LES INSTITUTEURS ET LA POLITIQUE
A. — Discours dk Jules V?mv,\ aux instituteurs, phononcé AU Congrès pédagogique un \~ aviul ISSl (extraits)
(.liilos Ferry, nifii-niirs et opinions, IV, p. 256-258)
Il est un lerrain sur lequel ji' vous aulorise, que dis-je? je vous rocommande di; vous tenir fermes dans voire droit, de vous barricader dans votre indt^pendance : c'est le terrain de la politique militante et quotidienne ! Ne soulTrez pas qu'on lasse jamais de vous des agents politiques! (Vi^sapplnuflissement.<. )
Nous nous entendons bien, nous ne n'éditons pas ici la formult; qui fut célèbre dans les dernières années de l'établissement si difficile, si contesté de la République, cette formide du fonctionnaire qui disait : « Je ne fais pas de politique! » A cette époque-l;\, comme on avait cbangé beaucoup de notions et bouleversé le sens des mots, « ne pas faire de politique, » cela voulait dire « Faire de la politique sournoise contre la République! » {Rires et applriudissements.)
Nous ne l'entendons pas ainsi : je ne dirai pas, et vous ne me laisserie/ pas dire qu'il ne doit pas y avoir dans l'enseiirnement pi-imaire, dans votre enseignement, aucun esprit, aucuiu- tendance politique. A Dieu ne plaise! pour deux raisons : d'abord, n'ètes-vous pas chargés, d'après les nouveaux programmes, de l'enseignement civique? c'est une première raison; il y en a niu^ seconde et plus haute, c'est que vous êtes tous les fllsdf! H9 I liravos et applandissemenls).
Vous avez été affranchis connue citoyens par la Révolution
franraisp, vous allez être émancipés comme instituteurs par la Ht'piibliqiie flo iSHO : comment n'aimeriez-vous pas et ne rerloz-vou> pas aimer dans voire ensei?nt;iiient et la Révolulion t't la Rt'-publiqiie? (Applaudisseinfnts prolonr/és.)
Celle politique-là, c'est une politique nationale; et vous pouvez, et vous devez — la chose est facile — la faire entrer, sous les formeset parles voies voulues, dans l'esprit des jeunes enfants; mais la politique contre laquelle je tiens à vous mettre en garde, est celle que j'appelais tout à l'heure la politique militante et quotidienne, la politique de parti, de personnes, de coterie! Avec cette politique-là n'ayez rien de commun! 1-lle se fait, elle est nécessaire, c'est un rouage naturel, indispensable dans un pays de liberté; mais ne vous laissez pas prendre par le bout du doigt dans cet engrenage : il vous aurait bien vite eniportés et déconsidérés tout e{\i\ersl {Applandisaements). L'ne école pour un parti, une école pour une coterie, un instituteur de parti ou de coterie, vous seriez cela, quand vous êtes les instituteurs de la France et de la patrie! Vous useriez dans ces luttes quotidiennes et d'autant plus mesquines que l'horizon dans lequel elles se passent est plus étroit, votre temps, vos forces, votre chaleur d'âme, cette passion que vous avez pour le bien! Non! non! je le sais, vous n'en êtes pas tentés i Applaudissements) ; mais je crains qu'il n'y ail des tentateurs, c'est pour cela que je vous parle aujourd'hui !
Nous allons, Messieurs, procéder, dans quelques mois, aux élections générales. Les événements, la part considérable qu'a faite aux réformes de l'enseignement dans les préoccupations de l'esprit public le grand mouvement auquel nous assistons, ont eu cette conséquence que le ministre de Tlnstruclion publique est devenu ministre dirigeant de la politique du pays. Eh ttien, je tiens à le dire ici très haut, très franchement, pour tout le monde: le président du conseil, chargé de cette haute et double fonction, se croirait déshonoré s'il sacritiait l'une de ses responsabilités à l'autre, s'il faisait jamais de l'école la servante de la politique (Applaudissements), et c'est la République elle-même qui pourrait être singulièrement compromise si l'on pouvait dire : « Voilà un gouvernement qui lait des élections avec les instituteurs, comme ceux qu'il
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H remplacés ont essayé de le faire avec les curés! Ilirnvosct npplnu(lis>^cmcnts\ Messieurs, cela, nous ne le. souffrirons pas! Nous aurons à présider à celle grande consullation du pays d'ici à peu de mois; s'il se renconlrail des adniinislraleuis indiscrels, s'il se Irouvail — ce qui esl peul-Alre plus vraisemblable — des candidals trop pressants {Ilires), vous leui- répondriez : « Noire minisire ne veul pas. » {Très bien! trcs bien! et ap])l(n((li!>fir)iie)its).
