LA DESTINÉE DL MOT *" LAÏQUE
ni roligieux ». Iillaienl laïques, en somme, la presqiu' unanimité des Franrais. Di'puis (|u"on eut la l)i/.arre iJée (raltacher au mol • lai(jur " une signilicalion philosophique, et défaire tenir, dans cette étroite clôture, l'indication laconique et presque algébrique d'un certain nombre de dogmes, nous avons vu cette expression qui, dans son sens originel, abritait le pays presque entier, devenir un moyen d'ostracisme et d'exclusion. Les Jeunesses laïques, à Tours, ont parachevé Fanivre. hcpuis quelques années, il fallait, pour être laïque, nt' pas croire en Dieu ; il faudra désormais, pour mériter ce qualilicatif, être dégagé de toute superstition à l'endroit de la patrie.
Cest ainsi qu'un mot vit. ou, pour mieux dire, c'est ainsi qu'il meurt. Car si l'esprit laïque, dans son évolution nouvelle, se révèle comme incompatible avec l'existence nationale, y aura-t-il beaucoup de jeunes, dans la France de demain, pour vouloir ou pour oser s'avouer « laïques »? Le mot « laïque » dès lors aura vécu ; la réaction de la conscience patriotique l'aura tué.
ENQUETE FAITE PAR LA LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT SUR LA FRÉQUENTATION SCOLAIRE
Extraits (lu rapport présenté par MM. Muret et Holon '
(liulli'tin (le la Litjiie île iEnsehjnemenl, octobre-décembre 1904, p. 553 et suiv.)
l/enqiK^te dont nous vous apportons un relevé aussi complet que possible a eu pour point de départ ce vœu formulé (Ml 1!>02 au Conçrrè? do Lyon :
« Le (]onsrès, considérant que si la loi du 28 mars 1882 '< n'était pas modifiée, l'œuvre scolaire de la République ris- « querait d"ètro compromise dans ses résultats, prie leCon- « seil général de; la Ligue de réunir au moyen d'une en- « quête aussi vaste que possible les éléments nécessaires " pour permettre au prochain Congrès d'aborder unediscus- « sion sur la refonte de la loi. Celle enquête portera égale- '> ment sur la situation faite aux enfants anormaux. »
l>e 1" décembre 1902, le Conseil général de la Ligue fit adresser aux inspecteurs primaires, aux présidents de délégations cantonales, aux associations membres de la Ligue, aux inspecteurs départementaux des entants assistés, environ trois mille questionnaires.
De son côté, M. le président de la Ligue, par sa lettre du l"" novembre 1902, demandait à M.M. les inspecteurs d'Académie de vouloir bien mettre à sa disposition leurs rapports aux préfets pour les trois dernières années.
;)4 d'entre eux ont répondu à cet appel, tandis que nous recevions d'autre part 489 questionnaires.
Nous devons faire état également dans nos éléments d'informations, des mémoires envoyés pour le 3" des concours organisés par le Croupe des Amis de l'éducation populaire pour 190:?, qui nous ont fourni sur le grave problème de la Fréquentation scolaire des indicalions précieuses, bien que
220 L ECOLE DAUJOURDIILI
parfois conlradicloift's, car toute? sunl inspirées par le plus vifilosir de l'aire de l'ol)lifialion scolaire légale une realité
Oiiant aux réponses venant des inspecteurs primaires, des Associations scolaires, pour le plus grand nombre desquelles des instituteurs ont répondu, des délégations cantonales, à de trop rares exceptions près, elles relèvent une fréquentation Iteaucoup Irop interrompue pendant 4 ou ti mois de l'année, en raison des travaux agricoles, de l'inertie généi-ale des commissions seolaii-es, trop fréquente, de celle des délégations eaiilonales, de rinsiiffisancc des (Kuvres d'assistance qu'il faudiait nuilliplier. Le plus grand nombre font appel à une aclinn sérieuse et soutenue de la loi, mais les uns la demandent prompte et sévère, mettant la justice répressive en mouvement dès les premières infractions, tandis que les autres s'en tiennent à la Commission scolaire, mais rvcrutce aitt renient que ne le prescrit la loi d(! 18S2, et non plus laissée à l'élection du Conseil municipal.
Les rapports de MM. les Inspecteurs d'Académie insistent en grand nombre sur la nécessité d'un enseignement vraiment intensif, relevé par une action vigilante de l'instiluleur près des parents. Pour quelques-uns, c'est la plus sure condition d'une bonne fréquentation.
Nous croyons utile de rappeler que depuis 188.'î, la plupart des Congrès de la Ligne ont émis des vœux en faveur de la généi'alisaiiuii de la fré(|iienlatiori et l'application de la loi sur l'enseigniMuenl [irimaire obligatoire.
Nous en rappelons les dates:
Heims,
iKs:{.
Rouen,
Paris,
Nantes,
Mordeaux,
IH'Jli.
H(;ims,
Hennés,
Toulouse,
Paris.
