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LE ROLE MILITARISTE DE L'INSTITUTEUR RÉPUBLICAIN

A. — DiscotRS PKONO.NCÉ PAR M. Jdles Ferry,

AU BAMOUET DES (iVM.NASTES, A HkIMS LE 28 MAI 1882 {Le Drapeau, 18S2, p. 198-199)

« I,e minislrt! dit qu'il ne veut pas parler politique on plutôt qu'il se propose de préconiser une politique qui plane au-dessus des partis : la politique du patriotisme qui s'alfirtne, non par des discours bruyants, mais par des œuvris dnraldes {Applaudissements). Il est doux et rare de reiiconircr de- lnMiits où les rivalilt''s poliliques s'apaisent.

Nous -ioi es à l'une .le c>'S heures. Comment l'oublierons-

nou*, quand nous voyons l'un à côié de l'autre, dans cette l'èlf, la main dans la main, deux homnies, si honorés, et si dijîncs l'un de l'autre, mais si dillerenls par les opinions et les conviclions de leur vie? (M. le minisire désigne M. Doyen, maire de Heims, et M. le L)"" Uecès, président de l'Lnion fédérale de srymnasliqiie, entre lesquels il est assis ( Vives acclamations). Divises sur lout le reste, ils se réunissent dans un senlimeiit supérieur, dans le culte des choses qui font la pairie grande et qui préparent l'avenir.

'( Le ministi'e rappelle combien fut grande et touchante, au moment de nos (lésaslres, celte union de tous les partis, l'émulation qui régnait entre les républicains et les royalistes sur les champs de lialaille et, à ce propos, il rappelle les services du général Chanzy, « de cet homme de guerre dont le patient génie lutta pied à pied conti-e la forlune et consola la France accablée ). (L'auditoire fait une ovation au général Chanzy (]ui est profondément ému.)

26G L*ÉCOLE d'aLMULRd'hLI

'< Ct'llo iinioii des parlis ne peut pas ôlre seulement le lot des jours de ili'uil ; on la rclroiive liiniroiisemeiit dans des Jouis de fôle comme celui-ei {Vifs applaudinsemenls). I.a politique ne doit pas troubler cet accord exceptionnel ; et il parlera seulement de l'œuvre spéciale que li-s Sociéli^s do gymnastique d'une part cl les conseils de l'Université de Taiili-e poursuivent en commun.

« L'Université leeonnalt comme vous que le programme df l'éduratioi) nationale n'est pas siiltisamment résolu, dans un pays comme la France, par la culture intellectuelle et morale. La culture physicpie doit s'y ajouter. Voilà pourquoi la loi a rendu obligatoire l'enseignement de la gymnastique. Mais lu f/ymnastique est inséparable de l\-ducalion militaire. Celui-ci est le but, l'autre est le moyen. Le problème que pose devant nous ce grand et heureux développement des sociétés de gymnastique, c'est un problème d'éducation militaire. L'Université a le devoir de le résoudre, pai'ce qu'elle seule est en état de le faire avec les moyens appropriés à la grandeur du but poursuivi. Nous sommes bien résolus à organiser, dans toutes les écoles de tous ordres, une sérieuse et foite éducation militaire dont l'ensciçincmcnt de lu (/nmiutstique soit lu hase et le principe. Pour y arrivei-, nous com[)tons sur lui double concours : le concours de rinslituleur et le concours de l'armée elle-même {Applaudissements). Nous croyons que l'éducation militaire ne pénétrera dans nos mœurs seolaii'es qu'après <iue l'instituteur sera devenu lui-même uti [irofesseur des exercices mililaii es, et ce jour arrivera iiuaiat on aura accordé aux instituteur-scequetousdemandent : l'Iionni'ur de donner au pays cette année do service, qui est le minimum de ce que tout jfune citoyen doit à la patiii; , \'//.s ajtplaudisscments). Mais en attendant, et même pour l'avenir, l'inlcrvenlion de l'instruction militaire est imlispensable, soit pour suppléer au défaut de notions militaires elle/ nos instilut'Mirs, soit pour ajouter à lautoi-ité de l'instituteur le prestige et la compétence du militaire jeune ou vieux <pii professe ce (|u'il sait mieux que personne.

<■ Nous somrm's. à cet égard, dit I(î ministre, en parfait accord avec le ministre de la guerre. J'ai obtenu de lui la |ii()(iies<i' lie rouriiir .i tmiles nos écoles. au\ plus gr-andes

comme aux plu? potiles, autant d'insirucleurs militaires qu'il on faudra. Parquets ingénieux procédés le ministre compte les recruter, on n'a, pour s'^n rendre compte, qu'à lire la circulaire insérée au Jo»r/('// Officiel de samedi dernier ( V'iies iicclfimatioiis .

« Si nous nous altaetions sérieusement, pnlifinmenl à celte œuvre, mon collègue et moi, a poursuivi le minisire, c'est que nous sommes tous deux républicains, tous deux pénétrés des nécessités et des devoirs du pays républicain. On a dit ou écrit tous les jours qu'il n'y a pas de conciliation possible entre l'esprit républicain et l'esprit militaire. Messieurs, c'est une calomnie contre l'esprit militaire et contre l'esprit républicain Acclamations répétées). I/espril militaire est le fait de deux choses : l'esprit de discipline et l'esprit de sacrifice. Mais est-ce qu'une république peut se passer de discipline?

" La République sans discipline, la République fondée sur le caprice et l'anarchie des volontés ne serait qu'une poussière sans consistance, que le premier souffle du dedans ou du dehors disperserait aux quatre coins de l'horizon {Applaudissements . I^a République qui confère plus de droits au citoyen lui impose aussi des devoirs plus lourds, plus nombreux [Applaudissements) et l'esprit de sacrifice, l'abnégation sublime du soldat qui se fait tuer, non pour lu gloire qui ne saura pas son nom, mais pour le devoir, dans quelque obscure tranchée, sous les ombrages de quelque oasis perdue dans le Sud oranais ou dans les sables de la Tunisie?

" -N'est-ce pas là, Messieurs, sous la forme héroïque, la vertu républicaine par excellence? Acclamations répétées.) Parlons donc. Messieurs, ce langage à nos enfants, résistons lous à cette tendance des parents d'aujourd'hui qui les porte à trouver pour leurs enfants toutes les disciplines excessives. Prenons reniant tout pelil pour lui apprendre et lui redire qu'il n'y a pas de nation sans la notion du devoir. Non. Messieurs, l'esprit militaire ne s'atlaiblil pas en I-'iance comme on l'a dit. La vaillance est le fonds et l'àme indestructible de notre sang gaulois. Seulement cet esprit militaire a besoin, dans une société et dans un temps comme les nôtres, de nouveaux procédés de culture.

• Pour incliner l'esprit des enfants aux choses militaires.

268 L tC.Ol.K I) AIIOURD IIUI

prenons-les à \'i\^e où loiil niouvoinonl aniiisc, où toute impression porte et laisse sa trace; pour leur inspirer le soiU de la mameiivre, n'attendons pas la jeunesse et le temps du régiment : prenons-les tout petits, à Tàgc où la manœuvre leur est aimable : elle leur deviendra bien vite une babiludc, comme une seconde nature. Ce métier des armes, commencé dès l'enfance, n'aura plus pour le jeune soldat ni dégoûts, ni ligueurs.

" Messieurs, pour apprécier les effets d'une t'-ilucation ainsi comprise, je vous a jouine à dix ans. Dix ans dappliration des lois scolaires, dix ans d'enseignement obligatoire, d'exercices scolaires, «Itinueront à la h^aiice des générations viriles et raisonnables, saines d'esprit et saines de corps. C'est à ces généralions que j'envoie mon hommage et mon espérance, et je les associe par avance au toast que je port»», avec tout mon cœur, à la ledération des Sociétés de gymnastique de {•'rance ' Acclamutious i-rpélces).

H. — Fraijmcnla du litre : De I/Kdicatio.n Mii.itairk

\ l.l (-.(U.i:. lini.lK IN ISRo, l-AR C. ABOUT, instituteur I'UBLIG'

uiivrn^M' lifiiKirt' ilii [trcmipr prix du Concours organisé par le Livre universel.)

1-0 livre |)orle en ('•[lisrraplie celb' jibrase de Miilielfl : <i Ceux ipii passi-nl là-bas. qui sont armés, qui parlent, ils " s'en vont comballre pour nous. Ils l.iissent là leur père, " leur vieille mère, qui aui-aient besoin d'tîux... Tu en feras ■' autant, mon enfant, tu n'oiibliei-as jamais (|ue la mère est '■ la France. »

I. l'arls, l'jcanJ lliinlnim. IS8j.— Ntms tenons à remercier les Ininoraiiles éditeurs de n<«us avoir autorisé k reproduire ces sii^nificatifs frigments.

