‹ L'école d'aujourd'huiChapitre 72 sur 113 · I. C.ité dans ri'.t-nlr palr'mtf du :îl nctdhre l'K · texte numérisé non relu

I. C.ité dans ri'.t-nlr palr'mtf du :îl nctdhre l'K

1S6 i/i'X.OLF r)'.\r.M»riU)'Hi I

Non coiilenls <l(^ ddiiiici' à loin- alliinKilioii p;itriotiqiie une précision restrictive et limitative, les conjïrossistps de Lille l'ont fait précéder d'une sorte de clameur pacifiste. M. Di^vinat, qui savait leurs dispositions, croyait les contenter en li'S invitant à protester de leur o elVort pour alfermir la paix : » re.\|>ression leur parut trop terne et trop pâle. Ils ont voulu faire savoir à la France et au monde qu'ils ontdésormais une devise et (jue cette devise est : (îuerre à la guerre! En admettant qu'elle ait un sens, elle nous fait au moins l'elfet d'une superlluité '.

Pour vaincre les >< uUramontains » en 1876, pour vaincre le boulangisme en 1889, les gauches agitaient lépouvantail de la guerre: les droites, de leur côté, en 1S81. brandissaient contre le gamliettisme cette formule : «■ (lambetta, c'est la guerre! » Ainsi l'euipressemenl unanime avec lequel, dans les campagnes élec^loralcs, on exploite ce genre d'argument, témoigne (jue le peuple français est n'ollement et sincèrement pacifique. Par surcroît, entre les mienrs dc-inoci-alitiues et le militarisme, entre les habitudes daulonomie et les exigences de la discipline, entre la manie de discussion et la ()assivité de la caserne, certains heurts pénibles et tloiiloureux peuNcnl fn''(|neminenl survenir.

Si (elle est la silualidii. il nous semble (|ue

1. Voir, ci-dessous, aux /'(»<(/mf///.s', p. .ISl, rapiin'ciatidii porlir sur ce vole par le journal le Temps.

r, i^;r:oi.F. ft r. a i>atrif 187

rôdiication de l'esprit pacilicjiu' est au moins oisoiisp, et que les profi^rès mAmes de l'idée démocrati(|iie rendent nécessaire, |»ar une sorte de contrepoids, l'éducation de l'esprit militaire, et, si nous osons ainsi dire, un certain aitçuillage des consciences qui les prépare à discerner et à afïronter les obligations les plus variées de la vie nationale. M. Sully-Prudiiomme parlait dans la lîerue fies heff.r-Mondrs, il y îi sept ans, de ces recrues indociles qui troublent nos casernes; et contre un tel péril, contre cette « abolition du respect •>, contre cette « méfiance funeste de toute supériorité >. qui sont les excès du régime démocratique, il invoipniit l'action morale de l'école.

(' L'instituteur, expliquait-il, doit faire savoir aux jeunes gens qu'il leur faudrait savoir infiniment plus pour être aptes à tout critiquer, il doit leur donner de la patrie une idée saine et leur en inspirer l'amour, afin de les habituer aux exigences sociales et de les préparer à la défense des intérêts communs, même nu prix de la vie', d — '< Guerre à la guerre î » ripostent les instituteurs de Lille : ils concertent un enseignement pacifiste, collaborent avec notre universel désir de paix, et dégagent avec une netteté systématique les consé- (juences antimilitaristes de certaines maximes démocratiques. Je préférerais pour eux un rôle qu'ils

\. Revuf (/e.'< Deiix-Moixfes. 1"'> juin IS'.tS, p. 740.

l«8 l'kcole [tAr.ioiRD'nn

Irouvoront apparcnimont plus ingrat, le rùlo (^uo Paul Bert cl .Iules Ferry leur avaient assigné, l'n ce (ju'il a il'exaet et de fondé, leur enseigneiiHMil (lu pacifisme est au moins superllu ; en ce ([u'il a d'utopique, il esl nuisible et peut devenir nél'aste. Mais ce qui dans les circonstances présentes ne serait point superllu, et ce qui serait, au contraire, avantageux pour la France, ce serait d'enseigner aux petits Fran<^ais l'esprit de sacrifice personnel (lu'implique le métier de soldat, l'accord possible, — possible parce que nécessaire — entre l'idée de liberté civiciue et le respect de la discipline militaire, et l'héroïque devoir (jui parfois s'impose de servir le pavs, non j)ar riiclivitc' di' notre vie, mais par le risque de notre mort.

L'orateur lillois qui se serait permis de direces vieux mots eût sans doute été fraîchemenl .•H'cneilli : un cerliiin r(^s|>('ct liuniain. la crainte d'ètit' réputé clérical, nationaliste ou cliauvin. aurait retenu les applaudissements des congressites les plus patriotes. l']l puis, rentrés die/ eux. soustraits à 1 iniluence nocixc de l'esprit de club et de l'excitatiiui mutuelle, fatigués peut-être, à certains jours, d'introduire dans l'esprit des enfirnis des formules d'un pacilisme creux, (|ui tantôt ne s'assimilent |M>inl et (|iii lantùt ('uervenl les futures ('uergies. nos instituteurs, j'en ai eonlianee. auraient Uni |)ar envier la virile besogne (|u'accom|)lissaienl leurs devanciers et par as|)i-

l'école et la PAThIE 18!»

ICI-, l'Lix aussi, à donner uvoc toute leuràme, aux petits Franrais qui leur sont confiés, des levons de vaillance et d'immolation. A lissue du congrès de Lille, M. le directeur de l'enseignement primaire leur a témoigné un optimisme flatteur, en niant qu'il y eût une crise du patriotisme à l'école'; et sans doute fut-il heureux de pouvoir redire à sou ministre que, malgré les ferments d'agitation qui troublaient le congrès, l'assemblée s était close sans un de ces scandales trop notoires dont la •' réaction » eût pu triompher. Pourquoi donc la « réaction » regardait-elle, et pourquoi donc écoutait-elle? Ah! si Ton eût osé, le beau discours qu'on eût pu leur faire entendre, discours provocateur, peut-être, pour certaines intelligences faussées, mais dont les échos, tôt ou tard, eussent retenti dans tous les cœurs! On aurait pu, démasquant brutalement le <' mensonge du pacifisme-' », tirera leurs yeux lépais rideau qui leur cache la réalité contemporaine ; on aurait pu leur montrer l'impérialisme allemand promenant ses visées du Sund à l'Adriatique et du Maroc à Bagdad; l'impérialisme anglais tout prêt à ensanglanter les mers, s'il doit à ce prix en demeurer le maître; l'impérialisme américain, barricadé contre les ingérences du vieux monde par la vigi-

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