nir ci-dessu«, p. ni S^l
L KCOLR ET LA PATHIK 181
gressislos lillois. Riicoro lu' parlail-il, lui, que dn Cf'iix (|iii ('(-rivent Iliistoire, cl non de ceux qui ont l;i mission de Im vulgariser. Mais le bon sens des petits l'^raurais a iTavance condamné celte façon nouvelle denseij^ner le passé de la France : sur cent candidats au baccalauréat moderne auxquels on demandait, en 1807, à quoi sert Tenseij?nenient lnstori(|ne, quatre-vingts répondaient : «A exalter le patriotisme'. » Voilà l'instinct naturel de l'écolier fran(}ais: il n'admettra jamais, pour l'éprendre un mot de M. l.avisse, qu'on lui apprenne les faits et gestes de ses pères avec le même calme que la règle des participes-. « Quand je retrace l'iiisloire de mon pays, disait naguère un des professeurs les plus distingués de notre enseignement secondaire, M. Philippe Gidel, je ne me crois pas tenu à la m(''me impassibilité que si je parlais des Assyriens ou des Mèdes. Bien au contraire, si je ne parvenais à faire sentir aux ('lèves que l'histoire de France, c'est, comme on l'a dit, nous dans le passé, que nous sommes solidaii'es de nos ancêtres, que leurs misères et leurs joies sont les n(jtres, je me considérerais comme inégal à ma tâche '. » Si les orateurs de Lille avaient en une expérience suffisante de l'en-
1. Hocafort, l'inilé moralr ilaiis ri'niversiU% p. 139, n. !5. ■2. Lavisse, Qiieslinns iroiseipnemcitl naUonal, p. "200 et suiv. :>. UEdiicn/iiin murali' ilans l'Université, conférences et discussii>ns prôsiilros par M. Alfred (Iroisct. ji. 1.S7 Paris. Alcan, 1001 .
182 L Ér.nix i» Armiiio m i
soignoiiii'iil (le riiisloin», ih aiiraifnt t''|>i(>iivt'' ces ('•mouvants scrupules '.
Puisquo désormais, dans coi onsnignemcnl. la |)rt''o(.-rii|)atiiin palrioliiinc devait (^Iro absente, il l'allail du moins (piVlle uardàt nn rôle dans lins- Iniciion morale el eivi(]iio. M. Dovinat jngea nécessaiic. à ce proj)os, fie Caire acclamer une résolution qui ne laissât aucun doute sur l'état d'àme des instituteurs français. « Les sentiments patriotiques à dév(dopper à TéM-ole, proposa-t-il. doivtMil être ceux d'un citoyen fran(;ais, sans préju;;és contre les auti-es nations, faisant elTorl pour all'ermir la paix, mais prêt à tous les devoirs que commandent la sécniilt' el la di t:nilé du jiays -\ » Le din^cteur de l'école normale d Aulenil es|)érail (jue celle formule aurait l'adhésion du coniirès: elN^ lui scmhiail ca|)al)le, tout à la lois, de salisfaire aux as|)iralions paciliques et de rassurer les susceplihilili's jtatriotiques. Mais un insliluleur de la Dordoj^ne prévalut sur M. Devimit. Le texte qu il proposa ('tait ainsi conçu :
I,c contre?, tîiiui des caloniiiics lancées conlrclo^mcmln'i'-j (If rmiPoiErncmciil primaire an siijot de la pn'-lpndue crise du [latriotisme à l't'cole, vote l'ordre du jour suivant :
l,es insliliileurs français sont l'iierfîiqnfniiMil allacliés à la
1. Nous i-('nvtiy"ns à ce sujet à dciiK livics de M. J.icfiiics Itix'.iforl. iirofessciu" au lycée Salul-Louis : iKiliicdlinn munii nu h/rrr cl iliiilf miiralr (faux H.nJvei'xUé, qui sont des modèledo iton srns. de finesse et de courajçe (Pari-s, Pion).
•1. UiKil rii'inf ('iiiif/r{'.9 ili's A mira les, ruppurl (/l'nérfil. p. IIH.
L ÉCOLE ET r.A PATRIE 183
paix ; il? oui pour devise : (liiorre à la p:iierie ! Mais ils n'en scraicnl que [)lus résolus pour la délensc de leur pays, le joui- où il serait l'olijet iTiiiie agression hrulale.