DOCUMEMS 269

a) Fi'afjineniii du firemirr cfuipilre

L'article I" de la loi du 2H mar? 1882 a mis la gymnastique et lesexercices militaires au nombre des maliùres d'enseignement dans les écoles prima ires publiques de garçons. C'est là une innovation dont il y a lieu d'espérer les meilleurs résultats et dont rinitialivefait le pluserand lionneurau paysetau gouvernement de la Hépiil)li<]ue, en ce st-ns qu'elle est destinée à compléter tieui-eust-meiil réducation des jeunes gens de nos écoles, car l'éducation nationale resterait forcément imparfaite si elle se bornait à la culture iiilellectiielltî et morale; il faut de plus que, sous toutes les formes qu'elle peut revêtir, l'éducation pliysique et militaire vienne s'y ajouter, afin que toutes les forces de l'économie puissent réagir sans cesse les unes sur les autres et se combiner avec harmonie pour former un organisme aussi complet que possible.

Voilà pourquoi la loi, dans sa sollicitude et dans sa prévoyance maternelles, a voulu que l'enseignement de la gymnastique devint obligatoire dans nos écoles et qu'il y fût accompagné de l'éducation militaire qui est la [iréparation et la conclusion logique du service obligatùre. D'ailleurs, il ne faut point perdre de vue que la gymnastique n'est ici que le principe, le moyen ; le but véritable est l'éducation militaire destinée à préparer, à former, dès l'école, le futur soldat. Cette éducation occupe donc désormais la place qu'elle avait le droit de revendiquer, et, n'en doutons pas, elle restera l'instrument le plus précieux et le plus puissant pour rendi-e à notre patrie le ran»: qui lui convient et lui permettre de continuer, pour le plus grand bien du monde, la mission civilisatrice qu'elle s'est imposée depuis si longtemps.

Aujourd'hui, chez toutes les nations civilisées, l'éducation militaire peut être considérée ajuste titre comme la base la plus solide de l'éducation civique. Certains peuples de l'antiquité en avaient déjà reconnu toute l'importance à cet égard...

Et d'abord, l'éducation militaire donne à nos enfants les qualités que produit la force morale : résolution, fermeté, vaillance, etc., aussi bien que celles qui dérivent de l'abnégation

270 L l'XOLE b AL'JOLRD IILI

(le soi-mônic, par exemple : le désinlérossemenl, laf^M'andeur d'ànu', qui sonl naliirellcmont l'sc.ortésdcs senlirnenls inspirés parles rapports sociaux: bienveillance, estime, respect, réciprocité de bons procédés. Ueplus, le jeune homme acquiert rapidemenl, souvent même à son insu, des habitudes de régularité et d'ordre, si nécessaires dans la vie, des habitudes encore plus précieuses de subordination et d'obéissance, de renoncement à soi-même, qui sont le caractère distinclif du soldat. Il ap|)rend lécralité devant la rèi^le, devant le devoir, devant la peine; le sentiment de ses rapports avec autrui s'éveille en lui dune manière sensible; témoin de l'obéissance de ses compai^'nuns, il ne conserve aucune raison d'attribuer sa soumission l'orcée au caprice de ses chefs; il se façonne à l'apprentissage de la vie commune, " il commence, dit Rousseau, à se sentir dans ses semblables », où il rencontre de toutes parts d'excellents sentiments de concorde et de fraternité dont le propre est d'engendrer l'allection et, par suite, l'esprit de corps et l'amour du pavs. Il apprend encore à ne plus compter sur la naissance et sur les richesses, mais bien sur son instruction, sa bonne volonté, son talent, sa conduite; il supporte sans aigreur les désagréments, les privations, les fatigues et les souffrances ; il sacrifie généreusement ses plaisirs, ses prétentions, et jusqu'à ses intérêts en s'habituant à ne placer aucun intérêt, aucun nom, au-dessus du nom et des intérêts de la l-rance ; il devient susceptible dise laisser conduire par le sentiment et par l'honneur; en un mot, homme déjà, il commence à penser et à agir en homme... De temps à autre, les exercices ou manœuvres proprement dites se transformeront en petites excursions ou promenades militaires ap|)ropriées à l'âge el au tempérament de nos enfants. Ils y apprendront à marcher, à courir dans les chemins difficiles ou à travers champs, à grimper sur les arbres, à gravir une cote, à franchir un ruisseau, etc. Dans ces promenades lopogi'aphiqucs, nous les habituerons de plus à tracer, dans un Icmps déterminé, le croquis de tel site qui se déronh' devant eux, de Icllt^ portion de tcrriloire qui s'étend à leurs pieds; ils seront exercés à lire une carte, à l'étudier en rase campagne, à juger aussi exactement que possible de la hauteur d'un arbri' ou d'une maison, de la largeur d'une

rivière, de l'élévation d'un monticule, de la profondeur d'un |iii de terrain; ils seront exercés encore à apprécier les dislances à l'œil nu, — ce qui leur sera d'un très grand secours le Jour où ils commenceront le lir; — à s'orienter promplenu-nl dans une lorét, à fouiller un taillis, à se dissimuler adroilenicnt derrière un arbre ou un buisson, et enfin à mille autres petites manœuvres susceptibles de les initier insensiblement à la partie pratique de la guerre, car c'est là l'objectif que nous ne devons jamais perdre de vue. Nous élèverons ainsi nos jeunes vélites, non seulement de façon qu'ils puissent supporter physiquement les fatigues auxquelles ils seront soumis, mais encore de telle sorte qu'ils deviennent capables de soutenir la lutte intellectuelle qui les attend le jour où riionneur et le droit de la patrie les appelleront sur unchamp de bataille : la guerre ne les prendra pas au dépourvu; ils seroïit exercés, façonnés, rompus à leur tàhe et, parla, sûrs d'eux-mêmes en face du danger.

La discipline repose sur l'exactitude, la fermeté et la justice. L'enfant trouve tout cela dans l'éducation militaire qu'il reçoit, car la règle ici n'est pas un vain mot; elle ne pèse pas seulement sur les élèves : l'instructeur et le maître en sont les plus scrupuleux observateurs ; ils prêchent d'exemple. L'emploi du temps est rigoureusement suivi : les exercices militaires se font au lieu, au jour, à l'heure indiqués; ils commencent et ils finissent au moment précis, sans qu'aucune raison vienne les avancer ou les reculer. L'enfant sait, de plus, que la justice préside au maintien de la discipline, que les éloges et les réprimandes sont distribués avec calme et mesure, il subit ainsi l'ascendant de son chef sans défiance, sans motif à récrimination, mais avec confiance et respect. C'est là un résullat immense et d'autant plus précieux que l'enfant, en s'Iiabiluant à respecter son chef et à lui obéir sans hésitation, (juelquefois même avec plaisir, s'habitue parla, indirectement, à respecter aussi ses parents, les magistrats, les lois, en un mot, tout ce qui est respectable. Et cet enfant, s'apercevanl à son tour que sa condition et son âge sont respectés, f|ue son chef l'aimi', que ses camarades lui témoignent de l'affection,

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s'abstiendra de leur déplaire ou de leur nuire, ira parfois au-devant de leurs désirs et deviendra (lexihie, affectueux, complaisant et bon.

L'enfant apprend donc ici à obéir promptemenl, sans murmure, comme il obéit à l'école, comme il devrait obéir toujours au foyer, comme il sera obligé d'obéir au régiment. C'est que nous mettons tous nos soins à lui faire comprendre que c'est aujourd'hui, pour chaque fils de la France, un devoir sacré de chercher à acquf'rir les qualités et le savoirfaire qui caraclériseni le bon sold;il et le bon citoyen; c'est que nous lui parlons sans cesse de la supériorité d'un peuple instruit, d'une artnée intelligente et disciplinée, sur l'armée et le peuple qui ne le sont pas; c'est que nous lui répétons chaque jour qu'il n'a encore, lui, enfant, qu'un seul moyeu de faire acte de patriotisme qui consiste à ne rien négliger dès maintenant pour devenir plus tard ce qu'il doit être; c'est (|u't'nfiu il est heureux déjà de la confiance que nous lui témoignons, des espérances que le pays l'onde sur lui, et qu'il se sent grandir à cette lière pensée que bientôt la patrie pourra le compter au nombre de si's défenseurs.