Caen,
Lyon,
DOCIMRNTS 221
Proportions de la fréquentation. - iNombrc de questionnaires les ont indiquées par des clnlFres variant de 40 à 9:> et même 100 0/0. Mais il nons a paru que ces chi tires portaient sur la proportion des présences des enfants de 6 à i;{ans inscrits comme fréquentant nos écoles, [.es éléments nous lonl défaut pour apprécier la quantité d'enfants qui échappent totalement à l'école. Parmi ceux qui ne sont pas inscrits, il faut en ellet dislinf,'uer trois calégories: 1" Les enfants qui n'ont jamais mis le pied à l'école et atteignent l'âge de 13 ans sans avoir reçu la moindre instruction; 2° ceux qui, après y avoir été pendant un temps plus ou moins long, la quittent prématurément, sans attendre l'âge de 1.3 ans ou sans arriver an certificat d'édudes; 3° ceux qui quittent temporairement l'école l'été à cause des travaux des champs, pour n'y rentrer que l'hiver. iN'étant pas inscrits pour les mois pleins pendant lesquels ils soni absents de la classe, ils n'entrent pas en ligne de compte dans les statistiques d'absences.
On accuse, pour le .Morbihan, 10.000 enfants ne paraissant à aucune école, mais sans nous dire si aucun d'eux n'y a Jamais paru ; il en est sûrement. Quelle est la proportion? On ne le pourrait savoir qu'à l'aide de listes très exactes des enfants de 6 à 13 ans, sur lesquelles il serait possible de relever les noms et le nombre des enfants qui n'ont jamais été à l'école, ou qui n'y vont plus, bien que n'ayant pas atteint \'.\ ans.
C'est un travail dont le caractère urgent se recommande non seulement pour le Morbilian ou pour la Creuse, mais pour lous les départements, si l'on veut savoir d'une façon précise on en est la fréquentation scolaire, combien d'enfants et lesquels échappent totalement à l'action de l'école, combien ne la fréquentent que pendant un temps manifestement trop court.
Autant qu'il est permis d'en juser par les renseignements qui sont parvenus à la Ligue en réponse aux nombreux questionnaires qu'elle avait envoyés, c'est dans l'insuffisance de la fréquentation que résiderait surtout le mal. D'enfants que n'a jamais vus l'école, il en est, mais en petit nombre. Toutefois, qu'importe que d'autres y soient inscrits, s'ils n'y pa-
222 I. Kcoi.F I) Ar.iocuii un
raissiMil qu'à la (ItMoboc pour la déscrliT on oulro 7, 8 ou 9 mois pur 10 ; c'est evactomcnf, quant aux rcsullals à espt^rer, tout conime s'ils n'y venaient pas du tout.
On pont ariinnorquc dans la génétalité des coniinunes rurales, la scolarité ne va nulle part jusqu'à \'i ans. Pour une partie, le certificat d'études rinlorronipl entre 11 et 12 ans, rarement plus lard, généralement plus tôt. A quel âge finitelle? D'ordinaire à celui delà première communion, c'est-àdire vers 1 1 ans; après on ne revoit plus eeu.x que ne retient pas la préparalinn au certiticat d'éludés. C'est ainsi (ju'on arrive à une perte de temps estimée en moyenne de 20 à 2") 0 0 du total dos présences possibles, ce qui est désastreux dans les nombres les plus faibles qui concourent à colle moyenne.
Des cliillros, pour cos diverses catégories de défaillants à l'école, seraient fort inléressanls à diuiner : nous somtnes, à notre grand regret, liors d'état de le faire. Toutefois des rouseignoments particuliers que nous recevons sur certains points de la France accusent une silualiou digne d'atienlion.
i'our le (léparlomenl de l'iMire, par exemple, sur 2. 526conscrils, 178 ne savent ni lire ni éoi'ii'e.
28 ne savent t\ue lire.
!t8 lisent et écrivent, mais sont hors d'élal de calculer.
Ainsi 7 0/0 n'ont aucune instruction; 11 0 0 (exactement II") sur i.OOOj n'en ont qu'une absolument insuflisanle, presque nulle. Qu'est-ce en elFet qu'un individu qui sait lire sans savoir conïpter? Il sait écrire, ce qui se réduit vraisemblablement à signer sou nom ; ipiant à rédigei' la moindre lettre, il n'y pont pas songer.
Kl cependant, si Iristos {|ue soient ees chiMres, que sontils pi'ès de ceux de larrondissemenl île Hocbecliouart, où l'on accuse 'A'S 00 de conscrits illetirés?
Pourquoi a-t-on renoncé à publier chaque anme, comme cela se faisait jadis, la slatisliiiue, par déparlemcnls, du tant pour cent des conscrits illetirés, et de ceux dont l'ins- Iruclioii est resiée trop rudimenlaire pour être considéiée comme sultisanle?
HtsuMK. — Mal sirii'iu-, pioveiiiDit moitis de ce qu'ils
DOCLMKiNTS 223
iijnarenl rc.ristoicc de racole que de ce (inils la dcserlent prématurément, l'erte de temps moncnnc de 20 à 2it 0/0.