Heslcz, messieurs les insliluleurs, là où nos lois el nos mœurs vous ont placés, restez avec vos petits entants dans les régions sereines de l'école! Celte abstention de l'instiluteur esl d'antaiil plus nécessaire que le régime sous lequel nous vivons esl plus profondément démocratique. Oui, si le gouvcrnemenl démocratique estnécessairemenl destiné avoir de fréquents changements de personnes, si celte mobilité du personnel gouvernant est la force de ce gouvernement, si elle fait sa sécurité contre les révolutions, en même temps qu'elle esl le gage de la bonne conduite des affaires, à côté de cette administration changeante, il faut qu'il existe un corps enseignant digne, stable, durable, veillant d'un œil jaloux sur le |)lns giand el le plus permanent des intérêts publics, l'enseignement national, sur la chose la plus sacrée el la |)lus respectable qui soit dans le monde, l'âme de l'enfanl! (liravos et applaudissements prol()n(jcs.)
li. — Discours di: M. Charles Dlpuv (Gtianil)rc <lcs Uépulés, 18 mars 1893)
« Nous sommes tous, |)ermellez-nioi de vous le dire très franchemcnl el très amicalement, un peu coupables et un|)eu fcsponsables de celte situation. Oue nous siégions à droite, au centre, à gauche, à l'extrême gauche, dans les moments (le calme el de tranquillil"', lo.sque les élections sonl faites, nous considérons volontiers rinstituleur comme une sorte de magistrat, comme uni,' sorte " d'officier de morale el d'instruction civicpie ", selon le mol df la Uévolution.
« Mais vieiHieiil les périodes un [)eu plus agitées, qu'on appelle les périodes électorales; alors, nous trouvons à l'instiliileur une certaine inlluence, une certaine aptitude à soutenir nos candidatures. Nous remarquons que dans la commune il est natnrellecnent un des plus intelligents, un des mieux doués, un de ceux dont la parole peut avoir le plus d'autorité, et nous l'attirons dans notre sphère d'action ; nous lui disons : Vous n'êtes pas seulement instituteur, pour enseigner et pour former des électeurs; pourquoi ne feriez-vous pas un peu les élections? Cela se tient de si près.. .
u ... Tout cela cesserait, je le dis très haut, pour être entendu de ceux qui sont derrière ces murs et qui sont les plus intéressés à le bien savoir, tout cela cesserait, si l'instiluleur s'inspirait seulement de son devoir, se considérait comme tenu uniquement de faire des citoyens, des électeurs, et ne se préoccupait pas de faire des élections. [Très bien! Très bien! sur un très grand nombre de bancs).
— M. Jaurès interrompant : '< Les instituteurs sont des citoyens. »
— M. Lavy, ititerrompant : « Vous n'entendez pas, cependant, contester leur droit de voter? Ils sont libres. »
Voici ma réponse à ces interruptions : « Vous me dites que l'instituteur doit être libre; oui, et par cela même qu'il est professeur de la liberté. Mais, quentendez-vous par être libre? Est-ce se mêler aux actions, aux agitations du forum, pour parler un langage qui nous est familier? Est-ce s'immiscer dans les querelles qui divisent les familles? Est-ce qu'il n'est pas l'instituteur de tous les enfants de la commune, de quelques familles que proviennent ces enfants? Est-ce que la meilleure manière qu'il ait de gagner des partisans au régime républicain, démocratique, ce n'est pas précisément de montrer, avec une grande foi personnelle dans les bienfaits de celte Révolution sans laquelle il n'existerait pas, une véritable impartialité, une véritable sincérité, une aménité complète envers tous? »
('. — I.A l'KRIODi; UE LA « DÉFENSE RÉPUBLICAINE ■■ ET DL II BLOC »
(Kxiraits ilii discours prononcé par M. Curnaud, dépiitO des Bouches- (lu-Rhi"inc, ancien instituteur, à la rôte-i'onlércnce orfjaniséc par l'Union des Inslilulcurs cl des In^lilutriccs publics de la Seine. l'Amicale de la Seine-et-Oise et l'Union ilc Seinc-cl-iM.irne, présidco par M. Lavv. ancien députe, chef de cabinet du niinislre du Commerce, le jeudi 30 mai lî)OI. [Sti/ipirmeiil à lu icviu- «Après rKcole^>. n° !()(>, ."j juillet 1901.])
Toutes les fois (}ue vous faites preuve de dévouement et de talent, toutes les fois que vous avez augmenté, dans le cœur de vos élèves, leur amour pour la justice, et que vous avez accru la somme des notions dont vous ilevcz doter leur intelligence, vous avez travailli', beaucoup plus que vous ne le croyez, pour vous-mêmes et pour votre avenir ; car celle jeune génération, que vous formez au devoir, demain ellesi^ dressera, au moment des luttes élecloralcs, elle enverra dans le Parlement, dans les pouvoirs publics, des hommes de bien et de progrès et, par leur action politique, ces élèves, que vous aurez formés à votre image, instaureront la véritable llépubli(|ue, (jui fera de vous rinstiluleur de demain - celui que vous serez bientôt [LoïK/sapplundisscmcnts).