Kt ce n'est point seulement pour lui un motif d'ell'orts continus et surprenants, une cause de soumission entière à la discipline; c'est aussi une affaire de moralité, car ils .sont nombreux les points par où l'éducation du corps touche à celle de l'àme. Il tend dès lors à acquérir ces qualités si précieuses de dignité, d'honnêteté, de res|)ect, de moralité qui sont les ver-tus du bon serviteur de l'Klat, et qui composent l'apanage incontesté de ceux sur qui la Kiance peut se reposer du soin (le son honneur et de son indéftendanci'. Il est docile déjà au gouvernement des ;inlr»'s, et il va devenir apte à se gouverner lui-même, car il ne se dissimule guère que si la lâche <|ui lui e.;t réservée est noble, elle est aussi bien pénible. Ola lui donne comme un avant-gortt de ce que l'on pourrait appeler la nécessité d'un labeur collectif, continuel, ou mieux, l'intelligence de la vie nationale, sans laquelle le citoven ne saurait guère diriger sa conduite dans un sens avantageux pour le pays. Conséquence forcée : il commence à se contrôler lui-même, à devenir de |)lus en plus exigeant envers sa personne, à sentir vaguement que le bien et le mal

qui lui aiiivrroril dans le monrlf! seront le plus souviîiil, ji^ résullal île sa propre conduite; il s'habihic insensibleuieut à la douiinaliou de soi-mônie, il acquiert un»3 énergie morale siipt'iieure ; il se mûrit, il devient liouiinc.

Ain^i, par noire enseigucmenl, par nos habitudes, par notre exemple, ell'orçons-nous de donner une direction salulaii-e à l'actixité de nos élèves; entretenons-les dans unt; atmosphère morale qui les pénètre par tous le> sens, et pour que les mauvaises herbes n'envahissent pas le champ, ne nous relâchons point et répandons-y sa:is cesse la bonne semence. Obligez les hommes à travailler, disait Voltaire, et vous en ferez d'honnêtes gens. Nous avons la prétention de taire mieux encore : nous apprendrons à nos entants à aimer l'exercice, à se passionner pour la vie active, cl, en particulier, à se livrer tout entier?, et avec goiU, à toutes les exigences, à toutes les ri^Mieurs de l'éducation militaire

[/éducation militaire, en donnant à nos élèves la volonté, la force, l'énergie, l'esprit de corps, l'amour de Tordre, l'habitude de l'obéissance, le sentiment de la responsabililé, leur procure encore le très grand avantage d'une certaine pratique de l'état militaire. Aujourd'hui, le jeune conscrit, enlevé brusquement de la maison paternelle, est subitement transplanté à la caserne où tout lui est nouveau, inconnu, pénible; il s'y ennuie et se décourage facilement, el, il faut le dire, on s'ennuie parfois à meilleur eompte. Exposé aux moqueries des uns, aux sarcasmes et aux grossières plaisanteries des autres, maladroit le plus souvent, accablé, dans les premiers temps surtout, de réprimandes et de punitions d'autaiil plus cruelles qu'elles sont moins méritées et que la bonne volonté dont il cherche à faire preuve est généralement méconnue; tout cela, il faut bien le reconnaître, n'est guère fait pour lui rendre agréable son passage au régiment. Il en sera tout autrement le jour où nos élèves, devenus grands, arriveront au coips. Inities depuis longtemps à la discipline, aux exercices du soldat, ils ne feront en quelque sorte que continuer nn apprentissage bien commencé; taçoimes en partie. doui'S dune certaine adresse, d'un véritaldf aplomb, à moitié soldats déjà, ils seront moins exposés à toutes sortes d'ennuis et de contrariétés, de déceptions amèr.^s ; s'i! y a encore

27V L ECOLE D AUJOLHU HLl

dos manquements, ils seront It'srors, raros, cl disparaflronl ?ans lieaucoup dt», peine. Alors aussi, les officiers n'a|)paraîlioiil plus aux jeunes soldats coniuie des hommes durs qui punissent pour le plaisir de tourmenter ou de se mettre en relief, mais bien comme les continuateurs humain? et dévoués de ceux qui auront formé l'enfance des jeunes recrues. Ce nouvel état de choses amènera sans aucun doute une obrissance |)lus facile, des relations moins sévères, des |)roi.Més plus rapides, une plus i^'tande all'eclion pour l'élat inililairc, qui ne sera plus considère par le conscrit comme une tâche pénible imposée à son âge, mais plutAt comme une obligation rationnelle, un devoir d'Iioiincui-, une sorte d'assurance mutuelle destinée à lui garantir ses plus chers intéiôls, ses plus douces joies, ses plus vives aireclions.

Certes nous ne voulons point supposer un seul instant que le jeune soldat ne rencontrera plus de difficultés sérieuses dans sa carrière; ce serait se faire une étrange illusion quami il s'agit d'une existence toute faite de renoncement et d'almègalion. Notre but est, au contraire, de préparer W jeune soldat à supporter vaillamment les privations et de faire (ju'il ne connaisse point le découragement le jour où il revêtira l'iriiiforme. Nous riiabitiions à cette idée que la pallie, qu'il est si juste et si doirx d'aimer, lui demandera sùrcirx^nl de renoncer à quelques plaisirs, à quelques prétentions, peut-être môme à quelques droits; qu'elle exigera doirc parfois de lui de grands sacrifices, et nous le disposons de tout point à les accomplir'. D'ailleurs, nos jeirnes gens ne s'abusent guère; ils savent que la mission du soldat est souvent i)énible, et c'est pour cela (pie, le moment venu, ils nous (pjiltent la lierlé au cœur, rt qu'à l'epotpie du retour, ils rcntreid au foyer la tète haute, comme des hommes dont le courage s'est accru constamment en raison de la grandeur des obstacles, du nombre des privations, de l'ardeur de la lutte, de l'inrportance du but qu'il fallait atteindre, comme des honmies que le sacrifice a grandis et que l'honnerrr a lail siens

.Mais s'il est juste, s'il est naturel d'aimer noire pairie pour l'inslniclion (pi'elle rions prodigue, pour la liherle qir'elle nous donne, pour l'éclat qu'elle a jeté sur le morrde, pour la

gloire iiicompaiable duiil l'uni coiiverle ses guerriers, ses savanls, ses lilti'ratcurs, ses inv<Mileiirs, tous les bienfaiteurs de l'huiuanilé qu'elle a prodiiils, qu'il est doux aussi à nos cœurs de l'aimer pour ses niallicurs ! Quel est l'eulanlqui ne réserve sa plus douce aU'ection et ses meilleures caresses pour une mère qu'il voit soulfrir? Quel estlelilsqui ne ferait volontiers le sacrifice de sa santé, d'une portion même de son existence pour soulager les peines el larir les larmes de sa mère ! C'est de cet amour sublime que nous aimons notre France et que nous voulons l'aimer toujours. Ne l'avons-nous pas vue vaincue, liuinilire, outragée par le Germain devenu d'autant plus arrogant el cruel qu'il ne devail ses succès qu'à un moment de surpiise? N'entendons-nous pas gémir là-bas, de l'autre côté des Vosges, des frères séparés violemment de la mère-pairie, une province en deuil arrachée de vive force à la France épuisée? Ah! ne l'oublions jamais el serrons-nous au foyer de notre mère pour y masquer un vide en attendant que se lève le jour béni où nous pourrons lui rendre sa fille la plus aimée!

Certes, il ne nous sied pas, à nous, instituteurs fiançais, de prêcher aux enfauls de nos écoles l'aversion de ceux qui ont contribué à l'abaissement de la France, — quoique la haine de l'ennemi ne soit après tout qu'une des formes de l'amour de la pairie, — non, notre mission est plus belle, el nous laissons volontiers celte triste besogne à nos voisins d'outre- Uhin. Mais, vrai Dieu! qu'il nous en coûte parfois, à certaines leçons d'histoire, de parler de la fraternité des peuples, quand, à quelques lieues de la lo(;alité où j'écris ces lignes, le maître d'école allemand fait chanter en sa langue, à nos frères orphelins, /es Biens perdus et retrouvés, la Nourelle Conquête, les Conseils à rErbf'eind, les Rives de la Saône, que sais-Je encore?

Pauvre exilé d'Alsace-Lorraine, je refoule les larmes qui roulent dans mes yeux, je reliens le fiel prêta s'échapper de mes lèvres, et, la fièvre au cœur, j'enseigne à mes élèves, avec l'amour ardent, immense, passionne de la Patrie, le courage dans l'épreuve, le calme dans l'etlort et l'attenle certaine de jours meilleurs où la force cessera enfin de primer le droit...

