‹ L'école d'aujourd'huiChapitre 62 sur 113 · Cité dans Bucquiilun, op. cit., p. '.A-X)l · texte numérisé non relu

Cité dans Bucquiilun, op. cit., p. '.A-X)l

Ii8 l'école d'al'jolrd'iili

t'niro l'acconl des livres do lecture et de morale, <\uo depuis vingt ans la Uépubiique mettait aux mains des enfants, et l'accent des instituteurs formés à l'école de M. Martel, de M. Pavot, surtout i\v M. Hervé'. On s'inquiéta dans les bureaux de Ai Pi'tite I{rpu/j/i(/u€, et l'on mit au concours outre les instituteurs la question suivante :

<]onnai*?t'Z-vous des livres scolaires qui vous scinblenl ne pas répondre aux (.'xigences el aux aspirations de l'esprit moderne? En donner la liste avec quelques citations caractéristiques ^.

I)çs dogmes nouveaux avaient fait brèche dans k's cerveaux des maîtres d'école : l'ory^ane officiel •^lu socialisme parlementaire, désireux d'assurer <!ans notre rc'jrimc scolaire une certaine liomop'- TKMté; d'esprit, les invitait à dénoncer les vieux livres attachés aux vieux dogmes, parmi les(jueis ïigurait le dogme de la patrie. A la tête du jury ]ui devait apprécier leurs talents d'inquisiteurs, /a J'rdif li(''jiiihH(fi(c avait placé l'organisateur iiiétue «le notre régime scolaire : M. Ferdinand Hni^son, ib'puté de la Seiue.

(l'est pour M. H:iisMiii une singulière aventure,

•|. Voir dans la l'ait p;tr Iv Dr.iil, jjinviiT l'.(0:i, p. 40-41, hi Jcllre d'un (iirt'cleur décole snporioiire du Gard qui eonsidi^re <jnc le devoir de linslitulcur est dCnsci^^'iier !t> piicilisuic ; et cf. in(>nic revue, di-ceinltrc I'i05, p. .■iyl-,i()2.

'1. Antonin l'nincliel, l.o hon IHcn luïr/iie : coininenl on f<iil ilrs ■ili'iicaitj- rt dfs niili'iitttlisli's (l'aris, libniirie de la Petite Ri'jiullriue. 11103;.

qu'un jury se soit couvert do son nom pour excorumunier, comme trop patriotes, la plupart des écrivains scolaires que M. Buisson lui-môme avait eus jailis pour amis et pour collaborateurs. Deux ans durant, l'ancien directeur de lenseignemeaL primaire a galamment donné son assentiment : ii fallut deux années entières, et probablement uni> nouvelle évolution de sa pensée, pour que luimême, enlin, s'étonnât de cette aventure et contmençt\t à s'en excuser.

On comprend mal i\I. Ferdinand Buisson si Too ne remonte pas à la conception même qu'il se fait de la « libre pensée ». Tantôt par nature et tantôt par tactique, ce distingué spéculatif éprouve je ne sais quelle austère volupté d'homme libre à s'éloi^gner aujourd'hui de ses opinions d'hifr, pour les. caresser de reclief le lendemain. Il lui est bon de sentir que ce qu'il pensait tout à l'heure ne l'enchaîne plus à présent; entre la fixité intellectuelle et l'indépendance intellectuelle, il voit une sorte d'antinomie; le manque d'assiette de sa doctrine lui apparaît comme un raffinement de souverainetéde son « moi » pensant, et la mue fréquente de sesidées, comme une garantie précieuse de leur sincérité successive. Si l'homme pouvait, à chaque minute de son existence, ramener son cerveau à n'être qu'une table rase, et si la vie de la pensée pouvait devenir assez fragmentaire pour que les actes intellectuels ne se commandassent point

entre eux, l'homme serait véritablement libre, au sens où M. Buisson prend ce mot. Un tel idéal de liberté le lente et le fascin»' ; et détestant pour luimême la contrainte qui lui viendrait de son projtrc esprit, c'est en se targuant d'être franc et de vouloir être allVanchi qu'il laisse osciller ses opinions et ses votes entre un libi-ralismo naturellement soup(:onneux et un jacobinisme artiliciellcmeiil attendri. Soit qu'en 1868 il rêve d'un système d'instruction qui persuade aux citoyens de ne plus continuer à fournir de la chair à canon', «t soit qu'il acclame, entre 1885 et 1890, l'orientation patriotique de l'école^; soit qu'en 1904 il déclare à la Chambre qu'il donnerait encore son nom, si c'était à refaire, pour le concours (hla Petite République^ et soit qu'en 1905, dans W Manuel général^ il se décharge de toute responsabilité dans les étranges verdicts auxquels cf concours donna lieu \ j'affirme qu'à travers ces

1. Dîiiisles /•;/rt/.';-L;i/A(/7:i(/7<;3<', à ladate du 19el<lu26avril 18(iK. M. Unisson publiait deux articles intitulés : L'abolition de l'i i/ucrre par iiiistntcliun. Il i'xi>li(|uait textuellement (p. 63), qu il fallait « i>répariT par une éducation foncièrement démocratique (les f,'(nérations imbues de l'horreur de la f,nierre; user des mille ressources quotidieimes de renseignement public et privé, pour iliscréditer dans lespril de la jeunesse le militarisme césarien, pnur Metrir les grands lueurs d'htuumes, et pour défaire celte auréole de gloire «pie les ïliiers et les Heranger leur ont faite dans l'imagination du peuple; pour comprendre le droit, faire sentir le ilevoir pour tout homme libre de se refuser à l'emplni d'homicide ».

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