Nous connaissons surtout l'insliluleur d'aujounilHii par les devoirs qu'il a à remplir, par le trailemeut iiilime qu'il r(M;oil ; c'est pour(|Uoi il m'est permis (i'etabiir qu'il v a des dill'érenccs capitales entre ce qu'est rinstituleiird'aujourd'liui lice qu'il sera demain. La plus grandedes richesses sociales, la première dt; loutes, est constituée par le cerveau, par l'intelligence des enfants de la Krance ; c'est vous qui êtes chargés de gérer celte richesse inestimable, vous qui, par consé- (jueiit, iTuiplissez le rôle social le plus utile do tous. Dans (■(!s coudilions, à mesure que vous travaillez, que vous jetez à pleines mains la Itonue semence autour de vous, vous donnez à la richesse la plus inestimable du pays toute sa valeur; vous aidez puissamment au |)rogrès de la nation, par vos
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sacrifices, par votre dévouement, et l'on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que vous faites plus encore pourvotre patrie que les guerriers qui meurent sur les ctiamps de tiataille pour la défendre {Applaudissements et hravos prolonfjés}
Vous ôles et vous serez vous-mêmes les artisans de votre propre bonheur. Sans vous en douter peut-être, toutes les fois que vous vous dt'-vouez pour les autres, vous travaillez pour vous, puisque vos sommeils ne sont pas troublés par les regrets, ayant lait pour vos concitoyens plus que n'ont lait les plus dévoués de vos contemporains. (Bravo !
Voilà donc ce qu'est l'instituteur d'aujourd'hui; c'est un lutteur, c'est un porteurde bonne semence; c'est lui, l'ouvrier delà civilisation, l'ouvrier du progrès; il lient la première place dans le pays à la fois par sa valeur personnelle et par la valeur même du produit inestimable qu'il fait rapporter à l'ensemble delà nation. VolLà pourquoi nous ne saurions trop, nous, représentants du peuple, nous dévouer à votre sort ; et toutes les fois qu'il m'est donné, avec mes amis ici présents, de voter pour vous, ou de monter à la tribune afin d'arracher à la nation quelques sacrifices nouveaux pour augmenter un peu votre bien-être matériel, ou pour diminuer vos misères familiales, nous sommes convaincus que nous ne faisons qu'une partie de notre devoir. .Nous voudrions que, tout de suite, vous soyiez les plus considérés parmi vos concitoyens, que, tout de suite, vous puissiez avoir la rémunération suifisante pour avoir le loisir d'étudier davantage, de voyager afin de mieux connaître votre beau pays, et, par suite, de le mieux faire connaître à vos élèves, et de le leur mieux faire aimer ; nous voudrions que ce soit vous qui possédiez les bibliothèques les plus riches et les plus variées, que ce soit vous, en un mot, qui disposiez dans votre intérieur des moyens les plus considérables pour devenir sans cesse des hommes, pour monter sans cesse dans la voie du bien et du progrès par l'effort incessant de votre esprit, aidés dans cette marche ascendante par les satisfactions nécessaires que la nation vous donnera, mais qu'elle vous marchande encore aujourd'hui ! {Trèx bien ! Braro !) Certes, nous ne ferons jamais assez pour l'instituteur, parce que, à mesure que nous
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diminuons pour lui les soucis matériels, nous lui permoltons de se rocueillir, dV.ludier, d'accroître sa valeur intellfcluolle et morale, et par cela m»'me nous travaillons mieux et plus que par n'importe quel antre moyen à la prospérité de noire pays. Ce sont des vérités qui ne peuvent être dr-menlies par personne ; la première de nos richesses étant constituée, je le répète, par les intelligences de nos enfants, c'est vous dont la lâche est la plus noble, vous dont la lâche est la plus productive.
Quel est donc celui qui pourrait se dresser devant une assembh'e populaire, quelle qu'elle soit, et dire : « Nous avons fait assez de sacrifices pour les instituteurs du peuple ? •> IJe sacrifices poiii- vous, la Ri'publique n'en fera jamais assez, parce que, tout ce qu'elle fera pour vous, elle le fera pour la France de demain (Bravos).
Je ne voudrais pas que vous puissiez croire cependant que je suis venu ici pour vous flatter, pour vous adresser des compliments à jet continu, pour vous écraser même sous le poids de votre propre valeur intellectuelle et morale. Certes, en parlant de l'instiluteur, en prenant Tinstituleur abstraction, j'ai dit de lui ce que je devais en dire ; mais si je devais m'adresser mainlenani à chacun et à chacune d'entre vous, je serais obli^'è de vous dire que, voire devoir-, vous nelavez peul-èlrc pas toujours lait (Ties bien ! Cest vrai ! Bravos prolongés).
Vous ne l'avez peut-être pas toujours fait, parceque, parmi vous, s'il est des ouvriers subliriies, s'il est des homme> courageux, qui savent énergiquemerrt revendiquer leurs droil s, il en est d'autres, hélas ! qui, habitués à trembler sous la férule gouvernementale, n'ont pas encore su briser toutes leurs chaînes (Bravos et acclamations rrprtécs cl prolonyccsK
l*uisque vous (levez former des citoyens complets, eommencez dorre par être vous-mêmes des citoyens complets ! {Nouveaux applaiulisscmenlsct bravos rc/)ff<?s. ) Cerlainses|)iils, jaloux ou timides à l'excès, se sont écriés : L'instiluteur abusera peut-être de sa liberté et de ses droits de citoyen ; peut-être le verrons-nous descendre dans l'arèrrc politi(]ueel s'occuper plus de politique que de ses devoirs éducatifs. Certains orrt essayé de vous prêcher l'abslenlion ; on a dit :
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« El surtout pas de politique! » La politique vous a étéreprésentée comme un tléau. Permettez-moi, devant mon ami Law, devant mon ami Maurice Fanre, devant Uaulard, qui pensent tous comme moi, de vous dire : Prenez garde ! Si vous vous efTacez, si vous ne rentrez pas, lorsqu'il sera nécessaire, dans l'arène politique, pour y défendre la République, prenez garde, on pourra bien nous l'étrangler {Vifs applaudissements et bravos nourris et répétés). Et si on nous la supprimait, c'est vous qui seriez le gage de la victoire pour nos ennemis, vous qui retomberiez sous le despotisme etsous la tyrannie.