270 I, KCOI.E D AL.IOLIU) IILI

b) Frngmenfs ilu troisième chapitre

Lors du Congrès pédagogique de 1880, les iiisliluteurs df France onl sollicilé la faveur de passer par le régiment. Depuis celle époque, les tHèves-mailies de nos écoles normales, qui, eux aussi, onl pdilionné en niasse pour le même objet, sont soumis aux exercices miiilaires, cl le lemps esl pi-ociie où tous lesmailce^ renlreronl dans le droil comnmn el feront un slage dans l'armée. C'est à la fois pour eux une nécessité el un devoir.

Il esl indispensable, en effet, que celui qui esl appelé à répandre el à développer l'espril militaire parmi les Jeunes générations confiées à ses soins puisse leur parler en connaissance do cause des devoirs du soldat, de celte rude existence laite toute démotions el de fatigues, de gloire el de revers. Or, on n'enseigne bien que ce que l'on connaît à fond : le maître doit donc posséder les connaissances du métier d.- <oldal : cesl là un point essentiel. .Mais il est nécessaire suitoul que riiislituteur ne puisse être soupçonné d'avoir embrasse la carrière de renseignement pour se soustraire aux obligations du service militaire, car alors chacun serait en droil de se demander si cet homme, qui a pour lâche d'enseigner le devoir, n'a pas cherch»'; à échapper au sien. Sa réputation pourrait en souMVirau.x yeuxdfs ramilles; l'enfaiil lui-inémc si-rail peut-être expose à dnuler du palriulismc de celui qui lui pioche sans cesse l'amoui- do la France, de celui qu'il place souvent au [irciniei- rang, cl «pie presqui* toujours il ne compare à personne. Or le maître qui a servi trouve en cela un avantage précieux pour conserver sa supériorité aux yeux des élèves, c'est un talent, un mérite, un honneur diplus que ceux-ci sont heureux de lui reconnaître, qui accroît son innuence, qui le maintient sur le piédestal et qui lui facilite par- conséquent It! gouvernement de son petit pouplo.

D'un autre côté, puisque les désastres de la tlL-i-nièreguerii ont i;nposé à i'Iilat l'nbliLralion de former des générations de |iatrioles, puisqu'aujoiii'd'lmi cliaqiio Traneais doit le servicimilitaire, pourquoi rinslituteur ne serait-il pas appelé à l'insigne honueui- de servir la patrie tout romiue ses conci-

UOCLMENTS 277

toyens? Sa ilignilé ne sera que plus à l'aise, s'il a TavaiUage d'èlre compU* parmi les phalanges griiéreuses qui veillent à la sûreté du pavs. Du reste, plus que tout autre, il doit se trouver à la hauteur des devoirs qui nous attendent : il sait que l'on dit de l'autre côté du Hhin que c'est l'instituteur allemand qui a vaincu à Sadowa et à Sedan, et cela suffit pour lui faire connaître tontes les obligations elpratiquer tous les devoirs que sa profession lui impose.

Ft puis, à vrai dire, l'éducation militaire ne péntHrera complèlenietit dans nos liiœurs que le jour où l'instiluteui- sera devenu lui-même le premier professeur des exercices militaires. Nous ne voulons point laisser entendre par là, que le temps que le jeune maître aura pnssé au régiment sera suffisant pour l'inilier entièrement à la partie mécanique du métier de soldat; nous croyons, au contraire, qu'il sera souvent facile de faire à cet égard un meilleur choix et que presque toujours tel sous-officier de retour au foyer paternel s'en tirera beaucoup mieux que lui. Mais cela ne dispense en rien do connaître les exercices militaires; il ne peut ni ne doit jamais s'en désintéresser. Il se fera de plus un devoir rigoureux d'assister toujours aux manœuvres de ses élèves, soit pour suppléer parfois aux qualités pédagogiques qui pourraient manquer à l'instrucleur, soit pour surveiller, diriger et même commander si l'occasion l'exige.

Ku attendant que l'instituteur puisse remplir ce dernier rôle à la suite de son propre apprentissage au régiment, l'instructeur militaire demeure indispensable en ce qui concerne les exercices militaires proprement dits, et le rôle du maître n'est que secondaire. Mais hùtons-nous de dire que l'éducation militaire ne se donne point seulement hors de l'école, elle se donne aussi et surtout dans l'école, et c'est ici que la tâche du maître devient d'une importance extrême; car il ne suffit pas que l'enfant puisse, il faut qu'il aime, qu'il sente, qu'il comprenne, qu'il sache, qu'il soit persuadé, etc'estdaus la classe qu'il doit apprendre tout cela.

Et d'abord le maître pénétrera l'enfant de cette idée que la véritable force d'une armée ne réside pas seulement dans le nombre de ses soldats, dans son organisation, dans le matériel dont elle dispose, mais qu'elle dépend surtout de la

278 L ÉCOLE DAL'JOIRD HUl

valeur inlellectunlle et morale des hommes qui la composent. Il est donc nécessaire qu'en même temps que nous donnons à nos enfants une solide inslrucliou primairv, nous leur inculquions les principes ilc discipline, de respect, de dévouement et de moralité qui <:onsliluent avant tout une forte t'-ducalion militaire, et, répétons-le, si le maître a servi dans l'armée, ses leçons et ses conseils seront d'autant plus fructueux.

fuis, en parlant à nos enlants des obligations que leur impose le service militaire, nous saisissons foules les occasions de faire ressoilir à leurs yeu\ la dignité et la noblesse de la profession des armes. Nous cherchons à frapper leur imagination en leur citant les hauts faits, les exemples remarquables de bravoure, de discipline et d'abnéofation dont notre histoire militaire abonde. Parmi les ouvrages les plus recommandables à cet égard et dont le mailre peut tirer un grand profil, qu'il nous soit permis de citer : Les Dcroirsmoraitx (lu soldai, du commandant Poirot, les Chants du soldat, de Déroulèdc, et surtout les Lectures du soldat'. On y trouve en effet une foule de préceptes, d'anecdotes, de traits de grandeur d'àme et d'héroïsme qui peuvent fournir le sujet d'autant de narrations ou de lectures à haute voix. Ces lectures et ces narrations sont éminemment propres à familiariser nos enfants avec les qualités du soldat français, à les engager à supporter comme lui courageusement, gaiement parfois, les privations, les ennuis et les faligui-s qiio comporte Texislence militaire, et à professer plus lard l'abnégatidu de soi-même, le dévouement, l'esprit de sacrifice, qui sont les trois vertus essentielles de l'homme du devoir. .Si l'instituteur a lui-même porté l'uniforme, se fait-on une idée du feu qu'il mettra dans ses récits et dans ses lectures, de l'attention que les élèves apporteront à sa parole chaude et vibrante, et de l'émotion dont elle pénétrera leurs jeunes âmes?

.Nous faisons aussi un bon choix de dictées patriotiques : bien lues, bien ('Xpli(|uées, bien comprises, elb'S [troduisent un salutaire ciïcl. l'n excellent journal d'éducation |)ralique,

I. NiMi-j rpccMiiiiiiiniioDs il'unp fnçnn toute spéciale, l'excellent ouvr.igc (le .M. l'Inspecteur lianrint, \ ire la France.' qui inspirera il nus enfants le plus pur |)atriiitisnic.

^Instruction primaire, qui rend aux instituteurs les plus grands stTvices, en donne à ce sujet de très variées et de fort bien choisies. Puis, nous avons à notre disposition l'enseignement de l'Histoire iialionale' qui nous procure le réel avantage de pouvoir exposer fidèlement à nos élèves le rùle militaire de la France, ses périodes de gloire et de revers, de leur dire comment nous avons méritr les unes et les autres, comment nous entendons et devons réparer nos défaites. C'est peut-être ici le lieu de dire que, tout en parlant ainsi à nos élèves et en toute occasion du métier de soldat, des revers et des gloires du pays, nous devons nous garder de leur donner trop de confiance en eux-mêmes et éviter avec soin de les livrer à des idées fausses ou exagérées : ils ne doivent connaître ni la confiance excessive ni le découragement. Oui, certes, nos armées ont fait le tour du monde; nos drapeaux ont flotté sur tons les rivages, sur toutes les mers, mais ce n'est pas un motif pour nous bercer de dangereuses illusions. Donnons à nos enfants des idées saines et calmes; disons-leur que s'ils doivent avoir une grande confiance dans le droit et dans la force delà France, cette confiance ne doit jamais dégénérer en présomption; — que plus ils seront instruits, disciplinés, moraux, plus ils auront de chanceun jour derevenir vainqueurs; — que le bon soldat n'est pas seulement celui qui obéit sans hésitation, et qui se bat courageusement, mais bien plutôt celui à qui les revers n'enlèvent ni le sang-froid, ni la vertu de discipline, ni la fidélité au drapeau, ni la confiance en lui-même et en ses chefs; — que l'armée française a conservé tout cela, qu'elle a gardé fidèlement l'honneur sur les champs de bataille, et que c'est pour cela surtout quelle a bien le droit d'espérer.

