculersse, un enseignement positif du patriotisme, ardent, exalté, tout nourri des passions de l'actualité. » Une sorte de philosophie nationaliste de l'histoire, dont rAllemagne a trouvé les éléments dans les travaux du comte de (iobineau ', conquiert peu à peu l'opinion améi-icaine et ménage à l'orgueil anglo-saxon l'illusion de s'appuyer sur une base scientilique. Voilà l'esprit qui, depuis la guerre cubaine, pénètre et s'é[)anouit dans les écoles primaires des Ktats- Unis. Parmi cette démocratie qui captiva si longtemps les regards des pacilistes, on voit, à l'école.

d'honneur et à la gloire du drapeau, rontribue à former un plus beau et plus noble exemplaire d'iiumanité. Si lesgranrles nations (le notre époque se mettaient toutes à désarmer, il en résulterait, sous une forme ou sous une autre, une recrudescence immédiate de barbarie... J'ai peu de sympathie pour cette liumanilaireric de fau.x aloi qui prétendrait empêcher les grandes nations, éprises d'ordre et de liberté, de faire tout leur devoir dans les portions disponibles du globe, parce qu'au début, un peu de rude chirurgie est indispensable... L'armée et la marine sont le glaive et le bouclier que doit porter celte nation si elle veut remplir son devoir parmi les peuplis de la terre... C'est une mauvaise chose pour tout houuiie d'éducation, d'oublier que l'éducation doit intensifier le patriotisme. » — Voir Izoulet, le Temps. 11 novembre 1902; — Le Journal des Débats, édit. heb- •lomadaire, 22 décembre 190o, p. 1180; — et Grosjean, op. cil.., p. 98-100.

1. Avec quelle pénétration les arcanes de cette philosophie ont été explorés par M. Ernest Seillièrc, c'est ce dont témoigne l'étude si neuve et si profonde qu'il a publiée à la librairie Pion, sous le titre : La Philosop/tie de l'Impérialisme.

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los lillcllo (le liiiil ans Iraccr an lal>lt>aii noir. inij)t>rUirb:il)les, le croquis tlos m'andes halaillc- (le la guerre d'iinlépendanre. El Tanlre giicrn-. rd'uvre de concjuète, n'a ()as moins de preslif^e. pour renseii;nt'Tncnl scolaire, ([ue la linei-re d'rmancipation : l'amiral Dewey, vain(|uenr de l'Kspagnc,ason porlraildans les « jardins d'enfanls ». à coté de Wasliini^lon ; et sous ce porlrail on lit ; « Noire second héros >'. Les petits Américains, à l'éj^al du champion de la liberlé, apprennent à vénérer le conquérant ; et lorsqu'on veut meubleileur mémoii'e de certains textes (jui leur tiendroiil compagnie j)our la vie, c'esl du chaut .\//irri((t, composé à l'époque des hostilités contre VE>paj^ne, ou bien c'est d'un autre [)oème intilulé h rrif (/r Ciilni, (|ue l'on s'empresse de l'aire choix, tue nouvelle poi'sie nationale est née; tout dr suite ejle est devenue poésie scolaire '.

" Nous donnons nos tètes, nos cieurs. nos ltra> à notre pays ! Lue |)ati'ie. uiu' lau^uue, un drapeau 1 ■ (]|ia(|Ue malin, celle (It-claialioii des droils de l'Amérique esl psalmodii'e, dans certaines écoles de New-Vork, devant léleudaid de la Hépublitjue a.méi'icaiiu', |)ar ces iuuoml»ial»le> eMrani> de loiilc lauj^ue el dr loiilr ualioiial i ii', dont I .\uu''ri(|ue. tutrice impérieuse, exige que l'iustruction primaire fasse des AnuTicains. La dc-mocralie auu'--

1. Weiilfrssc. lU-viie jivdafitxjiijur. 1904, II, ji. 2i l-:il.'i.

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ri(;ain(', dans ses ccolos, fait mioiix cl plus que dr drossci- le riloyon ; à propremont parler, ollf If lait naître, elle le baptise, elle le crée. C'est ainsi qu'au jour le jour la masse composite des immigres tend à se fondre avec la nation : Téccde est l'un des creusets où s'opère celle fusion ' : et suivant la forniulr. duue saveur Itien américaine, que prononrait en 1803, au congrès d'éducation de Chicago, le surintendant Jones, l'enseignement élémentaire de l'histoire nationale et de la vie nationale « amène le jx'lit enfant h aimer le pays, parce que ses institutions sont dignes, parce que ses associations sont sacrées ' ».

Que rinstruction primaire s'adapte au tempérament propre et aux constitutions respectives des

1. «. c'est par (les commentaires sur le symbolisme du drapeau toujours présent, écrit le professeur T. Gregory Toster, qu'on réussit à Taire de bons et loyaux citoyens avec une population l'or! hétérogène. » — « En Amérique, dit le professeur 11. -F. Reichel, le patriotisme s'enseigne à l'école et chacun en est fier ». et il cite les propos de certains Américains, d'après lesquels l'école est « le laboratoire de l'unité nationale, la garantie de l'avenir national », ou bien, en termes plus familiers, « l'estomac de la nation, un estomac qui digère tout ce qu'on veut bien mettre dedans » (Uocquillon, La crise du pafrictismt' à Vécole, p. i31-4.'52).

2. Benjamin Buisson, Rapport de la délégation envoyée à Vexposition colombienne de Chicago par le ininistère de l'Instruction publique (1893' : enseignement primaire, p. 20 'Paris, Ilachelle. 18%).