Aujourd'hui, la République a fait pour vous ce qu'elle pouvait faire. Le Gouvernement de défense républicaine vous a donné la liberté que sa majorité gouvernementale lui permet de vous donner; le Gouvf^rnement ne pouvait pas vous en accorder davantage sans être renversé du pouvoir; mais, demain, si la majorité qui retournera au Parlement devient une majorité républicaine, plus compacte et plus avancée, c'est vous qui récolterez tous les bénéfices de la lutte achevée. Si, par impossible, au contraire, c'étaient les républicains qui soient vaincus, et qu'une majorité d'hommes, plus ou moins suspects, plus ou moins incolores, vint à pénétrer dans nos pouvoirs publics, immédiatement toutes les garanties, que vous avez vu le Gouvernement et la République vous accorder, toutes les permissions de vous grouper, qu'il vous a données, vous les verriez supprimées d'un seul coup.
Voyez comme le GouvcEuement de la République, au fond, vous encourage. Non seulement il vous permet de vous réunir dans vos Amicales départementales, de vous grouper et de faire œuvre corporative, mais encore il vous accorde l'autorisation de vous réunir dans vos Congrès annuels. Nous allons être bientôt à .votre troisième Congrès corporatif. Le premier s'est tenu à Laon, le deuxième à Paris, admirablement organisé par notre ami Deura, par noire ami GouÊFé, par Traufner, et par tant d'autres encore, dont j'oublie les noms; bientôt, nous verrons se rouvrir ces assises professionnelles à Bordeaux; le Ministre y viendra vous apporter ses encouragements, et vous dire que l'organisme corporatif
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de Vamicale a reçu une consiTralion officipllc, et qu'il ne peut pas y avoir un seul inspecleur d'académie, un seul pn^lel, un seul inspecteur primaire, qui ail le droit de se dresser contre Vamicale pour essayer d'intimider ceux qui sont à la tùle el (iiii n'ont (|u"un but: vous réunir le plus souvent possible, afin que vous vous concertiez entre vous, pour étudier vos devoirs corporatifs, pour examiner les questions professionnelles, qui vous intéressent, et pour élablir le programme de reveniiications que, respectueux mais fermes, vous devez placer entre les mains des représentants du peuple.
Vous avez donc aujourd'hui la possibilité de faire acte corporatif. Je prononce là un mot, qui n'a pas été prononcé bien souvent et qui, surtout il y a dix ans, n'avait pas encore pénétré dans les couches profondes du corps enseitrnanl. I^e devoir corporatif est un devoir tout nouveau dans notre siècle, mais ce n'en est pas moins un chïvoir; vous avez, vous qui appartenez à lu même grande famille, qui avez les mêmes devoirs, les mêmes obligations et les mômes intérêts, vous avez, parce que vous êtes devenus un grand corps social, un devoir de plus, qui se confond avec votre intérêt matériel : c'est de vous grouper, c'est de faire des sacrifices pécuniaires en faveur de votre grande famille. Voyez l'exemple donné à côté de vous par la classe ouvrière. On peut parler aujourd'hui, devant les représentants des ministères, des revendications ouvrières et des syndicats ouvriers sans que ceux qui, étant fonctionnaires, nous écoulent, jiuissent risquer quoi que ce soil de coercilif de la part de l'Adminislration. {Ilircs et applaiulisscmcnts.) Les syndicats ouvriers, grâce à la loi de 1884, ont produit des résultats merveilleux. Les ouvriers, avant vous, ont compris leurs devoirs professionnels ; ils se sont groupés, ils se sont imposé des colisaticms cluique mois, et l'enstMuble de ces sacrifices pécuniaiies a servi à la défense desintèrèls matériels de la cor|ioration. Voilà ce <|ue les ouvriers, bien longtem|)s avant vous, oui su faire; mais vous, hommes el femmes plus instruits (|ue les ouvriers, comprendrez-voiis moins bien qu'eux le devoir corporatif? Serez-vous moins capables (|ue la classe ouvrière de comprendre vos intérêts et de les défendre?