Nous avons aussi la déographie, dont l'enseignement se lie d'une façon si intime à celui de l'histoire. Chaque leçon se prête dans nos écoles à de très utiles réflexions sur le patriotisme: est-il question de frontières, de chaînes de montagnes, de défilés, de cours d'eau, de routes, de lignes ferrées, tout cela nous donne occasion de parler du pays au point de vue de la défense.

1. Cours d'histoire de M. Zévort. dans lequel rhisloire contemporaine tient une large place.

280 L ÉCOM-: I) AIJOLUD lll'l

Oir.-ijoiiloiai-jo encore? car, en vérilé, nous n'avons que l'cinliarras du choix, lellemenl nos nmvens abondcnl. .Nous taisons a()[)rpndre et n'ciler des morceaux patrioliques de nos |)otles et de nos prosateurs; nous faisons exécuter des ciiants nationaux ;nous veillons à ce que les entréesen classe, les sorties, la mise en ransjs se lassent par application des imiiivemcnts de l'école du soldat; nos pronienades topoi^rapliiipies ont lion au pas accéléré; en un mot, nous mettons à |)rotil tous les incidents de la classe et de l'cNtérieur pour l'aire res>;oilii-ei appliquer sans cesse les principes de l'éducation militaire, lincore une l'ois, c'est là notre rôle principal, en attendant que nous avons l'honneur de devenir nou*mèmesles instructeurs militairesde nos petits p:roupes, c'està-dire que nous soyons à même d'enseigner l'exercice en même temps i]ue les devoirs moraux du soldat.

Soit, diront les inditîérenls, préparez les garçons de nos écoles à leur futur métier de soldai, ohlenez d'eux qu'ils aiment la patrie, qu'ils se dévouent pour elle, rien de mieux, mais parler de toutes ces choses dans nos écoles de lilles?

Il n'est pas l'are d'entendre cette snlte objection de la |>art des ignorants uu des ennemis de nos institutions actuelles, comme, si les femmes n'étaient point la moitié de l'espèce humaine! comme si l'éducation de nos jeunes lilles, qui demain sei'unt élevées au rôle sublime de mères, n'était pas d'une imporlance capitale! .Non, sans doute, nos filles ne sont pas astr.'intes au service militaire, mais un jour pourtant, n'auront-elles |)as en rela leur part de devoirs et de responsabilités? Ne doivent-elles pas être prêtes à tous les sacritices et se trouver capables, à un moment donné, de communiijuer de l'énergie à leurs frères, à leurs fiancés, à leurs époux, à leurs pères? Le pourront-elles, si une éducation ne les a point suriisamment disposées, si on les a laissées dans l'ignorance de leurs véritables obligations envers le pa.vs, si elles n'ont [)oint été de buigue main |)réparées à tous les devfiuements? .Nous ne les obligeons, il est vrai, ni à manieiles armes ni à marcher au pas, mais nous voulons qu'elles considèrent la bravoure comme une des |)lus belles qualités, et (pi'à riieiire où le jeune guerrier s'échappt! de lein.s bras.

UOCUMENTS 281

clli's lui moDtrent un visage serein cl lui donnent du cœur au lieu de lui rendre la séparation douloureuse et d'ébranler son tourago. iNe sonl-cc pas les mères vaillanles qui font les lils vaillants et forts!

Kt puis, elles ont une tâche plus sublime encore : celle de soigner nos malades dans les ambiilancf's, de veiller au chevet des blessés... peut-être niùmt- (|iielques-uncs seront-elles appelées à secourir nos liéi'os jns(|U(' sui' les champs de bataille.

N'est-ce point là un rôle à la fois élevé et pénible auquel il importe de les préparer par une éducation eu harmonie avecce rôle? Que voulez-vous qu'elles deviennent à ce moment (le dévouetnent suprême si elles n'ont point reçu une éducation en rapport avec celle qm; nous donnons à nos garçons?

Donc, que dans toutes nos écoles sans exception on enseigne l'ordre, la discipline, le respect, les devoirs envers la patrie, i'amour qu'elle mérite, les renoncements qu'elle impose, et ((ue peu à peu, mais sérieusement, nos garçons et nos (illes se préparent à de grands etforts pour l'avenir! Nous aurons ainsi une génération courageuse, robuste, sûre d'elle-même, au caractère bien trempé, bien l'quilibré, el qui sera prèle à tous les sacrifices le jour où, forte de son droit et pleine de conliance en ses défenseurs, la France ira fièrement replanter son drapeau sur les bords du Hliin!

LE CULTE «laïque» DE JEANNE D'ARC

A. — Lf. pko.ii'.t d'lnk fAte nationale di; JKA^^E d'Arc

(Josopli F.ibri', l'rarrs de rr/iahiUlation de Jeanne d'Arc, II, p. 21:; cl suiv.;

" I,a lU'piililiipK^ française do.vrait di^cider qu'il y aura aniiiiellcmciit im jour oii la ftile de Jeanne d'Ai-c sera célébrée par loule la [''l'ance.

(' H y aurait à opioronlre deux dates : le 8 mai, anniversaire de la délivrance d'Orléans, le 30 mai, anniversaire de la mort de Jeanne d'Arc.

« 8 ou 30 mai, c'est toujours le beau mai ; le mois où la bergère de IJoniremy suspendait des guirlandes aux rameaux de l'arbre des iVes, en rêvant au salut de la France: le mois oij la gueri'ière d'Orléans chassait l'étranger et rendait le printemps à la pairie ; le mois où la martyie de Rouen apparut sur son bùelier li'ile <pie Socrate dans sa prison et Ji'sus sur sa croix.

<■ Je préférerais le 30 mai, parce que Jeanne mourante a été encore plus grande que Jeanne triomphante.

« Jeanne est la sainte de la France. Il est conforme à toutes les traditions que b^s saints soient gloi'ifiés l'annivcisaire du jour où ils furent martyrisés.

" Mais qu'im|tnrle la date? I/essentiel est l'établissement de celle solennité, (|iri rapprocherait tous les Français, hommes et femmes, réipiiblirains et monaicbi<les, ri-oyants et libres penseurs, dans une môme communion d'enthousiasme.

DOCLMENTS 283

" La nalioii a déjà sa iï'le de la libellé. Elle aiirail sa fclc du patriotisme. »

Ce vœu exprimé dans un livre sur Jeanne d'Arc trouva en 1884 de 1res nombreux et très éloquents échos.

L'appel presque unanime de la presse fut entendu par le

Parlement. Deux cent cinquante-deux députés signèrent une proposition de loi présentée le 30 juin el ainsi conçue :

<' Art. i"^''. — La Hépublique française célèbre annuellement la fêle de Jeanne d'Arc, fêle du patriotisme.

'< Art. 2. — Cette fête a lieu le 8 mai. »

Voici quel était l'exposé des motifs :

'< Un grand mouvement d'opinion vient de se [)roduire en faveur' de l'instiliilion d'une fête nationale de Jeanne d'Arc, qui serait la fête du patriotisme.

« La Hépublique des Etats-Unis, outre sa fête de l'Indépendance, a sa fête de Washington. La République Française, outre sa fête de la Liberté, aurait sa fête de Jeanne d'Arc.

« Il y aura à opter entre deux dates : le 8 mai et le .30 mai.

« F>e 30 mai se trouvant peut-être trop rapproché du 14 juillet, nous proposerons le 8 mai, date glorieuse de la délivrance d'Orléans.

" Ce jour-là, tous les Français s'uniraienl ilans une bienfaisante communion d'enthousiasme. Jeanne d'Arc Q'ap[)artient pas à un parti; elle appartient à la France. »

La commission d'iniliative, chargée d'examiner le projet, lui fut favorable; et, par l'organe de son rapporteur, M. Margaine, conclut à la prise en considération.

Malheureusement, il en advint de ce projet comme de plusieurs autres qui le précédaient à l'ordre du jour.

La législature prit fin avant qu'il eût pu être mis en discussion.

L'esprit public est-il " préparé » à l'adoption d'une solennité nationale en rhonnour de Jeanne d'Arc?

A coup sur, il y est préparé bien |)lus qu'il ne l'était à l'adoption delà fête du 14 juillet; et le texte de loi qui établira cette seconde fête, au lieu de traduire simplement le vœu d'une majorité, répondra à <^ l'unanimité du sentiment public ».