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ii.iliitiis diverses, i'i(Mi n'csl plus n;tliirrl ni |(liis l(»^i(|ue. Mais sous que^jne latitude qu'on rohservc, IV'cole |)rimaii'e, pailoul, nous apparaît comme vouée au service exclusif d une nation, comme garante du vouloir-vivre national, connue l'oi^iane dont se serviMit les gouvernants pour assurer à leur peuple le maintitîn de sa vie personnelle et pour di'velopper, dans l'àme de ce peuple, le sens de riionneur. Tous les rdgimes, quels qu'ils soient, aulocrati(|ue, parlementaire ou démocratique, réclamenl de r('»cole qu'avant d'aspirei* à être l'ouvrière du progrès humain, elle travaille, avec assiduilc' et m(»(lestie, au progrès de l'énergie nationale.

Mette/ il la hase de l'enseignement primaii'e <;etle idée fondamentale, et tout de suite certaitu's maximes en découlent, auxquelles le régime sc;)laire devra se conformer religieusement.

I']n premier lieu, il serait contraire à l'essence de l'école, à son devoiret à son hut, deservirdans un pays les intérêts dun parti. De quehjue prétexte que se couvrît son attitude, fût-ce au nom de certaines idées ri'putées modernes, l'insliliiteur payé par la nation pour un oflice national ferait le contraire de la besogni» qu'on doit iei;itimement attendre de lui, s'il all'eclait un rôle dans les divisions intérieures de la nation, l/b^tat qui forme les citoyens, comme ri-^lat qui les arme, doit, autant ([u'il est possible, s'elVorcer de les unilier;

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sur l»'s bancs do ses écoles comme dans les rangs de son armée, il doit rechercher l'intérêt supérieur de la cohésion et de l'harmonie nationale. Dès que lidoe de « laïcité » déguise le parti pris d'installer dans l'enseignement une doctrine antireligieuse ou bien une philosophie antimétaphysique, cette idée fait œuvre de division et d'exclusion ; elle ne peut plus se Hatter d'être la traduction d'une noble et grande réalité, de symboliser et de personnifier ce qu'il y a de commun entre tous les membres d'un même peuple, la conscience nationale et l'intth'èt national; elle est, purementet simplement, une abstraction militante, et tout de suite olïensante.

I^lncore moins l'école primaire, — et c'est la seconde conséquence de son caractère national, — devra-t-elle, d'une l'açon plus ou moins ouverte, se mettre en contlit avec Tinstitulion même chargée ile la défense du pays, avec l'armée. Dans la république de Paul Bert et de Jules Ferry, comme dans la monarchie de (luillaunie II ou dans celle du Mikado, l'école est, au contraire, une introduction à l'armée. Le maître d'une telle école n'admettra jamais qu'il y ait contraste entre sa tâche et celle de l'oflicier ; il ne dessinera pas d'hyperboJiques antithèses entre l'instituteur porte-lumière, messager anticipé de la paix des nations, et l'officier traîneurde sabre, survivant des époques barbares; il ne considérera pas la caserne et l'école comme

H!S l'écolf- u'.\r.iririii."iiL I

deux iiistiliilioTis lu'léropènes, •■! no s'amuser;! point il pronoslifjucr, en dosrrvorics (roupahlcs, hi inultiplicalion des écoles sur les diToiuhres decasernes.

l'hilin, I école nalioiiiilc — il nous lanl encori- Tioler ce dernier Irail, — se comjdaira, sans jactance mais sans limidilé, dans nne certaine partialité pour celle pairie même dont elle est, paidéfinition, la servante, l/inslilntciir ne se demandera pas s'il est conforme à la justice et conforme à la vérité de préférer théoriquement sa propre nation aux nations voisines: ce sont là problèmes d'abstracteurs ; ils mar(|ucnl la décadence des esprits mêmes qui les posent et une fàclieusi' abdication des ^gouvernements (|ni les laissent poser. La préférence qu'on éprouve j)Our sa patrie est un mouvement spontané' du cœui': elle ne se discute ni ne se réfute; elle est un lait de conscience'; elle est raisonnable comme l'est un instinct desalul. Lorsque l'écolier quitte les bancs, il doit avoir de son peuple une idée assez baule et assez Hère pour n'hésiter point, le cas échéant, à sacrifier sa vie à ctdle df son |)euple. Adulte, il entendra rofliciei- lui dire : « Tu préféreras à ton *^ |)ropre salut le salut national. » Mais cet act»; de

1. « .I(; ii'cssaiemi pas. disait M. l'aiil DpstJiaïul à la (',liainlir< des (liputrs, le l'I drccmbre 11)0"», de déliiiir à mon loiir la|)aliic : il est des choses rpiOn peu! essayer de dcdnir, mais ipii d'alionl .>'c sentent. »

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préférence, (jiii peut luicoùtor la vie, de quel droit le lui denuiiiilera-t-on si, dans l'école, on lui a laissé enlcmdre, ou même iormellemenl soutenu, (ju'il est naïf ou slupide de préférer celte patrie niônie aux autres pays? Si l'instituteur qui fait <euvre de parti divis(; contre elle-même l'enfance nationale; si l'inslituteur qui s'oppose à l'oflicier divise contre lui-même l'organisme national, linstituleur qui conteste la supériorité de sa patrie amène cette patrie à douter d'elle-même.

Appuyé sur ces principes, nous devons nous placer, désormais, au cœur de la réalité présente, <'l examiner ;i (|uelles suggestions est en butte l'inslituteur daujourdhui lorsqu'il veut remplir ses devoirs envers la France.

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