Si je puis aujourd'hui vous donnof un consuil d'ami, c'est «•videnimont de défendre la Hépubliqin:, pour jiouvoir compter ensuite sur les députés et les sénateurs républicains, mais c'est aussi de compter un peu sur vous-mêmes ; il ne faut pas laisser faire en votre faveur toute la besogne aux autres ; il faut un peu mettre chacun la main à la pâte. Bravos vifs et répétés^ Il faut vous occuper de vous-mêmes, de vos intérêts corporatifs, et, pour cela, le devoir est tout tracé: groupez-vous dans une seule organisation par déparlement. S'il est des organisations rivales dans le département de la Seine, peu m'importe, Je n'ai pas à les connaître: Je n'ai pas ici à faire de la réclame ou pour l'une, ou pour l'autre, au dt'triment de l'une ou de l'autre; mais je sais que j'ai un devoir — et vous le comprendrez aisément, — c'est de vous conseiller de n'avoir qu'une seule Amicale dans le département de la Seine, comme je conseille à tous les instituteurs de France de n'avoir qu'une seule Amicale par déparlement, un seul groupement corporatif par département. ^Vif's applaudmements.) Vous comprenez vous-mêmes que je ne puisse l'aire autrement que de vous donner ce conseil ; nous n'avons pas, nous, hommes publics, à descendre dans le détail de vos rivalités de personnes ou de vos rivalités de groupes; nous devons être, de par notre rôle, bien au-dessus de vos divisions ; mais toutes les fois que l'occasion se présente pour nous de faire entendre notre voix pour essayer de vous grouper déGnilivement, nous serions peu fidèles à notre mandat, si nous reculions devant l'hostilité de quelques intérêts particuliers. Donc une seule Amicale par département, un seul groupement corporatif par déparlement ; et, quand la chose sera faite partout, quand, dans chaque département, il y aura une Amicale composée de i'unanimilédes instituteurs, lorsque ces Amicales auront leur Congrès annuel, vous aurez accompli un immense progrès. Alors, quand les hommes noliliques, soit à la Chambre, soit au Sénat, se consulteront pour savoir s'ils doivent voter pour ou contre les intérêts des instituteurs, beaucoup d'entre eux jetteront les yeux sur les groupements corporatifs départementaux, et se diront : <- Il y a là une force. Nous voterons pour eux, » {Bravos répéter.)
Voire devoir est de vous grouper, et si, jusqu'à ce jour,
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quelques-uns d'onlre vous n'ont pas vu ce devoir, je les en conjure, qu'ils ne lardent pas davantage à s'inscrire dans un groupenienl corporatif, pour travailler ensuite à faire Tunitr du corps enseif,'nant.
Co di'voir professionnel vous semblera peul-AIre quelqutfois difficile à remplir; pcut-<^lre quelques-uns d'entre vous hésitent-ils avenir dans ces groupements [)rofessionnels, parce que les hommes placés à la télé de ces groupements ne leur plaisent pas; mais, citoyens, votre devoir est de faire abstraction de vos préférences personnelles; dans un groupement corporatif, on a le droit de travailler à remplacer les hommes qui sont à la tête de ce groupement; il faut qu'il y ait des minorités dans les groupements corporatifs; et la minorité a le droit de travaillera faire placer ses hommes au bureau, lorque le moment s'en présente, lorsque les élections sont venues; mais quiconque s'abstient du groupement syndical, du groupement corporatif, trahit non pas les intérêts seulement de sa corporation, mais ses propies intérêts.
Du reste, dans l'état actuel de la vie sociale, les institutrices et les instituteurs seraient impardonnables, s'ils ne s'occupaient pas d(> l'histoire contemporaine! Or, laformation des corporations est le fait le plus saillant de l'histoire contemporaine. Voyez avec quels paradoxes on donne souvent le change, à l'opinion, puisque l'on en arrive à avoir peui' que vous appreniez celte histoire contenjporaine à vos élèves T Ainsi vous allez laire revivre le passé seulement, sous leurs yeux, et il n'y aura qu'une seule époque de l'histoire, qui ne vous intéressera pas; ce sera celle au milieu de laquelle vous vivez! c'est celle époque dans laquelle vous jouez votre rôle personnel, qui vous échappera dans ses multiples formes ; vous ne voudrez pas fouiller plus avant pour la connaître mieux chaque jour ; vous hésiterez à faire de l'histoire de nos jours! Ne craignez-vous pas, si vous vous abslcMiez (l'éludipr l'hisloire contemporaine rt d'y jouer votre rfMc actif, (jue, ne connaissant pas les nécessités sociales actuelles, vous ne soyez les premières dupes de cette abstention ? Ne craignez-vous pas que, restant sans cesse chez vous, à l'écart de tout groupement, de toute lutte, àl'écarl de toute
t'iude sociale, vous ne méritiez qu'on vous oublie dans voire isolcnicnl ? Je craindrais, pour mon compte personnel, que,, dans le bruit des clameurs générales qui se font entendre de tous les points de l'horizon, et qui sont poussées par les groupes corporatifs réunis ou isolés, seule la voix du corps enseignant ne se fit pas entendre. Si votre voix ne parvient pas aux oreilles du législateur, craignez que l'on ne se dise en haut lieu : « Toutes les corporations de France poussent des clameurs ardentes pour demander sans cesse des améliorations à leur sort, seuls les instituteurs se taisent. (Très bien! très bien!) Ils paraissent sommeiller, comme dans un tombeau. C'est bien ! qu'ils y restent! » et que, refermant le couvercle, on ne vous y oublie dans le silence de la mort {Sourires et applaudissements vifs et répétés).