284 i/école u'aujourdUii

Tt'lli; »'.<l la foi'ce de ce si'iiliniriU qu'nii pi'ul afiirmor dés maiiileiiaril que Jeanne d'Arc aiiia (lau:= la Krance oïdit'ie sa ItMe ai)iuiello.

Si la l{épubliquerranraise renonceà" mcUreon riiouvcmcnt tous les citoyens », l'heure est proche où l'Eglise calliolique mellra en mouvement tous les lidùles, pour célébrer l'héroïne de la patiie

Par son génie comme par sa vertu, Jeanne a bien été la plus belle personnification du patriotisme li-ançais, de ce patriotisme qui, tantôt emprisonné dans le particularisme féodal on loyaliste, lanlùl noyé dans le cosmopolitisme religieux ou [)liilnsopliiipie, loiii' à tour méconnu |iar' Rourbon, (Jiiisp, Hohan, C.ondé, Turenne, Firoglie, La Itocliejacquelin, Charetle, V.dlaire, d'Alembert, Armaml Carrel, et tant d'autres admettant un pacte de guerre civile l'ait avec l'étranger, a mis plusieurs siècles à établir dans nos consciences l'empire qu'il y exerce aujourd'hui.

Paysans, nourriciers et «ouliens de la patrie, qui, lorsque le fusil doit ren;placcr la charrue, rougissez de votre sang le sol abrouvi' de vos sueurs, glorifiez celte paysanne en qui s'incarna ràriii' du pays; et si dans qncl(|ue coin de vos chaumières figure l'image d'un de ces conquérants sans en- Ir-ailles auxquids se prostitue la gloire, remplacez-la par l'image de la patriote qui sanctifia la victoir'C par l'humanité 1 lùi elle orrl pris une ligure et, trn nom tous ces sacrifices anonymes doirt t!st faite la gianderrr de la Krance.

Mais quoi ! Jeanne d'Arc n'a-l-elh> pas été une dévote qui croyait air\ puissances suruatur-elles ? •■ ('(tmment les républicains s'y prendront-ils." demairde .M. Jear» Mac-, d'accor-d avec les publicistesdu Monde et de r(/;i/rcr.s, << pour racoirlerà nos paysans la légende de Jeanne d'Arc? Le prêtre seul n'anr-a rien à renier en se faisant l'hisfor-ien de la Pticellc ».

Parler ainsi, c'est imaginer à tort que le r'égirne réptiblicairr exclut la foi. Poirr être l'arrrie de la tolérance, la Hepublique n'est pas l'ennemie de la relision. Nrrllement sectaire, elle n'impose ni cr-oyancc, ni négation. Klle entend seirlement sauvegarder la liberté des consciences. Il lui appartient d'assur-er- à Iniis une place éijnle nu soleil île In pensée.

Va-t-on ne pas adrnirei- le dévouement de Décius paiTe

qu'il croyait aux dieux infernaux ou rapetisser ie grand Scipioii parce qu'il interrogea il les enirailles des victimes avant de battre les Carthaginois ? Pense-(-on que la gloire de Marathon, de Platée, de Salannne, soit gàli'e par les consiiKations de la (irèce à l'oracle de Delphes?

(Juon cesse donc d'ergoter sur la crédulité et les visions de Jeanne ! Qu'elle ait eu des troubles nerveux comme les Socrate et les Pascal, les Mahomet et les Napoléon; qu'elle ait été supertitieuse ou hallucinée, je n'ai souci de le savoir. Ce que je sais, c'e^l qu'elle a sauvé la France et révélé à l'humanité le type le plus pur de la beauté morale. Par ses croyances, elle l'ut de son temps; par ses vertus, elle domine tous les lemps.

Vous incriminez ses superstitions et ses hallucinations. iMoi je les bénis si elles ont été la rançon de son héroïsme. Soyez grands, sauvez la pairie, et croyez ce que vous voudrez !

« Pau (le ftle nationale possible, dit M. Jean Macé, sans <• ijloiificalion publique, entière, sans réserre, de ce (jiii la « motive. »

A ce compte, il faut abandonner la fête du 14 juillet. Ne rappelle-t-elle pas des souvenirs de guerre civile, des massacres, des férocités de cannibales? La relation de la défense de la Bastille par l'invalide Cuiot de Bléville, éditée en 1884, n'a-t-elle pas confirmé les récits qui nous montraient les agresseurs de la forteresse souillant par de criminelles violences un facile triomphe?...

S'il est prouvé que les fêles sont indispensables et que nous devons nous ingénier à en créer qui élèvent les cœurs, avivent les enthousiasmes, développent le génie national, peul-on ne pas établir, à côté de la fête de la liberté, placée sous l'invocation des démolisseurs de la Bastille, la fête du patriotisme, placée sous l'invocation de la libératrice de la France? Le patriotisme nedoitpasabuserdes démonstrations : mais il doit être démonstratif. Kn ces temps d'anarchie morale, parmi les décombres des métaphysiques et des religions, un sentiment est demeuré debout, grandi dans le feu de nos révolutions et de nos guerres : le sentiment de la patrie. Dunnons-lui un aliment qui le fortifie, et que, dans notre

286 l'école d'au.iouru'iili

pays, l'cnscigncmenl civique ail pour sanction, oulri- la fêle du civisme coinbaltanl pour la liberté contre les despotes, la fôle du civisme coriibaltanl pour l'indépendance contre IVIrangci'! iNi TOrient, av(!c toutes ses légendes, ni la Grèce, avec tous ses poèmes, n'ont rien conçu de com[)arableà cette Jeanne d'Arc que l'histoire nous a donnée. Kt nousliésiterions à faire dn riicroïque vierge notre Pallas Allicné ! Ce serait nn acte d'iinpielé nationale. Il ne sera pas commis. Il y a eu en France une personnalité sublime, Jeanne d'Arc, et une chose sublime, la dévolution. La liévolntion a sa fôle; Jeanne d'Arc aura la sienne.

Quelle poésie dans cette lète arrivant avec les vertes poussées du printemps! Mai, ensoleillé et Henri, est le roi des mois. Il y a comme un symbole de la patrie régénérée dans le rajeunissement de la nature qui renaît à la vie et à l'amour.

l.a lète de Jeanne ne saurait être enfermée dans le cercle ili'S banalités de commande, faniai-es, jeux forains, illuminaliniis, feux d'artilices. Il y faudra le concours de toutes les forces sociales. La fastueuse monotonie des jouissances puremenl oflicii'lles trouve froids les spectateurs. Une fête ne va au ctfuv dn peuple que quand elle est l'œuvre du peuple. Klle (loil laisser les yeux éblouis et les àines émues. Que la vision m reslc à reniant et que l'enscigniiniMit s'en impose à i'hniinnr.

I,(! jour dt' la félc du palriolisme, chaque région de la France évoquerait son passé, remémoreiail ses bean\ faits, honorerait le souvenir de ses illustres paliiotes, lessiiseiierail, dans les costumes, dans les cortèges, dans les jeux, dans les eiioeiirs, quelques-unes de ses vieilles traditions; les maisons seraient tapissées de feuillage et les rues jonchées de Heurs; les deux sexes s'ingénieraient à varier les cour-ses et les exercices on se di'ploienl la force, l'adresse, l'agilité, le courage el la beaiilé ; jeunes gens el jeunes lilles méleraierd à leurs rondes joyeuses autour d'un grand arbr-e rappelant l'arbre des fées les dairses si pittoresques el si gi'acieuses de jadis; les faiirilles se dourreraieirl la joie de ces r-avissanles fêtes d'enlaids si populaires en Suisse cl eu Allerrragne ; l'armée exéeuleiail de.« calvalcades, des tournois, qui feraient revivre

DOCUMEMS 287

la Fiance du passé devant la France d'aujourd'hui ; les artistes exhumeraient, à côté d'œuvres de circonstance, les plus helliîs créations de l'ancienne musique et de l'ancienne poésie ; les théâtres, les salles puhli(iues, les églises, les temples et les synagogues consacreraient des reprrsentations scéniques, des récits historiques, des conférences, des sermons à Jeanne d'Arc et aux autres gloires de la patrie ; les jeunes filles, vêtues de blanc et couronnées de fleurs, marchant à la tète d'une procession aux flambeaux, allumeraient, la nuit venue, de grands Ceux qui rappelleraient le bûcher où Jeanne reçut l'apothéose du martyre et ces feux de joie où nos pères, les Gaulois, symbolisaient, au solstice d'été, le mouvement, la vie et la pensée; les autorités décerneraient des médailles aux parents qui auraient le plus de lils sous les drapeaux, et inscriraient soleniiellementau nombre descitoyenstous lesjeunes gens atteignant dans l'année l'âge fixé pour le droit de vote.