Etat de la fréquentation. — Au .«urplus, les renseigiiciiitMils parvenus à la Lif,'ijc ne [jcrmellenl pas d'inCércr que la situation, comme quolques-iins le jirétetidcnt, ail. empilé depuis le vote de la lui de 1882. La vérilé esl qu'il y a eu progiès, mais insuflisant.
CAUSES l)l' LA NO.N-FMKQUENTATIO.N :
1" Causes légales. — Elles sont indiqm'es par les articles to, .ii .3, 15 et 18 de la loi du 28 mars 1882.
Maladie de renfant. — Des correspondants de la Ligue appellent l'attention sur la fréquence et l'acuité de certaines épidémies dans les régions mar'écageuses ou montagneuses du Centre, des Alpes, en Bretagne. Elles tiennent tantôt à la région, lanlôl à un manque d'hygiène dans la latnille, ou encore aux variations météorologiques trop brusques.
Décès d'un iiieinhre dans la famille. — Le motif s'explique de lui-niôme.
Empêchement provenant de la difficulté accidentelle des communications. Explications égaleu)ent inutiles.
Dispenses précues par V article 15. — De ce qu'il n'en est pas usé, par suite de la non application de cet article, certains ont conclu à sa suppression. Ola empèrherait-il les dispenses d'être ce qu'elles sont aujourd'hui, illégales, puisiju'on ne prend pas la peine de demander les autorisations nécessaires?
Insuliisance des locaux scolaires, dans les grandes villes et milieux industriels où se produit rapidement un afflux de population, et dans les communes à vastes territoires comprenant des hameaux écartés.
On peut regretter que les prescriptions de Tarlicle 18 soient trop souvi-nt oubIi(''es par rAdminislralioii elle-même.
2" (JIai'sks économiques. — Elles résident dans la misère des parents, dans les charges de famille obligeant les parents à préposer les aînés de leurs enfants à la garde des plus jeunes, dans la nécessité de mettre de bonne heure les enfants au travail pour suppléer, soit à l'insulfisance des res-
22i L jicoLr-; r» aimourd nui
sources de la famille, soit au manque de bras dans les régions agricoles. De la misère résullenl direrlemeiil le manque de vêtements, au moins de chaussures, rinsulfisan<-e de l'alimeiilali'»n cl de l'hygiène et par conséquenl la mahidie.
I.e 2'' paragraphe de l'arlicle l;i explique une autre cause pour les enlanls qui suivioiit leurs |)areiits ou tulturs. lois(|Uf ces derniers s'absenlcronl Irmporairt'inenl de la commune.
Il vise parliculièremenl les en'anisdes batt'Iiers. dont Tmsliuclion, acquise à de rares intervalles et sans suite, eslbien précaire.
3" Causes morales. — On a signalé l'opposition du clergé par It's heures intempestives de ses catéchismes, lamullipliciti- des fêles religieuses et ses efforts en faveur de l'enseignement privé, {.es deux premiers points tombant sous le coup de la loi, ilsuftii'ait d'un peu defermeléchez l'Administration pour en avoir raison. Quant au ti-oisième, s'il dénote à l'endroit de l'école laïque une absence de sympathie dont on ne saurait être surpris, il se rallachc à une autre question, qui lait en ce moment m'''im' l'objet des discussions du Parlement '.
Nous citons pour nn'moite le parli-pris, chez les familles, de ne pas vouloir lairi' instruire leurs enfants, pour |)Ouvoir, par exem[)lt*, tirer prohi de leur travail ou pour tout autr<> motif. Aussi lare que candamuable, il sera par cela même facile à combaltie.
Il y a parfois le lucre qui porte les parents, plus ou moins excusables par leur état de pauvreté, à proliter, sinon toujours de leur travail, du moins, autant que possible. Le même motif, mais plus souvent sans aucune excuse, pousse aussi lt!S cultivateurs et les industriels à rechercher les bras des enfants.
Il y a enfin l'indiflércncc, l'inalteiition, l'iiirurie rlnv les parents, souvent pauvres, qui uublienlou négligent d'envoyer leurs enfants à l'i-cole et s'en excusent ensuite trop facilement, d'ailleurs avec bonne fui pour lordinaire. Il va moins
1 . ba loi (lu 8 juillet siip()rim;uil les Congrégations enseijjnantes a été iHMiiiulf.'ULe ;iu iiioMienl tie iiiellre te présent rapport suiiv presse.
chez eux l'inlenlion même vague de nuire à leurs enfants que l'apprécialion incomplèle d'un devoir qu'ils ne comprennent (ju'imparfaitetnenl. Comment reconnaître chez eux où linit la nécessité, où commence la négligence?
lUisLMK. — Causes légales, art. 10 i; 3, art. \'.'>, art. 18 de la loi de 1882.
Causes économiques. — Minùre, famille.'< nombreuses, nécessité du travail.
Causes morales. — Opposition du clergé ; parti pris négatif des parents; lucre des pareny et des employeurs ; indifférence, inattention, incurie des familles.