Celle histoire contemporaine, vous ne pouvez la bien connaître qu'aune condition, c'est de la vivre et par conséquent de faire de l'aclion syndicale et politique [Bravos). La politique, que voulez-vous ? — c'est peut-être triste à dire, — présente en soi desdirfkultés, c'est une voie rude et difficileà suivre ; mais en somuie, la politique, c'est la chose vécue, c'est la chose la plus importante du moment, et les hommes qui participent à la politique, les hommes qui disent : <( Je suis citoyen; je compte au moins pour un dans la masse sociale; il faut que mon effort ne soit pas perdu; il faut que, dans le total des résultats généraux, l'effort que j'aurai fait ait son empreinte marquée », ces hommes-là ont conscience d'avoir rempli leur strict devoir et de vivre en hommes complets.
Lorsque vous en arrivez à cette coiislatation que la poiilitiue devient chaque jour plus dure et plus âpre, que la mêlée devient plus confuse et plus dangereuse, c'est votre devoir plus étroit encore de vous en occuper plus activement, parce que c'est dans les mêlées confuses, c'est dans les moments obscurs de notre histoire contemporaine, que l'ennemi nous guette, qu'il se prépare à donner l'assaut décisif à nos institutions ; et si nous n'étions pas là pour lutter, pour nous serrer les coudes et pour défendre ces institutions, c'en serait peut-être fini du régime ré[iublicain.
Je me résume: vous avez donc le devoir de vous occuper de l'histoire contemporaine, et, par conséquent, le devoir de
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faire de l'aclioii syndicale cl politique; tels sont les devoiis de rinplilul'>.ur d'aujourd'hui.
Ne compli'Z pus seuletnenl sur les autres, comptez sui vous-niùines; soyez les pro[)res artisans de votre l'orlunc : devenez vous-mêmes de véritables et de complets citoyens ; répandez votre llainme autour de vous. Que votre énergie apprenne à vos concitoyens que vous existez, que vous formez un corps vivant entre tous ; et c'est lorsque je vous verrai tous unis dans notre pays de France, ne formant (]u'unc seule et vaste corporation, que je dirai : « Les jours sont proches où l'instituteur aura conquis la position sociale qui lui est due » ; parce que je compte encore bien plus sur vous que sur nous-mêmes, que sur vos amis du Parlement. C'est vous qui serez, dis-je, les propres artisans de votre fortune; et, dès lors, si vous vous évadez de l'histoire coiitem|ioraine ou de la politique, c'est tout un, vous vous trahissez vous-mêmes, vous êtes vos pro[)ros ennemis, et vous méritez de disparaître rapidement, de tomber, au point d(! vue social, dans les rangs les plus obscurs, et de laisser mouler à votre place ceux qui s'occupent d'histoire, de groupement corporatif et de politique {Vifs applaudissements).
Mais je n'ai terminé qu'une partie de ma conférence ; et j'aborde tout de suite la partie qui, pour moi, est la plus importante.
Un a dit des inslilutrurs, — ce sont nos ennemis qui onl tenu ce langage, - (]uils étaient incapables d'être des éducateurs, de former le cœur et l'àme des entants; et ceuv-ia mêmes (jui ont affirmé qu'il n'y avait qu'une seule catégorie d'hommes capables de répandre autour d'eux la saine morale, et d'élever sans cesse les intelligences, les âmes et les co'urs, ceux-là mêmes qui ont affirmé que, pour élever les enfants avec toutes les garanties nécessaires, il fallait commi'iicer d'abord par faire prolession de ne jamais en avoir bravos et rires., ceux-là sont les partisans des régimes déclins ! ( Vifs apphiitdisscmciits.)
I.eui's éducaleiiis priifiM-és, ce sont li-s hommes (|ui, |)ar égoïsme, se sont évadés de la famille. Ils vi'ulentne dcmnerà la France, ne donner aux enfants qu'une seule et même éducation ; ils ne reconnaissent pas, avec la plupart des pen-
seurs, que l'idéal sérail d'approprier l'éducation et l'inslruclion au tempérament de chaque enfant, à ses lacultés iialiirelles; ces liommes ne croiniit pas qu'il faudrait autant d'éducateurs, pour ainsi dire, qu'il y a d'enlants; ils voudraient non seulement qu'on donnât à tous les cerveaux la nn'-me culture et la môme inslrucliou, mais ils ont la [U'iUention de vouloir façonner les jeunes citoyens, pour ainsi dire dans le même moule, de pétrir avec des mains de fer cette pâle malléable et ductile entre toutes, pour que ces enfants, ayant reçu la même instruction, arrivés à l'càge d'hommes, aient la même pensée, le même but, celui d'étouffer la liberté et l'égalité, afin de permettre à l'Eglise de réaliser son rêve antique et, par le nivellement des cerveaux, de régner audessus de la libellé et de l'égalité étranglées, non plus sur des hommes, mais sur des esclaves agenouillés devant des idoles {Applaudissements et bravos prolongés) .