C est à celle rt'ductioii que les congressistes se rallièrent; elle lut votée par acclamalion'. Ainsi les iusiiliilours réunis ;i Lille, représentants d'un grand nombre de leurs camarades français, ont al'lirmé qu'en cas d'agression brutale la France les aurait pour défenseurs : nous prenons acte de cette coui plaisante promesse, et nous espérons ([uelle marque une rupture délinitive entre les maîtres de notre enseignement primaire et les doctrines de désertion prècliées par .M. Guslave Hervé. Mais dans lallectation qu'ils mettent à définir le cas précis pour lequel leur dévouement demeure acquis à la France, faut-il voir une sorle d'indication par laquelle ils signilieraient aux pouvoirs publics que l'épée de la France ne doit j)lus être tirée pour des questions d'honneur ou pour des intérêts coloniaux"-? Notre familiarité avec les revues pédago-
1. M. Devinât, très galamment, seirorce d'établir que si la motion (le M. Michel fut préltTée à la sienne, « ce n'est nullement parce (pi'elle semble l'aire des réserves sur l'étendue du devoir patriotique, mais c'est d'abord parce qu'elle émanait d'un groupe important d'instituteurs, c'est ensuite et surtout parce qu'elle protestait directement contre les calomniateurs de l'école laïque et donnait ainsi satisfaction au ressentiment des congressistes». Il ajoute d'ailleurs qu'il n' <- enseignerait pas à l'école, sans de sérieuses réserves, la devise : Guerre à la guerre ». L'Kcole noiivelU'. 1 octobre 1905. p. 3.)
2. Cf. Devinât, l'Ecole nouvelle, ~i octobre 1903, p. 4 : « Je reconnais que la dernière phrase du texte voté par le Congrès n'échappe pas à toute critique. Dire que les instituteurs sont
18V I, KCOLE D AIMOL'HI» III 1
iii(|ii('s (lo ('(>s (loinicTcs annexes nous induit d'aulaiil plus à [loscr colle indiscrèlc ([uoslioii, (jiio les insliliiUnirs do la Lo/.èro, quol(|uos somainos a\ant locongrèsdo MIIo. prononçaient assez étourdimenl nno souloutc do « désInMiiinir n coulrc loiilo guerre qui n'aiirail pas rorm(dl(Miioul pour hul " la libération, riudt'pondanco ou la dolonsc du pays' ». Kl même on acceptant la formule lilloise, sait-on loujours, lorsque éclalo uno ij^uorro. ()uol ost l'agrossour-'? El quelles conditions oxigoroul. enliii, nos minutieux congressistes, pour consentir à qualilier l'agression de brutale ? GrAcos leur soient rendues pdiir leur bomir n'Sfdiilioii. cl nous sommes bou-
résolus !i (IrCrmlrc leur pa^ys le jour on il serait l'objet (l'iini- «agression brutale», n'est-ce pas lai.sser entendre — en apparence ilu moins — (pie, si raf.'ression nêtait pas brutale, les instituteurs ne se dérangeraient pas? Pourquoi cette précision liuiilative? A quel signe reconnaître le caractère de brutalité.' t;i, avant f|ue l'agression ne se soit clairement produite, n'y a-l-il lien à faire '.' »
1. \'oir la déclaration des inslituteiii-s de la Lozère, ci-dessous. 1». .'J!t'2, aux hiiciiiiii'iils.
i. « Itien n'est [iliis vain au point de vue ])(diliqiie, ni |ilus déiMié de sens, ipie cette distinction, aujourd'hui en faveur dans beaucoup d'esprits, entre la guerre oll'ensive et la guerre défensive. (;e n'est point l'aclf; matériel de franchir la frontière tie l'ennemi ou d'attendre reiinemi sur son propre territoire qui dislingue, aux yeux d'un esprit juste, la guerre olfensivc de la guerre défensive. Pour faire légitimement une distinction de ce genre, il faut se reporter aux actes antérieurs à cette première flèiuarche militaire et se demander sincèrement où est l'agres seur. On recomiailra souvent, et même le plus souvent, qur l'agresseur a|)parent, c'est-à-dire celui (pii, poussé à bout, tire le premier l'épée. agit de la sorte sous la contrainte de la nécessité et a le droit strict dr dire cpien attaquant il ne fait que se défendre. » 'Pri'vosl-I'aradoi. /// Fniiirr itiiiirclli'. p. •217-21S, Paris. Lévv. dSC.S.
l'cux que la France, pour repousser les brutalités agressives, puisse compter sur les hommes par (|ui clic l'ait élever ses enfants. Mais ils nous pciiiiclti'ont (le préférer la vieille formule daprès laquelle le brus du Franeais devait s'armer à tout appel de la France : elle était plus simple, plus décisive; elle marquait un abandon plus confiant ; elle assurait à la bonne mère patrie, dans l'urgence des heures critiques, le concours immédiat de tous ses fils, et ne les appelait point à envisager, avec d'inopportunes lenteurs et une subtilité byzantine, le caractère offensif ou défensif du branlebas militaire dans lequel le pays engageait sa fortune et pour lequel le pays leur demandait leur sang. «( Il y a peu de ditlérence, disait dernièrement M. Georges Leygues dans une fête de vétérans, entre ceux qui refusent de remplir le devoir militaire et ceux qui demandent à examiner, le jour où le pays les appellera aux frontières, si l'agression a été juste ou injuste, si la question de guerre ou de paix a été bien ou mal posée '. >< Os paroles de l'ancien ministre de l'Instruction publique prouveront, nous voulons l'espérer, à l'ensemble des instituteurs français, qu'il ne suffit pas d'adhérer aux formules votées à Lille pour rassurer l'opinion nationale sur les rapports entre le corps enseignant et les doctrines de M. Hervé.