Commissions soolaires, — L'aveu général, c'est qu'on ne les réunit pas; c'est qu'en bien des endroits elles ne sont niiime plus constituées.
.\ous avons pourtant trouvé de trop rares exceptions, M. l'Inspecteur général Edouard Petit a cité, dans le numéro du 31 janvier IDOi du .Journal des Instituteurs, l'exemple très suggestif d'une circonscription rurale où les Commissions scolaires fonctionnent presque partout et produisent les meilleurs résultats, celle de Gien.
Dans le département de l'Oise, sous laconstante pression du préfet, les Commissions se réunissent presque partout. Oh! elles ne sont guère sévères, etilne serait pasdifticile décompter les aflichages de noms à la porte de la mairie qu'elles ont prescrits. Au moins elles dressent annuellement lalisledesenfants de 6 à 13 ans, et leur action, pour être trop paternelle, n'est pas complètement infructueuse. C'est bien quelque chose, et tel est l'avis de quelques Inspecteurs d'.\cadémie.
Le premier s'exprime de la manière suivante :
Il voudrait voir ■' Simplitier la loi de 1882 et rendre cette « lourde machine plus facile à manœuvrer; il faudrait sim- " pliGer les pénalités et confier à une commission scolaire « composée seulement du maire, du délégué cantonal et de « l'instituteur, le soin de constater les contraventions et " d'appliquer les formalités... »
« Tous les enfants, sauf de rares exceptions, fréquentent •< l'école. La nécessité de savoir s'impose à tous les parents, « si pauvres et si arriérés qu'ils soient, mais il est une autre
226 l'école d'aUJOURd'hli
•■ nôcessilé non moins impérieuse, c'est (ju'il faut vivre, cf « dans beancoii[) de m»Miafîes d'ouvriers agricoles cl de mé- " la\erp, là où la famdii' es! tiomltronse, il n'est pas trop du <■ concours do tous pour sulivfnir aux bi'soins miiltifiles que " crée noire civilisalion. La question <lc In fréquentation sco- I' lairc se double d'une qrteslion sociale. Qiie la loi prévoie et " inflige des peines contre la maiivaisevolont»^ou riiiniriedes « parents, c'est justice; mais, s'il faut frapper celui qui est « dans la misère et parce qu'il est dans la misère, on ne trou- « vera personne pour appliquer la loi. »
Le second no l'ait que ooiifirmor ces idées si justes en ces termes :
« L'eul'ant quilte Prcole trop tôl, avant làge où il sérail « à même d'en subir riiilluence durable ol de se pénétrer '( des leçons du maître. » Après avoir parlé de l'essai de mettre en activité la Commission scolaire qui, dit-il, n'a pas été sans produire quelques lésultals, il ajoute :« Il n'est pas <i ilémontré, en edel, qu'avec une volonté persévérante on « n'arriverait pas à obtenir de la grande majorité des Com- « missions scolaires qu'elles s'occupent réellement déraper plication de la loi sur l'obligation scolaire. 11 n'est pas " nécessaire souvent que ci^s Commissions appliquent des me- " sures cocrcitives; il leur suflirait, dans la plupart des cas, " d'user dtî leur in(liieni-e morali^ pour obtenir unelrtMpnMila- '< tiou suivie. D'ailleurs, depuis le vole de la loi du 28 mars ISH2, ■' quelques commissions, en très petit nombre, il est vrai, ont continué à lonctiuiiner, et elles ont obtenu desrésullals sans infliger aux délinquants des pénalités graves. Je pense • donc qu'en veillant de très près à ce que les (>ommissions «' scolaires soient toujours régulièrement constituées ( t con- " voquees aux é[tcques normales, ramélioration signaléf " dans la fréquentation des écoles pourrait s'accentuer
• encore. »
I,e troisième dit aussi :
" l/insiillisance des Commissions scolaires n'est d'ailleurs
ipre trop vi-aie. Ce rr'esl pas ici le lieu d'en rechtn-clier les
■ causes. iNous ne pouvons que tirer le meilleur parti de la
situation actu(dle. Or on peut obtenir quelque cbose, rnémc
• des Commissions scolaires. Obtenons d'abord qu'elles se
« réunissent régulièrement tous les trimestres i^insi que laloi <' l'exige; ce sera déjà un progrès. » Il voudrait que les ins- « tiluteurs ne manquassent jamais d'établir les listes men- « suelles d'absence : Que chacun fasse ce qu'il doit et le ser- « vice général fonctionnera mieux. »
Enfin un quatrième voudrait modifierla composition des Commissions scolaires, fixer à t2 ans l'âge minimum du certificat d'études, appliquer la loi, notamment sur la caisse des Ecoles, et compter sur le temps et les progrès des mœurs.