Mais pourquoi donner des détails? La fêle serait diversifiée selon les inspirations que le temps et les lieux suggéreraient au peuple. L'essentiel serait qu'à la glorification de Jeanne d'Arc et de la patrie fût associée l'apothéose du printemps et de la femme

Puisse l'année 1889, anniversaire de la Révolution, ouvrir en France une ère d'apaisement, de conciliation et de glorieuses revanches, sous les auspices de Jeanne d'.Arc ralliant tous les partis dans le culte de la patrie !

(catholiques, une centaine de vos hommes d'Eglise, faisant leur théologie complice de l'envahisseur, ont jugé, condamné, brûlé comme hérétique la libératrice, sans encourir ni déchéance, ni excommunication. Royalistes, un de vos rois, sauvé par elle, n'a rien fait pour la sauver.

Libres penseurs, Voltaire, votre maître, l'a profanée dans un poème qui est laplussacrilègedebauche du génie. Faisons tous amende honorable à celte grande mémoire! tînissonsnous pour honorer Jeanne! Si nous l'expliquons différemment, nous l'aiimirons également. Morte, Jeanne renouvellera le miracle qu'elle accomplit vivante. Pareil au reflet d'un astre lointain qui au bout de plusieurs centaines d'années arrive à notre terre, le rayonnement de cette éclatante vertu aura percé la nuit de quatre siècles poumons apporter une aurore.

288 L IXOLE II ALJOLRD HLl

/{. — AUTliKS EFFORTS KN VUE D'on CUI-TE LAIQDE

DE .Iea.n.ne d'Ari;

.M. Laiici'y d'Arc, dans le LUrr d'Ur de Jcdiiue dWir (Paris d89;j} énuniôre unfî série de publicalions qui témoignent dp l'cflorl de certains honinu's polili(|iii'S et de cerlains philosophes en vue do rélablisseinenl d'un culte laïque de Jeanne d'At'c, héroïne de la patrie. Du catalogue qu'il dresse, nous extrayons les indications suivantes :

.N" 1329. — Auguste Com ie. — Cours de philosoidnc positive. Paris, Ladrange, 1841. Rend hommage dans son tome IV à Jeanne et à la >< touclianle mémoire de cette noble héroïne à la(iuelle, en tout pays, toute âme élevée consacrera toujours une lespcclucuse admiiation et qu'aucun Français ne déviait jamais nommer sans un hommage spécial de tendre reconhai.>-sance nationale ...

Comli; proposa même pour la première; l'ois, aux applauilissements iiiiaiiimcs (h; son auditoire, une lèle de Jeanne d'Air.

-N" 1334. — Antoine i Kmilei. — lùUc ciririiir de Jrnnuc dWir. Paris, Imp. nouvelle, 1887;.

'< Hst-il légitime, esl-il nécessaire de consacrer une fêle eivi(|ue à Jeanne d'Arc?

" llépiihlicains, nous estimons (|ue Jeanne d'Arc mérite un culte publie pour avoir montri' un dévoùment actif à ce ipie nous devons aimer et servir : la l'amille, la Patrie, rihimaiiité ! ..

N" 1329 bis. — Antoine (Kmilo), secrétaire du comité du ciilti- civi(|uc de Jeanne fTArc. — Le culte de .Icanne d'Arc. Ivxtiait de la /{t'f»c (>rr/f/t';//<//c, jiiillit ISHT.

Iji vdiri le sommaire :

1. I)i' la thèse calholiiiiie opjjosér a la tln-sc liisl(>ri(pii( ; Insuflisance des précédents cultuels corrélatifs;

3. C'est Jeanne d'Arc et non l'Église qui a donné une origine théologique ;\ sa mission ;

4. De la transilion entre l'opinion du xv" siècle sur ses révélations et la conception positive qui a mis la Pucelle hors de page ;

î>. Devoir des républicains. Culte civique.

L'auteur indique comme mesures préparatoires à ce culte : la laïcisation de la garde de la maison de Domrémy; honneurs à rendre à ses statues par l'armée; institution d'une fêle purement civiqu-:! à Orléans; léles annuelles dans d'autres villes; hommage spécial le 14 juillet, illumination de ses statues.

N» 1330. — Amoi\e (Emile). — Jeanne d'Arc et rÉglise. Paris, Extrait de la Revue occidentale, mai 1889.

« Cette étude, nous dit l'Averiissemenl, est destinée à propager et perfectionner la concei)lion r'ésultanl de l'étude comparée des documents originaux, d'une Jeanne d'Arc à la lois sincère, sublime et naturelle, telle qu'elle a été vulgarisée par l'auteur dans les discours prononcés chaque année, depuis le 30 mai 1880, à la léte civique de Jeanne d'Arc à Rouen et dans les conférences faites à la société positiviste du Havre (i juin 1880, vie et œuvre de Jeanne d'Arc; 14 février 1881, rôle de l'Église catholique dans le procès de Jeanne d'Arc); à Caudébec-cn-Caux, sous le patronage de la municipalité (16 mars 1882, vie, martyre et culte de Jeanne d'Arc) ; à Kouen, sohs le patronage des chambres syndicales ouvrières (Théâtre Lafayette, 12 juillet 1880, Problème et culte de Jeanne D'Arc; 31 mai 1881, Politique et religion de Jeanne d'Arc; l*"" juin 1882, Utilité d'une fête annuelle de Jeanne d'Arc).

L'auteur conclut ainsi :

" Cette femme incomparable est restée pour la postérité comme pour les pauvres laboureurs et citaduis pour la consolation di'squels elle est venue, la Vier^'e, la P. .celle.

« Conservons-lui celle appellaiion, ne l'alterousparaucune épilhète, tul-ce celle d'Orléans. Le nom de Jeanne d'Arc ne

■20O L IXOKE \) Ai;JOlJHI) m I

coniporlo d'autre équivalent que celui de la Pucclle, sous lequel elle vécut et mourut pour la France.

« Où trouver des rmules capable? de jeter un jour pluséclalaiit sur colle image sacrée plus vivante que jamais : les livri'S saint? que nous oppose Tliglisc sont trop étroits. Est-ce .ludilir? Ksl-ce Marie? Ksl-ce Jésus?... Ici la simple réalité surpasse tout ce que l'idéal chrétien avait osé concevoir.

" Ceux qui. nés parmi les hommes, se sont fails dieux, doivent rester dans leur céleste isolement : il nous faut des modèles et des exemples qui nous dirigent et nous soutiennent au milieu de l'immensité de nos devoirs terrestres. »

.N"824. - MoBi.MCT (le U'), ancien maire du VI'' airondissemenl, président du comité républicain de la fêle civique de Jeanne d'Arc. — Culte civique de Jcaiitte d'Arc. Fête aiDiuclle de Jeanne d'Arc dans /es écoles primaires. Annexion au domaine pitljlic des restes du château de Vaucouleurs. Lettre et mémoire au président de la République. Publication du comité républicain de la fêle civique de Jeanne d'Arc.

( lirage à part de la Revue occidentale, mai 1890).

(>onlre la croisade de M*-'"" Pagis, demande à ce qu'on annexe au domaine public le château de Vaucouleurs et qu'on institue dans les écoles primaires une fête annuelle en l'honneur de la Pucclle. Précédf de deux pièces signéi's K. .\., rapporteur Kmile Antoine i.

■■ Présenté par .M. de \erdun, h* projet d'honorer Jeanne d'Arc au nom de la France ne peut rallier les fidèles du grand diocèse de l'humanilé qui n'ont point oublié la conduite passée de l'Kglise romaine envers elle. M. de Verdun a compris qu'un évêque n'est pas l'homme d'un tel mouvement, et cd appui il est venu le chercInT auprès Ue vous, .Monsieur le Président.

Voire participation à un hommage à Jeanne d'.Vrc, il la sollicite pour siibordoiiiiir l'I^tal au ixouvernemenl catholique : nous, pour aiïerfuif la jush; prépondérance de la Hépublii|i)e Irançaise...

Où cet hommage à Jeanne d'Arc serait-il mieux placé que dans la bouche des jeunes représenlants de l'avenir, dans ces elablissementsscolairesoù l'on enseigne .sa vie, où l'on apprend à ne jamais prononcer son nom sans un hommage spécial de

reconnaissance? Puisse le gouvernement décider (|uc dans toutes les écoles primaires de la Hépubliquc française, il y aura chaque année une fête de Jeanne d'Arc à l'anniversaire de son gloi'ieux marlyrc !