Je ne reconnais ni l'autorité du maître, ni l'autorité du père de lamille, quand le maître et le père de famille veulent façonner les jeunes enfants à leur image. Les maîtres n'ont qu'un devoir, celui de présenter aux enfants tous les systèmes en présence, avec la plus grande loyauté, mais de développer de telle sorte leur cerveau et leur intelligence que, le moment venu de faire son choix, reniant ne puisse se tromper et que, résolument, avec discernement, avec confiance et certitude, il dise, en désignant la l^épublique : « Voilà l'idéal ! Voilà le régime sacré, auquel je ne permettrai pas que personne touche ! » [Bravos prolongés.)
Vous n'êtes pas, disent vos ennemis, des professeurs de morale; il n'y a qu'eux qui, paraît-il, peuvent, par leur exemple (Sourires) et l'éducation (lu'ils donnent, élever sans cesse le niveau moral et intellectuel des élèves. Les attaques que nous entendons diriger du haut de la chaire contre les institutions républii-aines et surtout contre les écoles laïques, nous font un devoir non pas d'attaquer, entendez-le bien, mais au moins de nous détendre. Or, chose curieuse, chose extraordinaire, toutes les fois que les institutrices et les instituteurs se sont dressés non pas pour attaquer les prêtres ou les moines, mais pour se défendre contre eux, on a dit, du haut de la chaire: ■• Hegardez-les, ces énergumènes; ils
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rt'conimonceiit leur? attaques contre nous. »{Rircft etapplau- (IL<iscmcnts.) L'habileté de vos adversaires est de posera la perséculioii ; il faut qu'on croie qu'à chaque instant ils versent des larmes sur les péchés de ce monde, et <]n'ils font pénitence constamment aux lieu et place de leurs contemporains; [On lit) mais, si j'étais méchant de caractère, je [)0urrais dire que, toutes les fois (juo dans mes nombreux voyages, j'ai péiif- Iré dans une commune, et que j'ai voulu établir un parallèle entre l'iiomme d'Kgiise qui fait pi'nitence et l'instituteur qui le persécute, j'ai vu généralement que celui-ci était maigre, et que l'autre était gras. [Hilarité prolonfiée et vifs applaudi^i semenls.)
J'ai vu l'école pauvre et nue! J'ai vu, au contraire, l'église regorger de richesses!
Puisque vous êtes attaqués, défendez-vous ; c'est votre droit; et, pour vous défendre, sachez comparer, si c'est nécessaire, la morale religieuse, la morale catholique au besoin, avec la morale laïque que vous enseignez dans vos écoles.
n. — Les inquiktodes réce>tes nn M. Charles Ddpdy
(Article de la Hevue polifii/Uf et parlementaire, 10 novembre i'JUa, p. 210-211.)
Passe encore si l'on était siu' d'être jugé et traité suivant ses mérites profcssittni.els. Mais la politique s'est mise de la partie, et son intrusion dans l'Kcole est si manifeste, si malfaisante qu'un honorable instituteur de la Seine s'est fait un rlovoir de la signaler et de la llélr-ir dans une réunion tenue l'hiver dernier sous la présidence du ministi'e lui-même. On voit d'ici coirmcnt les choses se passent. D'abord, il arrive et plus d'une fois (pie l'instituteur soit apprecii- non d'après la conscience ou le tale.nt qu'il apporte à l'acconiplisscmenl de sa fonction pro[)remcnt <lile, mais d'après lacomplaisance ou le zèle dont il l'ait montre dans les tâches accessoires que l'on sait. Il entre en relations avec des personnes étrangères à l'enseignement et, averti par son intérêt, il ne larde pas à
allacher plus dr prix i li'iir sulfrage qu'à celui de sns chefs. Des circonslaïK^es se produisent où il constate que ces mêmes chefs, inspecteur primaire, inspecteur d'Académie et au besoin Préfet, loin de pouvoir le défendre contre lesinlluencesextrascolaires, ont peine à se défendre eux-mêmes contre elles. Dfî là à demander à la politique ce que l'administration ne peut donner, il n'y a qu'un pas, et plus d'un ne résiste pas à la tentation de le franchir. C'est en effet un moyen tout indiqué d'avancer, depuis que l'avancement se fait, au moins parlielicment, au choix.
Le choix! en théorie, rien de plus logique, de plus moral. N'est-il pas juste de récompenser les services rendus d'après leur qualité et d'exciler ainsi, entre les maîtres, une émulation dont les écoliers ressentiront les bons effets? Oui, mais à la condition que le choix aille, sauf erreur, à la valeur reconnue et qu'il ne sacrifie pas ouvertement le mérite à la faveur.
Or, si l'avancement est rare, l'impatience d'arriver est grande. Elle s'aide volontiers de la protection et la demande à l'étalage d'un zèle souvent bruyant. C'est ainsi que la politique a pénétré dans l'école. Les partis extrêmes ont profité de l'occasion; à leur ordinaire, ils ont aigri le mal en l'exagérant; ils se sont posés en médecins, en sauveurs. Ils n'ont pas manqué d'opposer l'avenir au présent, l'espérance même chimérique à la réalité; ils ont ainsi enrôlé sous leur bannière nombre d'instituteurs flattés de se dire hommes d'avanl-garde et pionniers de la cité future. Voilà bien une autre cause du péril primaire. La main mise des politiciens sur l'Kcole a diminué la sécurité du persotmel. Quoi d'étonnant qu'on ne se presse pas d'entrer dans une carrière exposée au contre-coup de toutes les luttes politiques?