Nous demanderons, avec un ancien maire du Midi, qui en t89ri au Congrès de liordeaux rapportait l'expérionce qu'il avait laite de la loi de 1882: Faut-illachanger?Mais, laissonslui plutôt la parole :
(< J'ai été sept ans maired'une commune importante. Je me « suis empressé d'appliquerla loi sur l'obligation qui venait « d'être votée. J'ai constitué une Commission scolaire qui a « fonctionné régulièrement, et, pendant cinq ans, la loi a été « exécutée. Depuis que je ne suis plus maire — je le dis sans (( vouloir blâmer mes successeurs — la Commission ne « fonctionne plus, et cependantla commune a son importance, « puisque la population scolaire est de 2.000 enfants. »
Cetavis d'un ancien maire nous a paru bon à faire connaître.
Un instituteur, dans un mémoire qu'il a adressé à la Ligue, écrit ceci du petit poste où il a débuté :■< Les enfants fréquen- « talent toute l'année. Toutes les absences étaient motivées. Et << cela, pourquoi? Parce que la Commission scolaire seréunit « quelquefois et fit quelques observations à des parents né- « gligents. La Commission cessa de se réunir ensuite, parce « qu'on apprit qu'il n'y avait pas de ces réunions dans les 0 communes voisines, et que l'autorité n'y tint pas la main. <( Je n'eus pas à me plaindre cependant de la fréquentation. « L'élan était donné. »
« Il faut voir un peu partout comment les choses se passent. (I La loi sur les Commissions scolaires est lettre morte. Faut- « il changer la loi? C'est possible, mais ce sera long. Nous « avons une loi qui peut parfaitement fonctionner. Toutes « les lois nouvelles ne s'appliquent pa? immédiatement ; il « faut en faire l'expérience. »
228 L ÉCOLE D AUJOURD IIL'I
Lu auhe insliUilcur appuie son argumeiilalion sur celle phrase si suggestive duu éducateur distingué : « Faites les lois les pins humaines, si l'é-ducalion ne fait en même temps des iiomnies pour les appliquer et des hommes pour les suhir, les lois ne serviront qu"à déplacer le mal, et peut-être à l'aggraver. »
Un troisième, dont le remarqualtle et suhslanliel travail a retourné tons les i)oints delà ([ucslion, donne an Conseil de l'Kcole, qu'il suhslitiic à la Commission scolaire, un rôle moral considérable. Il lui lait visiter fréquemment les familles, le consliluedéfenseur de la conscience des ouvriers contre les patrons, le cas échéant. Peut-être même en fait-il un peu trop le rival du Conseil municipal en ce qui regarde du moins l'école, ses locaux, ses annexes.
lîn mémoire imporlant conclut à une Commission scolaire cantonale, dont font partie le Juge de paix, des Instituteurs et des Institutrices. Il trouve que l'article 12 de la loi est trop sévère en ne toli'ranl pas plus de 4 demi-jourm'es d'ahsence par mois.
En regard deces documenlsfavorahlcs à laCommission scolaire ou au Conseil de l'école qui dérive du même princq)e, nous ne pouvons nous dispenser de mentionner les conclusions d'un de nos correspondants, délégué cantonal, qui, tenant la Un de 1HH2 comme frappéed'impnissanco dès Sun origine même par les cliangemenls que l'opposition a réussi à y [)rovo(]uer au cours de la discussion, lui reproche la longueur et la complicalion de ses formalités initiales, les nombreux appels aux- (|uelsa donné lieu, au grand dommage de l'autorité des C.oiumissions scolaires, le vice décomposition deces Commissions. Il conclut à l'adoption d'une loi confiant à l'inspecteur primaire, sur le vu des listes mensuelles d'absences, le soin de saisir le Juge (le paix d(> loiilcs les absences illégitimes constatées.
i,e sentiment (|u'il exi)rime dans une élude laborieuse de la question se dégage d'environ 109 des questionnaires et de \-l tiK-moires qu'a reçus la Ligue au cours de son enquêlc.
-M mémoires cl environ 220 questionnaires demandent simplement des modificalions à la loi sans indiquer dans (|uei esprit elles devrait'nl <'tre conçues, ou réclament la mise en
vi^Miour (le la loi, améliorée au hesoin, ou encore expriment l'avis (lue les commissions scolaires soient constituées sur d'autres bases pour pouvoir lonclionner avec plus d'indépendance.
14 questionnaires avec 1 mémoire voudraient le Juge de Paix dans chaque Commission comme membre de droit. Il autres avec 0 mémoires souhaitent une Commission cantonale, sous la présidence ou non du Juge de paix.
Le surplus des questionnaires n'a pas formulé d'opinion relative à la loi.
Nous ne pouvons non plus omettre deux avis très autorisés, favorables au principe d'une Commission cantonale, ceux de M. Edmond Dreylus-Brisac et de M. Paul lîeurdeley.
Le premier, qui remonte à 1888, se réfère à des Conseils cantonaux, élus pour un temps déterminé par tous les pères de Camille et avec le mandat défini et spécial de prendre la tutelle et le patronage des écoles. Il insiste particulièrement sur ces deux points : Conseil élu et mandat spécial.