Puisse-t-il également flonner satisfaction aux vœux de nos concitoyens de Vaucouleurs et sanctionner ainsi la prt'pondérance du civisme sur les croyances quelconques! En niellant, comme ils le demandent, sous la garde de l'Étal, les restes du ctiâteau de Baudricourt, si étroitement liés aux débuts de la carrière civique de Jeanne d'Are, le gouvernement les conserverait purs de toute altération, i; en donnerait l'accès, et au môme titre, à tous les Français, il rendrait possibles de véritables manifestations civiques: toutes cbosesqui no pourraienl avoir lieu si la crypte était transformée en église et consacrée à un culte particulier. l/Etal et l'Eglise conserveraient ainsi leurs rôles et leurs rangs respectifs tout en participant, chacun à sa manière, à une œuvre commune. "

Cf. sur le même sujet : Revue occidentale, mai 1880; La Chapelle de Vaucouleurs dans l'Estafette du 12 septembre, le Radical et la Justice du 20 septembre 1892.

N° 1335. — RoBi.NET (leD""). — Comité républicain delà Fêle civique de Jeanne d'Arc Paris, imprimerie Estan. I8'.»0.) Appel de souscription pour :

1° L'impression de la reproduction do la séance du procès de condamnation du y mai 1431 ; 2° Impression de la lettre du U' Hobinel au Président de la République pour l'institution d'une fête annuelle dans les écoles primaires; .3° Participation au monument national de Oomremy. etc.

N" 1334 bis. — DopLEssis Ismaël . - Mémoire au nom du irroupede l'Égalité du Vil'' arrondisso(nent,itemaiidant que Ion riablisse la lète civique de Jeanne d'.Arc. (Paris, Denlu, 1890.)

Extrait du compte rendu oiticici de la Commission du Congrès universel des Libres penseurs tenu à Paris en septembre 1889, p. 320-26.

« Comme patriotes et comme Libres penseurs, nous estimons que Jeanne d'Arc mérite d'être glorifiée. Nous l'apprécions comme les héros de la Grèce et de Rome, non d'af)rès leurs

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rroyaiices, mais par Ips services qu'ils ont rendus <à leur Pairie, à riliunaiiité.

« Va) conséquence, nous proposons au Congrès celle, résolulion :

<< Le Congrès universel des Mhres Penseurs de 18S0.

.. Considéranl que Jeanne d'Are a donné exemple d'un patriotisme sulilinie,

■. Considérant qu'il ai»partienl à la Hépublique seule d'honorer celle femme incomparable,

" Émet le vœu que 1rs pouvoirs publics décident qu'il y aura aunuellcnient un jour où la lète de Jeanne d'Are sera ré|él)rée dans toute la France. »

Ce vfpu ee| approuvé sans discussion.

N" 1336. -- Antoine (Kmile .— Amendement au Projet du Cnnseil supérieur de l'irislruction publique consacranl un jour férié à Jeanne d'Are dan.s les écoles puldiques. Lettre ii M. Rourgeois, ministre de rinstriiction j)ublique fParis, 2'.i juillet IS'.lO;.

<' .Monsieur le Ministre, j"ai Ibouncui- de vous pi'ier d'apporter un doubleaniendemenl au projet d'ai-rété voté aujourd'hui |)ar lu Conseil supérieur de l'instruction publique, déclarant jour férié pour tous les établissements d'instruction publi<|ne le 8 mai de chaque année, anniversaire de la iléjiviaïuc d'Orléans par Jeanne d'Arc.

•■ Article phemieb. — Est déclaré jour férié pour tous les établissements d'instruclion publique, le 30 mai de chaque année, jour anniversaire du glorieux martyre de Jeannid'Are.

'■ AitT. 2. Ces jours-là, ilsera procédé, par les soins des maîtres et avec le concours des élèves, à une glorification dr Jeanne d'Arc.

" Les municiiialités sonl invitées à seconder les vues du goiivt riieinriii en leur- a|)por'lant tout le concours matériel el esthétique dont elles sont .'susceptibles.

• \ Paris, le Panthéon sera mis pour cet objet àla disposilioii des écoles de la ville et de l'Elal. »

N" 1330 />i.s. — Antoine (Emile). — Le culte civique de Jeanne (rArc et sa laicilc nécessaire. Tirage à pari de la Revue occidentale, novembre 1892.

<' I.e culte de Jeanne d'Arc esl profcss»'- en France par deu.\ reli?iot)s irréductibles : l'une civique, l'aiilrc calholiquf. I,a nouvelle évolution politique de la papauté va lui donner un essor décisif, car elle se propose de canoniser la Puceile par les mômes molifs qui Tont amenée à sommer les catholiques de se rallier à la forme républicaine, afin de soutenir avec plus d'efficacité l'Eglise dans sa lutte contre la République athée. «

[/auteur examine les principaux hommages rendus à i'hiToïne par les deux partis et conclut que, Jeanne étant le type du civisme et ayant été trop tardivement honorée par l'Église son culte doit rester exclusivement aux mains du parti laïque.

Cf. Ed. Lepelletier dans le Radical du 30 mai 1891.

N' 1332. — V.ACCHEz Emmanuel). — La terre... Paris, Meinwald 1892.

Cli. de Joseph Fabre dans la Reli'jion universelle, 1892, p. 462-464, où se trouve ce curieux passage relatif à l'opinion que les positiviste* se font de l'héroïne.

« A propos de Jeanne d'Arc, E. Vauchez corrige heureusement une erreur d'Aug. Comte. Dans son calendrier positiviste Paris Matthias, 1849j, Comte, au lieu de mettre le nom de Jeanne d'Arc parmi les douze grands noms présidant aux douze mois de l'année, ne l'a pas même mise parmi les cinquante-deux noms inférieurs qui président aux cinquantedeux semaines de l'année. La grande voyante, la sublime patriote qu'il savait pourtant admirer, ligure simplement dans le mois de Charlemagne et dans la semaine de Godefroi de [Jouillon, au même titre que les autres individualités historiques qui président aux i{05 jours de l'année. Emmanuel Vauchez comprend, comme l'ont compris les chets du Positivisme contemporain, MM. Eaflilte, Hobinet, Anloine, que c'est, non parmi les figures de troisième ou de deuxième ordre, mais parmi celles du premier ordre qu'il convient de

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phicof Jeanne d'Arc, héroïne désignée d'une fèlo nalionalf aimiii'llo, qui serait la tiHe du patriotisme. »

N" 1336 6/.S. — A^■|()l^^. (Kinilij. — Kèle annuelle de Jeanne d'Arc dans les écoles primaires. .VtlJi>nclion anx liiLiliotliè(|ues scolaires du procès de condamnalion d(Wcanne d'Arc. Lcllre el mémoire à M. bourgeois, minisire de llnslruclion publique. Extrait de la licvuc occidentale, aoiH 1892.

" .M. le ministre, le Comité républicain de la Fête civique de Jeanne d'Arc rappelle à votre bienveillante attention le vœu qu'il a eu l'honneur de vous adresser le 20 juillet 1800 à l'occasion du projet adopté à celte époque par le Conseil su|)crieiir de l'Insti'uclion publique.

" l.e Comité souhaite de voir le (îouvernement consacrer le JOUI' anniversaire de la mort de Jeanne d'Arc à une fête annuelle célébrée en son honneur dans les écoles primaires de la llépnbliqne.

■' Celte glorilication doit être purement scolaire et laïque, destinée aux élèves rassemblés sous li direction de leurs maîtres, dans leuis locaux habituels, à délaut de salîtes mieux appropriées à celte célébration, comme pourrait l'être à Paris le Panthéon.

Il Le Comité souhaite enlin que le (iouvernement assure à celle Cèle le caraelère historique f|ui lui convient en dotant 'es bibliothèques scolaires du i>roccs en matière de foi. dit l'rocés de condamnalion de Jeanne dWrc.

'< Dans le Mémoire suivanl vous trouverez exposé, M. le minisire, l'ensemble des considérations qui a[)puient cl motivent le double vceu que le Comité soumet à votre baul examen. »

Suit le mémoii'e don! voici les divisions :

1" Institution de la KèU^ civile de Jeanne d'Arc 2" Projet de .M. Joseph l'"abre ;

;j° De l'opposition des thèses catholique et républicaine; 't° Ajournement de la tôle nationale de Jeanne d'Arc; ")" Projet du Conseil supérieur de l'Instruction publi(|tie; 6" Ft'le annuelle de Jeanne d'Arc dans les écoles pi'i maires;

7° Ailionclioii aux bibliodioqucs scolaires du procès de coiulaiiinalion, Iraduil paf M. J. Fabre.

Dans le même esprit et la même voie, signalons que le k juin 1891 le Lycée de Nice inaugurait par une fôte universitaire une statue de Jeanne d'Arc, achetée par souscriptions.

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