L ÉCOLE D AUJOURD IIUI
E. — LkS services politiques REQIIS
Discours de M. do Benoisl, dôputr de l;i Meiisc (extraits) Jouinttl offiriri, novembre 1903, p. 2!tS8
.1/. Alhcvt de Benoisl. — Les informateurs du ministère sont maintenant les instituteurs. Kn voici la preuve formelli-, je puis dire aullienliquc. puisque les documents dont je vais donner commiinicalion à la Clianibn' sont revêtus du cachet officiel que leur communique le timbre d'une souspréfectiire cl le timbre de la poste indiquant que ces pièces sont bien sorlies du bureau d'une sous-préfecture... Voici un |)reniier exemplaire auloi,'raphié :
Sous-préfecliire de ...
Monsieur, J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien me faire parvenir ci-contre les renseignements confidentiels que vous pourrez recueillir sur les antécédents, la conduite, la moralili'-, la situation de famille, les moyens d'existence et l'atlilude politique do M. \., qui sollicite un sursis de période d'exercice, et mo faire connaître s'il est digne de celte faveur.
Siiiné : I.F. Sol'S-Préfet.
.1 M. rin^litntrnv dr... i Intnrujdions sur divers bancs).
M. le comte de Poinrrrn. — Les exemples abondent.
M. hejenjite. — Ce doit <^tre un instiluteur clérical qui a communiqué ce document 'E.rclnuuitions à droite).
M. Mfiert Conf/ij. —■ Clérical ou non, c'est indigne d'un gouvernement do ficmander aux instituteurs une besogne semblable. I,es instituteurs sont faits pour enseigner et non |tour moucharder.
M. Lucien MiUcvoijc. — Je demande la parole.
DOCL'MENTS 25:V
)l. Albert de Benoist. — Voici un second exemplaire également autographié :
Sous-préfecture de...
.Monsieur, j'ai l'tionneur de vous prier de vouloir bien me faire parvenir ci-contre les renseignements que vous pourrez recueillir sur les antécédents, la conduite, la moralité et l'attitude politique de M. X., fonctionnaire propose' pour l'avancement, et sur le degré de confiance qu'il peut inspirer à l'adinitiistration.
Si(jné : Lk sous-prkfet de... à l'inslituteur de...
M. Jules Auffray. — C'est scandaleu.\ I
M. Albert de Benoist. — Voici une autre pièce recueillie dans une autre partie de la l""rance :
<• Monsieur X..., de la classe 1893, est prié de venir samedi soir sans faute voir l'instituteur au sujet de la demande qu'il a adressée à l'autorité militaire au sujet de ses vingtliuil jours.
Si'jnr : LInstitltecr de x..
M. le rapporteur. — Il était sans doute secrétaire de la mairie.
M. Albert CoïKjij. — En aucune façon : il agit comme instituteur.
M. Albert de Benoist. — Vous le voyez, les preuves abondent. J'estime, quant à moi, que cette pratique administrative a pour elîet de rendre un détestable service aux instituteurs et de leur causer un grave préjudice. Elle dénature le caractère de leur rôle, les détourne complètement de leur mission.
L'instituteur est un éducateur envoyé dans les communes pour donner l'instruction aux enfants de toutes les familles sans distinction aucune, sans distinction politique, ni sociale, ni confessionnelle. Je le dis avec d'autant plus de fermeté que j'ai la certitude de n'être pas démenti par .M. le ministre do
rinslriiction publii]ue; car il a liii-nit^mn déclaré aux inslituleuis. en plusieurs circonslancc?, (pi'ils ne doivent se nifîl'ir, en aucune façon, aux discussions politiques de la commune dans laquelle ils sont en l'onction, cl qu'ils doivent se tenir avec grand soin en dehors de toutes les querelles et rancunes électorales.
Maisjeconstateque M. le minislrede l'Instruction publique ', sur ce point comme sur plusieurs autres, n'est pas complètement d'accord avec M. le président du Conseil-, puisque ce sont les agents directs de M. le président du Conseil qui abusent ainsi des instituteurs pour en l'aire des agents d'information (le leur polili(iue,. Ils ne craignent pas d'attiier et •de concentrer sur la tète des instituteurs tous les mécontentements, toutes les rancunes, toutes les irritations, toutes les haines môme, qui doivent nécessairement naître de la certitude que l'instituteur n'est plus seulement l'éducateur des enfants, mais qu'on veut faire de lui l'agent politique des informations secrètes, l'agent de la police secrète, et, en léalilé, le mouchard de la commune.
Je suis certain, d'un autre côlé, que la très grande majorité, je pourrais dire la presque unatiimité des instituteurs, siiiiiVre profondément de cet état de choses.
.\ droite. — Ils s'en plaignent.
M. Albert de Benoist. — Ils sont honteux du rôle qu'on leur impose et auquel ils ne peuvent se soustraire, car ils ne sont pas libres de refuser le service qui est exigé d'eux par la sous-|)refeclure.
\. M. Chaumié.