M. Beurdeley, l'excellentmaire du VIII" arrondissement, consacre dans son livre, l'Eco/c Nouvelle, un chapitre remarquable aux Commissions scolaires; après un examen attentif, il conclut à l'établissemenlde la Commission scolaire au canton. Si l'on lient compte, dit-il, de leur caractère à la fois administratif, scolaire et judiciaire, on arrivera à faire nommer les Commissions de la façon suivante :
Un tiers par le préfet, qui représente le pouvoir central ;
Un tiers par l'autorité académique, c'est-à-dire le Conseil départemental ;
Un tiers par l'élément « pères de familles » qui serait représenté par le Conseil d'arrondissement.
Les vœux émis par le Congrès international de l'Enseignement primaire de 1900 [Revue pédagogique, octobre 1900), enlèventà la Commission scolaire, qu'ils remplacent ensuite par un Conseil de l'École, l'application des pénalités, et la confient au Juge de paix, sur la réquisition de l'Inspecteur primaire. Mais, à rencontre de la plupart des partisans d'une loi de police, ils remplacent par l'avertissement, la rf'primande, l'amende, les peines prévues dans la loi de 1882, que ceux-làjugeaient d'une indulgence dérisoire.
230 L ÉCOLE D AUJOURD HLl
Caisse des écoles. — Les Caisses des Kcoles que dolent, soit 1rs communes, soit la générosité publique, voire l'une et les autres, rendent de signalés services; malheureusement c'est dans les dép;irlemenls où leur action serait le plus nécessaire qu'elles manquent le plus, ou qu'elles sont le plus pauvres. Cela ne s'explique que trop : le législateur a pu rendre les Caisses des Écoles légalement obligatoires ; il lui était apj)aremment plus diflicile de rendre obligatoire l'argent à y mettre; c'est ce à quoi il n'a point encore réussi, d'ui'i la rareté ou la pénuiie de la Caisse des Écoles dans les déparlements pauvres. C'est surtout à notre avis sui riiiilialive privée qu'elles devraient pouvoir compter.
(Article de M. Ferdinand Buisson, Manuel général de l'Insliuclion primaire, 3 janvier 1903.)
On pourrait (lire qu'à l'année 1902 reviendra l'honneur non pas d'avoir résolu, hélas! mais d'avoir posé définilivement plusieurs grandes questions, les questions mêmes d'où dépend l'avenir de notre enseignement national. Elle les a posées, par la force des choses, avec une netteté presque brutale dont précédemment on avait eu peur : on s'était efforcé de ne pas voir trop clair; cette année il a fallu ouvrir les yeux.
Il y a un péril primaire : voilà la nouveauté de l'année.
Ce mol n'existait pas naguère. Il y a quelques années, il y a même quelques mois, il n'aurait pas été compris. Il l'est aujourd'hui, il ne l'est que trop; il e?t si bien entré dans la langue courante que tous les journaux le redisent, chacun le commentant à sa façon.
Péril primaire, c'est-à-dire, en somme, menace de pénurie, dans le recrutement du personnel, ce qui, à soi seul, serait déjà un inquiétant symptôme, quelles qu'en soient les causes.
Péril primaire, en outre, d'autant plus grave que le mal n'est pas accidentel : il a des causes organiques assez profondes el assez complexes pour que le remède ne puisse pas s'improviser.
Péril primaire : parce que d'abord, à forced'ajourner l'amélioration reconnue urgente des traitements, au moins des traitements de début, nous avons découragé beaucoup de jeunes gens désireux à bon droit de n'entrer dans la carrière qu'avec la certitude d'y trouver le pain quotidien assuré.
Péril primaire : parce que, après avoir proclamé l'abolition
232 L ÉCOLE D AUJOIKD IlLI
du pourcentage, nous nous sommes laisst's acculer à la nouvelle année sans avoir rien mi> à la place du régime condamné.
Péril primaire : parce que, obéissant à la plus louable < l en même temps à la plus maladroite des inspirations, voulai;: et devant faire des économies, nous les avons faites sur !••œuvr^-s vives de renseignement primaire, nous avons failli rauliler l'organisme délicat des écoles normales : nousavon> diminué l'effectif des promotions d'élèves, diminué le nombr'' des professeurs, diminué surtout, chez les uns et chez !• autres, l'esprit de contiance et d'allégresse sans lequel un l-l établissement peut bien végéter, mais ne peut plus vivre cl rayonner comme un foyer d'éducation républicaine.
Péril primaire enfin et comme conséquence de toutes ce.> fausses manœuvres sans mauvaise intention : parce quenous avons, par là même, forcé les inspecteurs d'académie à pourvoir aux vacances, à défaut de normaliens elde normaliennes, en introduisant dans le cadre du personnel des jeunes gen> el des jeunes filles munis du seul brevet élémentaire, sanaulre éducation, sans autre préparation que celle de l'école privée d'où ils sortent: nous avons ainsi, dans certains départements, placé à la tête de l'école laïque, nous républicains et en pleine république, un personnel qui risque de n'avoir ni l'esprit laïque, ni la culture pédagogique, el voilà le tiers ou la moitié des postes occupés ainsi pour une trenlainc d'anm't'i».
Je dis à dessein : nous avons fait cela, précisément pour bien marquer que ma pensée n'est pas, ne peut pas être direndre responsable lelb- administration, tel ministère, telle majorité parletnenlaire d'hierou d'aujourd'hui. Le mal ne vient pas de la négligence ou de la mauvaise volonté do celui-ci ou de celui-là. Il vient de ce que dans le pays toul entier la préoccupation scolaire a paru devoir passer au second plan. On a cru avoir, comme on «lit, fait beauc;oup pour l'école, beaucoup pour l'instituteur, el Ion s'est arrêté trop tôt, bien trop tôt dans l'œuvre commencée. On a, pour ainsi dire, déposé les armes avant la fin du combat, on a fait comme si la |)articétail gagnée, le service de l'instruction à jamais aiïermi, dot''-, organiîi', hors do toute atteinte et à l'abri de toute réaction.
C'est en quoi nous nous sommes tou> trompés. L'évi'nement nous la montrO plus vile qu'on n'aurait pu le croire. El, si modéré qu'ait été le ton des réclamations, si patients que soient ce modeste instituteur, cette couraeeuse institutrice laïque qui savent soulTrir et se taire, il n'y a pas moyen de se méprendre sur les réflexions douloureuses qu'ils font tout bas. L'tieure est venue d'aviser non par des paroles mais par des actes. On les a remerciés, loués, admirés; il faut maintenant leur assurer le trailement nécessaire, leur garantir l'indépendance professionnelle, les soutenir dans leurlutte de tous les jours, leur donner ou leur rendre une confiance absolue dans la République.
I.a vivacité même avec laquelle se font jour les critiques et les récriminations prouve que ce pays n'entend pas se résigner à l'abandon de ses grandes espérances. La démocratie sait bienqu'elîe n'est pas infaillible. .Mais elle sait aussi qu'elle n'est pas irréformable.
C'est précisément là que nous en sommes. C'est dans cet esprit que les uns cl les autres nous devons aborder l'an 190:1. Le mal est déclaré, éludions le remède. La situation a des côtés alarmants mais rien de désespéré, si nous apportons pour la corriger une vue plus nette des obligations de la Republique en matière d'éducation, une conscience plus vive de noire responsabilité nationale, une opinion publique plus soucieuse et plus émue de lout cet ordre de problèmes. Que chacun soit bien décidé à faire son devoir: on regagnera vite un peu de temps perdu, on trouvera les quelques millions qu'on prétendait introuvables. Que la faveur publique rende aux fonctions de l'enseignement populaire le rang qu'elles doivent occuper dans l'échelle des professions utiles au pays : le mouvement de désertion qui s'esquissait, fera bientôt place à un retour joyeux de la jeunesse studieuse vers une carrière qui, si elle est une des plus modestes, est aussi une des plus belles, des plus honorables et des plus riches en nobles joies qui méritent de tenter l'ambition d'un honnête homme. Puisse ce programme élre bientôt celui de tous les vrais amis de la France et de la République!
ARTICLE D£ M. ADLARD RÉCLAMANT POUR LES INSTITUTEURS L'EXEMPTION DU SERVICE MILITAIRE
{.iiinue, 31 août 1904.)
J'oserai avouer que je ne suis pas d'accord avec la plupart (Je mes contemporains sur la manièred'appliquer les principes d'éfralité proclamt''s en 1789.
Ainsi quelques articles de la nouvelle loi militaire me paraissent inspirés plntcM par une sorte de manie d'égalitaristno que par les théories et par les actes de la llévolulion française.
Les auteurs de cette loi veulent que tous les Français, sans exception, soient soldats pendant le môme nombre d'années el dans les mêmes conditions.
Qu'ils disent, .s'ils veulent, qu'en établissant ce lépimeunilorme pour tous ils obéissent aux tendances de la masse du peuple, je le veux bien.
-Mais qu'ils ne disent pas qu'ils l'éalisenl les Ihéoriesde I7S(» et de 1703.
Kn matière de recrutement militaire, le principe des bonimes lie la Hevolntion, ce fut le volontariat.
Quand la guerre eut mis la France en péril, il arriva que le système de volontariat ne donna pas assez de soldats: alors, il y eut la levée en masse.
Mais même alors, en 170.3, en pleine «Terreur», celte levée en masse r)e se lit pas «ans de nombreuses exceptions.
I.i! Comité de Salut [lublic exempta une quantité de gens du sei'vico militaire, alors cependant (|ue la France n'était plus (ju'uii vaste camp, et les réquisitionna pour d'autres <'mplois.
::étS^
Il exempta les auabaplisles d'Alsace, qui répugnaient à porter les armes, et il les exempta parce qu'ils •'•taierit peu nombreux et parce qu'il lui parut qu'il y aurait plus d'inconvénients à les contraindre qu'il n'y en avait à les employer à autre chose.
Il exempta tous ceux qu'il lui parut utile d'exempter, afin de laisser ou de procurer des bras à l'agriculture et à l'indusliie.
Par d'innombrables arrêtés, que l'on Irouveia dans le liecueil de ses Actes que je publie, il rappela des citoyens du régiment à l'atelier, à la ferme, aux emplois civils.
Son principe fut que, même en temps de guerre, il ne fallait pas risquer, par manie d'égalitarisme, de désorganiser les grands services publics ou de tarir aucune des sources de la richesse nationale.
Il pensa qu'une nation civilisée ne se défend pas seulement par des soldats, mais aussi, et même dans l'état de guerre, en maintenant 'toutes les formes essentielles de son activité.
Il pensa que si tout le monde sans exception aucune était soldat pendant un temps, et que si on ne reservait pas du moins quelques individus d'une génération aux services civils, on mettrait en péril lexislence même de la nation.
Dans ce peuple si acharné alors contre les distinctions et privilèges de naissance, il ne se trouva personne, même parmi les plus démagogues, p>our reprocher au Comité de Salut public et à la Convention nationale les exceptions par lesquelles furent tempérés les inconvénients de la levée en masse; à tous, ces exceptions parurent raisonnables, utiles, et personne alors n'eut l'idée d'y voir des privilèges.
Voilà comment les Français comprenaient le service militaire en 1793, en pleine guerre, quand la France était envahie — et, soit dit en passant, cette conception du service militaire ne fut pas si sotte, puisqu'ainsi nos pères chassèrent l'ennemi et bousculèrent les rois.
Nous, en 1904, en pleine paix, quand la France nest pas même menacée, nous ne pouvons supporter l'idée qu'il y ait «n France un seul Français qui notasse pas exactement et rigoureusement vingt-quatre mois de caserne.
236 L ÉCOLE IJ AlJftLHD IILI
Personne n'ose dunoncer à la tribune la conséquence cerlaiiie de cet égalilarisme.
(',(>tle conséquence certaine, c'est que le [)lus t,'ran(l et le plus utile des services publics, le service de renseignement primaire, va ùtre désorganisé.
Déjà lors du vote de la précédente loi, quand on exigea des instituteurs un an de service militaire, le nomlire des candidats aux écoles normales diminua de plus de moitié.
Depuis, le ret-rulement est devenu plus pénible encore.
Vous me direz que les instituteurs sont mal payés, et que c'est pour cela ipi'on les recrute mal. .Mal payés, oui; mais moins mal qu'il y a vingt ans. Or, il arrive que c'est après une amélioration de leurs traitements, amélioration insuffisante, celtes! mais sensible cependant, il arrive, dis-je, qui' c'est depuis (](ie les institut^'iirs sont muin^s jiauvres qu'il y a moins de gens ijui veulent être instituteurs.
Ne contestons pas l'évidence.
C'est l'idée que leurs fils ne seraient pas soldats qui décidait beaucoup les parents à les tourner vers le pénible métier d'instituteur.
(Jiiand les instituteurs durent faire un an de service, le nombre des vocations diminua, disions-nous, de plus de moitié.
.Maintenant qu'ils devront faire deux ans de service comme tout le monde, ces vocations disparaîtront presque toutes, et on ne pourra plus recruter les écoles normales.
Déjà le niveau a baissé.
Que sera cette baisse après le vote définitif de la loi'?
Si la Hépubliquc a vécu, si elle a résisté aux assauts du boulangiscne et du nationalisme, si elle ne s'est pas laissée étoulTei- par l'Kglise romaine, c'eslgrâeeà l'enseignement (|ue le |)euple français a reçu de ses excellents instituteurs primaires.
.Maintenant, par le fait de la lui militaire, il est absolument certain que ces instituteurs ne seront plus excellents, et <|ue peu à peu les cadres se remplir'ont de médioci'cs, d'incapables
On verra, dans quinze ou vingt ans, quels seront les résultats de cet abaissement de l'enseignement primaire.
On verra si la masse rurale et ouvrit-re, iiislriiitc par des maîtres insuffisants, sera en état de résister aux soptiismesel au prestige de quelque soldat ambitieux.
On verra si l'école, dirigée par des maius incapables, saura guérir la démocralie française de la maladie du césalistne.
Vous parlez de défense nationale!
Mais la première mesure do défense nationale, c'est d'empôcher que la France ne tombe aux mains d'un César quelconque qui la livrera à tous les liasards d'une guerre de gloriole.
Or c'est par l'école et rien que par l'école, qu'on empêchera cela.
Donc, si la loi militaire désorganise l'école, elle est une mauvaise loi de défense nationale.
Ce qu'il y a de plus fort, c'est que je n'ai pas encore rencontré un seul homme politique qui, causant avec moi de cette fâcheuse et certaine répercussion de la loi militaire sur l'enseignement primaire, ne fût de mon avis, en conversation privée, et ne reconnût que, faute de bons instituteurs, notre nation ne risquât de périr.
Je n'en ai pas non plus rencontré un seul qui n'ait ajouté en souriant :
— Que voulez-vous? Le courant d'opinion est trop fort. 11 faudra bien que je vote la loi militaire telle qu'on nous l'oirre.